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Fort Raleigh National Historic Site

Fort Raleigh National Historic Site préserve l'emplacement exact de la toute première tentative de colonisation anglaise en Amérique du Nord, initiée bien avant les établissements pérennes de Jamestowne ou Plymouth. Situé sur Roanoke Island, ce parc national commémore les ambitions de Sir Walter Raleigh et les efforts déployés à la fin du 16ème siècle pour implanter une présence anglaise durable sur le continent nord-américain. Vous découvrirez ici les origines d'une aventure humaine complexe, marquée par les immenses difficultés de survie en terre inconnue et l'échec final de ce projet colonial précurseur.

Le site est indissociable de la célèbre énigme de la "Lost Colony", ce groupe de plus de cent colons mystérieusement disparu après 1587 sans laisser de traces. En explorant les sentiers ombragés et les vestiges restaurés du fort qu'ils avaient construit, vous marcherez sur les lieux mêmes où ces familles ont vécu avant de s'évanouir dans l'histoire, ne laissant derrière elles aucune trace. Ce mystère non résolu constitue le cœur de l'expérience de visite et continue de fasciner les historiens comme les voyageurs, invitant chacun à imaginer le destin tragique de ces pionniers.

Le site fut également le théâtre d'événements marquants durant la guerre de Sécession. Après la bataille de Roanoke Island en 1862, les lieux ont accueilli la "Freedmen's Colony", une colonie refuge destinée aux anciens esclaves et à leurs familles cherchant protection et émancipation auprès des troupes de l'Union. Cette dimension historique permet de comprendre comment ce même territoire a servi, à près de trois siècles d'intervalle, de terre d'espoir pour des explorateurs anglais puis de sanctuaire vital pour des populations afro-américaines nouvellement libres.

Fort Raleigh National Historic Site
Fort Raleigh National Historic Site
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Histoire

À la fin du 16ème siècle, l'Espagne catholique domine sans partage le Nouveau Monde, contrôlant les côtes d'Amérique centrale et du Sud, les Caraïbes et la Floride. L'Angleterre protestante, sous le règne d'Élisabeth Ire, cherche alors à contrer cette suprématie. Sir Walter Raleigh, influent favori de la reine, navigateur aguerri et visionnaire politique, propose un plan audacieux : établir des colonies en Amérique du Nord pour freiner l'expansion espagnole et servir de base arrière aux corsaires anglais attaquant les navires ennemis. Après avoir surmonté les réticences de la Reine, Raleigh obtient une charte royale l'autorisant à coloniser.

1584 : la première expédition de reconnaissance

En avril 1584, Raleigh envoie deux navires commandés par Philip Amadas et Arthur Barlowe en éclaireurs. Leur mission n'est pas de coloniser, mais de repérer un lieu propice à une future installation. Après avoir transité par les Canaries et les Antilles, l'expédition atteint les Outer Banks en juillet 1584 et découvre l'île de Roanoke. Barlowe décrit alors cette terre comme ayant "le sol le plus abondant, doux, fertile et sain du monde".

Les premiers contacts avec les populations locales, les Algonquins de Caroline, sont prometteurs. Granganimeo, frère du chef Wingina de la tribu Roanoac, accueille les Anglais et initie des échanges commerciaux. L'expédition repart vers l'Angleterre à la fin de l'été 1584, avec deux Amérindiens à son bord : Manteo (de la tribu Croatoan) et Wanchese (des Roanoacs). Ces deux hommes joueront un rôle clé en apprenant l'anglais et en renseignant le scientifique Thomas Hariot sur leur culture, aidant ainsi Raleigh à convaincre de nouveaux investisseurs.

1585-1586 : la colonie militaire

L'expédition de reconnaissance de 1584 suscite un immense enthousiasme en Angleterre. La reine Élisabeth Ire, impressionnée par les rapports prometteurs sur les richesses de cette nouvelle terre, accorde son soutien à Raleigh et accepte que la région soit nommée "Virginie" en son honneur. Fort de cet appui royal, Raleigh planifie immédiatement une opération d'envergure, conçue comme une mission essentiellement militaire. L'objectif est double : explorer le territoire en profondeur pour évaluer ses ressources naturelles et établir une base stratégique contre l'Espagne. Pour diriger cette colonie, Raleigh choisit Ralph Lane, un soldat expérimenté, qu'il nomme gouverneur.

Le 9 avril 1585, une flotte imposante de sept navires quitte le port de Plymouth, transportant 600 soldats et marins prêts à affronter l'inconnu. Mais la traversée de l'Atlantique s'avère périlleuse. Une violente tempête disperse la flotte au large des côtes portugaises et coule une des pinasses. Les navires, retardés et endommagés, parviennent finalement aux Outer Banks fin juin. Le 26 juin 1585, alors que la flotte tente de franchir une anse près de l'île Wococon (l'actuelle Ocracoke Inlet), le navire amiral, le Tiger, heurte violemment un banc de sable. L'accident est catastrophique : l'eau de mer s'engouffre dans les cales, détruisant la majeure partie des provisions vitales pour la survie de la colonie.

Ce désastre logistique anéantit le projet initial de faire de Roanoke une base permanente de grande envergure. Les vivres restants sont dramatiquement insuffisants pour nourrir les centaines d'hommes prévus. Sir Richard Grenville, l'amiral de la flotte, prend alors une décision drastique : seul un contingent réduit d'une centaine d'hommes restera sur place sous le commandement de Lane. Ce groupe restreint devra suffire pour explorer la région et maintenir la position anglaise jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle mission de ravitaillement.

Les colons installés, l'espoir de subsister grâce à l'agriculture locale et à l'ingéniosité européenne se heurte vite à la réalité du terrain. Il devient évident que leur survie dépend entièrement de la bonne volonté et de l'aide alimentaire des Algonquins de Caroline. Cependant, cette dépendance crée des tensions croissantes, exacerbées par les exigences des Anglais et les épidémies qu'ils transmettent involontairement. La situation dégénère en conflit ouvert avec le chef Wingina. Informé que ce dernier prépare une offensive pour affamer et chasser les intrus, Ralph Lane décide de frapper le premier : il organise une attaque surprise et fait assassiner Wingina le 1er juin 1586.

Quelques jours plus tard, en juin 1586, une immense flotte est aperçue à l'horizon. La crainte d'une attaque espagnole laisse place au soulagement lorsqu'il s'avère qu'il s'agit des navires anglais de Sir Francis Drake. De retour de raids fructueux contre les possessions espagnoles en Floride et aux Antilles, Drake fait escale aux Outer Banks. Il propose généreusement d'aider Lane, soit en lui laissant un navire et des vivres, soit en transportant les colons vers un site plus favorable. Mais un violent ouragan frappe soudainement la côte, dispersant les navires et semant la panique. Face à la fureur des éléments et à l'épuisement moral de ses troupes, Lane prend la décision d'abandonner Roanoke. Lui et ses hommes embarquent précipitamment avec Drake pour retourner en Angleterre, laissant la colonie déserte.

