Jour 22 : Mardi 7 mai
Après une bonne nuit réparatrice, je me réveille tranquillement au cœur de la Fruita. Il fait beau, ça fait du bien de respirer l’air frais de la nature. Je range mes affaires de
camping, et démarre la
voiture, et la journée.
Premier objectif : la scenic drive avec un arrêt à Grand Wash. Cette courte randonnée de 7 km permet de retrouver un air de Narrows, l’eau en moins. C’est peut-être mieux vu les températures à l’ombre ! Néanmoins, pas facile de jongler avec les couches de vêtement ce matin, car dès que le soleil pointe le bout de son nez, il réchauffe rapidement les cœurs et la peau.
De la lumière à l'ombre, on se retrouve au fond du trou
Un petit stries'p tease
Le téton de Pierre
Si vous ne souhaitez pas faire la randonnée en entier, vous pouvez faire demi-tour après la partie du canyon plus resserrée, la fin a moins d’intérêt. Dans tous les cas, vous serez obligés de revenir sur vos pas pour regagner la
voiture, à moins que vous ayez deux véhicules et que vous fassiez le trajet du retour via la route (la randonnée s’arrête à la route UT24). De mon côté, c’est à pied que je ferai le retour. Il commence à y avoir un peu plus de monde sur la piste.
Au retour, je m’arrête au bord de la route pour m’approcher des anciens trous miniers. Ils sont clôturés avec des panneaux prévenant de la radiation toujours présente sur le site.
J’y croiserai un couple, dont la femme est italienne. Elle est contente de voir une Française. Elle me dit que la nourriture européenne lui manque ici, j’imagine bien !!
Pour l’instant, je n’ai pas de troisième bras qui a poussé, je pense donc m’en être bien sortie en ne restant pas trop longtemps sur le site.
Après cette rencontre rapide et sympathique, je me dirige vers le bout de la piste. Celle-ci reste assez roulante par beau temps, même s’il faut rester vigilant aux trous et cailloux. De manière générale, les gens roulent assez doucement, ne serait-ce que pour profiter des incroyables falaises rocheuses qui nous entourent et parmi lesquelles on se sent minuscules. Sauf qu’il faudra toujours quelques kékés, qui décident de doubler en roulant bien au-delà de la limitation de vitesse, en plus dans une
voiture sport, et qui manqueront de créer un accident en roulant en plein de milieu de la route dans les virages…
Pour ma part, j’arriverai sans problème au parking du départ de la randonnée. J’ai de la chance, je trouverai une dernière place pour me garer avec ma petite
voiture. Il n’est pourtant même pas encore 9 heures. Je décide de faire une petite pause toilettes avant de débuter la randonnée, et dans la queue pour y accéder, je ferai la connaissance d’une jeune femme qui est partie avec son van (non aménagé) pour quelques jours. Elle n’a pas de programme et roule au gré de ses envies, alternant entre nuits en
camping et nuits dans son van (sans trop de confort, car elle n’a pas de matelas ni d’aménagements). Aménager mon propre van reste un de mes projets sur le moyen terme…

Malheureusement, les législations en France mettent de plus en plus de bâtons dans les roues à tous ceux qui souhaitent voyager et vivre de manière moins conventionnelle

. Bref, ce n’est pas l’endroit pour parler politique sinon je sens le gros hors sujet arriver
Revenons donc à la seconde marche du jour, dans Capitol Gorge.
Capitol Gorge a eu un rôle historique très important dans la région, puisque pendant près de 80 ans, ce canyon a été le seul point d’accès fiable pour les pionniers mormons cherchant à traverser Waterpocket Fold. Ce n’est qu’en 1962, avec la construction de la route 24 que la Blue Dugway a été fermée à la circulation automobile. Aujourd’hui, on peut encore voir des inscriptions historiques sur les parois, de la graisse pour essieux, ainsi que des vestiges d’anciennes lignes téléphoniques.
De plus, des pétroglyphes sont le symbole de la vie des Indiens Fremont, il y a plus de 1000 ans.
Hauteur d'auteurs
L’histoire de ces noms est assez drôle. En 1911, les 6 entrepreneurs ont eu l’idée de graver leur nom en hauteur pour faire une blague. Ils ont descendu un de leur membre du haut de la falaise, accroché par une corde et assis dans un saut (dangereuse la blague quand même), afin de graver leurs noms. L’idée était de revenir avec leurs familles quelques années plus tard, et de leur expliquer avec grand étonnement que lorsqu’ils ont gravé les noms, ils étaient debout au fond du canyon et que le canyon s’était grandement érodé depuis ! Est-ce que la blague a marché ou non, nous ne le saurons pas…
Un peu plus loin, on arrive à Pionneer Register. Parmi ces inscriptions, on trouve celle de Cass Hite, un des prospecteurs les plus célèbres de l’
Utah au XIX è.
Alors que la plupart des inscriptions étaient gribouillées avec une pointe acérée, certaines gravures comprennent également de la graisse pour essieux, à l’époque où Capitol Gorge était encore la voie d’accès automobile.
Un peu plus loin, on accède aux Tanks, des nids de poules rocheux remplis d’eau (lorsqu’il n’y a pas trop de sécheresse). On peut parfois même y observer une vie marine assez riche : orques, requins blancs et baleines à bosse

