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La Route 66 en Arizona

Des formations sédimentaires de Painted Desert à l'Est jusqu'aux rives du fleuve Colorado à l'Ouest, la Route 66 parcourt le cœur de l'Arizona à travers des territoires marqués par l'histoire. Ce tracé valorise un patrimoine architectural et social hérité de la conquête de l'Ouest, de l'expansion ferroviaire et de l'essor de la Mother Road au cours du 20ème siècle. Le parcours traverse des régions aux panoramas diversifiés, situées à environ 60 miles des rebords du Grand Canyon, dont la profondeur verticale peut atteindre 1800 mètres.

Entre la frontière du Nouveau-Mexique et celle de la Californie, l'Arizona compte approximativement 400 miles de tracé historique. Si l'achèvement de l'Interstate 40 entre les années 1950 et les années 1980 a provoqué le contournement de nombreuses sections originales, l'État a su préserver des tronçons authentiques majeurs. On y observe des exemples d'architecture commerciale et de génie civil typiques du milieu du siècle, notamment à travers les trading posts et les localités de Seligman ou Oatman, qui demeurent des témoins de l'évolution des infrastructures routières américaines.

La Route 66 en Arizona
La Route 66 en Arizona

Situation

La Route 66 traverse d'Est en Ouest la partie Nord de l'Arizona, commençant sa course à Lupton pour la terminer sur les bords du fleuve Colorado, à Topock.

Voir le plan de situation de la Route 66 en Arizona (avec les points d'intérêt).

La Mother Road parcourt environ 401 miles dans le Grand Canyon State, soit 645 kilomètres. De Lupton, elle passe au milieu de Painted Desert, puis enchaine les villes les unes après les autres : Holbrook, Winslow, Flagstaff, Williams, Kingman. Son tracé devie assez peu de celui de l'Interstate 40, mis à part entre Seligman et Kingman, où elle suit la voie ferrée de la Atchison, Topeka and Santa Fe Railway (aujourd'hui Burlington Northern and Santa Fe Railway).

Dans sa partie Ouest, entre Kingman et la frontière avec la Californie, la Route 66 comporte deux itinéraires. Le premier, passant par Sitgreaves Pass et Oatman, fut le tracé utilisé de 1926 à 1952.
À partir de 1952, la Route 66 emprunta un nouveau tracé, plus rapide et évitant les terribles lacets et dénivelés de Sitgreaves Pass, passant par Yucca. Cet alignement a de nos jours complètement disparu, emporté par l'Interstate 40.

L'Arizona est l'État où la Route 66 est le plus difficile à suivre, de nombreux tronçons ayant disparu, notamment entre la frontière avec le Nouveau-Mexique et Ash Fork.
Dans de nombreux secteurs, vous devrez donc vous contenter d'emprunter l'Interstate 40 et sortir de celle-ci pour atteindre les points d'intérêt et villes situés le long de la Mother Road.

Temps de visite

Vu le nombre important de villes traversées, chacune abritant de nombreux attraits, de parcs et attractions naturelles jalonnant le tracé de la Mother Road, il faut prévoir plusieurs jours en Arizona pour profiter correctement de votre road trip sur la Route 66.

2 semaines3 semaines4 semainesÉtapes
J1J1J1Nouveau-Mexique > Painted Desert > Holbrook
J2J2J2Holbrook > Winslow > Winona
J3J3Winona > Flagstaff > Williams
J4J4Williams
J3J5J5Williams > Seligman > Kingman
J6Kingman
J4J6J7Kingman > Oatman > Needles

Top 10 des choses à voir le long de la Route 66 en Arizona

Ci-dessous une liste des lieux et attractions à découvrir en priorité le long de la Route 66 en Arizona :

  1. Petrified Forest National Park & Painted Desert
  2. Holbrook
  3. Winslow
  4. Meteor Crater
  5. Two Guns
  6. Flagstaff Historic Downtown District
  7. Williams
  8. Seligman
  9. Hackberry General Store
  10. Kingman
  11. Oatman

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À voir, à faire

Visualisez l'ensemble des points d'intérêt présentés ci-dessous sur cette carte.

De Lupton à Holbrook

Carte détaillée de la Route 66 entre Lupton et Holbrook

Lupton

Lupton
Lupton
(© Peggy Pesta, Arizona Office of Tourism)

Première localité rencontrée en Arizona en venant de l'Est, Lupton se situe sur le territoire de la nation Navajo, au pied des Painted Cliffs. Ces formations de grès bordent le côté Nord de la Route 66 et s'élèvent à une hauteur de 170 mètres. L'érosion éolienne et hydraulique a sculpté dans la roche des nuances de rose, d'orangé et de blanc, créant de vastes alcôves naturelles parfaitement visibles depuis la chaussée.

Ce relief a servi de cadre naturel à plusieurs séquences du film Les Raisins de la colère, réalisé par John Ford en 1940, et a plus tard inspiré l'esthétique des décors du film d'animation Cars produit au début des années 2000.

Lupton
Lupton

Le cadre géologique singulier de Lupton a favorisé l'implantation de nombreux commerces de bord de route dès la première moitié du 20ème siècle. On y trouve plusieurs trading posts historiques qui jalonnent la frontière entre le Nouveau-Mexique et l'Arizona sur quelques miles. Teepee Trading Post, reconnaissable à ses structures coniques en béton, ou Yellowhorse Trading Post, fondé par la famille Navajo Yellowhorse à la fin des années 1940, témoignent de l'architecture commerciale vernaculaire de l'époque. Ces établissements proposaient initialement des fournitures de base avant de se spécialiser dans l'artisanat amérindien, notamment les bijoux en turquoise et les poteries.

Yellowhorse Trading Post
Yellowhorse Trading Post

Stateline General Store complète cet ensemble architectural qui marquait, pour ceux qui parcouraient la Mother Road, l'entrée officielle dans l'Ouest profond. Les bâtiments exploitent souvent la configuration des falaises, certains étant partiellement encastrés dans la roche pour optimiser les surfaces commerciales, qui s'étendent sur plusieurs dizaines de mètres le long de l'ancien tracé.

Lupton
Lupton

Houck

Fort Courage, Houck
Fort Courage, Houck

En quittant Lupton vers l'Ouest, le tracé de la Route 66 longe l'Interstate 40 sur environ 10 miles avant d'atteindre la petite localité de Houck. Ce secteur, situé au cœur de la réserve Navajo, servait de point de passage stratégique pour les automobilistes dès la première moitié du 20ème siècle. Le paysage environnant se caractérise par des plateaux arides et des formations rocheuses érodées, typiques du Nord-Est de l'Arizona. L'activité économique de Houck s'est historiquement structurée autour du commerce de proximité, profitant de l'importance de la Mother Road pour capter les flux de transit nationaux.

Fort Courage, Houck
Fort Courage, Houck

Au Nord de l'Interstate 40, on découvre les vestiges de Fort Courage, un complexe commercial thématique autrefois rattaché au Frontier West Shopping Center. Édifié au milieu des années 1960, ce site s'inspirait directement des décors de la série télévisée F Troop, diffusée entre 1965 et 1967. L'ensemble architectural cherchait à reproduire l'aspect d'un poste militaire de la fin du 19ème siècle, avec des palissades en rondins et deux tours de guet qui subsistent encore aujourd'hui. Ce centre regroupait plusieurs services, offrant une immersion dans l'imaginaire de la frontière américaine à travers ses boutiques de souvenirs et son épicerie.

À proximité immédiate des palissades du fort se dresse un bâtiment à l'architecture singulière achevé en 1967. Il abritait à l'époque un restaurant de la chaîne Van de Kamp, dont l'esthétique s'inscrivait dans le mouvement Googie, particulièrement populaire au milieu du siècle. La structure se distingue par sa forme polygonale à 16 côtés, conçue pour être repérable de loin par les conducteurs circulant sur la Mother Road. À l'origine, le sommet de l'édifice était surmonté d'un moulin à vent dont les ailes s'élevaient à plusieurs mètres de hauteur. Si le mécanisme rotatif a disparu au profit d'une enseigne commerciale plus conventionnelle, le corps du bâtiment demeure un témoignage intact du design publicitaire des années 1960.

Van de Kamp Bakery Building
Van de Kamp Bakery Building

Au Sud de l'Interstate 40, une petite route mène à Saint Anselm Mission, fondée en 1900 par le père franciscain Anselm Weber. La chapelle actuelle, érigée en 1927, a été bâtie en pierre de taille extraite des carrières environnantes. L'édifice présente une architecture robuste et sobre, caractéristique des implantations religieuses en territoire Navajo au début du 20ème siècle. Les murs épais permettaient de maintenir une température régulée à l'intérieur du sanctuaire, qui constitue encore de nos jours un point de repère historique majeur au sein de la localité.

Querino Canyon Bridge

Querino Canyon Bridge
Querino Canyon Bridge

Au niveau de Houck, le tracé de la Route 66 se divise en deux segments distincts qui prennent la forme de pistes carrossables situées de part et d'autre de l'Interstate 40. Le segment Sud suit l'alignement originel défini en 1926, serpentant à travers un relief accidenté caractéristique du haut désert. Cette section franchit deux ouvrages d'art majeurs inscrits au National Register of Historic Places : Allentown Bridge et Sanders Bridge, tous deux achevés en 1923.

Allentown Bridge
Allentown Bridge

Ces ponts métalliques à structure en treillis de type Parker illustrent les standards techniques du début du 20ème siècle, conçus pour supporter le passage des premiers convois automobiles et du bétail dans cette région rurale de l'Arizona.

Sanders Bridge
Sanders Bridge

Le tracé Nord, mis en service en 1930, proposait une alternative plus directe. Cet alignement est particulièrement remarquable pour Querino Canyon Bridge, un ouvrage de génie civil édifié en 1929. Le pont s'étend sur une longueur de 25 mètres et s'élève au-dessus d'un ravin encaissé. Sa structure de type Pratt repose sur un tablier en acier supporté par des piliers en béton armé, un mode de construction alors privilégié par le Arizona Highway Department pour assurer la pérennité des infrastructures face aux crues saisonnières des cours d'eau intermittents. Le franchissement de ce canyon constituait une étape technique importante avant que ce tronçon ne soit délaissé lors de l'évolution du réseau routier au milieu du siècle.

Querino Canyon Bridge
Querino Canyon Bridge

À proximité immédiate du pont, vers le Nord-Est, subsistent les vestiges de Big Arrows Trading Post, autrefois propriété de Claude et Clara Lee. Ce commerce de bord de route était un point d'arrêt identifié pour le ravitaillement et l'achat d'artisanat local durant les années 1930 et 1940. L'activité du site cessa en 1949, suite à un réalignement majeur de la Mother Road qui dévia le flux de véhicules vers le tracé correspondant à l'actuelle Interstate 40. Aujourd'hui, les ruines de l'établissement témoignent de l'abandon progressif des structures isolées après la Seconde Guerre mondiale. Une cheminée de pierre et un pilier de soutènement demeurent les seuls éléments verticaux encore debout parmi les décombres, marquant l'emplacement de cet ancien pôle d'échanges commerciaux.

Entre Chambers et Holbrook, la Route 66 est complètement morcelée, certaines portions se sont évanouies dans la Nature, d'autres sont réduites à l'état de pistes plus ou moins praticables.
Empruntez l'Interstate 40 jusqu'à Holbrook et utilisez les sorties indiquées ci-dessous pour accéder aux attractions qui se situent dans le secteur.

Painted Desert Trading Post

Painted Desert Trading Post
Painted Desert Trading Post
(© Jim Ross)

Quelques miles avant d'atteindre les limites de Petrified Forest National Park, Painted Desert Trading Post se dresse comme l'un des vestiges les plus isolés de l'Est de l'Arizona.

Pour y accéder, sortez à l'échangeur 320 de l'Interstate 40 et prenez Pinta Road en direction du Nord-Ouest. Après un mile, vous arriverez devant une barrière cadenassée. Un panneau vous indique un numéro de téléphone à appeler (ou SMS) pour obtenir le code vous permettant d'ouvrir la barrière. Le propriétaire, a qui appartiennent les terres et le trading post, vous demandera de vous envoyer une photo de votre pièce d'identité et, à réception, vous donnera le code de la barrière.

Une fois ouverte, passez la barrière, refermez-la (sans forcément la cadenasser) et suivez Pinta Road, qui n'est autre que l'ancienne Route 66, en direction de l'Ouest pendant 2.5 miles pour atteindre Painted Desert Trading Post, situé dans un environnement aride et exposé aux vents constants du haut désert.

C'est à la fin des années 1930 que Dotch Garland Windsor et sa femme Alberta s'installent ici, près de la Dead River, dans cette région magnifique et colorée du désert de l'Arizona, mais désertique et continuellement balayée par le vent. Originaire du Texas et éleveur de bétail, Dotch avait un frère, Erastus, à Holbrook.

Ils construisent une maison de côté Ouest de la rivière. Au début, ils sont attelés à gérer leur ranch, mais ils décident d'ouvrir un trading post le long de la Route 66, voyant qu'il y avait de l'argent à gagner avec les nombreux voyageurs empruntant cette route. Le commerce propose du carburant, et vend des articles indiens et du bois pétrifié.

En plus de l'activité du trading post, les Windsor ont quelques chevaux et 80 têtes de bétail. La vie suit son cours, mais une spirale descendante irréversible ne tarde pas à s'enclencher. À la fin des années 1940, la Route 66 a un grand besoin d'être améliorée. Il est alors décidé de construire une nouvelle route, à un mile au Sud du trading post (qui sera ensuite transformée pour devenir l'Interstate 40).

Le déclin de l'établissement s'amorce à la fin des années 40, période durant laquelle l'Arizona Highway Department planifie la modernisation de la Route 66. Les ingénieurs privilégient alors un nouvel axe situé à un mile au Sud de Dead River, un tracé plus rectiligne qui sera plus tard intégré au réseau des Interstates. Ce réalignement, effectif à la fin des années 1950, prive définitivement le commerce des Windsor de sa clientèle de passage. Dotch Windsor est alors contraint de cesser ses activités et de se replier vers la ville de Holbrook, où il résidera jusqu'à son décès en 1964. Aujourd'hui, la route historique est praticable depuis l'Est mais se trouve condamnée à l'Ouest par la clôture marquant l'entrée du parc national, interdisant toute jonction directe avec les secteurs protégés.

Painted Desert Trading Post (avant sa restauration)
Painted Desert Trading Post (avant sa restauration)
(MariekeStronk, Pixabay)

Painted Desert Trading Post est considéré par les historiens comme un joyau patrimonial de la Mother Road en raison de son état de conservation exceptionnel. Contrairement à de nombreuses structures du 20ème siècle, l'édifice n'a subi aucune modification structurelle ni changement de destination depuis sa fermeture définitive. Le bâtiment, dont les façades simples s'élèvent à environ 4 mètres de hauteur, témoigne d'une époque où les commerces de bord de route devaient composer avec un isolement géographique extrême. En 2017, la Route 66 Co-Op, une organisation dédiée à la sauvegarde du patrimoine routier, a racheté la propriété pour en assurer la pérennité. Des travaux de consolidation ont été entrepris sur la charpente et les fondations pour protéger la structure qui menaçait de s'effondrer sous l'effet de l'érosion éolienne.