L'ironie du sort veut que la flotte de secours promise par Grenville arrive peu de temps après ce départ précipité, en juillet 1586. Avec des provisions pour un an et 400 hommes de renfort, Grenville trouve le site désespérément vide. Ne voulant pas abandonner les revendications de Raleigh sur ce territoire stratégique, il prend le risque de laisser sur place un petit détachement de quinze hommes pour garder le fort avant de repartir pour l'Angleterre. Ce petit groupe isolé connaîtra un destin tragique : attaqué par les tribus locales hostiles, il disparaîtra sans laisser de traces, ne laissant derrière lui que des ossements qui seront retrouvés par l'expédition suivante en 1587.

1587 : The Lost Colony (La Colonie Perdue)

Après les échecs précédents, l'enthousiasme des Anglais pour la colonisation de cette région du monde s'essouffle. Les difficultés rencontrées pour trouver une base stratégique adéquate, combinées à l'absence de métaux précieux ou de trésors tant espérés, incitent de nombreux investisseurs à se retirer du projet. Sir Walter Raleigh lui-même, bien que toujours convaincu de la nécessité d'une présence anglaise dans le Nouveau Monde, commence à manifester moins d'ardeur pour cette entreprise coûteuse.

Malgré ce contexte morose, une nouvelle expédition voit le jour. Le 8 mai 1587, trois navires quittent l'Angleterre avec à leur bord un groupe de colons d'un genre nouveau. Contrairement aux expéditions militaires précédentes, celle-ci est composée majoritairement de civils, des Londoniens de la classe moyenne aspirant à devenir propriétaires terriens. Sous la direction de John White, nommé gouverneur, le groupe inclut pour la première fois des femmes et des enfants, signe d'une volonté d'implantation familiale et durable. Parmi eux se trouvent Eleanor Dare, la fille enceinte de John White, et son mari Ananias Dare.

Le 22 juillet 1587, les colons atteignent les Outer Banks, mais ce n'est pas leur destination prévue. Le plan initial prévoyait de remonter la baie de Chesapeake pour s'établir dans une zone plus hospitalière. Cependant, Simon Fernandes, le commandant de la flottille, refuse catégoriquement de naviguer plus au Nord, prétextant l'arrivée imminente de l'hiver. Contraints et forcés, les colons débarquent sur l'île de Roanoke le 23 juillet.

Leur arrivée est sinistre : le seul vestige de la garnison de quinze hommes laissée par Grenville en 1586 est un squelette blanchi par le Soleil. Sans se décourager, les nouveaux arrivants se mettent immédiatement au travail pour restaurer les fortifications et les habitations abandonnées. Mais les tensions avec les populations locales ne tardent pas à resurgir. Peu après leur installation, un colon est tué dans une embuscade tendue par la tribu Secotan. En représailles, White mène une attaque contre ce qu'il croit être un village ennemi, mais frappe par erreur des alliés Croatoan, détériorant gravement les relations diplomatiques déjà fragiles.

Au milieu de ces épreuves, une lueur d'espoir apparaît : le 18 août 1587, Eleanor Dare donne naissance à une fille, qu'elle prénomme Virginia en hommage à cette nouvelle terre. Elle est le tout premier enfant anglais né dans le Nouveau Monde, symbole fragile d'un possible enracinement.

Pourtant, la situation devient critique. La menace constante d'attaques algonquiennes et le manque de vivres pour affronter l'hiver poussent les colons à prendre une décision difficile : ils convainquent John White de retourner en Angleterre pour chercher des renforts et des provisions. White part fin août, après être resté sur place seulement un mois, laissant derrière lui 115 hommes, femmes et enfants, dont sa fille et sa petite-fille. Avant son départ, un code est établi : si les colons doivent quitter l'île, ils graveront leur destination sur un arbre. En cas de danger ou de départ forcé, ils ajouteront une croix pattée à ce message.

Le retour de White en Angleterre en novembre 1587 coïncide avec une crise majeure : l'Invincible Armada espagnole menace d'envahir l'Angleterre et de renverser le régime. La reine Élisabeth Ire réquisitionne tous les navires pour la défense nationale, bloquant White à terre. Bien que l'Armada soit vaincue en 1588, les conséquences logistiques retardent son voyage de retour à Roanoke Island.

Ce n'est qu'au début de 1590 que White réussit à embarquer sur des navires corsaires, le Hopewell et le Moonlight, alors en partance pour les Antilles. Ils jettent l'ancre près de l'île de Croatoan le 12 août 1590, et débarquent à Roanoke Island le 18 août 1590, jour du troisième anniversaire de la petite Virginia. Le site est désert. White découvre le mot "CRO" gravé sur un arbre et l'inscription "CROATOAN" sur un poteau de la palissade. Soulagement immense : aucune croix de détresse n'est visible, et aucun signe d'attaque ne laisse présager un massacre.

Convaincu que les colons ont trouvé refuge sur l'île voisine de Croatoan (aujourd'hui Hatteras Island), White veut s'y rendre immédiatement. Mais le destin s'acharne : une tempête violente et la perte des câbles d'ancrage obligent les navires à reprendre la mer pour l'Angleterre, abandonnant les recherches. White ne reviendra jamais. Aucune autre tentative sérieuse de recherche ou de colonisation ne sera entreprise dans les années suivantes, scellant l'échec de ce projet. Il faudra attendre 1607 et la fondation de Jamestowne pour que les Anglais s'implantent durablement sur le continent américain. Le sort des 115 colons de 1587 reste à ce jour un mystère total, jamais élucidé par les historiens ou les archéologues.

Le mystère de la Colonie Perdue : les hypothèses

En l'absence de preuves tangibles sur le sort des 115 disparus de la colonie de 1587, les spéculations se multiplient depuis la fin du 16ème siècle. Les faits connus, établis lors du retour de John White en 1590, servent de base à ces conjectures : le site était désert mais fortifié, sans aucun signe de combat ni de fuite précipitée, et aucun corps n'a été retrouvé, suggérant un départ ordonné. Le mot "CROATOAN" gravé sur la palissade correspondait au code convenu avec White, laissant penser que les colons souhaitaient être retrouvés.

L'érosion naturelle complexifie l'enquête : à titre d'exemple, la rive Nord de Roanoke Island a reculé de près de 300 mètres en un siècle. Il est donc fort probable qu'une partie du site originel, et potentiellement des indices cruciaux, gisent aujourd'hui sous les eaux du détroit.

