Par Dominique Chouvet, Xavier_49 - Mis à jour le
Canyon de Chelly National Monument
Au cœur de la Navajo Nation, dans le Nord-Est de l'Arizona, Defiance Plateau se fend en un réseau de gorges qui s'approfondissent vers l'Est jusqu'à dominer de plus de 300 mètres le lit sablonneux de Rio de Chelly. Leurs parois sont taillées dans le De Chelly Sandstone, un grès né des dunes d'une ancienne mer de sable il y a plus de 200 millions d'années, dont la teinte passe selon l'heure du rouge clair au brun rouille et que strient de longues coulées noires de vernis du désert. En contrebas, la roche cède la place à une étroite vallée où les cottonwoods suivent le cours du wash, où les champs et les vergers s'étirent sur les terrasses de sable, et où les hogans d'une quarantaine de familles navajos rappellent que le canyon n'a jamais cessé d'être habité.
Cette présence humaine remonte à près de 5000 ans, et plus de 2500 sites archéologiques en gardent la trace. Les plus remarquables sont l'œuvre des Ancestral Puebloans, qui élevèrent entre 1100 et 1300 de véritables villages de pierre dans les alcôves creusées au pied des falaises, comme White House, Mummy Cave Ruins ou Antelope House. Plus modestes que ceux de Mesa Verde NP, ces villages se découvrent depuis les belvédères de deux routes de crête ou depuis le fond du canyon. Ce dialogue entre des ruines vieilles de près de mille ans et des champs toujours cultivés fait de ce canyon, bien moins fréquenté que Monument Valley ou le Grand Canyon, un détour à ne pas manquer pour si vous traversez la région.

Histoire
Les plus anciennes traces de présence humaine dans la région de Canyon de Chelly remontent à près de 5000 ans. Entre 2500 et 200 avant notre ère, des chasseurs-cueilleurs de la période dite archaïque y établissaient des campements saisonniers à l'abri des surplombs, sans jamais s'y fixer. Vers 200 avant J.-C., les Basketmakers, ainsi nommés pour leur vannerie, introduisirent la culture du maïs et de la courge dans les terres alluviales du fond des canyons, creusèrent des habitations semi-enterrées et des greniers, et laissèrent dans les grottes une quantité de paniers sans équivalent ailleurs dans le Sud-Ouest. Les plus anciennes poutres datées par dendrochronologie, prélevées dans l'alcôve Ouest de Mummy Cave, ont été abattues en 306 de notre ère, et à Big Cave les dates s'échelonnent de 331 à 835, signe d'une occupation intense et continue. La poterie apparut au 5ème siècle et l'arc au 7ème siècle.

À partir de 750, ceux que l'on nomme aujourd'hui les Ancestral Puebloans quittèrent leurs habitations à demi enfouies pour des maisons de surface faites de poteaux et de boue, puis, au cours des années 900, pour des constructions de pierre maçonnée, rectangulaires et accolées, qui annonçaient des villages groupés sur plusieurs niveaux, tandis que les champs de maïs, de haricots et de courges s'étendaient sur les terrasses du fond, irriguées par les crues et les ruissellements. Leur culture atteignit son apogée vers 1000-1050 et se maintint ensuite sans heurt pendant plus de deux siècles. C'est entre 1100 et 1300 que furent élevées, dans les alcôves creusées au pied des falaises, les grandes habitations troglodytiques qui font aujourd'hui la renommée du site. White House, bâtie à partir des années 1060 et habitée jusque vers 1275, compta jusqu'à 80 pièces et 4 kivas. Antelope House, commencée vers 1000-1050 au pied d'une falaise de près de 180 mètres de haut, réunissait 40 à 50 pièces. Mummy Cave, la plus vaste des habitations des canyons, comporte une tour qui fut ajoutée en 1284 par des maçons venus de la région de Mesa Verde. Au total, les archéologues ont recensé quelque 800 sites de villages, préhistoriques et historiques, sur environ dix-huit siècles d'occupation.

Vers 1300, toutes les grandes habitations troglodytiques étaient désertées. Les cernes des arbres révèlent qu'entre 1276 et 1299 les pluies furent, la plupart des années, insuffisantes pour les cultures, et cette longue sécheresse, à laquelle s'ajoutèrent sans doute d'autres causes, poussa les habitants vers des terres plus sûres : la plupart rejoignirent les communautés rassemblées autour de Black Mesa, d'où sont issus les Hopis, d'autres gagnèrent la haute vallée du Rio Grande. Les Hopis, qui revendiquent cette ascendance, continuèrent pendant près de quatre siècles à fréquenter les canyons à la saison des semailles et des récoltes, rapportant le grain dans leurs villages situés à quelque 100 kilomètres à l'Ouest, et ajoutèrent quelques constructions à White House. C'est par eux que parvinrent au 17ème siècle les pêchers introduits par les Espagnols, dont les vergers allaient bientôt s'étager sur les terrasses de sable.
Les Navajos, ou Diné, peuple de langue athabascane apparenté aux nations du Nord du Canada et de l'Alaska, s'étaient installés dans le Sud-Ouest entre le 13ème et le 16ème siècle. Les documents de l'expédition de Oñate les mentionnent pour la première fois en 1598. Vers 1700, ils prirent possession des canyons, qu'ils nommèrent Tséyi', "le lieu à l'intérieur du rocher", et dont une carte espagnole de 1778 transcrit déjà le nom sous la forme "Chegui". Devenus éleveurs de moutons et cavaliers après la révolte des Pueblos de 1680, ils firent du fond des canyons un domaine de champs de maïs et de vergers de pêchers, le plus important de leur territoire au 18ème siècle, et de ses falaises un refuge, mais aussi un lieu sacré, lié à leur récit de la création : c'est au sommet de Spider Rock que vit Spider Woman, qui enseigna le tissage aux Diné.

Les raids navajos contre les établissements espagnols du Rio Grande appelèrent des représailles, et l'hiver 1804-1805 vit la première entrée espagnole documentée dans les canyons. En janvier 1805, le lieutenant Antonio Narbona, à la tête de troupes néo-mexicaines et d'auxiliaires opatas venus de Sonora, assiégea une corniche de Canyon del Muerto où s'étaient réfugiés des Navajos. Son rapport fait état de 115 morts, dont 90 guerriers, et de 33 prisonniers, pour un seul tué dans ses rangs. La tradition navajo raconte une autre histoire : les hommes étaient partis en expédition et la corniche n'abritait que des vieillards, des femmes et des enfants, dont la cachette fut trahie par une femme âgée, ancienne captive des Espagnols, qui interpella les soldats dans leur langue. Les impacts des balles, tirées depuis la rive opposée et ricochant sur le surplomb, marquent encore la paroi de Massacre Cave. Les expéditions mexicaines de 1823, 1833, 1836 et 1838 ne parvinrent pas davantage à soumettre les Navajos.

Après la conquête du Nouveau-Mexique par les États-Unis en 1846, une première incursion américaine remonta le canyon sur 6 miles en 1847, puis, en 1849, l'expédition du lieutenant-colonel John M. Washington en rapporta la première description détaillée : le lieutenant James H. Simpson baptisa "Casa Blanca" la ruine qui porte aujourd'hui le nom de White House, et le dessinateur Richard Kern en fit les premières images. Fort Defiance fut fondé en 1851, mais la paix ne dura guère. En 1863, le général Carleton chargea Kit Carson de contraindre les Navajos à se rendre en détruisant leurs récoltes et leurs troupeaux. Au cœur de l'hiver, en janvier 1864, deux colonnes s'engagèrent dans les canyons enneigés : le capitaine Albert Pfeiffer traversa Canyon del Muerto de bout en bout, harcelé du haut des falaises par des guerriers navajos, tandis que le capitaine Asa B. Carey parcourait Canyon de Chelly. Beaucoup de familles avaient fui vers les hauteurs. Dans Canyon del Muerto, Fortress Rock, que les Navajos nomment Tsélaa', dresse à quelque 200 mètres au-dessus du fond une butte aux flancs presque verticaux : selon la tradition navajo, plusieurs dizaines de personnes, peut-être deux cents, s'y hissèrent à l'aide de troncs de pins entaillés en guise d'échelles, qu'elles remontèrent derrière elles, et y tinrent près d'un mois, ravitaillées en eau de nuit par une chaîne humaine qui descendait jusqu'à la source.