Petrified Forest NP & Painted Desert

La Route 66 dans Painted Desert
La Route 66 dans Painted Desert

Entre les localités de Chambers et de Holbrook, le tracé historique de la Route 66 traversait les étendues géologiques de Petrified Forest National Park et de Painted Desert. Sur cette section d'environ 50 miles, l'emprise de la Mother Road a presque intégralement disparu au profit de l'Interstate 40, achevée dans ce secteur au cours des années 60. Le bitume original, lorsqu'il n'a pas été physiquement retiré par les services de voirie, s'est dégradé sous l'action de l'érosion et de la progression de la végétation, finissant par s'ensevelir sous le sable et les sédiments argileux. Le passage de l'ancienne chaussée n'est désormais perceptible que par l'alignement de vieux poteaux télégraphiques et électriques en bois, qui servaient de points de repère structurels le long de la plateforme routière au milieu du siècle.

Route 66 Monument
Route 66 Monument

Afin de marquer l'emplacement exact où passait la Route 66, un monument commémoratif, Route 66 Monument, a été érigé le long de Petrified Forest Road, entre Lacey Point et l'Interstate 40. Ce site d'interprétation présente des éléments emblématiques de l'ère automobile du 20ème siècle, notamment une calandre de véhicule des années 1950 fixée sur un socle et la carcasse métallique d'une Studebaker de 1932.

Route 66 Monument
Route 66 Monument

La présence de cette berline d'avant-guerre, dont la structure en acier de 4.5 mètres de long est aujourd'hui oxydée, illustre la transition technique entre les premières pistes de terre et les routes revêtues qui ont favorisé l'essor touristique de l'Arizona. Un panneau explicatif détaille l'évolution du tracé et l'impact socio-économique de la route sur les communautés locales avant son déclassement.

Route 66 Monument
Route 66 Monument

À proximité de Tiponi Point, Pinta Road part en direction du Nord-Est, constituant l'un des rares segments physiques subsistants de la Route 66 dans cette zone protégée. Cette piste de terre, dont l'accès motorisé est strictement réglementé et interdit au public sans autorisation, correspond à l'alignement qui desservait autrefois Painted Desert Trading Post (voir ci-dessus). Bien que la circulation y soit proscrite pour préserver l'intégrité du site archéologique et naturel, elle demeure un témoin du réseau secondaire qui maillait le désert avant la standardisation autoroutière.

Petrified Forest NP & Painted Desert
Petrified Forest NP & Painted Desert
(© Straw, roadtrippin.fr)

Dans tous les cas, lors de votre périple sur la Route 66, une visite de Petrified Forest NP et Painted Desert est incontournable, permettant d'observer des formations géologiques dont les strates colorées s'étendent à perte de vue, et offrant un relief dont les courbes et les nuances minérales constituent l'un des paysages les plus documentés de l'Ouest américain.

Lisez notre guide de voyage dédié à Petrified Forest NP & Painted Desert

Painted Desert Indian Center & Stewart's Petrified Wood Shop

Painted Desert Indian Center
Painted Desert Indian Center

À environ 10 miles à l'Ouest de Petrified Forest National Park, au niveau de l'échangeur 303 de l'Interstate 40, deux établissements illustrent la tradition des attractions de bord de route développées au milieu du 20ème siècle. Au Sud de l'autoroute, Painted Desert Indian Center présente une architecture commerciale typique des trading posts de l'après-guerre. Sa singularité repose sur sa scénographie extérieure, composée d'une quinzaine de structures reproduisant la forme de tipis, d'une hauteur d'environ 5 mètres, ainsi que de sculptures monumentales de dinosaures réalisées en fibre de verre et béton. Ces éléments décoratifs étaient conçus pour capter l'attention des conducteurs et les inciter à s'arrêter pour découvrir l'artisanat local et les produits dérivés.

Painted Desert Indian Center
Painted Desert Indian Center

Du côté Nord de la chaussée, Stewart's Petrified Wood Shop constitue un exemple frappant d'architecture vernaculaire et publicitaire. L'établissement est immédiatement identifiable par la profusion de sculptures animalières de grande dimension disposées sur son terrain de plusieurs centaines de mètres carrés. L'élément le plus spectaculaire est un autobus scolaire jaune installé en porte-à-faux au sommet d'une petite falaise de grès, créant un repère visuel majeur pour les voyageurs circulant sur la Mother Road. L'établissement fonctionne à la fois comme un point de vente spécialisé dans les spécimens de bois pétrifié, une boutique de souvenirs et un parc animalier miniature abritant notamment un enclos pour autruches.

L'accumulation d'objets hétéroclites et la présence de structures métalliques ou de carrosseries recyclées entourant le magasin témoignent d'une esthétique propre aux zones rurales de l'Arizona, où le recyclage de matériaux industriels s'est mêlé à l'activité touristique. Ces deux sites, bien que séparés par l'Interstate 40, marquent la continuité de l'économie de transit qui a façonné le paysage de la Route 66 au cours du 20ème siècle. Ils offrent un aperçu des méthodes promotionnelles utilisées avant la standardisation des zones de services modernes, reposant sur l'insolite et le gigantisme pour se démarquer dans l'immensité désertique.

Painted Desert Indian Center
Painted Desert Indian Center
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Holbrook

Carte détaillée de Holbrook

Holbrook s'établit comme un pôle urbain majeur du tracé de la Route 66 dans l'Est de l'Arizona, structuré autour de deux axes principaux que sont Navajo Boulevard et Hopi Drive. Fondée initialement en 1881 comme un point de ravitaillement pour la ligne de chemin de fer Atlantic and Pacific Railroad, la localité a opéré une transition vers l'économie automobile dès le début du 20ème siècle. Les artères principales conservent aujourd'hui un alignement dense de structures hôtelières et de services de restauration dont les architectures témoignent de l'évolution du style vernaculaire de bord de route entre les années 1930 et les années 1960.

El Rancho Motel
El Rancho Motel

Le long de Navajo Boulevard, qui traverse la ville du Nord au Sud, on observe des exemples significatifs de motels de l'après-guerre ayant conservé leur vocation originelle. Globetrotter Lodge illustre l'esthétique du milieu du siècle avec ses chambres disposées en rangées continues, tandis que El Rancho Motel et 66 Motel présentent des enseignes lumineuses caractéristiques, conçues pour être identifiables à plusieurs miles de distance durant la nuit.

Sur Hopi Drive, l'architecture commerciale se diversifie avec des établissements comme The Plainsman Restaurant and Motor Court, dont le bâtiment principal présente des lignes épurées et des toitures à faible pente, typiques des constructions réalisées à la fin des années 1950. Ces structures, utilisant massivement le béton, la brique et le stuc, ont été dimensionnées pour accueillir un flux croissant de véhicules avant que l'ouverture de l'Interstate 40, située à moins d'un mile au Sud du centre historique, ne modifie durablement la dynamique commerciale de la ville.

66 Motel
66 Motel

Rainbow Rock Shop

Rainbow Rock Shop
Rainbow Rock Shop

Au 105 Navajo Boulevard, Rainbow Rock Shop constitue une halte singulière dont la mise en scène extérieure s'inscrit dans la tradition de l'architecture publicitaire du milieu du siècle. L'établissement est entouré d'une ménagerie de dinosaures aux couleurs vives, construits en béton et en acier. Ces structures, dont les plus hautes atteignent environ 7 mètres, ont été conçues pour capter l'attention des automobilistes et les inciter à s'arrêter pour examiner les collections de bois pétrifié et de minéraux issues des gisements géologiques de la région. Ce type d'attraction kitsch était particulièrement répandu le long de la Mother Road, à une période où la concurrence entre les commerces de bord de route imposait un recours au gigantisme et à l'insolite.

Rainbow Rock Shop
Rainbow Rock Shop

En progressant vers le Nord de la localité, au croisement stratégique entre Navajo Boulevard et Hopi Drive, on découvre un hommage graphique à l'histoire routière de l'Arizona. Un écusson de la Route 66 a été peint sur une imposante dalle de grès extraite des carrières environnantes. Ce carrefour constituait le point névralgique de Holbrook, où les flux de voyageurs se rejoignaient avant de poursuivre leur trajet vers l'Est ou l'Ouest.

Dalle Route 66
Dalle Route 66

Joe & Aggie's Cafe

Joe & Aggie's Cafe
Joe & Aggie's Cafe

Au 120 West Hopi Drive, le bâtiment de Joe & Aggie's Cafe témoigne d'une histoire familiale et commerciale débutée en 1943. Ce restaurant mexicain, dirigé pendant plus de soixante-dix ans par Joe et Aggie Gallegos, constituait une étape majeure le long de la Mother Road. L'influence de ce couple sur la culture populaire est notable, car ils ont inspiré les personnages de Stanley et Lizzie dans le film d'animation Cars. Bien que l'établissement ait définitivement fermé ses portes au début des années 2020, il reste un jalon historique essentiel au cœur de Holbrook.

Joe & Aggie's Cafe
Joe & Aggie's Cafe

La façade de l'édifice est ornée d'une imposante peinture murale qui rend hommage au tracé historique à travers l'Arizona. Cette œuvre d'art urbain regroupe des motifs symboliques et le célèbre écusson de la route, illustrant la volonté de préservation du patrimoine local amorcée vers la fin du 20ème siècle. L'architecture du café, typique des constructions commerciales en brique du milieu du siècle, s'inscrit dans le tissu urbain qui bordait autrefois les axes principaux. On peut encore y observer les détails de la devanture qui accueillaient les voyageurs avant que le flux de circulation ne soit dévié vers le Sud de la ville.

Joe & Aggie's Cafe
Joe & Aggie's Cafe

Wigwam Motel

Wigwam Motel
Wigwam Motel

Situé au 811 West Hopi Drive, Wigwam Motel constitue l'une des icônes les plus reconnaissables de la Route 66 en Arizona. Cet établissement fut inauguré en 1950 par Chester E. Lewis, qui s'était inspiré d'un concept architectural breveté par Frank Redford. Le complexe de Holbrook représente le sixième village d'une série qui en compta sept au total à travers les États-Unis au milieu du 20ème siècle. On y accède facilement depuis l'ancien tracé, où l'on remarque immédiatement la disposition singulière des bâtiments conçus pour capter l'attention des automobilistes voyageant vers l'Ouest.

Wigwam Motel
Wigwam Motel

Le village s'organise autour d'un bureau central, avec 15 structures indépendantes disposées selon un plan en "U". Bien que nommées wigwams, ces habitations adoptent en réalité la forme conique des tipis. Chaque unité est construite de façon permanente en béton et en acier, s'élevant à une hauteur de 8.5 mètres pour un diamètre à la base de 6.4 mètres. Cette architecture insolite offrait une alternative thématique aux motels conventionnels de l'après-guerre. Pour renforcer l'immersion dans cette époque, des véhicules anciens des années 1950 et 1960 sont stationnés de manière permanente devant les chambres, illustrant l'évolution du design automobile contemporain de la Mother Road.

Wigwam Motel
Wigwam Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Une partie du bâtiment principal, qui servait initialement de réception et de logement pour la famille Lewis, a été réaménagée en espace muséal. On y expose la collection personnelle du fondateur, regroupant des souvenirs liés à l'histoire de la route, des spécimens de bois pétrifié et divers objets d'artisanat amérindien. Sur les sept villages originaux construits, seuls deux autres sites subsistent aujourd'hui : le numéro 2, situé à Cave City dans le Kentucky, et le numéro 7, localisé à San Bernardino en Californie, également sur le tracé de la Route 66. Le site de Holbrook a été inscrit au National Register of Historic Places en 2002, confirmant son importance dans le patrimoine architectural routier de l'Arizona.

Wigwam Motel
Wigwam Motel

De Holbrook à Winslow

Carte détaillée de la Route 66 entre Holbrook et Winslow

Entre Holbrook et Winslow, les portions de Route 66 encore carrosables se font rares, la route ayant été remplacée par l'I40 ou bien abandonnée.
Comme pour le secteur précédent, utilisez l'autoroute et sortez aux échangeurs indiqués pour atteindre Joseph City et ses deux trading posts.

Geronimo Trading Post

Geronimo Trading Post
Geronimo Trading Post

À environ 5 miles à l'Est de Joseph City, accessible par la sortie 280 de l'Interstate 40, Geronimo Trading Post constitue une halte commerciale emblématique de la région. Fondé en 1974, cet établissement s'est développé à une période où le tracé originel de la Route 66 entre Holbrook et Joseph City commençait à être absorbé ou délaissé au profit de l'autoroute. Le magasin propose une vaste sélection d'artisanat amérindien, de bijoux et de souvenirs, s'inscrivant dans la lignée des comptoirs de vente qui ont jalonné la Mother Road tout au long du 20ème siècle.

Geronimo Trading Post
Geronimo Trading Post

L'aspect extérieur du site est marqué par une mise en scène typique des attractions routières de l'Arizona, incluant plusieurs structures en forme de tipis et des chariots de pionniers. L'élément le plus notable est sans doute la présence de ce que l'établissement présente comme le plus grand spécimen de bois pétrifié au monde. Ce vestige minéral colossal, fragmenté en plusieurs sections massives, pèse environ 80 tonnes. Sa présence rappelle la proximité des gisements géologiques de Painted Desert et souligne l'importance du commerce des minéraux fossilisés dans l'économie touristique locale.

Joseph City

Joseph City est située entre les sorties 277 et 274 de l'Interstate 40. Fondée en 1876 sous le nom de Allen's Camp par des colons mormons, elle constitue la plus ancienne implantation continue de cette communauté sur le tracé de la Route 66 en Arizona. L'histoire locale est commémorée par Old Fort Monument, un monument érigé sur Main Street à l'Est de la ville. Ce mémorial, conçu avec de la pierre et des fragments de bois pétrifié, rappelle l'emplacement des premières structures défensives destinées à protéger les familles de colons à la fin du 19ème siècle. Main Street, qui servait autrefois d'axe principal pour la Mother Road, conserve une atmosphère rurale typique des petites localités de l'Est de l'État.

Old Fort Monument
Old Fort Monument

Le développement commercial de Joseph City au milieu du siècle reposait en grande partie sur l'attractivité de ses trading posts. Si Jack Rabbit Trading Post (voir ci-dessous) demeure aujourd'hui une étape incontournable, la ville a vu disparaître d'autres témoins de son passé, notamment Ella's Frontier Trading Post. Fondé dans les années 1940 par Ella Blackwell, cet établissement était autrefois célèbre pour son architecture en bois de cèdre et son décor hétéroclite. Après avoir été l'un des points d'arrêt les plus photographiés de la région, le bâtiment a été démoli au début des années 2020 en raison de son état de délabrement avancé, illustrant la fragilité du patrimoine bâti du 20ème siècle.