L'assimilation avec les populations locales

C'est l'hypothèse la plus ancienne et souvent jugée la plus crédible. Dès 1709, l'explorateur John Lawson note que les indiens Hatteras (descendants des Croatoans) possèdent des yeux gris et prétendent avoir des ancêtres blancs. Selon cette théorie, les colons, désespérant de voir revenir les navires anglais, auraient rejoint leurs alliés locaux pour survivre. L'historien David Beers Quinn propose un scénario mixte : la majorité du groupe aurait tenté de rejoindre la baie de Chesapeake (leur destination initiale) en s'assimilant aux tribus locales, tandis qu'un petit contingent serait resté à Croatoan (Hatteras) pour guetter le retour de White, finissant par s'intégrer à la tribu de Manteo.

Le déplacement de la colonie

Trois destinations principales sont envisagées pour ce déménagement :

  • L'île de Croatoan (Hatteras Island) : c'est la piste indiquée par le message gravé. La découverte d'artefacts européens du 16ème siècle sur cette île renforcent cette idée. Cependant, l'île, pauvre en ressources, aurait difficilement pu nourrir 115 bouches supplémentaires sans créer de tensions. De plus, aucun site d'habitation anglais n'y a été formellement identifié.
  • La baie de Chesapeake : c'était l'objectif initial de l'expédition. Des témoignages recueillis plus tard par les colons de Jamestown (1607) évoquent des rumeurs de massacre d'hommes blancs dans cette région peu avant leur arrivée. Toutefois, le voyage maritime depuis Roanoke Island aurait été périlleux pour des civils sans marins expérimentés, et aucune preuve archéologique n'a jamais confirmé leur présence là-bas.
  • L'intérieur des terres (site X) : une carte dessinée par John White cache le symbole d'un fort situé à environ 80 kilomètres à l'intérieur des terres, près de l'actuelle rivière Chowan (comté de Bertie). Des fouilles récentes y ont mis au jour de nombreux objets anglais (poteries, armes), suggérant une présence coloniale. Mais en l'absence de tombes ou de structures d'habitation claires, il reste possible que ces objets soient le fruit d'échanges commerciaux indigènes plutôt que la preuve d'une installation des colons disparus.

La famine

Des études dendrochronologiques (analyse des cernes des arbres) menées en 1998 ont révélé que la région a subi une sécheresse exceptionnelle entre 1587 et 1589, la pire en 800 ans. Cette catastrophe climatique aurait pu provoquer une famine fatale, exacerbant les tensions pour les ressources alimentaires avec les tribus locales. Cependant, l'absence de sépultures sur le site de Roanoke contredit l'idée d'une épidémie massive sur place.

Le naufrage en mer

Une théorie plus tragique suggère que les colons, à bout de ressources, auraient tenté de regagner l'Angleterre par leurs propres moyens en utilisant la pinasse laissée sur place. Ce navire de fortune aurait pu sombrer dans l'Atlantique, ne laissant aucune trace.

L'ouragan

Bien que la région soit propice aux ouragans, John White n'a constaté aucune destruction caractéristique d'une tempête majeure à son retour. Les bâtiments avaient été soigneusement démontés, et non détruits par le vent, ce qui écarte l'hypothèse d'une catastrophe naturelle soudaine ayant anéanti la colonie sur place.

Malgré des siècles de recherches, d'innombrables fouilles archéologiques et des analyses scientifiques de pointe, le sort final des 115 colons de 1587 demeure l'un des plus grands mystères de l'histoire américaine. Aucune théorie n'a pu être définitivement prouvée, laissant l'énigme de la "Lost Colony" intacte. Aujourd'hui encore, Fort Raleigh National Historic Site garde jalousement ses secrets, invitant chaque visiteur à imaginer ce qu'il est advenu de Virginia Dare et des siens.

Situation

Fort Raleigh National Historic Site occupe toute la pointe Nord-Ouest de Roanoke Island, l'une des îles majeures des Outer Banks, située en retrait de l'île-barrière de Bodie Island. Voir le plan de situation de Fort Raleigh National Historic Site.

Le site est accessible via la route US64 qui parcourt la partie Nord de Roanoke Island, puis par une petite route, Fort Raleigh Road, qui pénètre dans le parc et permet de rejoindre des aires de stationnement situées près du Visitor Center. L'adresse exacte du parc est le 1401 National Park Drive à Manteo.

Le parc est ouvert tous les jours de l'année, 24h/24. Le Visitor Center est ouvert de 9h à 17h.

L'accès à Fort Raleigh National Historic Site est gratuit.

Le parc, qui occupe 6 hectares et protège les lieux et vestiges de la premère tentative de colonisation du continent nord-américain par les Anglais, abrite un Visitor Center et plusieurs petites balades. On retrouve également deux particularités :

  • Au Nord du parc, le long de Albemarle Sound, on découvre Waterside Theatre, un amphithéâtre en plein-air où se déroule chaque soir d'été le fameux spectacle The Lost Colony (payant).
  • Toujours au Nord du site, se trouve une enclave, The Elizabethan Gardens, abritant de magnifiques jardins (accès payant).

Temps de visite

La visite des principales attactions du site, situées autour du Visitor Center, est assez rapide : comptez une grosse heure pour découvrir les expositions du Visitor Center, les vestiges de l'ancien fort et faire une petite balade jusqu'aux rives de Albemarle Sound.

À voir, à faire

Visualisez l'ensemble des points d'intérêt présentés ci-dessous sur cette carte.

Fort Raleigh National Historic Site

Lindsay Warren Visitor Center

Lindsey Warren Visitor Center
Lindsey Warren Visitor Center
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Lindsay Warren Visitor Center est le point de départ incontournable de toute visite de Fort Raleigh National Historic Site. Ce centre d'accueil moderne abrite un musée immersif qui retrace de manière exhaustive l'histoire complexe et fascinante de Roanoke Island. Les expositions permanentes couvrent un spectre historique remarquablement large : les peuples algonquins qui habitaient ces terres bien avant l'arrivée des Européens, les tentatives de colonisation anglaise du 16ème siècle, la bataille de Roanoke Island durant la guerre de Sécession, la Freedmen's Colony (1863-1867) qui accueillit des milliers d'anciens esclaves, et même les travaux pionniers de Reginald Fessenden, inventeur de la radiodiffusion. Cette approche globale permet de comprendre comment ce petit bout de terre a été le théâtre de moments charnières de l'histoire américaine, bien au-delà du seul mystère de la Colonie Perdue.

Lindsey Warren Visitor Center
Lindsey Warren Visitor Center
(NPS)

Le Visitor Center abrite un musée riche en enseignements, exposant de nombreux artefacts archéologiques qui éclairent les conditions de vie précaires des colons. Vous pourrez y observer des outils, des fragments de poterie et des objets personnels retrouvés lors des fouilles sur l'île, témoignant du quotidien difficile de ces pionniers anglais. Ces vitrines permettent de mieux saisir les défis logistiques et matériels auxquels ils ont dû faire face pour tenter de survivre dans cet environnement inconnu.