. Plus sérieusement, il arrive d’y trouver des têtards, et même quelques crevettes.
Le trail pour y accéder n’est pas très bien marqué, il faut être très attentif aux cairns, qui nous mènent d’ailleurs un peu dans tous les sens. Attention à ne pas glisser sur les nombreux petits cailloux !! Une cheville tordue est vite arrivée. La montée est raide, mais courte, et l’arrivée en haut vaut le petit effort.
J’ai de la chance, il y a plusieurs piscines, et en plus, je suis seule pour profiter du lieu.
Tanke-schön / Tank you
J’entendrai également un groupe de jeunes qui a essayé de prendre un raccourci et de descendre le long des tanks pour regagner le wash. L’une des membres du groupe n’ose toutefois pas sauter/se laisser glisser le long d’une paroi rocheuse. Les deux autres essayent de l’encourager, mais je la comprends, je n’aurais pas tenté le coup non plus, le risque de blessure est quand même bien présent. Je rebrousserai sagement chemin pour passer par le sentier officiel.
C'est par ici qu'ils sont descendus, derrière la petite arche
Une fois en bas, on peut continuer encore plus loin dans le wash, mais je ferai demi-tour. Si vous continuez assez loin, jusqu’aux limites du parc, vous pourrez voir une vieille
voiture abandonnée à moitié ensevelie sous le sable et remplie de roches. Au-delà, c’est une propriété privée et vous n’aurez donc pas d’autre choix que de faire demi-tour.
J’ai bien fait de ne pas continuer plus loin, car sur le chemin du retour, le temps se couvre très sérieusement, avec de gros nuages noirs.
Je regagne rapidement le parking, et une dame m’abordera pour entamer la conversation. Elle attend son mari qui est parti explorer les alentours et me dit espérer qu’il arrive avant la pluie. Nous discutons de mon voyage pendant plusieurs minutes, c’est un échange très sympathique.
Au loin, j’imagine que c’est
Golden Throne qui se dessine. Sa couleur est assez incroyable sous le ciel orageux, et d’ailleurs à ce moment-là le soleil n’éclaire que lui, c’est magnifique à voir !
Game of Golden Throne
Je quitte le parc sous les nuages et les premières gouttes de pluie vers midi. Je suis ravie d’avoir pu explorer cette région autant que je l’ai fait, sous le soleil en plus.
Malheureusement, le reste de la journée va se gâter sur le plan météorologique, avec une pluie battante, du vent, et des températures en chute libre. Je suis frigorifiée dès que je quitte la
voiture 
.
Mon plan initial, qui était de me rendre à
Calf Creek et de rester y camper, tombe (littéralement) à l’eau

. Je me replie en direction de
Torrey, la ‘’ville’’ la plus proche. Ville étant un bien grand mot pour ces pauvres rues et maisons. En réalité, on y trouve que quelques
hôtels, supérettes et magasins de souvenirs… pour la plupart fermés, et des maisons, sans doute pour prodiguer un toit aux employés du parc et des commerces. La ville n’est pas très attrayante sous cette grisaille, et les tarifs des logements sont exagéré. Heureusement, je trouverai un
camping qui propose des tiny houses comprenant une chambre chauffée, ainsi que des douches communes (mais dans des pièces individuelles qui sont carrément des salles de bain). Le tarif est nettement plus abordable, et j’ai besoin d’un endroit chauffé pour la nuit vu la météo

. On ne voit plus personne dans les rues, et les employés du
camping travaillent en polaire

.
Je m’installe, fait le tour des lieux, puis me décide quand même à ressortir pour aller acheter de quoi manger ce soir à la supérette. J’en profiterai pour faire un tour dans l’unique magasin de souvenirs ouvert (il n’est pourtant que 15h), et y ferai quelques achats pour offrir à des amies qui ont leur anniversaire pendant mon roadtrip.
De retour au
camping, grand moment de panique : je ne trouve plus mon téléphone

. Je cherche dans mon sac, je défais mon lit des fois qu’il se serait caché dans les draps, je fais toutes les poches de mes vestes… Rien

. Je retourne dans la
voiture et regarde sous les sièges, refais tous les endroits où je suis passée juste avant de partir, mais toujours rien non plus

. Je sais que je ne l’avais pas dans la boutique de souvenirs, car j’y ai juste pris mon portefeuille, donc inutile d’y retourner. Je commence à stresser, car sans téléphone la suite du voyage va être compliquée, j’y ai toutes mes nouvelles réservations, mon appli
Revolut, etc…
J’essaye de me calmer, et de me dire que dans tous les cas, je trouverai une solution même s’il est perdu. En attendant, direction la réception du
camping pour demander si quelqu’un ne l’aurait pas trouvé dans la salle de bain, c’est la seule possibilité que j’entrevois. Arrivée à la réception, la porte est fermée, avec un mot indiquant qu’il faut appeler un numéro si on a besoin d’aide, car tous les employés sont occupés dans le
camping 
. Bon, sans téléphone, je décide d’attendre qu’ils aient terminé leurs autres tâches et que quelqu’un revienne. Par chance, je n’aurai besoin d’attendre qu’une dizaine de minutes avant qu’un des gérants n’approche.
Je lui demande si par hasard quelqu’un ne lui aurait pas apporté un téléphone, et là, il me dit que…
OUI ! Je n’ose pas encore sauter de joie, j’attends quand même de voir si c’est bien le mien, mais 2 minutes après (le temps qu’il se souvienne où il l’a caché

), je suis fixée : c’est bien le mien !
Je le remercie grandement et lui demande de remercier les gens qui lui ont apporté. Quel soulagement ! J’ai de la chance que ce soient des gens corrects qui l’ait retrouvé et apporté à la réception (bon, c’est certes un téléphone bas de gamme, mais je me dis qu’ils auraient pu le garder quand même

).
Après ces émotions, je resterai dans ma chambre pour le restant de l’après-midi. De toute façon, le temps ne s’améliore pas. J’en profiterai pour geeker un peu et regarder la télé, bien au chaud dans ma tiny house.
Voisin de chambre