Ella's Frontier Trading Post
Ella's Frontier Trading Post

En s'écartant du tracé principal pour emprunter Obed Road vers le Sud, on peut découvrir un ouvrage d'art remarquable achevé en 1917. Obed Bridge est un pont à treillis en acier de type Pratt qui enjambe le fleuve Little Colorado. Toujours ouvert à la circulation, cet édifice présente une structure métallique rivetée caractéristique du début du siècle, s'étendant sur une longueur d'environ 55 mètres. Son inscription au National Register of Historic Places souligne son importance technique dans l'histoire des infrastructures de transport de l'Arizona. À l'époque de sa construction, il représentait un progrès majeur pour sécuriser le franchissement du fleuve, dont le débit peut varier brutalement lors des crues saisonnières.

Obed Bridge
Obed Bridge

Jack Rabbit Trading Post

Jack Rabbit Trading Post
Jack Rabbit Trading Post
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

À environ 6 miles à l'Ouest de Joseph City, à proximité de la sortie 269, Jack Rabbit Trading Post constitue l'un des arrêts les plus emblématiques de la Route 66 en Arizona. Fondé en 1949 par James Taylor, un ancien habitant du Texas, l'établissement occupe un bâtiment qui servait initialement de logement pour les employés de la Santa Fe Railway. Son nom fait référence au Lepus californicus, un lièvre à grandes oreilles caractéristique des zones arides du Sud-Ouest américain. Dès son ouverture au milieu du 20ème siècle, le commerce s'est spécialisé dans la vente de curiosités, d'objets de collection liés à l'Arizona et d'artisanat amérindien, répondant à la demande croissante des automobilistes traversant le désert.

Jack Rabbit Trading Post
Jack Rabbit Trading Post

La notoriété mondiale de Jack Rabbit Trading Post repose sur une stratégie publicitaire novatrice pour l'époque, inspirée des campagnes de la marque Burma-Shave. James Taylor avait installé une série de panneaux d'affichage le long du tracé, s'étendant depuis le Missouri jusqu'à l'Arizona sur plus de 1000 miles. Chaque enseigne présentait la silhouette noire d'un lièvre bondissant sur un fond jaune, indiquant la distance restant à parcourir avant d'atteindre le magasin. Cette communication visuelle culminait à Joseph City par l'apparition du célèbre panneau "Here it is", une structure fixe installée devant le bâtiment, devenue l'un des points de repère les plus documentés de la Mother Road.

Jack Rabbit Trading Post
Jack Rabbit Trading Post

L'architecture du site demeure fidèle aux standards des trading posts ruraux du milieu du siècle, avec une structure de plain-pied et une signalétique peinte directement sur les façades. Devant l'entrée, on trouve une sculpture monumentale de lièvre réalisée en fibre de verre, s'élevant à environ 2 mètres de hauteur. Équipée d'une selle, cette figurine permet de s'installer pour une photographie, perpétuant une tradition observée par des milliers de personnes depuis les années 1950. Bien que l'Interstate 40 ait capté le flux principal de circulation, l'établissement a survécu grâce à son statut d'icône culturelle, conservant ses étagères d'origine et une atmosphère représentative de l'âge d'or automobile de l'Arizona.

Jack Rabbit Trading Post
Jack Rabbit Trading Post
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Après Jack Rabbit Trading Post, la Route 66 a totalement laissé la place à l'I40, mais réapparaît en arrivant à Winslow.

Winslow

Carte détaillée de Winslow

La ville de Winslow, qui compte moins de 10.000 habitants, constitue une étape majeure du parcours en Arizona. Traversée par le tracé historique de la Route 66, la localité a conservé un patrimoine urbain dense, témoignant de son essor au cours du 20ème siècle en tant que carrefour ferroviaire et routier. On y observe un alignement remarquable de structures commerciales datant des années 1940 et 1950, période durant laquelle la Mother Road irriguait l'économie locale. Au-delà des classiques stations-service, motels et restaurants qui jalonnent les axes principaux, Winslow propose des sites architecturaux et culturels d'envergure qui reflètent son importance historique .

Lorenzo Hubbell Trading Post and Warehouse

Lorenzo Hubbell Trading Post
Lorenzo Hubbell Trading Post

Au 523 West 2nd Street, un petit Visitor Center occupe les murs de l'ancien Lorenzo Hubbell Trading Post and Warehouse, un édifice achevé en 1917. Cette structure en briques, qui servait initialement d'entrepôt et de comptoir commercial pour Lorenzo Hubbell, l'un des marchands les plus influents du territoire Navajo au début du 20ème siècle, constitue un témoignage de l'architecture fonctionnelle de l'époque. Inscrit au National Register of Historic Places, le bâtiment a été conçu pour stocker de larges volumes de marchandises et d'artisanat destinés à être transportés par le chemin de fer, dont les voies se trouvent à proximité immédiate.

Winslow's Historic Commercial District

Winslow
Winslow

Winslow's Historic Commercial District est officiellement inscrit au National Register of Historic Places, reconnaissant ainsi l'importance de ce noyau urbain dans l'histoire de l'Arizona. Ce secteur se concentre principalement autour de l'intersection de 2nd Street et de Kinsley Avenue, où l'on peut observer un ensemble cohérent de bâtiments en brique édifiés entre 1883 et 1935. Ces structures, dont les façades s'élèvent sur un ou deux niveaux, témoignent de l'évolution architecturale de la ville, passant du style pionnier de la fin du 19ème siècle aux lignes plus sobres du début du 20ème siècle.

On parcourt ce quartier pour y découvrir une concentration de commerces dont beaucoup ont conservé leurs vitrines d'origine et leurs éléments décoratifs en pierre ou en métal. Cette zone constituait le cœur économique de Winslow durant l'âge d'or de la Mother Road, offrant aux voyageurs du milieu du siècle une multitude de services à une époque où le trafic automobile était à son apogée. La préservation de ces édifices permet aujourd'hui de comprendre l'organisation spatiale d'une ville étape typique, avant que l'expansion urbaine ne se déplace vers les axes autoroutiers périphériques dans les années 1970.

Standin' On The Corner Park

Standin' On The Corner
Standin' On The Corner

Situé au carrefour de 2nd Street et de Kinsley Avenue, Standin' on the Corner Park constitue le point de repère le plus célèbre de Winslow. Inauguré en 1999, ce site a été conçu pour revitaliser le centre historique après le déclin économique provoqué par le contournement de la ville par l'Interstate 40 en 1979. L'aménagement de cet espace public transforme une simple intersection urbaine en un mémorial dédié à l'influence culturelle de la localité au cours du 20ème siècle.

Standin' On The Corner
Standin' On The Corner

La renommée internationale de ce lieu est indissociable de la chanson Take It Easy du groupe Eagles, sortie en 1972. Co-écrit par Jackson Browne et Glenn Frey, ce titre emblématique du rock américain mentionne explicitement la ville dans son premier couplet avec la phrase "standing on a corner in Winslow, Arizona". Cette référence musicale a durablement ancré la cité dans l'imaginaire collectif, attirant un flux constant de personnes souhaitant s'imprégner de l'atmosphère décrite dans l'œuvre.

Standin' On The Corner
Standin' On The Corner

L'espace accueille deux statues en bronze grandeur nature qui animent le trottoir. La première représente un musicien à l'allure décontractée, portant une guitare acoustique, tandis que la seconde, ajoutée en 2016, rend hommage à Glenn Frey. La précision de la ciselure du bronze restitue avec réalisme les détails des vêtements et des instruments, figeant ces figures emblématiques dans une attitude naturelle propre à l'imagerie rock du début des années 1970.

Standin' On The Corner
Standin' On The Corner

En arrière-plan, une immense peinture murale en trompe-l'œil s'étend sur les deux étages de la façade d'un ancien bâtiment en brique. Cette fresque monumentale, réalisée par l'artiste John Pugh, s'élève à plus de 8 mètres de haut et illustre les éléments narratifs de la chanson. On y distingue notamment le reflet d'un pick-up Ford rouge conduit par une femme blonde dans une vitrine fictive. D'autres détails complètent l'œuvre, comme un aigle perché sur le rebord d'une fenêtre à l'étage ou un couple s'embrassant discrètement à une autre ouverture.

Standin' On The Corner
Standin' On The Corner

Le carrefour a été entièrement rénové avec un revêtement de sol pavé qui souligne le cachet historique du district commercial. Au centre de l'intersection, un gigantesque logo de la Route 66 a été peint directement sur le revêtement de la chaussée. Cet écusson, dont les dimensions généreuses permettent une visibilité optimale pour les prises de vue, rappelle la fonction originelle de cet axe qui voyait défiler les automobilistes traversant l'Ouest.

Standin' On The Corner
Standin' On The Corner

Ce site est aujourd'hui considéré comme l'un des points de passage les plus iconiques de la Mother Road, figurant parmi les lieux les plus photographiés de tout le parcours transcontinental. La présence d'un authentique pick-up Ford des années 1960 stationné en bordure du parc parachève cette mise en scène de l'Amérique du milieu du siècle. On y découvre un exemple réussi de préservation patrimoniale où la culture populaire et l'histoire routière se rejoignent pour former une étape incontournable lors d'une traversée de l'Arizona.

Standin' On The Corner
Standin' On The Corner

La Posada Historic District

La Posada Hotel
La Posada Hotel

Au Sud-Est du district commercial historique de Winslow, La Posada Historic District regroupe un ensemble architectural remarquable situé le long des voies de la Santa Fe Railway. Ce secteur témoigne de l'importance de la ville en tant que plaque tournante du transport au début du 20ème siècle. Le site comprend notamment Winslow Santa Fe Station, gare édifiée en 1929, qui a été réhabilitée pour abriter un musée consacré à l'histoire locale et ferroviaire.

Winslow Santa Fe Station
Winslow Santa Fe Station

L'élément central de ce district est La Posada Hotel, inauguré en 1930. Conçu par l'architecte Mary Colter pour la Fred Harvey Company, cet établissement de luxe a fonctionné jusqu'en 1957 avant de fermer ses portes. Après plusieurs décennies durant lesquelles le bâtiment a servi de bureaux administratifs pour le chemin de fer, il a été racheté et méticuleusement restauré au cours des années 1990. Cette réouverture a permis à l'hôtel de retrouver sa fonction initiale et de redevenir un pivot de l'offre hôtelière de la région.

L'architecture du complexe fusionne les styles Mission Revival et Spanish Colonial Revival. Les structures présentent des murs en stuc, des toitures recouvertes de tuiles d'argile rouge et de vastes patios intérieurs. On y observe des colonnades et des arcades ombragées qui offrent une protection contre le climat aride de l'Arizona. Ces choix esthétiques visaient à créer l'atmosphère d'une hacienda espagnole, offrant un contraste saisissant avec l'environnement désertique entourant la localité.

La Posada Hotel
La Posada Hotel

La conception de l'hôtel reflétait l'évolution des modes de transport au milieu du siècle. L'édifice disposait de deux entrées principales stratégiquement positionnées : l'une au Sud, donnant directement sur les quais de la gare pour accueillir les voyageurs arrivant par le train, et l'autre au Nord, orientée vers la Route 66 pour capter le flux des automobilistes circulant sur la Mother Road. Cette double orientation illustre la transition entre l'ère du rail et l'âge d'or de l'automobile en Amérique du Nord.

La Posada Hotel
La Posada Hotel

Au sein de l'établissement, le restaurant The Turquoise Room perpétue la tradition d'excellence associée aux Harvey Houses. Sa décoration intérieure et sa carte ont été conçues pour refléter les cultures régionales tout en maintenant un standard de qualité élevé. L'établissement a été régulièrement classé parmi les tables les plus réputées des États-Unis, renforçant le statut de Winslow comme une étape culturelle et gastronomique majeure lors d'une traversée de l'Arizona.

La Posada Hotel
La Posada Hotel

De Winslow à Flagstaff

Carte détaillée de la Route 66 entre Winslow et Flagstaff

Entre Winslow et Winona, la Route 66 a presque complètement disparu, obligeant à emprunter l'Interstate 40. Les rares portions encore praticables sont des pistes ou des bribes de route pavée sans intérêt.
Le secteur comporte tout de même quelques spots intéressants qui méritent de sortir de l'autoroute pour les visiter.

Meteor City Trading Post

Meteor City Trading Post
Meteor City Trading Post

À la sortie 239 de l'Interstate 40, à environ 20 miles à l'Ouest de Winslow, on accède aux vestiges de Meteor City Trading Post. Ce site fut établi initialement en 1938 par Joseph Sharber avant de devenir une étape majeure de la Mother Road au milieu du 20ème siècle, notamment sous la direction de Goldie et Leo Weaver. Après qu'un incendie a détruit le bâtiment original dans les années 1970, le propriétaire fit construire en 1979 l'édifice actuel. Il s'agit d'un dôme géodésique blanc, une forme architecturale audacieuse pour l'époque, dont le sommet est surmonté d'une crête. Malgré la fermeture définitive du commerce au début des années 2000, la structure s'élève toujours dans le désert, bien que ses parois soient désormais marquées par l'érosion et des tags reprenant des symboles amérindiens.

Meteor City Trading Post
Meteor City Trading Post

Sur le côté Sud-Est du dôme se dressait autrefois un mur en forme de "L" d'une longueur de 31 mètres. Ce support accueillait une fresque monumentale réalisée par l'artiste Bob Waldmire, qui y avait peint ce qui était alors présenté comme la plus longue carte de la Route 66 au monde. Bien que ce mur ait aujourd'hui disparu, emportant avec lui cette œuvre emblématique du patrimoine routier de l'Arizona, les historiens rappellent que ce record de longueur était contesté. La plus vaste cartographie de la route est en effet située sur une paroi de El Trovatore Motel à Kingman, plus loin vers l'Ouest.

Meteor City Trading Post
Meteor City Trading Post

Devant le dôme, on peut encore observer les structures métalliques d'un attrape-rêves géant, qui fut longtemps revendiqué comme le plus grand au monde lors de son installation. Cet élément décoratif, associé à cinq wigwams en béton répartis de part et d'autre de la structure principale, illustre les techniques de marketing visuel utilisées par les commerçants de l'après-guerre pour inciter les voyageurs à s'arrêter. Ces constructions coniques, typiques de l'esthétique des bords de route du milieu du siècle, servaient de repères visuels puissants dans ce paysage aride, marquant l'entrée dans une zone d'intérêt géologique majeure située à quelques miles au Sud.

Meteor City Trading Post
Meteor City Trading Post

Meteor Crater

Meteor Crater
Meteor Crater
(© Straw, roadtrippin.fr)

À environ 6 miles au Sud de la sortie 233 de l'Interstate 40, Meteor Crater constitue l'une des attractions naturelles majeures situées à proximité de la Mother Road. Ce cratère d'impact a été formé il y a environ 50.000 ans par la chute d'une météorite de plus de 50 mètres de diamètre qui a creusé une dépression de 170 mètres de profondeur. Devenu un pôle touristique emblématique, le site offre un panorama saisissant sur la géographie du Nord de l'Arizona.

Lisez notre guide dédié à Meteor Crater

Entre Meteor Crater et Two Guns, vous pouvez prendre l'I40, ou empruntez un tronçon de Route 66 assez mal conservé, presque à l'état de piste, mais encore praticable, qui longe l'autoroute côté Sud.