Le centre propose également une vidéo de 17 minutes projetée dans son petit théâtre, qui reconstitue de manière vivante les interactions entre les Algonquins et les colons anglais. Ce court-métrage, accessible à tous les publics, plonge les visiteurs dans l'atmosphère de ces premiers contacts interculturels, marqués à la fois par la curiosité, l'incompréhension mutuelle et les tensions croissantes qui ont finalement scellé le destin tragique des colons. C'est une excellente introduction avant de partir explorer les sentiers et les vestiges du site extérieur.

Lindsey Warren Visitor Center
Lindsey Warren Visitor Center
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Au sein même du bâtiment d'accueil, ne manquez pas The Elizabethan Room, une pièce authentique et somptueuse qui n'a rien à voir avec les cabanes rustiques des colons de Roanoke. Il s'agit en réalité d'un salon lambrissé datant de la fin du 16ème siècle, entièrement démonté d'un manoir en Angleterre (Herkimer House dans le Kent) et remonté ici pièce par pièce. Avec ses magnifiques boiseries en chêne sombre, sa cheminée monumentale en pierre ornée de blasons héraldiques et ses portraits d'époque accrochés aux murs, cette salle offre un aperçu saisissant du faste et du raffinement de l'aristocratie élisabéthaine restée au pays.

Elizabethan Room
Elizabethan Room
(NPS)

Le clou du spectacle est sans conteste son plafond à caissons en bois sculpté, un chef-d'œuvre d'ébénisterie qui attire immédiatement le regard. Cette pièce a été installée ici pour offrir aux visiteurs un contraste frappant : elle illustre le monde confortable, riche et structuré que les colons ont quitté, par opposition à la nature sauvage et aux conditions de survie extrêmes qu'ils ont trouvées en arrivant sur les rivages des Outer Banks. C'est une invitation à méditer sur le courage ou la désillusion de ces hommes et femmes qui ont troqué la sécurité de tels intérieurs pour l'inconnu du Nouveau Monde.

Elizabethan Room
Elizabethan Room

Les rangers du National Park Service y sont présents pour répondre à vos questions, fournir des cartes des sentiers et vous conseiller sur l'organisation de votre visite en fonction du temps dont vous disposez. Prévoyez environ 30 minutes pour explorer tranquillement les expositions avant de partir à la découverte du site extérieur, car la richesse des informations présentées mérite qu'on s'y attarde pour vraiment saisir l'ampleur et la complexité de cette histoire qui a façonné l'Amérique.

Elizabethan Room
Elizabethan Room
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

1896 Monument

1896 Monument
1896 Monument
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Une fois la visite du Visitor Center réalisée, vous pouvez partir explorer les espaces extérieurs du site. Suivez l'allée bien aménagée qui part vers le Nord pour atteindre 1896 Monument. Le 24 novembre 1896, la Roanoke Colony Memorial Association inaugure solennellement le tout premier monument officiel commémorant Virginia Dare et les colons disparus de Roanoke.

Haute de 150 centimètres, cette stèle en granit de Virginie, parfois apppelé Virginia Dare Monument, repose sur un socle en granit de Caroline du Nord, symbolisant la portée régionale et historique de cette tragédie fondatrice. L'inscription gravée sur la tablette évoque les colonies de Raleigh, en mettant particulièrement l'accent sur deux événements majeurs : la naissance et le baptême de Virginia Dare, premier enfant anglais né dans le Nouveau Monde, ainsi que le baptême de Manteo, l'allié amérindien fidèle aux colons.

1896 Monument
1896 Monument
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Ce monument marque un tournant dans la reconnaissance patrimoniale du site de Fort Raleigh, transformant un lieu abandonné et oublié en un espace mémoriel chargé de sens. Aujourd'hui inscrit au National Register of Historic Places, ce modeste mais émouvant témoignage de pierre rappelle aux visiteurs que, bien avant les grandes célébrations contemporaines, des Américains du 19ème siècle avaient déjà compris l'importance de préserver la mémoire de ces pionniers disparus mystérieusement.

1896 Monument
1896 Monument
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

The Earthen Fort

The Earthen Fort
The Earthen Fort
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

À une centaine de mètres au Nord du Visitor Center, on découvre The Earthen Fort, les vestiges reconstruits d'une fortification en terre érigée lors de l'expédition militaire de 1585/1586.

Le fort actuel se présente comme une modeste configuration de remblais et de tranchées. Une excavation menée en 1895 avait révélé les contours flous des fossés creusés dans les années 1580, dont la terre excavée servait à former un mur protecteur depuis longtemps érodé. En 1950, le National Park Service a recreusé les tranchées et reconstitué les remparts.

The Earthen Fort
The Earthen Fort
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Les talus herbeux et les fossés peu profonds que vous voyez sont une reconstitution soignée réalisée en 1950, suite à des travaux archéologiques menés par le NPS et en se basant sur les connaissances des fortifications similaires construites à la même époque, d'un petit fort en étoile qui protégeait probablement le "laboratoire scientifique" de l'expédition de 1585. C'est ici que Joachim Gans et Thomas Hariot, scientifiques de l'expédition, auraient mené leurs recherches cruciales sur les minéraux et les ressources naturelles du Nouveau Monde, à l'abri, espéraient-ils, des tensions grandissantes avec les tribus locales.

The Earthen Fort
The Earthen Fort
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Le fort avait la forme d'un carré irrégulier, avec des côtés mesurant environ 20 mètres de long, renforcés aux angles par des bastions en pointe de flèche ("bastions à l'italienne") qui permettaient des tirs croisés pour défendre les murs. L'ensemble devait être entouré d'un fossé sec, dont la terre excavée a servi à élever les remblais défensifs.

Lors de fouilles autour de ce secteur, les archéologues y ont découvert des outils et des échantillons de roche cohérents avec les pratiques métallurgiques de l'époque, confirmant que ce lieu servait de "laboratoire scientifique" où Gans analysait les sols et minéraux à la recherche de métaux précieux susceptibles d'enrichir Sir Walter Raleigh et ses investisseurs.

The Earthen Fort
The Earthen Fort
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

La construction de cette fortification défensive ne fut vraisemblablement entreprise qu'en réaction aux tensions croissantes avec les populations algonquiennes locales. Le laboratoire existait probablement avant que le fort ne soit érigé pour le protéger, témoignant de la détérioration rapide des relations diplomatiques après l'arrivée des Anglais. Cette installation militaire rudimentaire symbolise la transition d'une mission scientifique confiante vers une position assiégée, marquée par la méfiance et la peur.