Au cours de l'été, le capitaine John Thompson revint avec 35 cavaliers et fit abattre plus de 3000 pêchers, dont 500 en une seule journée. Affamés, plus de 8000 Navajos se rendirent et furent conduits à pied, à partir du 6 mars 1864, jusqu'à Bosque Redondo, à quelque 300 miles à l'Est : c'est la Long Walk, dont le souvenir demeure vif dans les familles du canyon. Le traité du 1er juin 1868 leur rendit une réserve qui englobait Canyon de Chelly, et ils regagnèrent leurs terres, où il fallut une vingtaine d'années pour que les vergers se reconstituent.
Le canyon attira dès lors photographes et savants. Timothy O'Sullivan photographia White House en 1873 lors de l'expédition Wheeler. En 1882, James Stevenson, du Bureau of American Ethnology, releva 46 ruines et découvrit deux corps momifiés enveloppés de fibres de yucca, d'où les noms de Mummy Cave et de Cañon de los Muertos, devenu Canyon del Muerto. Cosmos Mindeleff porta l'inventaire à 134 sites dès l'année suivante. Les ruines furent aussi pillées : en 1903, Samuel Day et son fils Charles, qui tenaient le comptoir de Chinle (qui forme aujourd'hui le cœur de Thunderbird Lodge), vendirent au Brooklyn Museum des objets prélevés dans les habitations troglodytiques. De 1923 à 1929, Earl Morris et son épouse Ann Axtell Morris fouillèrent Mummy Cave et Massacre Cave pour l'American Museum of Natural History.

Proposée dès 1919, la création d'un monument national se heurta longtemps aux inquiétudes des familles du canyon pour leurs pâturages. Le Conseil tribal navajo l'approuva le 8 juillet 1930, par 16 voix contre 1 et 3 abstentions, après avoir obtenu l'assurance que personne ne serait expulsé. La loi du 14 février 1931, suivie de la proclamation du président Hoover du 1er avril, institua Canyon de Chelly National Monument en préservant les droits de la tribu sur les terres et le sous-sol, ainsi que l'usage du fond des canyons pour l'agriculture et le pâturage. Le parc reste le seul site du National Park Service dont le département ne possède pas les terres : il appartient à la Navajo Nation, qui en partage la gestion avec le National Park Service et le Bureau of Indian Affairs. Les 423 visiteurs de 1931 sont aujourd'hui plusieurs centaines de milliers chaque année, et une quarantaine de familles navajos continuent de cultiver le fond des canyons.
Situation
Canyon de Chelly National Monument se trouve dans la partie Nord-Est de l'Arizona, au cœur de la Navajo Nation, aux portes de Chinle, bourgade de quelques milliers d'habitants qui s'est développée autour d'un ancien comptoir de traite.
L'accès au parc se fait via la route US191, qui traverse la Navajo Nation du Nord au Sud entre Monument Valley et Petrified Forest National Park. À Chinle, quittez la route US191 pour prendre vers l'Est et suivre Indian Route 7, qui traverse la ville et atteint en moins de 3 miles l'entrée du monument national et son Visitor Center.
Le parc s'étend sur environ 340 km², à l'Est de Chinle, et protège trois canyons principaux (Canyon de Chelly, Canyon del Muerto et Monument Canyon), ainsi qu'une multitude de canyons secondaires, entaillés dans le grès de Defiance Plateau par les ruisseaux qui descendent des Chuska Mountains pour former Chinle Wash. Le site, qui se trouve tout entier sur des terres navajos, est géré conjointement par le National Park Service et la Navajo Nation. Une quarantaine de familles vivent encore au fond des canyons ou sur le plateau.
L'entrée dans Canyon de Chelly NM est gratuite, et les routes panoramiques comme les belvédères restent accessibles toute l'année. Le Visitor Center ouvre tous les jours de 8h à 17h.
Depuis le Visitor Center, la route se sépare en deux pour sillonner le plateau et suivre la rim des canyons. South Rim Drive, côté Sud, suit Canyon de Chelly sur 16 miles jusqu'à Spider Rock Overlook. North Rim Drive, côté Nord, domine Canyon del Muerto sur une quinzaine de mile, avant de continuer son tracé jusqu'à Tsaile sous le nom Indian Route Route 64.
Ces deux route panoramiques permettent d'accéder à une dizaine de belvédères qui dominent les canyons et offrent la possibilité d'admirer de loin d'anciens pueblos construits au pied des falaises. Le fond des canyons, en revanche, ne se parcourt pas librement : hormis White House Trail, seul sentier ouvert à la visite libre, on ne peut explorer l'intérieur des canyons qu'en compagnie d'un guide navajo agréé, en 4x4, à cheval ou à pied. Ces excursions sont payantes, se réservent directement auprès des opérateurs.
Quelques règles propres à la Navajo Nation s'appliquent dans le parc : l'alcool y est interdit, les drones aussi, et il convient de demander la permission avant de photographier un habitant, sa maison ou ses bêtes. Le réseau mobile et le GPS restent peu fiables, et des chevaux ou du bétail errent librement sur les routes, surtout la nuit.
Enfin, aux belvédères, verrouillez votre véhicule et ne laissez rien de valeur en vue, des vols sont régulièrement signalés par les autorités.
Dernier conseil : une paire de jumelles est un accessoire précieux pour visiter Canyon de Chelly NM. Les ruines se dissimulent dans des alcôves éloignées de plusieurs centaines de mètres des belvédères, à l'ombre des surplombs ou sous les coulées sombres du vernis du désert. À l'œil nu, on devine une rangée de murs, alors qu'avec des jumelles on discerne les ouvertures des portes et des fenêtres, les enduits et les poutres qui saillent encore des façades. Elles permettent aussi de repérer, sur les parois voisines des ruines, les pétroglyphes piquetés dans le vernis et les pictogrammes peints à l'ocre ou au blanc, trop fins pour être perçus depuis la rim sans aide. Quelques belvédères, dont Face Rock et Spider Rock, sont équipés de longues-vues fixes, mais rien ne remplace une paire de jumelles que l'on garde à portée de main tout au long du parcours.
Temps de visite
Une demi-journée suffit pour parcourir les deux routes panoramiques et s'arrêter à leurs belvédères, en comptant environ 2 heures pour chacune, aller et retour depuis le Visitor Center. Si le temps presse, privilégiez South Rim Drive, la plus spectaculaire, qui conduit jusqu'à Spider Rock.
Prévoyez en revanche presque une journée entière si vous souhaitez descendre jusqu'à White House, une marche d'environ 2 heures aller-retour, ou vous joindre à l'une des excursions guidées au fond des canyons, qui durent de 3 à 4 heures pour les plus courtes. L'idéal, pour qui dispose d'une nuit sur place, est de suivre South Rim Drive l'après-midi, quand le Soleil éclaire ses belvédères, et North Rim Drive le lendemain matin, à l'heure où la lumière lui est la plus favorable.
À voir, à faire
Visualisez l'ensemble des points de vue et randonnées présentés ci-dessous sur cette carte.
North Rim Drive
North Rim Drive permet d'explorer la partie Nord du parc et suit, sur une quinzaine de miles depuis le Visitor Center, la rim de Canyon del Muerto, gorge étroite et profonde que Tsaile Creek a creusée en descendant des Chuska Mountains vers sa confluence avec Canyon de Chelly. La route, qui se prolonge ensuite jusqu'à Tsaile, s'élève peu à peu sur le plateau couvert de pins pignons et de genévriers, tandis que la profondeur du canyon augmente à mesure que l'on avance vers l'Est.
Quatre belvédères jalonnent la route, permettant d'apercevoir quelques-unes des ruines les plus remarquables du monument national, souvent plus proches et mieux lisibles à l'œil nu que celles de la rive Sud. Comptez environ 2 heures aller-retour pour parcourir North Rim Drive, et venez de préférence le matin, quand la lumière est la plus favorable.
Ledge Ruin Overlook
Premier des quatre belvédères de North Rim Drive, Ledge Ruin Overlook permettait, jusqu'à sa fermeture, de découvrir Canyon del Muerto et un village construit par les Ancestral Puebloans dans une alcôve de la paroi. Fermé depuis de longues années, le point de vue n'est plus accessible : Ledge Ruin Overlook est interdit d'accès en raison d'actes de vandalisme, de préoccupations liées à la sécurité des visiteurs et de l'effritement de la roche aux abords du parking et de la plateforme d'observation. Aucune réouverture n'est envisagée à ce jour, et la découverte de North Rim Drive commence donc désormais à Antelope House Overlook.
Ledge Ruin Overlook se trouve à environ 6 miles à l'Est du Visitor Center. Après avoir parcouru 5.2 miles sur North Rim Drive, quittez la route pour prendre un court embranchement qui mène au point de vue en moins de 1 mile. Depuis le rebord, le regard plonge droit sur l'alcôve, creusée dans la paroi opposée, et qui abrite Ledge Ruin. Sous le surplomb de grès s'alignent les vestiges d'un village de 29 pièces d'habitation et de stockage, parmi lesquelles 2 kivas et une construction à deux niveaux, tandis que les éboulis et les débris accumulés au pied des murs laissent supposer une vingtaine de pièces supplémentaires. Les fragments de céramique ramassés sur place indiquent une occupation entre 1050 et 1275 environ, à l'époque où les Ancestral Puebloans s'établissaient dans les abris naturels des falaises. Le site n'a jamais été fouillé.
L'alcôve s'inscrit dans le paysage d'entrée de Canyon del Muerto, encore modeste à cet endroit, que Tsaile Creek a creusé dans le De Chelly Sandstone. Les parois rouges, presque verticales, montent du lit sablonneux du wash et laissent lire, en larges faisceaux inclinés de plusieurs mètres d'épaisseur, les stratifications obliques des dunes permiennes qui ont formé ce grès il y a quelque 275 millions d'années. À leur pied, les cottonwoods et les champs des familles navajos suivent le cours du ruisseau. La paroi s'incurve à hauteur de la ruine en un amphithéâtre naturel.
Faute de belvédère, c'est au fond du canyon que Ledge Ruin se laisse approcher, au détour des pistes qu'empruntent les visites guidées vers Antelope House et Mummy Cave. Certaines formules la proposent même comme étape à part entière, avec quelques pas à pied jusqu'au pied de l'alcôve.
Antelope House Overlook