Two Guns

Two Guns
Two Guns

Au niveau de la sortie 230 de l'Interstate 40, au Sud de la chaussée, Two Guns s'étend comme une cité fantôme dont les structures de béton et de pierre racontent une histoire marquée par la violence et les ambitions commerciales du 20ème siècle. Situé sur les rebords escarpés de Canyon Diablo, ce site regroupe les vestiges de plusieurs stations-service, d'un poste de traite et d'un jardin zoologique aujourd'hui désaffecté. L'endroit tire son intérêt de sa superposition de strates historiques, allant des conflits intertribaux du 19ème siècle à l'essor de l'automobile au milieu du siècle.

Histoire de Two Guns

L'histoire de Two Guns est d'abord celle d'un massacre. En 1878, après des années de conflits incessants, un groupe d'Apaches attaqua un camp Navajo, assassinant leurs occupants et capturant trois jeunes filles. La riposte fut immédiate : des Navajos se lancèrent à leur poursuite et débusquèrent les Apaches cachés dans une grotte de Canyon Diablo. En allumant des feux d'armoise à l'entrée et en tirant sur ceux qui tentaient de fuir, les Navajos tuèrent 42 Apaches. Ce site est depuis lors désigné sous le nom de Apache Death Cave.

Two Guns
Two Guns

La réputation de Two Guns comme repaire de marginaux se poursuivit durant l'hiver 1879-1880, lorsque Billy the Kid et sa bande s'abritèrent dans les ruines d'une maison en pierre au bord du canyon pour échapper aux autorités. Plus tard, en 1889, quatre hommes dévalisèrent un train à Canyon Diablo, s'enfuyant avec un butin de 100.000 dollars en or, argent et bijoux. Bien que capturés par le shérif Buckey O'Neill, ils n'avaient que 100 dollars sur eux. Selon les aveux ultérieurs de l'un des condamnés après sa sortie de prison, le butin serait enterré dans le canyon, près de Two Guns, attirant encore aujourd'hui de nombreux chercheurs de trésors.

L'endroit était l'un des rares points de passage permettant de traverser le redoutable Canyon Diablo, d'abord par une piste sinueuse, puis par un pont construit en 1915 pour la National Old Trails Road. Le développement commercial débuta réellement en 1914 avec l'installation de Daniel B. Oldfield et son trading post, qui s'appellera par la suite Canyon Lodge, suivi en 1922 par Earle et Louise Cundiff qui firent l'acquisition d'un terrain de 130 hectares pour y ériger un magasin, un restaurant et une station-service.

Two Guns
Two Guns

L'essor du site prit une dimension spectaculaire en 1925 avec l'arrivée de l'excentrique Harry E. Miller. Se faisant appeler Chief Crazy Thunder, Miller loua une parcelle aux Cundiff pour y bâtir Fort Two Guns, nommé ainsi en hommage à l'acteur de cinéma muet William S. Hart. Il y installa un restaurant, une boutique de souvenirs et un zoo abritant des lions des montagnes, des pumas, des serpents, des monstres de Gila et des lynx, tout en organisant des visites payantes de Apache Death Cave et de sites amérindiens créés de toute pièce.

Cette période fut toutefois assombrie en 1926 par un différend foncier au cours duquel Miller tua Earle Cundiff lors d'une dispute. Bien qu'acquitté pour légitime défense, Miller quitta l'Arizona après l'incendie de ses installations en 1929, laissant Louise Cundiff poursuivre seule l'exploitation du site.

En 1938, le tracé de la Route 66 est modifié et traverse Canyon Diablo grâce à un nouveau pont construit un peu plus au Nord. Louise Cundiff construit alors une station-service Texaco le long du nouveau tracé. Dans les années 1960, ce sont un motel, un bar et un camping KOA qui ouvrent à Two Guns.

Canyon Diablo Bridge
Canyon Diablo Bridge

Malheureusement, un terrible incendie ravage le site en 1971, qui ne s'en remettra pas. Malgré la création d'une nouvelle station-service, le déclin du trafic sur la Route 66, concurrencée par la nouvelle Interstate 40, condamne définitivement Two Guns, complètement abandonné depuis.

Visite de Two Guns

En entrant sur le site de Two Guns, à droite, se trouve un premier bâtiment, qui était la dernière des stations-service construites ici.

Two Guns
Two Guns
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

La route continue un peu pour atteindre les vestiges de l'ancien camping, dont il ne reste pas grand-chose, mise à part une piscine en béton, couverte de graffitis. Un grand bâtiment, aux toits pentus, qui était encore debout il y a quelques années, s'est effondré il y a peu de temps.

Two Guns
Two Guns
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Revenez sur vos pas et prenez à gauche pour suivre un route en béton qui longe l'I40. Vous atteindrez alors les vestiges de la station-service Texaco de Two Guns.

De là, une piste mène aux ruines du zoo, là où vous verrez un mur en pierre portant les inscriptions "Mountain lions".

Two Guns
Two Guns
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Derrière le zoo, se trouve Canyon Diablo et Canyon Diablo Bridge, autrefois emprunté par la Route 66. Ce pont est en béton armé, de type Luten, similaire à Canyon Padre Bridge situé un peu plus à l'Ouest, et qui fût construit en 1915. Il mesure 45 mètres de long.

Canyon Diablo Bridge
Canyon Diablo Bridge

Le pont faisait d'abord partie de la National Old Trails Road (connue sous le nom de Santa Fe Highway en Arizona), qui en 1926 est devenue une partie de la Route 66. Canyon Diablo Bridge, classé au National Register of Historic Places, fut utilisé jusqu'à ce qu'un nouveau pont soit érigé juste au Nord du Canyon Diablo Bridge en 1938, aujourd'hui utilisé par l'Interstate 40.

Du côté Sud du pont se trouve un bâtiment abandonné : il s'agit du trading post de Miller. Un peu plus loin, on peut voir les ruines d'anciens bâtiments construits au bord du canyon.

Two Guns
Two Guns

Apache Death Cave se situe à l'Est de Canyon Diablo Bridge. Il s'agit d'une série de cavités souterraines naturelles qui s'étendent sur plusieurs kilomètres sous le grès. Contentez-vous d'admirer les entrées des grottes et les vestiges des installations construits autour par Miller, ces grottes ne sont pas sécurisées.

Apache Death Cave
Apache Death Cave

Twin Arrows Trading Post

Twin Arrows Trading Post
Twin Arrows Trading Post
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

À proximité de Canyon Padre, accessible via la sortie 219 de l'Interstate 40, Twin Arrows Trading Post demeure l'un des repères visuels les plus emblématiques et les plus mélancoliques de la Route 66. Bien que l'activité commerciale ait cessé en 1995, le site continue d'attirer les photographes et les passionnés d'histoire routière, aimantés par les deux célèbres flèches jaunes géantes qui pointent toujours vers le sol devant les ruines du bâtiment principal.

Twin Arrows Trading Post
Twin Arrows Trading Post

Établi à la fin des années 1940, l'établissement portait initialement le nom de Canyon Padre Trading Post. Ce n'est que plus tard qu'il fut rebaptisé Twin Arrows, un changement de nom stratégique visant probablement à créer une synergie visuelle et thématique avec la localité voisine de Two Guns.

Twin Arrows Trading Post
Twin Arrows Trading Post
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

À son apogée, le complexe était une halte complète pour les voyageurs de la Mother Road, regroupant une station-service, une boutique de souvenirs indiens et un Valentine Diner. Ce type de restaurant préfabriqué, reconnaissable à sa petite structure carrée, était extrêmement populaire à l'époque car il pouvait être livré par camion et installé rapidement le long des axes en pleine expansion.

Twin Arrows Trading Post
Twin Arrows Trading Post

Les deux flèches, hautes de plusieurs mètres et inclinées à un angle de 45 degrés, servaient de signalétique monumentale. Elles incarnaient parfaitement cette architecture publicitaire "kitsch" conçue pour être vue de loin par les automobilistes lancés à pleine vitesse. Après des décennies d'abandon, elles ont fait l'objet d'une restauration par des passionnés en 2009, redonnant pour un temps leurs couleurs vives au site, bien que le temps et les tags reprennent aujourd'hui leurs droits sur les structures de bois et de béton.

Twin Arrows Trading Post
Twin Arrows Trading Post

Si le trading post historique est figé dans le passé, le secteur a connu une mutation spectaculaire au cours de la dernière décennie grâce aux investissements de la Nation Navajo, transformant ce désert en un pôle économique moderne situé au Nord de l'autoroute.

Juste en face des ruines historiques, Twin Arrows Navajo Casino Resort a ouvert ses portes en 2013. Cet immense complexe de verre et de pierre s'élève comme un mirage moderne dans le paysage aride. Il ne s'agit pas d'un simple lieu de jeu, mais d'une structure hôtelière haut de gamme comptant plus de 200 chambres, un centre de fitness, une piscine intérieure et de vastes espaces de conférence. L'architecture et la décoration intérieure rendent un hommage constant à la culture Navajo, avec des motifs traditionnels réinterprétés de manière contemporaine, notamment dans le design des tapis et des luminaires qui rappellent les éléments naturels de la région.

Twin Arrows Navajo Casino Resort
Twin Arrows Navajo Casino Resort

Pour compléter cette offre, Navajo Blue Travel Plaza a été inaugurée plus récemment. Bien loin des modestes pompes à essence des années 1950, cette aire de service moderne a été conçue comme une vitrine de l'hospitalité et de l'artisanat Navajo. Elle propose non seulement des services de ravitaillement de pointe pour les voitures et les poids lourds, mais aussi un espace de restauration proposant des spécialités locales et une boutique de souvenirs où l'artisanat authentique remplace le "bric-à-brac" d'autrefois.

La Route 66 près de Twin Arrows
La Route 66 près de Twin Arrows

Canyon Padre Bridge

Canyon Padre Bridge
Canyon Padre Bridge

Le secteur est marqué par la présence de Canyon Padre, une entaille naturelle dans le plateau de l'Arizona qui abrite l'un des joyaux cachés de la Mother Road : Canyon Padre Bridge. Contrairement aux sites plus accessibles, ce pont demande un véritable effort de recherche, offrant aux voyageurs une expérience authentique de "chasseur de route" loin de l'agitation de l'Interstate.

Canyon Padre Bridge
Canyon Padre Bridge

Pour atteindre ce vestige, il faut quitter l'I40 à la sortie 211 et s'engager sur la route CR394, qui longe l'autoroute par le Nord. Ce n'est pas une simple route de comté, mais un véritable tronçon historique de la Route 66 qui a survécu à l'abandon. Bien que le bitume soit encore à peu près praticable, l'expérience de conduite y est immersive, rappelant la solitude des plaines d'autrefois.

Après environ 7 miles de progression vers l'Est, la route goudronnée s'arrête brusquement pour laisser place à une piste en mauvais état. C'est ici que l'aventure devient plus physique : il est nécessaire de se garer et de poursuivre l'exploration à pied. En marchant environ un kilomètre en direction de l'Est, le paysage s'ouvre pour révéler l'imposante structure de béton qui enjambe le vide.

Canyon Padre Bridge
Canyon Padre Bridge

Achevé en 1914, Canyon Padre Bridge est souvent considéré comme le grand frère de Canyon Diablo Bridge que l'on peut voir à Two Guns. Avec ses 42 mètres de long, ce pont en arc de type Luten (une technique brevetée utilisant du béton armé) témoigne de l'ingénierie du début du 20ème siècle.

À l'époque de sa construction, il faisait partie de la National Old Trails Road, avant d'être intégré au tracé original de la Route 66 en 1926. Aujourd'hui, le pont semble figé dans le temps, isolé au milieu d'une nature sauvage. Ses parapets en béton, bien que marqués par les décennies, sont toujours debout, offrant une perspective vertigineuse sur le canyon en contrebas. C'est l'un des rares endroits où l'on peut encore ressentir physiquement le tracé sinueux et difficile que les pionniers de l'automobile devaient négocier avant la modernisation des infrastructures.

Canyon Padre Bridge
Canyon Padre Bridge

Inscrit au National Register of Historic Places, ce pont ne mène plus nulle part, mais il reste un monument à la gloire de l'expansion vers l'Ouest. Sa ressemblance avec le pont de Two Guns est frappante, mais son cadre plus sauvage et difficile d'accès lui confère une aura de mystère supplémentaire. Pour les passionnés, c'est l'occasion de voir la "66" telle qu'elle était avant de devenir une icône commerciale : brute, fonctionnelle et solitaire.

Winona

Walnut Canyon Bridge
Walnut Canyon Bridge

Située au Sud-Est de San Francisco Volcanic Field, la petite localité de Winona occupe une place à part dans le cœur des voyageurs. Si elle peut paraître discrète au premier abord, elle incarne parfaitement cette transition entre les plaines arides de l'Arizona et les forêts de pins d'altitude qui annoncent l'approche de Flagstaff.

L'histoire commerciale de la ville s'est longtemps cristallisée autour de Winona Trading Post. À l'époque héroïque de la Route 66, ce poste de traite était le point de ravitaillement essentiel avant d'entamer la montée vers les montagnes. Aujourd'hui, le site a subi une métamorphose complète pour s'adapter aux exigences de l'Interstate 40. Situé au niveau de la sortie 211, l'ancien trading post a laissé place à une station-service Shell moderne. Bien que l'aspect rustique d'autrefois ait disparu, l'emplacement reste stratégique, marquant toujours pour les automobilistes la porte d'entrée vers le district historique de Winona.

Winona jouit d'une renommée mondiale qui dépasse largement sa taille géographique grâce à une seule ligne de texte. En 1946, le compositeur Bobby Troup écrit l'hymne définitif de la "Mother Road" : (Get Your Kicks On) Route 66. Pour les besoins de la rime avec "Arizona", il insère la célèbre recommandation : "Don't forget Winona".

Cette mention a permis à la ville de traverser les époques, portée par les voix de légendes de la musique. De la version veloutée de Nat King Cole à l'interprétation de Bing Crosby, en passant par le rock énergique de Chuck Berry ou les reprises plus rugueuses des Rolling Stones et de Depeche Mode, Winona est devenue une étape mythique de la géographie musicale américaine.

Le véritable trésor patrimonial de la ville est sans conteste Walnut Canyon Bridge. Construit en 1924, cet ouvrage d'art est inscrit au National Register of Historic Places. Il témoigne d'une époque où la Route 66 (qu'il a portée de 1926 à 1947) cherchait encore ses marques techniques pour franchir les obstacles naturels comme Walnut Creek.

Walnut Canyon Bridge
Walnut Canyon Bridge

D'un point de vue architectural, il se distingue nettement des ponts en arc que nous avons vus précédemment. Long de 38 mètres, il s'agit d'un pont de type Parker truss (poutres à treillis) construit en acier riveté. Sa structure complexe de poutres entrecroisées lui donne une silhouette industrielle élégante, très caractéristique des années 1920.