Une question légitime se pose : ce fort a-t-il également servi aux colons de 1587, ceux de la fameuse Lost Colony ? La réponse est très probablement oui. Bien que l'objectif initial de l'expédition de John White fût de faire escale brièvement à Roanoke pour récupérer la petite garnison de quinze hommes laissée en 1586 avant de remonter vers la baie de Chesapeake, le capitaine Simon Fernandes refusa catégoriquement d'aller plus loin, souhaitant naviguer vers le Sud pour attaquer les navires espagnols chargés de trésors. Contraints de débarquer à Roanoke, les colons de 1587 ont certainement réutilisé les bâtiments et structures abandonnés par leurs prédécesseurs, dont ce fort.

Paradoxalement, malgré l'identification précise de l'emplacement de ce fort, les archéologues n'ont jamais retrouvé les quartiers d'habitation principaux de la colonie. On pourrait logiquement s'attendre à ce que l'ensemble du campement, conçu pour héberger jusqu'à 600 hommes lors de l'expédition de 1585, se trouve concentré autour de cette zone défensive. Pourtant, aucune trace typique d'habitat permanent n'a été mise au jour dans les environs immédiats : pas de trous de poteaux indiquant des structures résidentielles, pas d'accumulation significative de déchets domestiques comme des fragments de poteries, des ustensiles métalliques, des os d'animaux ou des coquillages.

The Earthen Fort
The Earthen Fort
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Près de 1900 m² ont été excavés à l'intérieur des limites du parc depuis les premières fouilles de Jean Harrington en 1947, mais les trouvailles se limitent principalement à des clous, des pointes et du matériel lié à la métallurgie, tous concentrés près du fort. Les archéologues en ont conclu que les colons ne vivaient tout simplement pas dans cette zone, mais ailleurs sur l'île, peut-être dans des secteurs aujourd'hui recouverts par des lotissements modernes et des commerces, ou même engloutis par l'érosion côtière qui a fait disparaître des portions entières de Roanoke Island au fil des siècles.

En pénétrant à l'intérieur des murs de terre, vous découvrirez une petite place herbeuse ponctué de quatre poteaux en bois plantés dans le sol. Ces marqueurs indiquent l'emplacement exact de trous de poteaux découverts lors des fouilles, prouvant qu'une structure rectangulaire, probablement le laboratoire de Gans, se dressait jadis à cet endroit précis.

Thomas Hariot Trail

(0.5 mile (0.8 km) (boucle) | 15 minutes | Facile)
Thomas Hariot Trail
Thomas Hariot Trail
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Thomas Hariot Trail est une boucle facile d'environ 800 mètres de long serpente à travers une magnifique forêt maritime et porte le nom de Thomas Hariot, l'éminent scientifique et géographe qui accompagna l'expédition anglaise à Roanoke Island en 1585. Le départ du sentier se situe juste au Nord de The Earthen Fort, permettant de prolonger naturellement la visite historique par une balade naturaliste dans un environnement similaire à celui que Hariot lui-même a étudié et documenté il y a plus de quatre siècles.

Dès vos premiers pas sur le sentier, vous pénétrez dans une forêt maritime dense et paisible, un contraste saisissant avec l'agitation touristique des plages des Outer Banks toutes proches. Les pins loblolly, les chênes lauriers et les chênes verts poussent ici relativement hauts, protégés des vents salés et violents qui balaient les îles plus à l'Est. Des panneaux d'interprétation jalonnent le parcours, vous invitant à vous mettre dans la peau de Hariot et de ses guides algonquins lors de son exploration de 1585, découvrant une terre totalement nouvelle avec ses plantes, ses animaux et ses habitants inconnus. La végétation épaisse, les lianes qui enserrent les troncs et le sous-bois luxuriant créent une atmosphère presque mystique, où le temps semble s'être arrêté depuis l'époque coloniale.

Thomas Hariot Trail
Thomas Hariot Trail
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

À mi-chemin, le sentier atteint Losing Ground Scenic View et les rives de Albemarle Sound, un vaste estuaire formé par Roanoke River, Chowan River, Pasquotank River et Perquimans River, et qui s'ouvre ensuite vers l'Atlantique. Un point de vue ombragé, encerclé par de beaux chênes verts aux silhouettes tourmentées, vous invite à faire une pause pour contempler le paysage. La topographie de Roanoke Island a énormément évolué depuis l'arrivée des premiers Anglais : si vous étiez ici aux côtés de Thomas Hariot en 1585, la ligne de rivage serait nettement plus éloignée qu'aujourd'hui. En plus de 400 ans, l'action combinée des courants, de la montée du niveau de la mer et des tempêtes a grignoté l'extrémité Nord de l'île, faisant reculer la côte de plusieurs centaines de mètres.

Thomas Hariot Trail
Thomas Hariot Trail
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Il est d'ailleurs très probable qu'une partie des vestiges et des artefacts des premiers colons reposent aujourd'hui sous les eaux. Les archéologues estiment que la rive Nord de Roanoke Island, où se trouvaient les colonies de Lane et de White, a perdu environ 280 mètres entre 1851 et 1970 seulement. En extrapolant cette érosion jusqu'aux années 1580, il est fort possible que des portions entières des établissements originaux aient été englouties avec le temps, emportant avec elles les traces matérielles de la vie quotidienne de ces pionniers et contribuant ainsi au mystère persistant de leur histoire.

Losing Ground Scenic View
Losing Ground Scenic View
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

La boucle vous ramène ensuite à son point de départ, vous laissant imprégné de la beauté sereine de cette forêt maritime que Thomas Hariot avait si chaleureusement décrite à ses commanditaires anglais, vantant les richesses naturelles et humaines de ce "nouveau monde" plein de promesses.

Etheridge Point Beach

Etheridge Point Beach
Etheridge Point Beach

Située à la pointe Nord-Ouest de Fort Raleigh National Historic Site, Etheridge Point Beach est une petite plage de sable paisible donnant sur Albemarle Sound, accessible en suivant la petite route de Pear Pad Road au départ du Visitor Center. Celle-ci se termine en cul-de-sac après 0.5 mile, débuochant sur un petit parking situé à proximité immédiate du rivage.

Contrairement aux plages tumultueuses de l'océan Atlantique, les eaux ici sont généralement calmes et plus chaudes, offrant un cadre idéal et sécurisé pour se baigner, jouer en famille ou simplement se détendre les pieds dans l'eau. Bien que la baignade y soit agréable, il est important de noter qu'aucune surveillance n'est assurée par des maîtres-nageurs, invitant chacun à la prudence.

Etheridge Point Beach
Etheridge Point Beach

Ce lieu discret est également réputé pour offrir l'un des panoramas les plus spectaculaires des Outer Banks. Depuis le rivage, votre regard peut embrasser un vaste horizon incluant les dunes majestueuses de Jockey's Ridge, la silhouette de Wright Brothers Monument et l'île de Colington au loin. Etheridge Point est ainsi une halte parfaite pour ceux qui cherchent à conjuguer plaisirs balnéaires simples et contemplation dans un environnement naturel préservé.