Depuis la fermeture de Ledge Ruin Overlook, Antelope House Overlook est le premier belvédère de North Rim Drive et la première vraie découverte de Canyon del Muerto. Un court sentier sur la roche nue y conduit à deux points de vue : l'un, tourné vers l'amont, embrasse Navajo Fortress, la butte où les Navajos trouvèrent refuge lors des guerres du 19ème siècle. L'autre plonge sur Antelope House, l'un des plus vastes villages ancestraux du canyon, bâti non pas dans une alcôve mais au pied même de la falaise, sur la berge du wash. Les deux vues se complètent et font de cet arrêt l'un des plus riches de la route.

Le viewpoint est accessible via une petite route qui démarre de North Rim Drive, à 6.4 miles du Visitor Center. Cette route secondaire goudronnée d'environ 2 miles de long mène à un parking, d'où part un sentier. Celui-ci file vers le Sud, sur du slickrock, franchit par endroits de petites marches de roche raides et irrégulières et se divise rapidement en deux branches.
La branche de gauche mène vers l'Est au point de vue sur Navajo Fortress. Celle de droite permet de rejoindre le point de vue sur Antelope House. Les deux branches forment une petite boucle d'environ 1 kilomètre, sur un plateau qui culmine à près de 1950 mètres d'altitude.
Au point de vue Est, le regard remonte Canyon del Muerto jusqu'à la pointe du promontoire qui le sépare de Black Rock Canyon, venu du Sud. Là se dresse Navajo Fortress, que les Navajos nomment Tséláá, "la pointe de roche" : un monolithe de De Chelly Sandstone aux flancs presque verticaux, à demi détaché de la falaise et coiffé d'une mince couche de conglomérat de Shinarump, plus dure, qui le protège de l'érosion.

Le sentier qui mène au sommet, invisible depuis le belvédère, part du côté de Black Rock Canyon, monte jusqu'à un col et franchit un pont de rondins, puis se hisse par 11 échelles de perches et des marches taillées dans le grès, tandis que 22 murets de pierre en arc abritaient les défenseurs. La butte servit de refuge face aux Espagnols, aux Mexicains, aux Américains et aux autres tribus, et pour la dernière fois en 1864, lors de la campagne de Kit Carson.

Le second point de vue s'ouvre à pic sur Antelope House, adossée à une falaise qui la domine de près de 180 mètres. Le village s'étale sur la berge, en deux grands blocs de pièces rectangulaires, habitations et réserves, reliés par une place centrale circulaire.

Depuis la rim, on distingue les fondations effritées de dizaines de pièces, les cercles des kivas et, par endroits, des pans de murs encore debout. L'ensemble a compté 93 pièces, 7 kivas et une dizaine d'autres structures, dont une construction à quatre niveaux élevée dans les derniers temps de l'occupation du site. Celle-ci fut longue : une habitation semi-enterrée datée de 693 gît sous les maçonneries, et le lieu fut habité presque sans interruption jusque vers 1260, la construction en pierre ayant commencé vers 1000-1050.

Le village était déjà largement déserté avant la grande sécheresse de la fin du 13ème siècle, peut-être sous l'effet des crues du wash, qui en ont profondément entamé la partie basse. Fouillée et consolidée de 1970 à 1973 par l'archéologue Don P. Morris pour le National Park Service, Antelope House est la ruine la mieux étudiée du canyon. Tout près, dans une petite alcôve perchée à une quinzaine de mètres au-dessus du fond, fut découverte la sépulture dite du Tisserand.

Le site doit son nom à quatre pronghorns peintes en beige et en blanc, en hauteur, sur la paroi à gauche des ruines. Les familles navajos les attribuent à Dibé Yazhi, "Petit Mouton", un Navajo qui vivait ici dans les années 1830, bien après le départ des Ancestral Puebloans, dont subsistent tout près des mains en négatif et des figures peintes en blanc. À l'œil nu, ces peintures se devinent à peine depuis le rebord. De bonnes jumelles ou un téléobjectif sont nécessaires pour les distinguer.

Au fond, le canyon garde son visage habité : des cottonwoods ombragent le lit sablonneux du wash, une famille navajo vit et cultive à côté des ruines, et les champs de maïs, de courges, de haricots et de luzerne s'étirent sur les terrasses, au pied de parois rouges que strient les longues coulées sombres du vernis du désert. Une autre habitation, plus petite, Battle Cove Ruin, se devine sur la rive Sud.

Antelope House reste dans l'ombre de la falaise une bonne partie de la journée, derrière une bande de sable clair en plein Soleil, ce qui rend le contraste difficile à photographier. Venez plutôt vers le milieu de la journée, quand la lumière pénètre le mieux au fond du canyon. Le muret qui borde le point de vue est bas et les à-pics vertigineux : restez en retrait du bord et ne grimpez pas dessus.
Mummy Cave Overlook

Mummy Cave Overlook dévoile le plus vaste village ancestral puebloan du monument, réparti entre deux profondes alcôves et dominé par une tour de pierre bâtie à la fin du 13ème siècle par des migrants venus de Mesa Verde. Canyon del Muerto, étroit à cet endroit, rapproche les ruines du rebord du plateau au point qu'on les lit sans peine à l'œil nu. C'est l'un des plus beaux points de vue du monument, et le plus spectaculaire de North Rim Drive.
Depuis le Visitor Center, roulez 11.6 miles sur North Rim Drive pour emprunter une route secondaire qui dessert Mummy Cave Overlook et Massacre Cave Overlook. Au bout de 0.6 mile, prendre à droite pour gagner le parking de Mummy Cave Overlook, qui se trouve à proximité immédiate. Le belvédère, perché à 2084 mètres sur le rebord même de la falaise, offre un panorama grandiose.