Bien que le pont soit désormais fermé à la circulation automobile, il a été préservé et demeure dans un état de conservation remarquable. Pour les passionnés de la route, il constitue un sujet photographique exceptionnel : l'acier argenté du pont contrastant avec la verdure environnante offre un aperçu saisissant de ce qu'était le voyage en Arizona il y a un siècle.

Grand Falls

Grand Falls
Grand Falls

À environ 25 miles au nord de Winona, au cœur du territoire Navajo, se trouvent Grand Falls, surnommées " Chocolate Falls " pour leur apparence unique. Ce site naturel spectaculaire est accessible via Leupp Road, puis par la piste IR6901. Bien qu'elles soient situées sur la Little Colorado River, ces chutes présentent un visage très changeant selon les saisons.

La majeure partie de l'année, le site est relativement paisible, mais il se métamorphose littéralement au printemps, particulièrement en mars et avril. Lors de la fonte des neiges, un puissant torrent de boue dévale le canyon, transformant les cascades en une incroyable fontaine de " chocolat fondu " haute de 58 mètres. Ce spectacle éphémère et grandiose constitue l'une des curiosités naturelles les plus surprenantes de la région, offrant un contraste saisissant avec les paysages arides environnants.

Lisez notre guide de voyage dédié à Grand Falls

Walnut Canyon National Monument

Walnut Canyon National Monument
Walnut Canyon National Monument

À environ une dizaine de miles au Sud de l'I-40, entre Winona et Flagstaff (sortie 204), Walnut Canyon National Monument offre une immersion spectaculaire dans l'histoire des peuples précolombiens. Ce site préserve les demeures des Sinaguas, qui ont habité ce canyon escarpé entre 1100 et 1250 après J.-C.

L'accès au parc est aisé via une route goudronnée qui serpente à travers une forêt de pins ponderosa. Votre visite commence par le Visitor Center, perché sur le bord du canyon. Le bâtiment abrite un musée présentant des poteries, des outils et des textiles retrouvés lors des fouilles, permettant de comprendre comment ce peuple a réussi à cultiver et à prospérer dans un environnement aussi aride. La vue depuis les grandes baies vitrées offre un premier panorama saisissant sur les parois sinueuses du canyon.

Le clou du spectacle réside dans les habitations troglodytes (cliff dwellings). Contrairement à d'autres sites où l'on observe les ruines de loin, Walnut Canyon permet une proximité rare. Les Sinaguas utilisaient les cavités naturelles formées par l'érosion dans les couches de calcaire pour y bâtir des pièces en pierre et en mortier de boue.

On peut encore voir les murs de plus de 80 habitations nichées sous les surplombs rocheux, qui servaient de protection naturelle contre les intempéries et le soleil brûlant. En observant les parois opposées, on réalise l'ampleur de cette communauté qui comptait autrefois des centaines d'habitants.

Walnut Canyon National Monument
Walnut Canyon National Monument

Le parc propose deux sentiers principaux pour découvrir le site :

Island Trail est le sentier incontournable. Cette boucle d'environ 1.6 kilomètres descend dans le canyon et vous fait passer devant 25 habitations troglodytes. Vous pouvez entrer dans certaines d'entre elles et toucher les murs originaux vieux de 800 ans.
Attention : bien que le sentier soit pavé, il comporte plus de 240 marches et se situe à 2100 mètres d'altitude. La remontée peut être éprouvante pour les personnes non entraînées.

Pour une approche plus douce, Rim Trail est un sentier plat de 1.1 km qui longe la crête du canyon. Il offre des points de vue panoramiques spectaculaires et permet de voir des ruines (pueblos) ainsi qu'un jardin de plantes locales utilisées par les Sinaguas pour se nourrir et se soigner.

Walnut Canyon National Monument
Walnut Canyon National Monument

En arrivant à Flagstaff, la Route 66 se sépare en deux branches. Au Nord, on peut suivre dans son intégralité le tracé historique, utilisé de 1926 à 1947.
Au Sud, on retrouve le tracé emprunté à partir de 1947, mais qui est en grande partie sous le bitume de l'Interstate 40.

Flagstaff

Carte détaillée de Flagstaff

Avec près de 75.000 habitants, Flagstaff s'impose comme la plus grande ville d'Arizona située sur le tracé de la Route 66. Perchée à 2100 mètres d'altitude au pied des majestueux San Francisco Peaks, cette cité dynamique offre un contraste rafraîchissant avec les étendues désertiques traversées précédemment.

La ville jouit d'une renommée internationale grâce à Lowell Observatory, l'un des observatoires astronomiques les plus célèbres au monde, où fut notamment découverte la planète naine Pluton. Véritable carrefour de l'histoire américaine, Flagstaff a su préserver une atmosphère authentique en conservant de nombreux motels et restaurants emblématiques créés durant la période faste de la Mother Road. Entre son héritage ferroviaire toujours bien vivant et son statut de porte d'entrée vers les parcs nationaux, elle demeure une escale culturelle et historique majeure de l'Ouest.

Mural à Flagstaff
Mural à Flagstaff

Historic Downtown District

Flagstaff Visitor Center
Flagstaff Visitor Center

Inscrit au National Register of Historic Places, Historic Downtown District constitue le cœur historique et battant de Flagstaff. Ce quartier, qui a su préserver son cachet authentique, s'articule autour de l'activité ferroviaire qui a donné naissance à la ville.

Votre exploration débute tout naturellement au Flagstaff Visitor Center, situé au 1 East Route 66. Le centre est installé dans l'ancienne gare de la ville, un superbe édifice en briques et pierres de taille achevé en 1926, année même de la création officielle de la Mother Road.

Flagstaff Visitor Center
Flagstaff Visitor Center

Avant de pénétrer à l'intérieur, ne manquez pas l'immense blason de la Route 66 peint sur le sol du parking, devenu un arrêt obligatoire pour les voyageurs souhaitant immortaliser leur passage.

Flagstaff Visitor Center
Flagstaff Visitor Center

En vous enfonçant dans les rues adjacentes, vous découvrirez un ensemble cohérent de magnifiques édifices en briques, témoins de la prospérité de la ville au début du 20ème siècle. Le secteur est particulièrement vivant et coloré, notamment grâce à ses nombreuses peintures murales monumentales qui ornent les façades, racontant l'histoire locale, la culture amérindienne et, bien sûr, l'épopée de la Route 66. C'est un quartier qui se parcourt idéalement à pied, mêlant patrimoine architectural, boutiques indépendantes et galeries d'art.

Weatherford Hotel

Weatherford Hotel
Weatherford Hotel

À l'angle de Leroux Street et Aspen Avenue, du côté Nord de la voie ferrée, se dresse le superbe Weatherford Hotel, un monument emblématique de Flagstaff inscrit au National Register of Historic Places.

Édifié en 1897 par John W. Weatherford, l'établissement fut l'un des tout premiers bâtiments en pierre de la ville, un choix de matériau stratégique à l'époque pour se prémunir contre les risques d'incendie qui ravageaient fréquemment les structures en bois. À ses débuts, le bâtiment ne se limitait pas à l'hôtellerie puisqu'il abritait également un magasin au rez-de-chaussée.

Weatherford Hotel
Weatherford Hotel

L'architecture de l'hôtel a connu des vicissitudes : un incendie survenu en 1929 a malheureusement détruit sa coupole distinctive ainsi que son balcon d'origine. Il a fallu attendre les années 1970 pour que des travaux de restauration permettent de lui redonner son allure d'antan, incluant la reconstruction de ces éléments architecturaux. Aujourd'hui, avec sa façade imposante et son style victorien tardif, le Weatherford Hotel demeure un témoin vivant de l'élégance de la fin du 19ème siècle au cœur de l'Arizona.

Orpheum Theatre

Orpheum Theater
Orpheum Theater

Juste à côté de Weatherford Hotel, sur Aspen Avenue, se dresse une autre icône culturelle de la ville : Orpheum Theatre. Construit en 1911, cet édifice centenaire complète parfaitement le panorama historique du centre-ville de Flagstaff.

Initialement connu sous le nom de Majestic Opera House, il fut également édifié par John W. Weatherford. À l'origine, le bâtiment servait d'entrepôt et de garage avant d'être transformé en une salle de spectacle élégante pour répondre aux besoins culturels croissants de la population locale au début du 20ème siècle. Son architecture en briques sombres, typique de l'époque, abritait alors l'une des scènes les plus modernes de la région, accueillant aussi bien des pièces de théâtre que les premiers films muets.

Orpheum Theatre
Orpheum Theatre

Malgré les décennies et l'évolution des modes de divertissement, Orpheum Theatre a réussi l'exploit de rester toujours en activité. Après avoir traversé des phases de rénovation pour préserver son acoustique et son décor intérieur, il fonctionne aujourd'hui comme une salle polyvalente très prisée. C'est un lieu incontournable de la vie nocturne de Flagstaff, où se succèdent concerts de musique actuelle, projections de films indépendants et événements communautaires, perpétuant ainsi sa vocation initiale de cœur artistique de la cité des pins.

Monte Vista Hotel

Monte Vista Hotel
Monte Vista Hotel
(© Arizona Office of Tourism)

En poursuivant sur Aspen Avenue vers l'Est, vous atteindrez l'intersection avec San Francisco Street, où s'élève l'un des bâtiments les plus photographiés de Flagstaff : Monte Vista Hotel. Ouvert le jour du Nouvel An 1927, cet hôtel historique est immédiatement reconnaissable à son immense enseigne lumineuse rouge qui trône fièrement sur son toit, un repère visuel dominant la ligne d'horizon du centre-ville depuis des décennies.

Monte Vista Hotel, Flagstaff
Monte Vista Hotel, Flagstaff

L'hôtel occupe une place de choix dans la mythologie locale. Construit grâce à une levée de fonds communautaire alors que la ville manquait d'hébergements de standing pour les voyageurs de la Route 66 et les passagers du train, il est rapidement devenu le lieu de prédilection des stars d'Hollywood. Des célébrités comme Gary Cooper, Debbie Reynolds, Clark Gable ou encore Humphrey Bogart y ont séjourné lors de tournages de westerns dans la région.

Monte Vista Hotel
Monte Vista Hotel

Outre son passé glamour, l'hôtel est célèbre pour être l'un des lieux les plus hantés de l'Arizona, avec de nombreuses légendes entourant des pensionnaires fantômes. Aujourd'hui, il conserve tout son charme d'époque avec son hall élégant, son bar mythique et ses chambres qui portent encore les noms des acteurs célèbres qui y ont dormi, offrant une escale hors du temps au cœur du quartier historique.

Old Two Spot Logging Train

Old Two Spot Logging Train
Old Two Spot Logging Train

À l'intersection de la Route 66 et de WC Riles Street, vous pourrez faire une halte pour admirer le Old Two Spot Logging Train. Cette imposante locomotive à vapeur, qui date de 1911, est un monument historique qui rend hommage à l'une des industries fondatrices de la région : l'exploitation forestière.

Construite par la société Baldwin Locomotive Works, cette machine de type 2-6-2 a passé l'essentiel de sa carrière à transporter d'énormes tronçons de pins ponderosa depuis les forêts environnantes jusqu'aux scieries de Flagstaff. À l'époque, la ville était un centre névralgique pour le bois d'œuvre, et ces locomotives étaient les véritables poumons économiques de la cité des pins, bien avant que le tourisme de la Route 66 ne prenne le relais.

Aujourd'hui, soigneusement restaurée et exposée en plein air, cette locomotive constitue un témoignage fascinant de l'ingénierie du début du 20ème siècle. Elle rappelle aux passants que Flagstaff, avant d'être une étape de la Mother Road ou une ville universitaire, était avant tout une ville de pionniers et de bûcherons. C'est un sujet de photographie très apprécié, marquant symboliquement la transition entre l'histoire industrielle du rail et l'épopée automobile de la Route 66.

Downtowner Motel

Downtowner Motel
Downtowner Motel
(Alan Levine, Pxhere)

Du côté Sud de la voie ferrée, à l'angle de Phoenix Avenue et de San Francisco Street, l'immense enseigne verticale de l'ancien Downtowner Motel s'élève comme un phare de la nostalgie. Avec ses lettres aux couleurs vives et son style typique des années 1950 et 1960, cette enseigne est l'une des plus emblématiques et des plus préservées de Flagstaff.

Downtowner Motel
Downtowner Motel

Bien que l'établissement ait changé de nom et de fonction au fil des ans, l'enseigne a été conservée et restaurée, témoignant de l'âge d'or du tourisme automobile sur la Route 66. À cette époque, les motels rivalisaient d'ingéniosité visuelle pour attirer l'attention des voyageurs fatigués par des néons spectaculaires.

Downtowner Motel
Downtowner Motel

Située dans le secteur de Southside, cette enseigne marque l'entrée d'un quartier qui, après avoir été longtemps dans l'ombre du centre-ville principal, connaît aujourd'hui une véritable renaissance. On y trouve un mélange fascinant de bâtiments industriels reconvertis, de brasseries artisanales et de petits cafés, le tout dominé par la présence imposante de cette relique publicitaire qui continue d'illuminer les nuits de Flagstaff. C'est un sujet de prédilection pour les photographes qui cherchent à capturer l'esprit "vintage" de la Mother Road.

DuBeau Motel

DuBeau Motel
DuBeau Motel

À quelques pas de là, au croisement de Phoenix Avenue et de Beaver Street, vous découvrirez une autre enseigne légendaire de la Route 66 : celle de DuBeau Motel (aujourd'hui connu sous le nom de Motel Du Beau Travelers Inn).

Fondé en 1929 par A.E. DuBeau, cet établissement occupe une place historique particulière puisqu'il fut l'un des tout premiers motels au monde conçus spécifiquement pour les voyageurs motorisés haut de gamme de l'époque, bien avant que le terme " motel " ne devienne un standard. Son enseigne en néon, avec ses lignes épurées et son lettrage élégant, est un superbe exemple du design publicitaire du milieu du siècle.

DuBeau Motel
DuBeau Motel

DuBeau Motel était révolutionnaire pour son temps, proposant des aménagements rares comme des salles de bains privatives et des garages attenants aux chambres, le tout dans un style architectural qui rappelle les cottages européens. Bien que l'établissement ait évolué pour devenir une auberge prisée des voyageurs internationaux et des backpackers, il a su préserver son atmosphère rétro et son enseigne emblématique. Cette dernière continue de briller chaque soir, rappelant l'époque où le DuBeau était considéré comme l'un des arrêts les plus luxueux et les plus modernes entre Chicago et Los Angeles.

Louie the Lumberjack

Louie the Lumberjack
Louie the Lumberjack

Pour les collectionneurs de Muffler Men, ces statues géantes en fibre de verre typiques de l'Amérique des années 1960, Flagstaff est une étape incontournable. Vous en trouverez un exemplaire de Louie the Lumberjack (Louie le bûcheron) au 218 South Milton Road. Cette imposante figure, tenant sa hache, monte la garde à côté du bâtiment de l'ancien restaurant Granny's Closet. C'est un spécimen parfaitement conservé de cette imagerie publicitaire monumentale qui bordait autrefois la Route 66.