First Light of Freedom Memorial

First Light of Freedom Memorial
First Light of Freedom Memorial

First Light of Freedom Memorial est un monument solennel et puissant situé juste à côté de Lindsey Warren Visitor Center. Érigé en 2004, le monument prend la forme d'un bloc de granit noir poli, sobre et imposant.

Ce mémorial honore le courage et la résilience des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants anciennement réduits en esclavage qui, au cœur de la guerre de Sécession, ont trouvé refuge ici, sur Roanoke Island. Il marque l'emplacement symbolique d'un sanctuaire de liberté, reconnu aujourd'hui comme faisant partie du réseau national "Underground Railroad Network to Freedom". Plus qu'une simple pierre commémorative, c'est un point de repère essentiel pour comprendre que cette île a été, à deux reprises dans l'histoire, le théâtre de "nouveaux commencements" pour des populations en quête d'espoir.

First Light of Freedom Memorial
First Light of Freedom Memorial
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Pour comprendre l'existence de ce refuge, il faut remonter à février 1862. L'île de Roanoke, verrou stratégique contrôlant l'accès aux eaux intérieures de la Caroline du Nord, est alors aux mains des Confédérés. Le général Henry Wise, conscient de la vulnérabilité de sa position, a fait construire des fortifications en terre et des forts côtiers, mais manque cruellement de renforts face à la puissance navale de l'Union qui menace par le Sud.

Le 7 février 1862, les troupes de l'Union commandées par le général Ambrose Burnside débarquent sur l'île. Au matin du 8 février, après une nuit pluvieuse, les soldats fédéraux lancent l'assaut, traversant des marécages jugés infranchissables pour contourner et submerger les défenses confédérées. Débordés, les Sudistes fuient vers le Nord de l'île avant de capituler.

Cette victoire décisive offre à l'Union le contrôle de l'Est de la Caroline du Nord et de ses ports vitaux. Mais elle a une autre conséquence immédiate : les esclaves qui avaient été envoyés sur l'île pour bâtir les fortifications confédérées sont déclarés "contrebande de guerre" et émancipés sur le champ par les forces fédérales. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre : Roanoke Island est désormais une terre libre.

Dès la prise de l'île, des centaines d'esclaves en fuite affluent du continent, risquant leur vie pour traverser le détroit et rejoindre ce havre de paix. Face à cet afflux, l'armée de l'Union décide d'officialiser la situation. En mai 1863, le major général John G. Foster ordonne la création formelle de la Freedmen's Colony sur la partie Nord de l'île, incluant les terres de l'actuel Fort Raleigh NHS. L'objectif est ambitieux : créer une communauté modèle, autonome et éduquée, préfigurant la reconstruction sociale du Sud.

Sous la direction de l'aumônier Horace James, la colonie se structure rapidement. Des arpenteurs tracent des rues au milieu des pins, et bientôt s'élèvent des centaines de maisons, une scierie, un hôpital, des églises et des écoles. Pour la première fois, des enfants et des adultes noirs ont accès à l'éducation, dispensée par des enseignantes missionnaires comme Elizabeth James. À son apogée en 1865, la colonie compte près de 4000 résidents, une véritable ville grouillante de vie et d'espoir.

First Light of Freedom Memorial
First Light of Freedom Memorial
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

La colonie joue également un rôle militaire actif. Plus de 150 hommes de la communauté s'enrôlent dans l'armée de l'Union, formant les rangs des 1er et 2ème régiments des United States Colored Troops. Cependant, ce départ des hommes valides fragilise l'économie locale, laissant derrière eux une population majoritairement composée de femmes, d'enfants et de personnes âgées dépendantes de l'aide gouvernementale.

La fin de la guerre en 1865 sonne malheureusement le glas de cette expérience utopique. Le gouvernement fédéral, par souci de réconciliation, ordonne la restitution des terres confisquées à leurs propriétaires originaux. L'aide est coupée et l'administration pousse les résidents à partir. En 1867, la colonie est officiellement démantelée. Beaucoup partent chercher du travail sur le continent, mais une partie des familles réussit à rester sur l'île, achetant leurs propres terrains.

Aujourd'hui, bien que les bâtiments en bois aient disparu depuis longtemps, l'héritage de la Freedmen's Colony est bien vivant. De nombreux descendants des colons de 1862 vivent toujours sur l'île de Roanoke, perpétuant la mémoire de cette "première lueur de liberté". Le mémorial de Fort Raleigh leur rend hommage, rappelant que ce sol n'est pas seulement celui de la Colonie Perdue anglaise, mais aussi celui d'une communauté retrouvée qui a marqué l'histoire de l'émancipation américaine.

Freedom Trail

(2.5 miles (4 km) (aller-retour) | 1 heure | Facile)

Freedom Trail est un sentier historique de 2 kilomètres de long qui relie le Visitor Center à la pointe Nord-Ouest de l'île. Ce parcours très facile, sans aucune difficulté technique ni dénivelé, serpente à travers une magnifique forêt maritime dense qui offre une ombre bienvenue lors des chaudes journées d'été. Ce sentier constitue un complément intéressant à la visite de Fort Raleigh NHS, car il raconte un chapitre méconnu mais fondamental de l'histoire américaine, celui de la Freedmen's Colony, cette communauté refuge établie durant la guerre de Sécession pour accueillir des milliers d'anciens esclaves en quête de liberté.

Bien que le départ officiel se situe au Visitor Center, vous pouvez également commencer votre marche depuis le parking Sud de The Elizabethan Gardens, situé à proximité. De là, le sentier vous plonge immédiatement dans une épaisse forêt où l'ambiance change radicalement : les chênes tordus par le vent marin, les pins et les magnolias créent une voûte végétale apaisante, ponctuée par le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles.

Ce qui rend ce sentier vraiment remarquable, au-delà de sa beauté naturelle, c'est l'approche innovante et émouvante adoptée par ses concepteurs pour raconter l'histoire de la Freedmen's Colony. Tout au long du parcours, des silhouettes métalliques grandeur nature se dressent comme des sentinelles silencieuses aux côtés de panneaux interprétatifs. Ces statues représentent les hommes, femmes et enfants qui ont trouvé refuge sur cette île après 1862, fuyant l'esclavage pour construire une nouvelle vie sous la protection des troupes de l'Union. Les panneaux racontent les détails de leurs histoires personnelles, faites de privations matérielles mais aussi d'espoir immense. Vous découvrirez comment ces réfugiés ont bâti des écoles, des églises et des fermes, et comment des enseignants et missionnaires venus du Nord ont aidé cette population souvent illettrée à s'adapter aux défis d'une société libre.

Le sentier se termine au bord de l'eau, où un panneau décrit la bataille navale de Roanoke Island qui eut lieu en février 1862, marquant la prise de contrôle de l'île par les forces de l'Union et ouvrant la voie à l'établissement de la colonie refuge. Le retour se fait par le même chemin.