Face à vous, au Nord-Est, la paroi de Canyon del Muerto se creuse en un vaste amphithéâtre de grès, au pied duquel s'ouvrent deux alcôves contiguës, perchées à quelque 90 mètres au-dessus du lit du ruisseau, en haut d'un long talus d'éboulis. Une corniche les relie, et c'est sur elle, sur un éperon aux flancs verticaux qui s'avance entre les deux cavités, que se dresse la construction la plus frappante du site : un bâtiment anguleux, à l'allure de fortin, flanqué d'une tour de trois niveaux dont les poutres saillent encore des murs. De part et d'autre s'étagent les maisons des alcôves, environ 55 pièces et 4 kivas dans l'alcôve Est, une vingtaine de pièces dans l'alcôve Ouest, que l'on ne pouvait atteindre que par la corniche.

La tour, datée de 1284 par les cernes de ses poutres, se distingue du reste de l'ensemble par sa maçonnerie de type Mesa Verde, soigneusement appareillée : elle fut élevée par des groupes venus de cette région, peu avant l'abandon du canyon. À l'intérieur, son troisième niveau conserve un enduit d'argile blanche. Fragilisée, la tour fut consolidée par l'archéologue Earl Morris en septembre et octobre 1932, qui en reprit les angles et les plafonds, puis de nouveau en 1961 par une équipe d'ouvriers navajos.

L'histoire du lieu remonte bien plus loin que la tour. Mummy Cave fut habitée d'environ 300 à 1300 de notre ère, comme l'attestent des poutres de l'alcôve Ouest, et compte parmi les sites basketmakers les mieux connus du Sud-Ouest : les Ancestral Puebloans bâtirent leurs maisons de pierre par-dessus les anciennes habitations semi-enterrées, qu'elles masquent presque entièrement. Le site doit son nom à l'expédition du Smithsonian menée en 1882 par James Stevenson, qui découvrit au pied du talus une sépulture renfermant deux corps momifiés, encore enveloppés de fibres de yucca. Stevenson baptisa le canyon "Cañon de los Muertos", devenu Canyon del Muerto. Dans les années 1920, les fouilles d'Earl Morris pour l'American Museum of Natural History mirent au jour, sur le même talus, une autre momie richement vêtue, drapée dans une robe tissée de fourrure de lapin et chaussée de mocassins en peau de daim.

Autour des ruines, le De Chelly Sandstone, né des dunes d'un désert permien il y a quelque 275 millions d'années, déploie ses grandes stratifications obliques sur toute la hauteur des parois, qui dépassent ici les 250 mètres. Au fond, les cottonwoods suivent le cours du ruisseau, et un hogan et un abri d'été navajos se devinent non loin du site, rappelant que le canyon reste habité. Pour beaucoup de Navajos, les ruines et les lieux de sépulture des anciens habitants demeurent des endroits que l'on évite, et seules les excursions guidées d'une journée entière, qui remontent la piste du canyon sur une douzaine de miles, mènent au pied de Mummy Cave, une clôture tenant les visiteurs à une centaine de mètres des murs.

Les ruines, logées sous le surplomb, sont éclairées le matin et en fin d'après-midi mais passent dans l'ombre au milieu de la journée : venez tôt ou en fin de journée pour les voir dans la meilleure lumière, et emportez des jumelles pour détailler la maçonnerie de la tour et les enduits. Le muret qui borde le belvédère est bas et l'à-pic considérable : restez prudent, surtout avec des enfants.
Massacre Cave Overlook

Dernier arrêt de North Rim Drive, Massacre Cave Overlook donne sur l'un des lieux les plus lourds d'histoire du parc : la corniche haut perchée où, en janvier 1805, des Navajos réfugiés furent exterminés par une expédition espagnole. Le belvédère invite moins à l'émerveillement qu'au recueillement, mais permet tout de même de profiter de jolies vues sur Canyon del Muerto et sur une petite ruine puebloan nichée dans un canyon latéral.
L'accès à Massacre Cave Overlook se fait par la même route secondaire que Mummy Cave Overlook. 0.6 mile après avoir quittez North Rim Drive, continuez tout droit pour rejoindre un grand parking, d'où part un sentier bien aménagé, un chemin pavé de quelque 200 mètres de long, qui dessert deux points de vue, donnant sur Massacre Cave et Canyon del Muerto. Un troisième point de vue peut être atteint après une courte marche sur du slickrock, permettant d'admirer Yucca Cave.
Le premier belvédère s'orient en direction du Nord-Est et domine Massacre Cave, que rien, sur place, ne signale : aucun panneau n'identifie la grotte ni l'événement, et il faut savoir où poser le regard. Massacre Cave se découvre sur la paroi Ouest du canyon, dans la falaise de près de 300 mètres de haut situé à gauche du point de vue. Elle ne ressemble pas à une grotte au sens propre, mais à une longue et étroite corniche abritée par un surplomb, semée de blocs éboulés et renforcée par un mur de pierres sèches, où l'on devine, dans l'ombre du fond, des vestiges de maçonnerie. Comme elle se confond avec la roche, elle est difficile à repérer, surtout vue d'en haut et à l'œil nu. Le seul accès se faisait d'en bas, par un talus raide puis un passage de roche presque vertical où l'on ne progresse qu'à l'aide de prises taillées pour les mains et les pieds.

C'est pourtant cette situation que les Navajos crurent protectrice. Au début de l'hiver 1805, une colonne espagnole commandée par le lieutenant Antonio Narbona, composée de soldats venus de Sonora avec des auxiliaires opatas et renforcée de troupes néo-mexicaines et de Zunis, pénétra dans les canyons pour punir les raids des Navajos sur les établissements du Rio Grande. Selon la tradition, les guerriers Navajos du groupe étaient absents du canyon, partis chasser ou en expédition, laissant sur place les vieillards, les femmes et les enfants, qui se réfugièrent sur la corniche, persuadés qu'on ne pouvait les y apercevoir ni les y atteindre.
Leur cachette fut pourtant découverte. Le récit navajo veut qu'une vieille femme, autrefois esclave des Espagnols, ait raillé les soldats dans leur langue du bord de la corniche et trahi ainsi les fugitifs. Les soldats, qui s'apprêtaient à repartir, se postèrent alors sur le rebord opposé, d'où la corniche s'offrait à portée de mousquet, et tirèrent toute la journée. Le rapport de Narbona, daté du 25 janvier et qui place l'attaque au 17, fait état de 115 morts, de 33 prisonniers, et d'un seul Espagnol tué, pour 64 blessés.

Le souvenir du massacre demeure vif. Les Navajos nomment le lieu du nom d'une femme qui, selon un récit, aurait entraîné un soldat dans le vide en tombant avec lui de la corniche, "The Place Where Two Fell Off". Dans les années 1920, l'archéologue Earl Morris, qui explorait alors les grottes du canyon, y découvrit les restes des victimes, des squelettes blanchis par le temps et des balles de fusil encore fichées dans la roche. Beaucoup de Navajos évitent encore aujourd'hui de pénétrer dans la grotte.
Un peu plus loin, le belvédère intermédiaire ouvre sur Canyon del Muerto, en amont comme en aval et permet de mesurer l'encaissement de Canyon del Muerto. Ccreusé par Tsaile Creek dans le De Chelly Sandstone, un grès de dunes permien âgé de quelque 275 millions d'années, il atteint ici près de 300 mètres de profondeur, alors qu'il en comptait à peine une trentaine à son embouchure. Ses parois rouges, aux grandes stratifications obliques, descendent sans un palier jusqu'au lit sablonneux du wash, où les cottonwoods marquent le cours de l'eau. Mummy Cave se trouve un peu en aval.

Le troisième point de vue, enfin, est le seul à offrir une vue nette sur Yucca Cave, une petite ruine nichée dans l'alcôve d'un canyon latéral.

Le sentier, qui part par une brèche de la barrière juste avant le belvédère intermédiaire, franchit quelques marches taillées dans le grès et reste assez raide par endroits.