Cependant, Louie n'est pas seul à Flagstaff. Un autre exemplaire trônait autrefois devant le même restaurant avant d'être déplacé vers le campus de la Northern Arizona University (NAU). Vous pouvez désormais l'admirer devant le J. Lawrence Walkup Skydome, situé au 1701 South San Francisco Street.

Louie the Lumberjack
Louie the Lumberjack

Haut de 6 mètres, ce géant est devenu l'emblème indissociable de la ville et la mascotte officielle des équipes sportives universitaires, les NAU Lumberjacks. Pour les plus passionnés, sachez qu'un troisième Muffler Man, jumeau des deux autres, se trouve à l'abri des intempéries, installé à l'intérieur même de l'enceinte du Skydome.

Galaxy Diner

Galaxy Diner
Galaxy Diner

Au 931 West Route 66, Galaxy Diner s'impose comme une véritable icône des restaurants des années 1950, capturant l'essence même de l'optimisme américain de l'après-guerre.

Galaxy Diner, Flagstaff
Galaxy Diner, Flagstaff

Ce diner est un exemple remarquable de l'architecture Doo-Wop (ou Googie), un style futuriste né au milieu du 20ème siècle qui puisait son inspiration dans l'imagerie de la conquête spatiale, des atomes et de la vitesse. Avec ses lignes audacieuses, ses angles vifs et ses matériaux modernes, le bâtiment semble prêt à décoller. Le spectacle est d'autant plus saisissant à la nuit tombée, lorsque l'établissement s'illumine de ses mille feux, attirant les voyageurs de la Mother Road comme un phare de néons.

Galaxy Diner, Flagstaff
Galaxy Diner, Flagstaff

À l'intérieur, l'immersion est totale : jukebox, banquettes en vinyle et comptoir à sodas transportent immédiatement les clients dans une scène de film des Fifties. Plus qu'un simple restaurant proposant une cuisine réconfortante classique, le Galaxy Diner est un monument culturel qui célèbre l'esthétique "Space Age" et reste l'un des arrêts photographiques les plus populaires de Flagstaff.

Entre Flagstaff et Williams, il subsiste quelques portions de Route 66, certaines à l'état de piste.
Vous pouvez emprunter l'I40 pour rejoindre Williams, ou suivre ce qu'il reste de la Route 66, qui alterne entre routes pavées et pistes en bon état. Cet itinéraire vous permettra notamment de passer par Parks, qui conserve une très vieille station-service, Parks In the Pines General Store, construite en 1906.

Parks In the Pines General Store

Parks In the Pines General Store
Parks In the Pines General Store

À environ vingt miles à l'Ouest de Flagstaff, en suivant le tracé historique de la Route 66, on découvre Parks In the Pines General Store. Situé dans le petit hameau de Parks, ce magasin est un véritable voyage dans le temps qui a la particularité de précéder l'existence même de la Mother Road. L'établissement original a en effet ouvert ses portes en 1906, bien avant que le tracé officiel de la route ne soit dessiné en 1926. À cette époque, la localité s'appelait Maine, mais elle fut rebaptisée Parks en l'honneur du propriétaire du magasin pour éviter toute confusion postale avec l'État du même nom.

Parks In the Pines General Store
Parks In the Pines General Store

Le bâtiment actuel est un témoignage vivant des adaptations liées à l'évolution du trafic routier. En 1931, lors d'un réalignement de la Route 66, le magasin fut littéralement retourné pour que son entrée et ses pompes à essence fassent face au nouveau tracé. Aujourd'hui, la façade est immédiatement reconnaissable grâce à deux voitures anciennes des années 1920 qui ont été coupées en deux et fixées contre les murs, créant une image emblématique pour les photographes. À l'intérieur, l'atmosphère est restée authentique avec le plancher en bois d'origine et un vieux poêle à bois qui renforcent cette ambiance de magasin général d'autrefois.

De nos jours, le site continue de remplir sa vocation de halte pour les voyageurs. Il combine les services d'un magasin général proposant des souvenirs de la Route 66 avec un deli reconnu pour ses sandwichs artisanaux et ses pâtisseries maison. C'est un arrêt idéal pour ceux qui cherchent à s'extraire de l'agitation de l'autoroute.

Parks In the Pines General Store
Parks In the Pines General Store

Williams

Carte détaillée de Williams

Williams
Williams
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Williams s'affirme comme la porte d'entrée Sud du Grand Canyon, situé à moins d'une heure de route au Nord de la ville, ce qui en fait un point de passage privilégié pour une multitude de voyageurs. Malgré cette popularité, la ville a su préserver son authenticité et cultive avec soin ses nombreux souvenirs de la Route 66. Elle occupe une place unique dans l'histoire américaine en tant que dernière grande ville à avoir été traversée par la Mother Road. En effet, l'Interstate 40 n'a été achevée dans ce secteur qu'en 1984, marquant la fin d'une époque seulement un an avant le déclassement officiel de la célèbre route.

Williams
Williams

Historic Business District

Pete's Route 66 Gas Station Museum
Pete's Route 66 Gas Station Museum
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Historic Business District est un véritable sanctuaire temporel, niché en plein cœur de Williams. S'étirant avec élégance le long de la Route 66, entre 1st Street et 5th Street, ce quartier offre une superposition fascinante de l'Arizona pionnier du 19ème siècle et de l'effervescence chromée de l'âge d'or automobile.

Williams
Williams
(© Arizona Office of Tourism)

Pour entamer votre exploration du quariter dans les meilleures conditions, le passage par le Visitor Center de ville, situé au 200 West Railroad Avenue, est indispensable. Installé dans un bâtiment qui respire l'histoire ferroviaire de la ville, ce centre est bien plus qu'un simple point d'information. C'est ici que vous pourrez prendre la mesure de l'importance de Williams en tant que dernier bastion de la Route 66.

Juste en face du Visitor Center, vous ne pourrez pas manquer l'imposante structure de l'ancien Red Cross Garage, au 221 West Railroad Avenue. Édifié en 1913, ce bâtiment est un témoin précieux de l'époque où l'automobile commençait tout juste à transformer le paysage urbain, bien avant que la Route 66 ne reçoive son nom officiel. Sa façade massive et fonctionnelle rappelle le temps où les mécaniciens devaient improviser pour réparer les premières montures d'acier des pionniers de la route, marquant ainsi le début de la culture du service routier qui fera la renommée de la ville.

En flânant dans le district, l'esprit de la Mother Road se fait particulièrement ressentir devant Highlander Motel. Cet établissement, rénové, a su conserver son aura nostalgique tout en offrant le confort moderne. Avec son enseigne qui semble tout droit sortie d'un film des années 1950, il incarne parfaitement cette escale classique où les voyageurs de l'époque s'arrêtaient pour une nuit de repos après des journées de conduite sur le ruban d'asphalte.

Highlander Motel
Highlander Motel

Dans la même veine, Westerner Motel se dresse comme une autre icône de l'hébergement de bord de route. Il a su préserver son architecture typique des motels de l'après-guerre, avec une attention particulière portée aux détails qui font le charme des motels américains. Séjourner ici ou simplement admirer sa façade permet de toucher du doigt cette ambiance "vintage" qui refuse de s'éteindre, faisant de Williams un sanctuaire pour ceux qui cherchent l'authenticité des années 1960.

Westerner Motel
Westerner Motel

Motor Hotel complète ce trio d'hébergements emblématiques. Sa présence le long de l'artère principale rappelle l'époque où la ville était saturée de néons et de voitures rutilantes. Comme ses voisins, il a traversé les décennies en restant fidèle à sa vocation première : accueillir les explorateurs du Grand Ouest avec cette hospitalité caractéristique de l'Arizona, tout en agissant comme une sentinelle du passé glorieux de la route.

Motor Hotel
Motor Hotel

Face à Motor Hotel, The Rock Building, au 326 West Route 66, attire l'œil par son esthétique singulière. Construit en 1936, cet édifice est entièrement constitué de pierres locales, lui conférant une allure robuste et organique qui tranche avec les structures environnantes. C'est un exemple frappant de l'utilisation des ressources régionales pour créer des bâtiments capables de résister aux hivers rigoureux de l'altitude tout en apportant une touche de caractère indéniable au paysage urbain de Williams.

The Rock Building
The Rock Building

À quelques pas de là, Babbitt-Polson Building, au 316 West Route 66, offre un contraste saisissant. Construit en 1901, il s'agit de l'unique bâtiment de style Art Déco du district historique. Bien que ses origines remontent au tout début du siècle, ses lignes géométriques et son élégance sobre témoignent d'une volonté de modernité rare pour l'époque dans cette région. C'est un joyau architectural qui rappelle l'influence des grandes tendances esthétiques nationales jusque dans les petites villes de l'Ouest.

Babbitt-Polson Building
Babbitt-Polson Building

Pour une pause gourmande dans un cadre thématique, Cruiser's Route 66 Cafe, au 233 West Route 66, est une étape incontournable. Ce bar-restaurant coloré a pris ses quartiers dans une ancienne station-service, conservant l'esprit mécanique du lieu tout en le transformant en un temple de la culture "diner". Entre les pompes à essence décoratives et les plaques émaillées, on y déguste une cuisine américaine classique dans une ambiance électrique, surtout lorsque les néons s'allument en fin de journée.

Cruiser's Route 66 Cafe
Cruiser's Route 66 Cafe

L'histoire de l'hospitalité à Williams ne serait pas complète sans mentionner Grand Canyon Hotel, au 145 West Route 66. Cet établissement vénérable n'a jamais cessé son activité depuis son ouverture en 1891, ce qui en fait l'un des plus anciens hôtels en exploitation continue de l'État. Franchir ses portes, c'est remonter le temps bien avant l'invention de la Route 66, à une époque où les voyageurs arrivaient encore principalement par le train pour découvrir les merveilles du Grand Canyon.

Grand Canyon Hotel
Grand Canyon Hotel

Les collectionneurs et les passionnés de souvenirs trouveront leur bonheur à la boutique Addicted To Route 66, située au 124 West Route 66. Ce magasin est célèbre pour posséder le plus grand écusson en acier de la Route 66, une pièce monumentale qui annonce fièrement la couleur. À l'intérieur, c'est un véritable paradis pour les fans : absolument tout ce qui peut porter le logo de la Mother Road y est vendu, des vêtements aux accessoires les plus insolites, permettant à chacun de repartir avec un fragment tangible de la légende.

Addicted To Route 66
Addicted To Route 66
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Enfin, au croisement de la 1st Street et de la Route 66, Pete's Route 66 Gas Station Museum offre une conclusion parfaite à votre visite.

Pete's Route 66 Gas Station Museum
Pete's Route 66 Gas Station Museum
(© Experience Williams)

Cette station-service datant de 1949 a été magnifiquement restaurée et transformée en un petit musée privé. Elle expose une collection fascinante d'artéfacts, allant des anciennes pompes à essence aux voitures d'époque garées sous son auvent. C'est un lieu empreint d'une douce mélancolie qui résume à lui seul la passion des habitants de Williams pour leur héritage routier.

Pete's Route 66 Gas Station Museum
Pete's Route 66 Gas Station Museum

Grand Canyon Railway

Grand Canyon Railway
Grand Canyon Railway

Grand Canyon Railway est une ligne de chemin de fer historique qui part de Williams et vous emmène à la rive Sud du Grand Canyon, dans de magnifiques wagons tractés par de puissantes diesel F40PH. Il s'agit là d'une véritable machine à remonter le temps qui relie la nostalgie de la ville à la splendeur sauvage de l'une des plus grandes merveilles de la Terre. En grimpant à bord de ces rames historiques, vous revivez littéralement l'épopée de la conquête de l'Ouest.

L'aventure de Grand Canyon Railway commence en 1901, lorsque la célèbre compagnie Atchison, Topeka & Santa Fe Railway achève la pose des 64 miles (103 kilomètres) de rails entre Williams et la rive Sud du Grand Canyon. À cette époque, rejoindre le Grand Canyon était une expédition assez périlleuse en diligence. Le train a donc révolutionné l'accès à cette merveille naturelle, permettant à des milliers de pionniers du tourisme de découvrir le canyon en tout confort. Flairant le potentiel immense du site, la compagnie ferroviaire ne s'est pas contentée de poser des rails : elle a érigé en 1905 le prestigieux El Tovar Hotel, un joyau architectural trônant sur le bord du canyon qui, aujourd'hui encore, symbolise l'élégance rustique de l'hôtellerie de parc national.

Grand Canyon Railway
Grand Canyon Railway
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Malheureusement, le milieu du 20ème siècle a vu l'ascension fulgurante de l'automobile, reléguant peu à peu le rail au second plan. Le déclin fut inévitable et, faute de passagers, la ligne ferma ses portes en 1968. Elle resta silencieuse pendant deux décennies, jusqu'à ce que Max et Thelma Biegert, un couple visionnaire, rachètent la ligne en 1988. Grâce à une restauration passionnée, les sifflets ont de nouveau retenti dès 1989. Depuis 2006, c'est la société Xanterra qui tient les commandes, transportant désormais plus de 200.000 passagers par an dans un succès qui ne se dément pas.

Le voyage est encadré par deux monuments historiques d'exception. À Williams, la gare de la Santa Fe Railway, construite en 1885, sert de terminus Sud. C'est un bâtiment qui a vu défiler des générations de voyageurs et qui dégage une atmosphère ferroviaire authentique dès que l'on pose le pied sur le quai. À l'autre extrémité, le terminus Nord se situe à Grand Canyon Depot. Propriété du National Park Service, ce bâtiment splendide datant de 1909 est intégralement construit en bois. Il s'intègre parfaitement au paysage forestier de la rive Sud et constitue l'un des trois seuls dépôts de ce type encore existants aux États-Unis. L'ensemble de la ligne et ses infrastructures sont d'ailleurs inscrits au National Register of Historic Places.

Grand Canyon Depot
Grand Canyon Depot

Si les locomotives diesel F40PH assurent le service régulier, Grand Canyon Railway sait flatter les amateurs de mécanique ancienne. Lors d'événements spéciaux et chaque premier samedi des mois de mars à octobre, la compagnie sort ses impressionnantes locomotives à vapeur, offrant un spectacle de fumée et de sifflements d'un autre âge. Occasionnellement, vous pourrez même croiser des locomotives diesel historiques ALCO FA. Pour planifier votre expédition, voici les horaires et tarifs de référence à garder en tête :

Le départ s'effectue tous les jours à 9h30 (ou 8h30 en novembre et décembre), avec une arrivée à 11h45 (ou 10h45) à Grand Canyon Village.
Le retour se fait à 15h30 (ou 14h30) pour une arrivée à Williams à 17h45 (ou 16h45).

Le confort à bord est une composante essentielle de l'aventure. Grand Canyon Railway propose six classes de billets, dont les prix pour un aller/retour varient de 67$ à 226$ (par adulte), permettant à chacun de trouver son bonheur, du wagon panoramique sous dôme de verre au salon de luxe.