Waterside Theatre

Waterside Theatre
Waterside Theatre
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Waterside Theatre est un amphithéâtre en plein air magnifiquement intégré à son environnement naturel, conçu pour accueillir le célèbre drame symphonique "The Lost Colony". Situé au Nord de l'île de Roanoke, au sein même du Fort Raleigh National Historic Site, il offre une vue imprenable sur les eaux calmes de Roanoke Sound, qui servent de toile de fond vivante et changeante à l'architecture du lieu. En journée, lorsque le théâtre est au repos, l'accès est libre pour les visiteurs du parc, permettant de découvrir cette structure impressionnante.

Le théâtre dispose d'une capacité d'environ 1600 places. Les sièges, rénovés récemment pour offrir plus de confort et d'accessibilité, sont disposés en demi-cercle face à la scène.

Waterside Theatre
Waterside Theatre
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

L'architecture de la scène elle-même mérite qu'on s'y attarde. Vaste et ouverte, elle est bordée par la végétation luxuriante des Outer Banks qui semble vouloir reprendre ses droits sur les planches. Les décors fixes, qui évoquent les constructions élisabéthaines et les villages amérindiens, se mêlent aux arbres environnants, brouillant la frontière entre artifice et nature. En vous promenant dans les allées vides, vous pouvez admirer les détails de cette scénographie permanente qui attend chaque soir d'été de s'animer.

Waterside Theatre
Waterside Theatre
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Waterside Theatre est un témoignage de la persévérance culturelle locale. Construit et entretenu par la Roanoke Island Historical Association en partenariat avec le National Park Service, il a résisté aux éléments marins et aux ouragans depuis des décennies. Sa structure robuste mais élégante, faite de bois et de matériaux durables, s'intègre harmonieusement dans le paysage historique de Fort Raleigh.

Waterside Theatre
Waterside Theatre
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

The Lost Colony

The Lost Colony
The Lost Colony

The Lost Colony est un monument culturel vivant, reconnu comme le drame symphonique en plein air le plus ancien et le plus célèbre des États-Unis. Joué chaque été depuis 1937 sur le site même des événements historiques, dans Waterside Theatre, ce spectacle grandiose mobilise plus de 100 acteurs et techniciens pour redonner vie à l'épopée mystérieuse des colons de 1587. Mêlant théâtre, danse, musique, combats épiques et effets spéciaux, cette production lauréate d'un Tony Award offre une immersion spectaculaire et poignante dans l'une des énigmes fondatrices de l'histoire américaine.

The Lost Colony
The Lost Colony

Le spectacle se déroule dans le cadre exceptionnel du Waterside Theatre, avec le ciel étoilé pour plafond et les eaux calmes de Albemarle Sound en toile de fond. La scène offre une atmosphère magique qui renforce la puissance dramatique du récit. Depuis sa première représentation le 4 juillet 1937, ce théâtre a accueilli des millions de spectateurs venus du monde entier.

The Lost Colony
The Lost Colony
(© Outer Banks Visitors Bureau)

L'histoire racontée est celle, poignante et authentique, des 115 hommes, femmes et enfants arrivés ici en 1587 pour bâtir une nouvelle vie. Le scénario, écrit à l'origine par le dramaturge Paul Green (lauréat du prix Pulitzer), retrace leurs espoirs, leurs luttes quotidiennes, la naissance de Virginia Dare et leur disparition inexpliquée. La pièce ne se contente pas de faits historiques : elle tisse une épopée humaine vibrante, mêlant courage, désespoir et rêves brisés, tout en laissant le mystère final intact.

The Lost Colony
The Lost Colony

La production est colossale. Elle mobilise chaque soir des dizaines de techniciens. La mise en scène est riche en effets spéciaux, combats d'épée chorégraphiés, chants et danses d'époque. Récemment, le spectacle a été modernisé pour offrir une représentation plus authentique et respectueuse des cultures amérindiennes, avec des rôles autochtones tenus par des acteurs natifs et une narration repensée.

The Lost Colony
The Lost Colony

La saison s'étend généralement de début juin à fin août. Les représentations ont lieu tous les soirs du lundi au samedi, offrant six opportunités par semaine de découvrir ce chef-d'œuvre. Le spectacle commence à 19h45, une heure idéale pour profiter du crépuscule sur Albemarle Sound avant que la nuit ne plonge la scène dans une ambiance plus intime et dramatique. La durée du spectacle est d'environ deux heures, avec un entracte.

The Lost Colony
The Lost Colony

Le spectacle est extrêmement prisé, et il est impératif de réserver vos places à l'avance. Les billets partent vite. Vous pouvez réserver directement en ligne sur le site thelostcolony.org.

Les tarifs sont variables selon la catégorie de sièges choisie. Pour un adulte, comptez généralement entre 35$ et 40$ pour une place. Des réductions existent pour les enfants (souvent moitié prix pour les 6-12 ans et gratuit pour les moins de 5 ans).

Une particularité notable du spectacle est le Native Pre-Show, une présentation culturelle proposée par les membres autochtones de la troupe certains soirs (généralement les mardis, vendredis et samedis) à 20h00, juste avant le spectacle principal. C'est une excellente occasion d'en apprendre davantage sur l'héritage amérindien de la région.

The Lost Colony
The Lost Colony

The Elizabethan Gardens

The Elizabethan Gardens

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

Enclavés au cœur même de Fort Raleigh National Historic Site, The Elizabethan Gardens offrent une parenthèse de beauté et de sérénité. Ce jardin botanique de 4 hectares est un hommage vivant aux premiers colons anglais et une reconstitution fidèle des "jardins d'agrément" qui ravissaient la noblesse sous le règne d'Élisabeth Ire. En franchissant ses portes, vous quittez l'Amérique moderne pour plonger dans l'esthétique raffinée de la Renaissance anglaise, tout en restant entouré par la nature sauvage des Outer Banks.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

L'histoire de ce jardin est relativement récente. L'idée germe en 1951, lorsque le Garden Club de Caroline du Nord décide de créer un mémorial permanent pour honorer le courage des pionniers de Sir Walter Raleigh. Le projet prend une ampleur inattendue grâce à deux événements majeurs : le don d'une précieuse collection de statues classiques par John Hay Whitney en 1952, et l'intervention des architectes paysagistes de renom Innocenti et Webel, qui dessinent les plans en 1953. Inauguré quelques années plus tard, le jardin est conçu pour imaginer ce qu'un riche colon aurait pu bâtir si la colonie avait prospéré.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