Habitée aux premiers siècles puebloans, peut-être dès la fin de la période basketmaker, la ruine compte quatre pièces certaines, une kiva et deux autres pièces ou cistes possibles, et une seconde alcôve voisine, que relie un sentier à prises de mains et de pieds invisible du belvédère, abrite un petit grenier de pierre. Les ruines se voient très bien sans jumelles.

South Rim Drive
South Rim Drive explore la partie Sud de Canyon de Chelly NM et longe sur 16 miles, depuis le Visitor Center jusqu'à Spider Rock Overlook, la rive gauche de Canyon de Chelly, creusé par Rio de Chelly, dont le lit sablonneux serpente entre les champs et les bosquets de cottonwoods. À mesure que l'on progresse vers l'Est, la route gagne de l'altitude et le canyon se creuse : les parois, qui ne dépassent guère une trentaine de mètres près de l'entrée, plongent de près de 300 mètres au terme du parcours, où le plateau, couvert de pins pignons et de genévriers, culmine vers 2100 mètres.
Sept belvédères ponctuent l'itinéraire, qui offre les plus vastes panoramas du site. Comptez environ 2 heures aller-retour, et venez de préférence l'après-midi, quand le Soleil éclaire les falaises situées en face des overlooks.
Tunnel Overlook

Premier arrêt de South Rim Drive, Tunnel Overlook ouvre sur Canyon de Chelly, qui est encore modeste à cet endroit. Le spot ne montre aucune ruine et se visite en quelques minutes : on s'y arrête surtout pour ce premier contact avec Canyon de Chelly.
Le belvédère se trouve à environ 2 miles du Visitor Center, le long de la South Rim Drive. Un parking est aménagé au bord de la route et on accède directement à un premier point de vue sur Tunnel Canyon. Si vous le souhaitez, vous pouvez suivre un court sentier qui mène en quelques minutes à une petite plateforme d'observation, après un petit escalier de pierre et des dalles de slickrock inégales, qui offre une vue équivalente.

Tunnel Canyon est un canyon latéral à Canyon de Chelly, qui s'ouvre en une entaille étroite, semée de blocs éboulés que les eaux de ruissellement ont arrachés aux parois au fil des millénaires, avant de déboucher sur le lit de Chinle Wash. La vue sur Canyon de Chelly, parsemé de cottonwoods et d'oliviers, n'est que partielle. Sur les flancs de Tunnel Canyon, les strates du De Chelly Sandstone se lisent à nu, et de longues coulées sombres de vernis du désert tachent la roche rouge.
Aucune ruine n'est visible depuis le belvédère. Un sentier, que l'on aperçoit depuis la plateforme, descend sur environ 1 kilomètre jusqu'au fond du canyon et vers Chinle Wash, mais un panneau en interdit l'accès aux visiteurs non accompagnés, le fond du canyon ne se parcourant qu'avec un guide navajo agréé. Sur le parking, des artisans navajos vendent souvent des pierres de grès peintes, à des prix modestes. Faute de ruines et de grand panorama, le belvédère est l'un des moins spectaculaires de South Rim Drive : ne vous y attardez pas, et gardez votre temps pour la suite de South Rim Drive, plus à l'Est.
Tsegi Overlook

Deuxième arrêt de South Rim Drive, Tsegi Overlook est le premier belvédère à embrasser une large portion de Canyon de Chelly : un long tronçon de Chinle Wash et les terres sont encore cultivées par les familles navajos qui vivent ici.
Le point de vue se trouve à environ 2.5 miles du Visitor Center, moins d'un demi-mile après Tunnel Overlook, directement au bord de la route. Le belvédère se situe tout en haut d'une falaise qui tombe à pic, et un muret en pierre sécurise le spot. Le nom de Tsegi, que l'on prononce à peu près "say-ih", est le terme par lequel les Navajos désignent tout le réseau de canyons, et se traduit par "canyon de roche" ou "à l'intérieur du rocher". Le terme "de Chelly" en est la déformation espagnole puis anglaise.

Depuis Tsegi Overlook, la vue porte sur environ 3 kilomètres de gorge, où les parois de grès, hautes d'une centaine de mètres ici, se dressent presque à la verticale au-dessus du lit de Chinle Wash. Le cours d'eau, que les guides du parc appellent Rio de Chelly, y coule de façon presque continue en hiver et au printemps, alimenté par la fonte des neiges des Chuska Mountains, mais ne se remplit en été qu'après les orages. Un seul élément du paysage porte un nom : Blade Rock, un long mur de grès incurvé qui s'avance depuis les falaises de la rive Nord jusqu'au bord même du wash. Aucun vestige d'habitation ancestrale n'est visible d'ici.

Le fond du canyon est une mosaïque de cultures et de verdure : une ferme navajo, avec sa maison et son hogan à huit côtés, est occupée à la belle saison, car la plupart des familles remontent sur le plateau pour passer l'hiver, et des chevaux et des moutons paissent sur les terrasses de sable. On y cultive le maïs, la courge, les pêches et les pommes. Les cottonwoods, qui jaunissent en automne, suivent le cours du wash. Une quarantaine de familles vivent à l'intérieur des limites du parc, qui reste propriété de la Navajo Nation.

Junction Overlook

Troisième arrêt de South Rim Drive, Junction Overlook est le premier belvédère d'où l'on aperçoit des ruines, et le seul qui permet de contempler rencontre de Canyon del Muerto et de Canyon de Chelly. Les habitations ancestrales sont situées à des distances assez lointaines, nichées au pied des falaises de la rive opposée, et ne se laissent lire qu'aux jumelles, mais elles composent avec la confluence un paysage qui annonce les grandes vues plus à l'Est.
Junction Overlook se trouve à environ de 4 miles du Visitor Center, où l'on trouve une petite route qui s'écarte de South Rim Drive pour former une boucle. Du parking, un court chemin pavé mène en quelques pas au bord du canyon.

Devant vous, au Nord, Canyon del Muerto vient rejoindre Canyon de Chelly, dans un paysage large et ouvert qui s'étend jusqu'à la vallée de Chinle. Les deux cours d'eau, Rio de Chelly et Tsaile Creek, s'y réunissent pour former Chinle Wash, mais la confluence elle-même se dérobe en partie derrière Dog Rock, une butte de grès isolée, de forme circulaire, qui se dresse au milieu. Vue d'en bas, la butte évoque, paraît-il, un chien assis, ce qui lui vaut son nom. Ce secteur fut un point stratégique pendant la campagne de l'hiver 1864 : le capitaine Albert Pfeiffer, après avoir pénétré dans Canyon del Muerto, garda la jonction pendant que le capitaine Asa B. Carey parcourait Canyon de Chelly d'Ouest en Est.

Juste à gauche de Dog Rock, dans une alcôve creusée dans la paroi de la rive Nord, vous pourrez apercevoir Junction Ruin. Cette ancien pueblo compte 15 pièces et une kiva et fut bâti à l'époque Pueblo III, entre 1100 et la fin du 13ème siècle. Prenez des jumelles, qui sont ici nécessaires pour voir en détail les maçonneries.

À gauche, un peu plus à l'Ouest, First Ruin occupe une longue et étroite corniche sur la paroi Nord du canyon. Plus petite, avec 10 pièces et 2 kivas, cette habitation fut occupée entre la fin du 11ème siècle et la fin du 13ème, et doit son nom à ce qu'elle fut la première ruine rencontrée par les explorateurs du Smithsonian. Elle passe aisément inaperçue, mais les vendeurs d'artisanat navajos installés sur le parking aident volontiers à la repérer.

Les parois, encore modestes comparées à celles qui plongent plus loin à l'Est, montrent le grès rouge clair du De Chelly Sandstone, né des dunes d'un désert permien, dont les stratifications obliques se lisent dans la falaise. La plupart des grandes habitations du canyon ont été bâties sur les parois exposées au Sud, que le Soleil réchauffe même en hiver. Au pied des ruines, le paysage reste agricole : les cottonwoods suivent le cours du wash, et la vallée de Chinle prolonge l'horizon vers l'Ouest.

White House Overlook

White House Overlook est le plus fréquenté des points de vue de South Rim Drive, parce qu'il fait face à White House, le village troglodytique le plus célèbre du parc. Le panorama s'y double d'une particularité unique, puisque c'est de là que part le seul sentier de Canyon de Chelly NM ouvert sans guide navajo, et qui descend jusqu'au pied des ruines.
White House Overlook se trouve au bout d'une route secondaire que l'on emprunte à environ 6 miles du Visitor Center. Après moins d'un mile, on atteint un grand parking : le point de vue se trouve à quelques pas, posé au sommet d'une longue corniche de grès qui s'étire au bord du vide.
Le regard embrasse une longue série de méandres dessinés par Chinle Wash, qui serpente au fond du canyon, dominé par d'imposantes parois de grès d'environ 150 mètres de haut, zébrée de longues coulées noires de vernis du désert.

En regardant vers le Nord, au pied d'une de ces falaises, vous apercevrez assez facilement White House, qui se laisse photographier plus aisément que les autres ruines du canyon. La ruine se compose de deux ensembles. Le village inférieur est adossé à la falaise sur le fond même du canyon : environ 60 pièces et 4 kivas y subsistent, sur une soixantaine de mètres de long, et l'on estime qu'il comptait jusqu'à 80 pièces à l'origine, certaines maisons s'élevant sur quatre niveaux.

À l'intérieur, une kiva conserve les traces de six couches d'enduit successives, signe d'une longue occupation. Les cernes des poutres situent le début de la construction vers 1060 et les derniers ajouts vers 1275. Le village fut abandonné peu après, comme les autres grandes habitations du canyon, et les Hopis, qui revinrent y cultiver à la belle saison, y apportèrent quelques aménagements tardifs.

Plus haut, à une quinzaine de mètres au-dessus du sol, une petite alcôve naturelle abrite le village supérieur, composé de dix pièces, dont une grande pièce centrale. Des échelles reliaient jadis le toit du bâtiment du bas à l'alcôve, et c'est de ce groupe haut perché que vient le nom du site. La façade de la pièce principale de l'alcôve, haute de quelque 3.7 mètres, est encore revêtue d'un enduit d'argile blanche, que ceinture une bande jaune : c'est ce mur blanchi que les premiers visiteurs aperçurent de loin et qui a donné son nom à White House.

Le premier Américain à décrire la ruine fut le lieutenant James H. Simpson, lors de l'expédition de 1849, qui la nomma "Casa Blanca". Les Navajos l'appellent Kini-na-e-kai. Timothy O'Sullivan la photographia en 1873, et Ansel Adams y fit, en 1942, l'un de ses clichés les plus connus du canyon. Elle est aujourd'hui interdite d'accès, clôturée, car les murs sont fragiles et le lieu est sacré pour les Navajos comme pour les Hopis, qui y voient la demeure de leurs ancêtres.

Sliding House Overlook

Posé à 1950 mètres d'altitude, Sliding House Overlook se trouve à l'extrémité d'un éperon rocheux qui s'avance dans Canyon de Chelly, et offre une vue panoramique sur tout le canyon, et notamment sur une ruine ancestrale puebloane.
Le viewpoint s'intercale entre White House Overlook et Face Rock Overlook. 9 miles après le Visitor Center, une route quitte South Rim Drive en direction du Nord et atteint après un peu moins de 2 miles un parking, d'où un sentier rudimentaire s'engage sur des dalles de grès fracturées. Des flèches blanches peintes sur le grès et quelques cairns jalonnent le parcours, un terrain rugueux que quelques marches ponctuent, et qui aboutit à deux belvédères ceints d'un muret de pierre. Celui de gauche est le seul à montrer la ruine, celui de droite ne donne que sur le canyon.

Sliding House Overlook domine Canyon de Chelly, dont les parois plongent ici de près de 200 mètres jusqu'au fond de la vallée. Sur les dalles qui précèdent le vide, de petites cuvettes d'érosion creusées dans le grès, ultimes vestiges d'un mince conglomérat de graviers (Shinarump Conglomerate) déposés par d'anciens cours d'eau à l'époque des dinosaures, retiennent l'eau des orages d'été, et la plus vaste en garde parfois plusieurs semaines. Le fond du canyon, plat et cultivable, accueille une ferme navajo dont l'activité se concentre surtout durant la belle saison.

C'est dans une alcôve, à une trentaine de mètres environ au-dessus du lit du wash et à gauche d'un imposant éboulis de roche, que se tiennent les ruines de Sliding House : un village de taille moyenne, de 30 à 50 pièces selon les estimations, étiré sur une corniche étroite dont la pente a contraint les bâtisseurs à épaissir les murs de soutènement. Sur la roche, au-dessus des constructions, subsistent des pictogrammes que l'on a peint probablement depuis les toits de pièces aujourd'hui disparues. Les ruines restent à l'ombre durant l'essentiel de la journée et se distinguent assez mal à l'œil nu.

Les Ancestral Puebloans occupèrent le site à partir d'environ 900 de notre ère, durant quelque trois siècles, et le nom du site tient à l'inclinaison de corniche sur laquelle les habitations ont été construites : de nombreux murs ont glissé dans la pente, y compris du temps même de l'occupation, ce que dit déjà le nom navajo, Kináázhoozhí, la maison qui glisse.
Face Rock Overlook

Face Rock Overlook, sixième des sept belvédères de South Rim Drive, se tient au sommet d'une falaise de plus de 200 mètres de haut. Sur la paroi d'en face, un grès rouge que zèbrent les traînées sombres du vernis du désert abrite dans ses alcôves de petits ensembles ancestraux puebloans, si lointains que des jumelles ou un téléobjectif s'imposent, tandis qu'au pied des parois s'étirent les champs cultivés des familles navajos. L'arrêt est bref et plus modeste que ceux qui l'entourent, mais les ruines que l'on peut voir sont un vrai motif de s'arrêter.

Le belvédère se trouve le long de South Rim Drive, un mile avant Spider Rock Overlook. Un petit parking est aménagé en bordure de chaussée. De là, un sentier très court conduit au belvédère, entouré d'un muret de protection, la rive se dérobant à pic juste derrière.
La rim se tient ici à environ 2070 mètres d'altitude, et la paroi, qui plonge de plus de 200 mètres, fait de ce belvédère l'un des plus vertigineux de la route. Au pied des falaises de grès, le fond de la vallée étire ses plaques de terre cultivée, exploitées par des familles navajos qui vivent encore ici.
Sur la paroi Nord, de petits ensembles de logements ancestraux puebloans se nichent dans les alcôves, si lointains et si menus que l'œil nu les repère à peine : une paire de jumelles ou un téléobjectif les rapproche, et les lunettes de visée fixées sur le belvédère aide à les repérer. Les Ancestral Puebloans quittèrent le canyon il y a environ 700 ans, laissant derrière eux ces habitations bâties à l'abri des surplombs.

À gauche, en contrebas du belvédère, d'autres ruines se laissent deviner : de petits ensembles d'habitations ancestrales puebloanes, blottis dans les renfoncements de la falaise, à l'abri des surplombs.

Spider Rock Overlook

Spider Rock Overlook, terminus de South Rim Drive, offre sur le panorama le plus photographié du parc : deux tours de grès rouge qui jaillissent du fond du canyon, dont la plus haute fait 250 mètres, à l'endroit où Monument Canyon fusionne avec Canyon de Chelly.
Spider Rock Overlook est le septième et dernier belvédère de South Rim Drive, situé à 16 miles du Visitor Center. Du parking, un chemin pavé d'environ 300 mètres est jalonné de plusieurs points de vue offrant des vues légèrement différentes sur Spider Rock et le canyon.

Ici, le plateau se tient à environ 2090 mètres d'altitude, soit 400 de plus qu'à Chinle, et c'est cette montée continue, alors que le wash du fond reste presque au même niveau, qui explique le changement de décor : aux étendues sableuses et ouvertes des abords de la ville ont succédé pins pignons, genévriers, buissons et yuccas, qui occupe la rim. Le canyon se creuse ici d'une profondeur d'environ 300 mètres, et le regard plonge presque à la verticale vers le fond.