Votre visite commence par l'imposante Gate House, une structure en briques inspirée de l'architecture Tudor. Son entrée est marquée par de lourdes portes en fer qui ornaient autrefois l'ambassade de France à Washington. À l'intérieur, prenez le temps d'admirer les poutres taillées à la main, le sol en dalles de pierre et le portrait à l'huile de la reine Élisabeth Ire qui veille sur les lieux. C'est ici que vous pouvez acheter vos billets si vous ne l'avez pas fait en ligne, et récupérez un plan indispensable pour ne rien manquer des 23 points d'intérêt disséminés dans le parc.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens
(© Outer Banks Visitors Bureau)

Une fois dehors, vous êtes accueilli par une allée majestueuse bordée de haies de yaupons soigneusement taillées. Vous découvrirez alors l'imposante effigie de la reine Élisabeth Ire. Sculptée dans le bronze, cette figure royale accueille les visiteurs avec autorité et élégance, rappelant immédiatement le lien historique profond entre ce lieu et la couronne anglaise. Elle rend hommage à la souveraine qui a donné son nom à cette époque faste, ainsi qu'aux terres de "Virginie" revendiquées en son honneur.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

Le cœur du jardin est Sunken Garden, un chef-d'œuvre de symétrie composé de 32 parterres identiques. En son centre trône une ancienne fontaine italienne en marbre, flanquée de deux magnifiques myrtes crêpes qui fleurissent en rose vif pendant une grande partie de l'année. C'est un lieu propice à la contemplation, où le murmure de l'eau se mêle au chant des oiseaux.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

L'une des pièces maîtresses du jardin est sans conteste la statue de Virginia Dare. Sculptée en marbre de Carrare par l'artiste américaine Maria Louise Lander en 1859, elle représente la première enfant anglaise née en Amérique devenue adulte. L'œuvre a connu une histoire tumultueuse, survivant à un naufrage et un incendie, avant de trouver sa place ici. Au lieu de livres, Virginia tient un filet de pêche et porte des dentelles amérindiennes, symbolisant la légende selon laquelle elle aurait grandi parmi les tribus locales. Elle se tient au pied d'un vieux chêne, le regard tourné vers le détroit de Roanoke, incarnant le mystère éternel de la Colonie Perdue.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

En vous promenant vers le front de mer, vous découvrirez le Watergate, une ouverture pittoresque donnant sur Roanoke Sound. C'est l'endroit idéal pour imaginer l'arrivée des navires anglais au 165ème siècle. Le jardin abrite également une roseraie, dédiée à la reine Élisabeth II, qui présente des variétés de roses anciennes et modernes, dont la célèbre rose "Queen Elizabeth". Les parfums y sont enivrants, surtout au printemps et au début de l'été.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

Au Sud-Ouest des jardins, Butterfly Garden est un petit espace pensé comme une halte pédagogique et agréable, où l'on vient surtout pour observer les papillons attirés par des plantations fleuries et adaptées à leur cycle de vie, tout en profitant d'une ambiance plus intime que les grandes perspectives du jardin. Selon la saison, vous pourrez y voir des papillons en activité autour des massifs, ce qui en fait une étape appréciée si vous visitez en fin de printemps et en été, quand la floraison est la plus généreuse.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens
(© Outer Banks Visitors Bureau)

Les amateurs de botanique seront comblés par la diversité des espèces présentes. Le jardin mêle habilement plantes indigènes (azalées, camélias, hortensias) et espèces exotiques importées. Chaque saison offre un spectacle différent : les bulbes éclatent de couleurs au printemps, les annuelles illuminent l'été, et les camélias apportent une touche de vie en automne et en hiver. Le site est d'ailleurs reconnu comme une étape officielle du "North Carolina Birding Trail", attirant de nombreux passionnés d'ornithologie.

The Elizabethan Gardens
The Elizabethan Gardens

Enfin, The Elizabethan Gardens proposent tout au long de l'année des événements spéciaux qui rythment la vie locale. L'un des plus populaires est le WinterLights en décembre, où le jardin s'illumine de milliers de lumières féeriques, créant une atmosphère magique. Des ateliers de jardinage, des ventes de plantes (dans la serre adjacente) et des programmes pour enfants sont également organisés régulièrement, faisant de ce lieu un espace vivant et dynamique.

  • 1411 National Park Drive, Manteo
  • De février à novembre, de 9h (11h le dimanche) à 17h. Décembre, de 18h à 21h
  • 12$ par personne de 13 ans et plus, 8$ par enfant de 3 à 12 ans
  • elizabethangardens.org
The Elizabethan Gardens
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Photos

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Hébergements

Hôtels

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Campings

Le parc ne dispose pas de camping. Quelques campings privés sont présents sur Roanoke Island, et d'autres, privés ou gérés par le NPS, sont disponibles sur les autres îles des Outer Banks.

Consultez la base de données de RoadTrippin.fr pour trouver un camping près de Fort Raleigh National Historic Site.

Météo

Altitude moyenne : 2 mètres

DonnéeAnnéeJanv.Fév.MarsAvr.MaiJuinJuil.AoûtSept.Oct.Nov.Déc.
Température moyenne (°C)178811152024262624191410
Nombre de jours avec T° max > 32°C4000001210000
Nombre de jours avec T° min < 0°C1100000000000
Nombre de jours avec pluie12111101191091211109911

Cartes

Carte interactive de Fort Raleigh National Historic Site
Carte de Fort Raleigh National Historic Site
Carte de The Elizabethan Gardens

Liens

National Park Service - Fort Raleigh National Historic Site
The Lost Colony
The Elizabethan Gardens

Aux alentours

Les Outer Banks offrent une concentration exceptionnelle de sites historiques et naturels. Ce fragile cordon d'îles-barrières qui s'étire le long de la côte offre des kilomètres de plages sauvages battues par les vagues, des spots de pêche réputés, des villages de pêcheurs authentiques et une atmosphère maritime unique où l'océan dicte le rythme de la vie.

À quelques minutes seulement de Fort Raleigh National Historic Site, dans la charmante ville de Manteo, vous pourrez flâner le long du front de mer, visiter North Carolina Maritime Museum et admirer la réplique du navire Elizabeth II, une reproduction grandeur nature d'un vaisseau du 16ème siècle amarré dans le port de la ville, près de Roanoke Island Festival Park Adventure Museum.

Au centre de Bodie Island, Wright Brothers National Memorial célèbre un autre chapitre fondateur de l'histoire américaine : le premier vol motorisé des frères Wright en 1903. Le site comprend un monument imposant sur Big Kill Devil Hill et un musée retraçant cette prouesse technique.

Juste à côté, Jockey's Ridge State Park abrite la plus haute dune de sable de la côte Est américaine, un terrain de jeu spectaculaire pour le cerf-volant, le deltaplane et les balades au coucher du Soleil.

Plus au Sud, le phare de Bodie Island Light Station, avec ses rayures horizontales noires et blanches emblématiques, mérite le détour. Vous pouvez grimper ses 214 marches pour un panorama époustouflant sur les marais salants et l'océan Atlantique.

Par dommm063
Mis à jour le 16 janvier 2026