Spider Rock culmine à 2031 mètres d'altitude et s'élève de 250 mètres au-dessus du fond du canyon. Cette aiguille de grès, qui se dédouble en deux tours, garde sur toute sa longueur le rouge clair et le grain fin et régulier du De Chelly Sandstone, et c'est la lumière qui en change la teinte : mate et chaude dans la journée, elle rougeoie en orange à l'heure où le Soleil la frappe de biais, tandis que les parois d'en face passent à l'ombre.

Spider Rock est le seul endroit du parc où le De Chelly Sandstone se montre en entier, de la base au sommet : ce grès, déposé voici environ 275 millions d'années par les dunes d'un vaste désert, étage ses stratifications obliques en séries de 3 à 15 mètres, sur la Supai Formation, plus ancienne d'une centaine de millions d'années et faite de grès, de silts et de boues rouge-brun. Une coiffe de Shinarump Conglomerate, un conglomérat gris-brun de galets de grès, de quartz et de chert déposé par d'anciens cours d'eau, couronne l'ensemble, de sorte que les trois formations du monument se superposent dans la même formation naturelle.

Pour les Navajos, Spider Rock est la demeure de Spider Woman, divinité à qui la tradition attribue l'enseignement du tissage. Lieu d'une profonde signification spirituelle, comme Navajo Fortress, Spider Rock fut gravi pour la première fois le 30 mars 1956 par Mark Powell, Don Wilson et Jerry Gallwas, mais l'escalade, le rappel et le base jump sont aujourd'hui interdits dans le parc.

Monument Canyon rejoint Canyon de Chelly par le Sud-Ouest, au pied même de l'aiguille, et trace avec lui un Y que le regard embrasse d'un seul coup d'œil. De l'autre côté de la vallée se dresse Face Rock, une autre imposante structure de grès encore reliée à la paroi Nord du canyon et dont le profil de visage regarde vers Spider Rock, tandis qu'à l'horizon se profilent Black Rock Butte, un neck volcanique, et les monts Chuska.

Plusieurs ruines ancestrales se repèrent aux jumelles dans les alcôves des parois du canyon : les Ancestral Puebloans abandonnèrent le canyon voici environ 700 ans. Les tubes d'observation installés à l'entrée du sentier aident à les cadrer.
Venez de préférence une heure avant le coucher du Soleil, quand la roche s'embrase et que le ciel passe à l'orange puis au rose.

Randonnées et visites guidées
White House Trail
(2.7 miles (4.4 km) (aller-retour) | 2 heures | Moyen)
White House Trail est la seule randonnée qui descende au fond de Canyon de Chelly et que l'on peut réaliser librement, sans guide navajo ni permis. Avec ses 4 kilomètres de marche aller-retour et son dénivelé d'environ 180 mètres, c'est une randonnée de difficulté modérée, dont la remontée constitue l'essentiel de l'effort. Le sentier conduit aux ruines de White House, un village ancestral puebloan qui se tient au pied d'une immense falaise de grès. C'est une balade à ne pas manquer si vous visitez Canyon de Chelly NM.

Le départ du trail s'effectue depuis le parking de White House Overlook, à 5.7 miles du Visitor Center, le long de South Rim Drive. Pensez à bien verrouiller votre véhicule et à ne laisser aucun objet de valeur à l'intérieur, les effractions étant malheureusement fréquentes.
Du parking, suivez le sentier pavé qui mène à White House Overlook et, après quelques mètres, quittez l'allée pour prendre à droite. Le chemin court alors sur du slickrock, en pente douce, et longe le rebord du canyon sur environ 150 mètres, entre pins pignons, genévriers, chênes nains, chollas et figuiers de Barbarie qui s'accrochent à la rim, avant d'amorcer le premier d'une série de huit lacets qui permet de descendre les 180 mètres de dénivelé séparant le plateau du fond du canyon.

Le tracé, taillé dans le grès, alterne dalles lisses et gravier meuble, avec des pentes de 12% à 15% dans les tronçons les plus raides, et passe d'abord sous un tunnel naturel, formé par un gros bloc de Shinarump Conglomerate tombé contre la paroi. Plus bas, une alcôve offre l'un des rares coins d'ombre de la descente, puis, avant le septième lacet, le sentier se resserre en corniche contre la roche, un passage qui peut gêner en cas de vertige. Restez prudent par temps de pluie, le grès devenant glissant s'il est mouillé.

Une fois le plus gros de la descente effectué, le sentier se poursuit sur une pente moins prononcée, alternant graviers et slickrock, puis traverse un second tunnel d'une quarantaine de mètres qui débouche sur le lit du canyon. À sa sortie, la vue s'ouvre sur un petit champ et un hogan, premier signe de la vie navajo qui se poursuit dans la vallée. Le sentier continue sa course au fond du canyon en filant vers le Nord, entouré de peupliers de Fremont, de saules coyotes et, plus loin, de tamaris que la vallée a laissés s'implanter. Un pont de bois permet d'enjamber Chinle Wash, le plus souvent à sec.

Le chemin continue, à l'ombre de quelques vieux cottonwoods, et longe sur environ 300 mètres une clôture qui protège les champs, le verger et le hogan de la ferme voisine, avant que White House n'apparaisse, entourée elle aussi d'une clôture. Des vendeurs navajos s'installent souvent dans le secteur, l'un des plus visités du parc.

White House se tient contre une immense falaise de grès d'environ 150 mètres, striée par endroits de longues traînées sombres de vernis du désert. Le pueblo se répartit en deux ensembles distincts : un village construit directement sur le fond du canyon, contre la paroi, et, à une dizaine de mètres au-dessus de la base, un autre groupe d'habitations nichées dans une alcôve. Les deux ensembles se répondent : le premier, bâti à même le sol de la vallée, le second perché sur une corniche à l'abri du surplomb, d'où l'on dominait le fond du canyon et d'où l'on se repliait sans doute en cas de crue ou d'attaque.

Le village du bas, large d'environ 45 mètres sur 15, comptait une soixantaine de pièces à l'origine, mais les crues du ruisseau en a emporté une bonne partie. Les murs principaux, à l'Est, épais d'environ 60 centimètres, se dressent encore sur 3 à 4 mètres de haut, et quelques maisons s'élevaient jusqu'à quatre étages contre la falaise, les traces de ces murs se lisant encore sur la roche. À l'Ouest et au Sud, les murs, plus minces, sont par endroits en adobe, matériau dont étaient aussi faites quatre structures en forme de cheminée. On estime que le village abritait 50 à 60 personnes, réparties en dix à douze familles.

Une kiva occupe une position inhabituelle, directement contre la falaise : cette chambre circulaire s'inscrit dans un mur rectangulaire, l'espace entre les deux comblé de maçonnerie pleine, et elle conserve aujourd'hui une profondeur d'environ 1.8 mètre. À l'extrémité Ouest du village subsistent les restes partiels de deux autres kivas, l'une percée dans le sol de trous comparables à ceux qui ancraient les métiers à tisser des kivas pueblos actuels, l'autre revêtue de six couches d'enduit successives. La plus visible, semi-circulaire, fut stabilisé en 1967 et en partie réenduit. À l'origine, ces chambres se couvraient d'un toit de rondins et de boue, avec une entrée par le toit.

Le village du haut, plus modeste, comprend une dizaine de pièces, dont une grande salle centrale, presque au milieu de l'alcôve, aux murs de pierre épais d'environ 60 centimètres et hauts de 3.7 mètres en façade. Ce mur est enduit de blanc et ceint d'une bande décorative jaune, et une porte soignée s'ouvre près de son centre. C'est ce mur blanc qui valut au site son nom, le lieutenant James H. Simpson, qui le visita en 1849, l'appelant "Casa Blanca". Les pièces du fond s'atteignaient par une échelle, puis par le toit de la pièce centrale, tandis qu'une petite pièce de l'Est, sur un replat supérieur, servait probablement de magasin, et qu'une pièce de l'Ouest fut sans doute ajoutée plus tard.

Les Ancestral Puebloans bâtirent et occupèrent White House de 1060 environ à 1275, et les poutres de toit, datées par dendrochronologie, montrent que la plus grande partie du village du bas date d'après 1070. Ils élevèrent ces murs en pierres de grès plates, taillées et calées d'éclats dans un mortier de boue, dans un appareil de style chacoan que sa facture plus fruste distingue de celui de Mesa Verde ou de Chaco Canyon, puis les recouvrirent d'un mince enduit d'argile. Après leur départ, les Hopis fréquentèrent le canyon de façon saisonnière et apportèrent probablement quelques ajouts, avant que les Navajos ne s'y installent. Les relevés de Cosmos Mindeleff, réalisés dès 1882 et publiés en 1897, en demeurent la description la plus complète. Un mur de soutènement protègent aujourd'hui le pied du pueblo contre les crues, et des peupliers furent plantés en 1942 pour freiner l'érosion.

Sur les falaises qui entourent la ruine, certains pictogrammes se tiennent à plus de 10 mètres au-dessus du sol, hors de portée sans une longue échelle, et leur sens demeure incertain : rite, art, message ou simple graffiti. Les artistes broyaient des minéraux qu'ils liaient à de l'eau, à du blanc d'œuf ou à de l'huile de graines, puis appliquaient la peinture du doigt ou à l'aide d'une feuille de yucca, tandis que les pétroglyphes se piquetaient à coups de pierre.

La paroi, striée de traits sombres verticaux, et l'alcôve, assez profonde pour laisser les habitations dans l'ombre, composent la célèbre photographie de Ansel Adams, prise en 1942. Venez de préférence l'après-midi, en mars ou en septembre, quand la lumière rasante dessine le mieux le relief des murs. Le site est sacré pour les Navajos et les Hopis et demeure clôturé : n'entrez pas dans les ruines, ne grimpez pas sur les murs et ne touchez à rien.

Une fois que vous aurez profité des lieux, il faudra penser à faire demi-tour. La remontée se fait par le même chemin, et ce sont les huit lacets qui en constituent la partie la plus dure, sans ombre ou presque. Emportez au moins 2 litres d'eau par personne, un chapeau, de la crème solaire et de bonnes chaussures.

Visites guidées

Canyon de Chelly, Canyon del Muerto et Monument Canyon appartiennent à la Nation Navajo, dont plusieurs familles continuent de cultiver et d'habiter les vallées. La visite de ces canyons et la découverte de près des ruines, des pétroglyphes et des pictogramme qui s'y cachent est possible, mais uniquement accompagné d'un guide navajo agréé. Cette règle, qui protège les ressources du parc et l'intimité des habitants, vaut pour les tours en 4x4, à pied et à cheval.
Plusieurs opérateurs sont agréés par Navajo Nation Parks & Recreation pour ces visites guidées : vous trouverez la liste sur le site navajonationparks.org. Certaines agences assurent à la fois des tours en 4x4 et des randonnées guidées. Thunderbird Lodge, le tour operator le plus connu, ne conduit que des tours en 4x4, Footpath Journeys ne propose que des randonnées et Justin's Horse Rentals ne fait que des balades à cheval. Il faut réserver directement auprès de l'opérateur choisi et la plupart des départs s'effectuent depuis Chinle.

Le tour en 4x4 reste la formule la plus courante : un guide navajo vous emmène à bord d'un pick-up ou d'une Jeep pour parcourir le lit sableux de Chinle Wash, où l'on franchit les ornières, les traversées de ruisseau et quelques passages boueux, et ne s'arrête que pour commenter les sites. Les tours collectifs de 3 à 4 heures coûtent environ 90$ par personne, les tours privés de 3 à 4 heures entre 300$ et 365$ pour le groupe.
À ces prix s'ajoute un permis de backcountry de 15$ par personne, valable seulement pour le monument national, que le guide obtient avant d'entrer dans le canyon et qui se règle en espèces auprès de Navajo Parks & Recreation, au bureau de Cottonwood Campground. Le pourboire, laissé au guide, n'est pas inclus non plus.

Le tour classique de 4 heures remonte Canyon de Chelly puis pousse jusqu'à Canyon del Muerto. Il débute par Kokopelli Cave, dont les pictogrammes se tiennent près du départ, puis Petroglyph Rock, où se lisent des scènes de chasse gravées voici environ 3000 ans, à côté de panneaux navajos plus récents montrant des chasseurs à cheval.

Il enchaîne ensuite First Ruin et Junction Ruin, puis White House, avant de gagner Canyon del Muerto et de voir Ledge Ruin et Antelope House.

Emportez 2 à 3 litres d'eau par personne, un chapeau à large bord, de la crème solaire, une veste légère pour les matins et les soirs frais, des chaussures à bonne adhérence et des jumelles. Vérifiez l'heure de départ : l'Arizona ne passe pas à l'heure d'été, mais la Nation Navajo, si, de mars à novembre, et Chinle se trouve donc une heure plus tard que le reste de l'État durant cette période. Les tours sont annulés par temps dangereux, et le fond du canyon peut rester impraticable après les crues, notamment au printemps lors de la fonte des neiges.

Photos
Hébergements
Hôtels
Chinle est la ville la plus proche de Canyon de Chelly NM, située juste à l'entrée du parc. Le ville compte quelques motels, dont le Best Western Canyon de Chelly Inn et le Holiday Inn Canyon de Chelly. À l'intérieur même du monument national, le Thunderbird Lodge occupe un ancien comptoir de traite et tient une cafétéria ouverte toute l'année.
N'oubliez pas de consulter les avis des membres de RoadTrippin.fr pour choisir le bon hôtel !
Campings
Le parc accueille un camping situé près du Visitor Center et un camping privé le long de South Rim Drive :
| Nom | Emplacements | Type | Branchements | Prix/nuit | Réservation |
|---|---|---|---|---|---|
| Cottonwood Campground | 90 | campings-cars et tentes | aucun | 30$ | non |
| Spider Rock Campground | 30 | campings-cars et tentes | aucun | 20$ | oui |
Consultez la base de données de RoadTrippin.fr pour trouver un camping près de Canyon de Chelly National Monument.
Météo
Altitude moyenne : 1689 mètres
| Donnée | Année | Janv. | Fév. | Mars | Avr. | Mai | Juin | Juil. | Août | Sept. | Oct. | Nov. | Déc. |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Température moyenne (°C) | 12 | 0 | 3 | 7 | 11 | 16 | 21 | 24 | 23 | 19 | 12 | 5 | 0 |
| Nombre de jours avec T° max > 32°C | 59 | 0 | 0 | 0 | 0 | 2 | 16 | 23 | 15 | 4 | 0 | 0 | 0 |
| Nombre de jours avec T° min < 0°C | 144 | 28 | 24 | 20 | 10 | 2 | 0 | 0 | 0 | 0 | 8 | 22 | 28 |
| Nombre de jours avec pluie | 57 | 5 | 5 | 6 | 4 | 3 | 2 | 7 | 8 | 6 | 5 | 4 | 4 |
Cartes
Carte interactive de Canyon de Chelly National Monument
Carte de Canyon de Chelly National Monument
Liens
National Park Service - Canyon de Chelly National Monument
Aux alentours
Au Nord de Canyon de Chelly National Monument, on retrouve Four Corners Monument, le seul endroit des États-Unis où quatre États se rejoignent en un point (Arizona, Nouveau-Mexique, Utah et Colorado), ainsi que Monument Valley et ses magnifiques buttes de grès.
Au Nord-Ouest, Navajo National Monument abrite les villages troglodytiques de Betatakin, Keet Seel et Inscription House, abandonnés vers 1300.
À l'Ouest, la réserve Hopi s'étire le long de la route AZ264 sur trois mesas. Walpi est le seul village qui organise des visites, avec un guide Hopi, et la photographie, les croquis et les enregistrements y sont interdits.
Au Sud, Petrified Forest National Park et Painted Desert se parcourent sur 28 miles de route, entre badlands rouges, blancs et violets et troncs de bois pétrifié.
Rédigé par Dominique Chouvet, Xavier_49
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