Bons plans et réservations
Grand Canyon Railway Adventure

Le voyage s'effectue généralement dans des wagons des années 1950, entièrement restaurés et climatisés. Toutefois, durant la haute saison, la compagnie sort ses voitures Pullman de style Harriman datant des années 1920 : avec leurs fenêtres que l'on peut ouvrir, elles offrent une immersion sensorielle totale dans les paysages de l'Arizona.

Grand Canyon Railway
Grand Canyon Railway
(© Xanterra)

Le trajet est loin d'être monotone. Des musiciens itinérants passent de wagon en wagon pour jouer des airs folk et country, mais le moment fort survient souvent lors du trajet retour. Ne soyez pas surpris si le train est soudainement arrêté en pleine plaine par des bandits à cheval ! Ce faux braquage, orchestré avec humour et professionnalisme, ravit les enfants et ajoute une touche de piment "Far West" au voyage.

Grand Canyon Railway
Grand Canyon Railway
(© Xanterra)

Enfin, si vous souhaitez prolonger la magie, il est tout à fait possible de ne pas faire l'aller-retour dans la journée : vous pouvez réserver une nuit dans l'un des hôtels du Grand Canyon Village et reprendre le train vers Williams le lendemain, vous laissant ainsi tout le temps nécessaire pour visiter le Grand Canyon et admirer le coucher et le lever du Soleil sur cette merveille de la Nature.

Grand Canyon Railway
Grand Canyon Railway
(© Pinky, Arizona Office of Tourism)

Grand Canyon National Park

Grand Canyon National Park
Grand Canyon National Park
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

À environ une heure de route au Nord de Williams, la rive Sud du Grand Canyon se dresse comme une étape incontournable lors de votre voyage sur la Route 66. Ce canyon titanesque, patiemment sculpté durant des millions d'années par les eaux du fleuve Colorado, déploie des panoramas dont la démesure défie l'imagination. Au cours de votre traversée de l'Arizona, s'accorder un détour d'une journée pour se confronter à l'un des paysages les plus célèbres et les plus émouvants de notre planète n'est pas un simple crochet, c'est le point d'orgue nécessaire à toute aventure dans l'Ouest américain.

Découvrez notre guide sur Grand Canyon National Park

Entre Williams et Ashfork, inutile de tenter de suivre la Route 66, celle-ci s'est totalement évaporée.

Ash Fork

À une quinzaine de miles à l'Ouest de Williams, Ash Fork se présente comme une cité de pierre au destin singulier, nichée au cœur d'une région riche en ressources géologiques. Auto-proclamée "The Flagstone Capital of the World", la ville tire sa renommée et son identité des nombreuses carrières de pierres qui l'entourent, spécialisées dans la production de dalles de qualité. Cette omniprésence minérale a profondément marqué l'esthétique locale, puisque plusieurs édifices de la ville ont été bâtis avec cette pierre extraite à même le sol de l'Arizona. Initialement portée par l'expansion du chemin de fer, Ash Fork a ensuite connu une ère de prospérité grâce au flux incessant de voyageurs sur la Route 66, s'affirmant comme une halte technique et commerciale indispensable.

L'histoire de Ash Fork est également celle d'une résilience exceptionnelle, la ville ayant été presque intégralement rayée de la carte par trois incendies dévastateurs en 1885, 1977 et 1987. Pourtant, elle a su renaître de ses cendres à chaque reprise, témoignant d'une volonté farouche de subsister malgré les aléas du sort. Aujourd'hui, en parcourant ses deux artères principales, Lewis Avenue et Park Avenue, on peut encore débusquer des commerces authentiques qui maintiennent l'esprit de la Mother Road. Des établissements comme Copper State Motel ou Hi-Line Motel conservent cette patine historique et cette hospitalité de bord de route qui rappellent l'époque où Ash Fork était une escale bourdonnante d'activité avant d'affronter les étendues sauvages de l'Ouest.

Hi-Line Motel
Hi-Line Motel

Parmi les curiosités les plus insolites et les plus photographiées de la ville, DeSoto's Salon occupe une place de choix. Cet établissement occupe les murs d'une ancienne station-service Texaco datant de 1957, qui a troqué ses pompes à essence pour des ciseaux de coiffeur.

DeSoto's Salon
DeSoto's Salon
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Ce qui attire irrémédiablement le regard, c'est la mise en scène spectaculaire sur son toit : une Chrysler DeSoto vintage y est fièrement installée, avec une statue d'Elvis Presley aux commandes. Ce mélange de design industriel des années 1950, d'icône du rock'n'roll et de reconversion artisanale incarne parfaitement le caractère fantaisiste et nostalgique de la Route 66, faisant de ce salon bien plus qu'un simple commerce, mais un véritable monument à la gloire de la culture pop américaine.

DeSoto's Salon
DeSoto's Salon
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Après Ash Fork, prenez l'Interstate 40, puis prenez la sortie 139 pour retrouver la Route 66, qui entame là l'un de ses plus longs et intéressants tronçons.

Notez que, de l'échangeur 139, vous pouvez éventuellement faire un petit détour au Sud de l'I40 pour emprunter un vieux tronçon de Route 66, en mauvais état, en direction de l'Est, mais qui permet d'atteindre Partridge Creek Bridge, construit dans les années 1920.

Partridge Creek Bridge
Partridge Creek Bridge

À mi-chemin entre l'échangeur 139 et Seligman, la Route 66 traverse la voie ferrée reliant Kingman à Williams. Vous pouvez vous arrêter dans le secteur pour peut-être avoir la chance de voir passer l'un de ces fameux trains de marchandises interminables, pouvant comporter 150 à 200 wagons, et surtout admirer l'ancien pont emprunté par la Route 66 jusqu'à la fin des années 1930, Crookton Overpass.

Le long de la Route 66
Le long de la Route 66
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Seligman

Carte détaillée de Seligman

Seligman marque le début d'une aventure mythique vers l'Ouest : c'est ici que s'élance le plus long tronçon ininterrompu de la Route 66 historique, un ruban d'asphalte légendaire qui s'étire sur environ 160 miles à travers les paysages sauvages de l'Arizona, jusqu'à Topock, sur les rives du Colorado. Avec ses quelques 500 habitants, Seligman est devenu l'une des escales les plus célèbres et les plus photographiées de la Mother Road, incarnant à elle seule l'image d'Épinal de l'Amérique des années 1950.

Seligman
Seligman

Née au début du 20ème siècle sous l'impulsion du chemin de fer avant de s'épanouir grâce au flux des voyageurs de la Route 66, la ville a su protéger son âme. Seligman Commercial Historic District, situé entre Lamport Street et 1st Street, regroupe des bâtiments commerciaux d'époque dont la valeur patrimoniale a été officiellement reconnue par son inscription au National Register of Historic Places en 2005. Flâner dans ce quartier, c'est remonter le temps au milieu d'architectures qui ont vu passer des décennies de rêve américain.

Seligman
Seligman

Mais Seligman est surtout entrée dans l'histoire en 1987 en obtenant le titre officiel de "Birthplace of Historic Route 66". Ce sauvetage in extremis est l'œuvre d'habitants passionnés, emmenés par le célèbre barbier Angel Delgadillo. Sous l'égide de son association, ils ont convaincu l'État de l'Arizona de classer la Route 66 comme route historique, évitant ainsi qu'elle ne sombre dans l'oubli après son déclassement national. Ce geste militant a redonné à la Mother Road sa gloire d'antan et a permis à Seligman de devenir le gardien éternel de la légende.

Seligman
Seligman
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Stagecoach 66 Motel

Stagecoach 66 Motel
Stagecoach 66 Motel

À l'entrée Est de Seligman, Stagecoach 66 Motel se dresse comme la première sentinelle d'un passé glorieux. Cet établissement, qui portait autrefois le nom de Bill Mar Den Motel, a été édifié durant l'effervescence des années 1960. Il incarne parfaitement l'architecture hôtelière de cette décennie, privilégiant un accès direct aux chambres depuis le parking pour faciliter la vie des automobilistes fatigués par des miles de conduite.

Stagecoach 66 Motel
Stagecoach 66 Motel

L'élément qui attire irrémédiablement le regard des voyageurs et des photographes est son enseigne d'origine, l'une des plus emblématiques de l'Arizona. Avec son design vintage et ses couleurs qui semblent avoir défié le temps, elle constitue un vestige précieux de l'époque où le marketing de bord de route se faisait à coup de structures géantes et colorées. À la tombée de la nuit, elle s'illumine pour rappeler aux passants que l'esprit de la Mother Road est toujours bien vivant dans ce recoin du désert.

Aztec Motel

Aztec Motel
Aztec Motel

En poursuivant votre chemin vers le cœur de Seligman, vous tomberez sur Aztec Motel, un témoin privilégié de l'évolution de l'hébergement de voyage aux États-Unis. Édifié en 1935, cet établissement est l'un des exemples les plus purs et les plus classiques de ce que l'on appelait alors les "courts" ou motels de la première heure sur la Mother Road.

Aztec Motel
Aztec Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Son architecture caractéristique en forme de "U" n'était pas un simple choix esthétique : elle permettait de créer une cour centrale accueillante, offrant aux voyageurs un sentiment de sécurité et de communauté, tout en garantissant que chaque portière de voiture soit garée à quelques pas seulement de la porte de la chambre. Bien que modeste par sa taille, Aztec Motel dégage une authenticité tranquille, loin des néons plus exubérants du centre-ville, rappelant l'époque où la Route 66 était encore un ruban de bitume neuf traversant les plaines de l'Arizona.

Snow Cap Drive-In

Snow Cap Drive-In
Snow Cap Drive-In

Juste en face, Snow Cap Drive-In s'élève comme un monument à l'ingéniosité et à l'esprit de famille. Édifié en 1953 par Juan Delgadillo et les siens, le bâtiment possède une âme singulière liée à ses origines modestes : Juan l'a en effet entièrement construit à partir de chutes de bois et de matériaux de récupération qu'il collectait patiemment alors qu'il travaillait pour la compagnie ferroviaire Santa Fe. Ce qui n'était au départ qu'un modeste projet de restauration est devenu, grâce à cette structure faite de bric et de broc, l'un des arrêts les plus créatifs et les plus chaleureux de toute l'Arizona.

Snow Cap Drive-In
Snow Cap Drive-In
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

L'établissement est aujourd'hui une véritable explosion visuelle, richement décoré d'une multitude d'objets hétéroclites, de plaques émaillées et de souvenirs accumulés au fil des décennies par la famille. À l'extérieur, la célèbre Chevrolet de 1936 de Juan, transformée en une décapotable excentrique et colorée, accueille toujours les voyageurs avec la même allure fière. Depuis la disparition de Juan en 2004, ses enfants ont repris le flambeau avec passion, veillant à ce que l'humour légendaire du lieu et ses célèbres plaisanteries continuent de surprendre les visiteurs. Le Snow Cap demeure ainsi un lieu où la tradition se déguste avec une bonne dose de fantaisie, perpétuant l'héritage d'un homme qui a su faire de la récupération une œuvre d'art vivante.

Snow Cap Drive-In
Snow Cap Drive-In
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Richfield Service Station

Richfield Service Station
Richfield Service Station

Un peu plus loin, l'ancienne Richfield Service Station offre un visage charmant de la reconversion patrimoniale. Ce bâtiment historique, qui servait autrefois de point de ravitaillement vital pour les voyageurs, a trouvé une seconde vie en abritant désormais une petite boutique de souvenirs. C'est l'endroit idéal pour dénicher des objets artisanaux tout en admirant l'architecture typique des stations de l'époque, qui misaient sur un accueil de proximité.

Le contraste est frappant avec la station Texaco située juste en face. Construite en 1936, cette structure est aujourd'hui complètement abandonnée, offrant une image saisissante et mélancolique de la "vieille" Route 66. Le grand panneau Texaco, bien que patiné par le temps et les vents de l'Arizona, reste fièrement dressé au-dessus du site désert. Cette sentinelle de métal est devenue l'un des sujets préférés des photographes, illustrant parfaitement la beauté des vestiges industriels qui jalonnent le parcours de la Mother Road.

Texaco Gas Station
Texaco Gas Station

Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop

Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop
Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop

On continue avec Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop, qui est bien plus qu'une simple halte pour les curieux : c'est le véritable berceau de la renaissance de la Route 66. C'est ici, dans ce qui était à l'origine un modeste salon de coiffure, qu'Angel Delgadillo a mené son combat acharné pour faire reconnaître le tracé historique de la Mother Road. Pour les passionnés, ce lieu représente le "point zéro" du mouvement de sauvegarde qui a empêché cette icône américaine de sombrer définitivement dans l'oubli après son déclassement officiel.

Après la construction de l'Interstate 40 au Sud de la ville, le trafic routier a énormément chuté à Seligman et les commerces ont commencé à souffrir et à fermer les uns après les autres.
Angel Delgadillo, frère de Juan, coiffeur et propriétaire du Delgadillo Barber Shop and Pool Hall, décide qu'il en a assez de voir sa ville se dégrader. Le 18 février 1987, il organise une réunion conviant les représentants de différentes villes situées sur le tracé de la Route 66 en Arizona, afin de créer une association pour sauvegarder la Mother Road et en faire une route "historique". Lors de cette réunion, l'Historic Route 66 Association of Arizona est créée avec Angel comme président. Il s'agissait de la première association de préservation de la Route 66 jamais formée et le salon de coiffure d'Angel fut le premier siège de cette organisation.

Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop
Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop

La nostalgie et l'intérêt suscité par la Route 66 grandissant, les gens commencent à vouloir des produits dérivés de la Route 66. Pour soutenir l'Historic Route 66 Association, Angel et sa femme Vilma commencent à vendre quelques souvenirs de la Route 66 dans leur boutique, créant ainsi par inadvertance la première boutique de souvenirs de la Route 66.
En novembre 1987, l'Historic Route 66 Association of Arizona obtient gain de cause : l'État de l'Arizona baptise l'ancienne Route 66 de Seligman à Kingman "Historic Route 66". Peu après, la section de l'ancienne Route 66 située à l'Est de Seligman et le tronçon allant de Kingman à la frontière californienne sont également désignés comme faisant partie de la route historique, préservant ainsi le plus long tronçon ininterrompu de Route 66 des USA.

L'inauguration de l'Historic Route 66 en 1988 donne lieu à un Fun Run, où une quinzaine de véhicules parcourent alors le tronçon historique. Depuis ce jour fondateur, la tradition ne s'est jamais démentie : chaque premier week-end de mai, des centaines de passionnés au volant de voitures de collection font vrombir leurs moteurs entre Seligman et Topock, transformant la route en un musée roulant et festif.

Non seulement l'association a atteint son objectif de rendre l'ancienne route "historique", mais ce faisant, elle a effectivement suscité un nouvel intérêt pour la Mother Road. Les gens recommencent alors à emprunter la Route 66.
Le succès de l'association Historic Route 66 Association of Arizona incite d'autres États à lancer leurs propres campagnes pour sauvegarder, restaurer et mettre en valeur "leur" Route 66 et les petites villes qui la bordent.

Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop
Angel & Vilma Delgadillo Gift Shop
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Aujourd'hui, l'ancien salon de coiffure et la salle de billard se sont métamorphosés en un centre d'accueil vibrant, doublé d'un musée et d'une boutique regorgeant de trésors de la route. L'atmosphère y est restée incroyablement authentique, imprégnée de cette hospitalité sincère propre aux petites bourgades de l'Arizona. On y vient pour chiner des souvenirs, mais on y reste pour l'âme du lieu, un espace où chaque objet exposé raconte une anecdote sur les millions de voyageurs qui ont foulé ce sol avant nous.

Quant à Angel lui-même, qui a désormais franchi le cap impressionnant des 98 ans, est resté le visage éternel et rayonnant de la ville. Toujours animé par une vitalité qui force l'admiration, il continue de transmettre son message de détermination, encourageant chacun à laisser une trace positive dans ce monde. Ses filles Mirna et Clarissa, ainsi que son gendre Mauricio, forment désormais la garde rapprochée qui veille sur cet héritage, s'assurant que la tradition d'accueil des Delgadillo reste le cœur battant de Seligman.

Deluxe Inn Motel

Deluxe Inn Motel
Deluxe Inn Motel

En poursuivant votre flânerie dans les rues de Seligman, vous tomberez sur Deluxe Inn Motel, une véritable pépite architecturale qui a vu le jour en 1932. Ce qui frappe immédiatement le voyageur, c'est sa structure imposante et chaleureuse, car il a été entièrement construit en grès (sandstone). Ce choix de matériau, rare pour les motels de l'époque plus souvent bâtis en bois ou en briques, lui confère une robustesse et une allure organique qui semblent avoir absorbé près d'un siècle de soleil de l'Arizona.

Comme son voisin Aztec Motel, il adopte cette fameuse disposition en "U", emblématique de l'ère des " motor courts ". Cette configuration permettait de créer un espace central protégé, offrant aux voyageurs un sentiment de sécurité et de calme à l'écart du bruit de la route. Aujourd'hui, avec sa façade de pierre patinée, le Deluxe Inn demeure l'un des témoins les plus authentiques de l'hospitalité routière primitive, bien avant l'uniformisation des grandes chaînes hôtelières.

Return to the 50s Gift Shop

Return to the 50s Gift Shop
Return to the 50s Gift Shop

Return to the 50s Gift Shop constitue une autre escale mémorable dans ce décor de cinéma à ciel ouvert qu'est Seligman. L'établissement a élu domicile dans les murs d'une ancienne station-service Shell datant de 1961. Contrairement à beaucoup d'autres structures plus légères ou provisoires que l'on trouve le long de la route, ce bâtiment se distingue par sa construction particulièrement robuste, étant intégralement bâti en briques.

Return to the 50s Gift Shop
Return to the 50s Gift Shop

Cette architecture soignée, typique du début des années 1960, a parfaitement traversé les époques. Là où l'on servait autrefois du carburant aux vacanciers en route vers la Californie, on trouve aujourd'hui une vaste collection de souvenirs qui célèbrent le style de vie et l'esthétique des "Fifties". La texture chaleureuse des briques offre un écrin authentique aux enseignes lumineuses et aux objets vintage, faisant de ce magasin un point de repère visuel incontournable pour les voyageurs en quête de nostalgie.

Rusty Bolt

Rusty Bolt
Rusty Bolt

Juste à côté, vous tomberez sur l'un des édifices les plus emblématiques et les plus photographiés de Seligman : Rusty Bolt. Ce bâtiment, dont les fondations remontent à 1933, a traversé les décennies en conservant une allure robuste qui témoigne de l'architecture commerciale de l'époque de la Grande Dépression. S'il a connu plusieurs vies au fil des ans, il s'est aujourd'hui imposé comme une escale incontournable pour les voyageurs en quête d'objets mémoriels de la Mother Road.

Rusty Bolt
Rusty Bolt
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Aujourd'hui, Rusty Bolt abrite un vaste magasin de souvenirs où l'on trouve tout ce qui fait le sel de la Route 66, des plaques minéralogiques vintage aux vêtements de cuir. Mais au-delà de sa fonction commerciale, c'est son aspect de "capsule temporelle" qui attire les foules. Les propriétaires ont su transformer cette ancienne structure en un véritable monument de la culture populaire, faisant du shopping une expérience immersive dans l'Amérique d'autrefois.

Rusty Bolt
Rusty Bolt

Le site vaut surtout le détour pour sa décoration extérieure particulièrement étrange et insolite, qui frise parfois le surréalisme. Le propriétaire a en effet eu l'idée originale d'installer une dizaine de mannequins aux tenues variées tout autour de la boutique. On les retrouve aussi bien sur le trottoir, semblant attendre un bus qui ne viendra jamais, que perchés de façon spectaculaire sur le toit du bâtiment, scrutant l'horizon et les voitures qui défilent sur l'asphalte.

Seligman
Seligman
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Cette mise en scène unique, à la fois un peu "kitsch" et fascinante, donne à Rusty Bolt une personnalité inégalée sur tout le tracé de l'Arizona. C'est l'endroit idéal pour capturer une photo qui résume parfaitement l'esprit décalé et fantaisiste de Seligman. Que l'on trouve ces résidents de plastique un peu inquiétants ou franchement amusants, ils rappellent que la Route 66 est autant un voyage à travers les paysages qu'une rencontre avec l'excentricité humaine.

Rusty Bolt
Rusty Bolt
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Route 66 RoadRunner

Route 66 RoadRunner
Route 66 RoadRunner
(Peter Agrikola, Pixabay)

Juste en face de l'excentrique Rusty Bolt, Route 66 RoadRunner offre un contraste saisissant en occupant l'un des édifices les plus chargés d'histoire de la ville. Ce bâtiment n'est autre que la toute première station-service Shell à avoir vu le jour à Seligman, en 1933. Sa construction remonte à l'époque où la Route 66 n'en était qu'à ses balbutiements, servant de point de ravitaillement crucial pour les pionniers de l'automobile qui osaient s'aventurer dans les immensités désertiques de l'Arizona.

Route 66 RoadRunner
Route 66 RoadRunner

Aujourd'hui reconverti en une charmante petite boutique, l'établissement a su préserver les lignes caractéristiques des stations de l'époque. Son architecture, bien que modeste, témoigne d'une époque où les stations-services étaient conçues comme des haltes accueillantes, presque domestiques, pour rassurer les conducteurs. En franchissant le seuil du RoadRunner, on ne pénètre pas seulement dans un magasin de souvenirs, mais dans une structure qui a vu défiler près d'un siècle d'histoire routière, des Ford T aux rutilantes voitures de collection des nostalgiques d'aujourd'hui.

Le magasin lui-même regorge de trésors pour les amoureux de la Mother Road, proposant une sélection soignée d'artisanat local et d'objets vintage. C'est un lieu qui privilégie une atmosphère plus intime et paisible que les grands bazars voisins, permettant aux visiteurs de prendre le temps d'apprécier la patine des murs de 1933 tout en dénichant la pièce rare. Sa position stratégique au cœur du quartier historique en fait une étape incontournable pour compléter la collection de photos des façades mythiques de Seligman.

Pitts & Washington Central Commercial

Pitts & Washington Central Commercial
Pitts & Washington Central Commercial

Situé au 102 West Historic Route 66, Pitts & Washington Central Commercial est un véritable pilier de l'histoire locale. Édifié en 1903 par James Pitts et John Washington, deux figures emblématiques du développement de la région, cet édifice est l'un des plus anciens bâtiments commerciaux encore debout dans la ville. Sa construction précède de plus de deux décennies la naissance officielle de la Route 66, rappelant que Seligman était déjà un carrefour d'échanges bouillonnant grâce à l'activité ferroviaire intense de la fin du 19ème siècle.

L'architecture du bâtiment reflète la sobriété des constructions pionnières du début du 20ème siècle. Avec ses murs massifs et ses lignes fonctionnelles, il a servi au fil des ans de magasin général, fournissant les produits de première nécessité aux éleveurs et aux cheminots qui ont façonné l'Arizona. Contrairement aux motels et stations-service plus récents qui misaient sur le néon et l'acier, le Pitts & Washington dégage une élégance rustique et intemporelle qui ancre le centre historique de Seligman dans ses racines profondes.

Ce bâtiment est une étape essentielle pour quiconque souhaite comprendre l'évolution de la ville. Il symbolise le passage d'une économie basée sur le rail à l'épopée automobile de la Mother Road. Aujourd'hui, sa façade préservée continue de raconter l'histoire de ces entrepreneurs qui, bien avant l'arrivée des touristes du monde entier, avaient déjà parié sur le potentiel de cette halte stratégique au milieu du haut désert.

The Copper Cart

Copper Cart
Copper Cart

Copper Cart constitue une pièce maîtresse supplémentaire dans le puzzle historique de Seligman. Sorti de terre en 1952, cet édifice est né au moment précis où la Route 66 connaissait son apogée, accueillant des vagues de familles américaines lancées vers l'Ouest. À l'origine, le lieu n'était pas une boutique, mais un restaurant très fréquenté. À cette époque, l'odeur du café frais et des burgers grillés attirait les conducteurs en quête d'une pause salvatrice sur le plateau de l'Arizona, faisant de cet établissement une halte sociale importante pour la communauté locale et les voyageurs de passage.

Copper Cart
Copper Cart

Avec le temps et la métamorphose de Seligman en un sanctuaire de la nostalgie sous l'impulsion de la famille Delgadillo, le bâtiment a intelligemment évolué pour s'adapter aux nouveaux besoins des touristes. Copper Cart a ainsi troqué ses cuisines pour devenir un magasin de souvenirs particulièrement achalandé. Bien que l'on n'y serve plus de repas, l'âme de l'hospitalité de 1952 imprègne toujours les lieux. La structure a conservé son allure d'époque, agissant comme un témoin architectural de la résilience des commerces de bord de route qui ont su se réinventer pour ne pas disparaître avec l'arrivée de l'autoroute.

Copper Cart
Copper Cart
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Aujourd'hui, les explorateurs de la Mother Road s'y arrêtent pour dénicher des objets de collection, des vêtements thématiques et une multitude de souvenirs qui capturent l'esthétique chromée de l'Amérique du milieu du siècle. La transition du grill vers la boutique s'est faite en respectant l'identité visuelle du bâtiment, permettant au Copper Cart de rester un jalon authentique sur l'avenue principale.

Historic Seligman Sundries

Historic Seligman Sundries
Historic Seligman Sundries

Historic Seligman Sundries, érigé en 1905, s'impose comme une autre icône incontournable de la ville. S'il pouvait parler, cet édifice raconterait plus d'un siècle d'évolution de l'Arizona, ayant vu le jour bien avant que le premier litre d'essence ne soit versé sur la Mother Road. À ses débuts, il battait au rythme de la culture locale en abritant un théâtre et une salle de danse, servant de véritable centre social pour les habitants et les pionniers qui cherchaient un peu de divertissement au milieu du désert.

Historic Seligman Sundries
Historic Seligman Sundries
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

En 1930, alors que la Route 66 commençait à peine à dessiner l'avenir de la région, le bâtiment a connu une mue importante en étant converti en pharmacie. Ce changement d'usage reflétait l'urbanisation croissante de Seligman et son besoin de services permanents pour une population qui s'ancrait durablement le long des rails et de la route. Cette étape de son histoire a marqué l'identité du lieu, lui conférant cette structure de commerce de proximité qui allait devenir le cœur battant du district historique.

Historic Seligman Sundries
Historic Seligman Sundries

Désormais, Historic Seligman Sundries a trouvé sa vocation ultime en tant que café et boutique de souvenirs. C'est l'endroit idéal pour s'offrir une pause caféine tout en chinant des fragments de légende. Ce qui attire immédiatement l'œil des voyageurs, c'est sa décoration extérieure riche et colorée, véritable explosion de nostalgie qui célèbre l'esthétique des années 1950 et 1960. Entre les enseignes d'époque, les personnages peints et les objets insolites qui ornent sa façade, le bâtiment est devenu l'un des sujets les plus prisés des objectifs photo.

Historic Seligman Sundries
Historic Seligman Sundries

L'intérieur n'est pas en reste, avec une atmosphère qui invite à la flânerie au milieu des souvenirs de la Route 66. En s'arrêtant ici, on ne se contente pas de consommer ; on s'immerge dans un lieu qui a su conserver les couches successives de son passé, du parquet de danse du début du siècle aux échos de l'ancienne apothicairerie, le tout enrobé dans le charme indéniable de la renaissance de Seligman.

Historic Seligman Sundries
Historic Seligman Sundries

Black Cat Bar

Black Cat Bar
Black Cat Bar

En face de ces édifices centenaires, Black Cat Bar s'impose comme une halte incontournable pour les voyageurs en quête d'une ambiance locale authentique. Ce bar est devenu particulièrement populaire auprès des touristes qui souhaitent s'immerger dans l'atmosphère des tavernes de l'Ouest américain tout en savourant une boisson fraîche après une longue journée de route. Avec sa façade ornée de son emblématique chat noir, il incarne ce mélange de simplicité et de convivialité qui fait le charme des petites villes de l'Arizona.

Black Cat Bar
Black Cat Bar

Les environs immédiats du bar constituent un véritable conservatoire de l'architecture hôtelière du milieu du siècle dernier. On y trouve trois établissements dont le style est parfaitement représentatif des années 1950, à commencer par Supai Motel. Ce dernier, avec ses lignes basses et fonctionnelles, rappelle l'époque où le voyage en voiture devenait le loisir national des familles américaines, offrant un confort immédiat et sans prétention juste au bord de l'asphalte.

Supai Motel
Supai Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Dans la même lignée, Romney Motel et Canyon Lodge complètent ce tableau nostalgique. Ces motels ont su préserver leur identité visuelle d'après-guerre, caractérisée par des enseignes lumineuses accrocheuses et une disposition pensée pour l'automobiliste. En séjournant dans l'un de ces établissements, les visiteurs ne choisissent pas seulement une chambre, mais une immersion totale dans l'âge d'or de la Route 66, où chaque détail architectural semble raconter une histoire de liberté et de découverte.

Perry Owens House

Perry Owens Saloon
Perry Owens Saloon

Dissimulée juste derrière l'effervescence de Black Cat Bar, Perry Owens House constitue l'un des vestiges les plus authentiques de l'époque du Far West à Seligman. Cette bâtisse historique fut la demeure de Commodore Perry Owens, l'une des figures les plus légendaires et redoutables de l'Arizona pionnier. Après une carrière tumultueuse de représentant de la loi, marquée par des exploits de tir à la précision quasi surnaturelle, Owens choisit de prendre sa retraite dans cette petite bourgade ferroviaire à la fin des années 1890. La structure de sa maison, bien que modeste, témoigne encore aujourd'hui de la vie plus paisible que recherchait cet ancien shérif, loin de la violence des fusillades qui avaient forgé sa renommée.

Fidèle à son esprit d'entrepreneur, Perry Owens ne se contenta pas d'une retraite oisive et ouvrit, juste à côté de sa résidence, un saloon doublé d'un magasin général. Ce débit de boisson devint rapidement une institution locale où, dit-on, personne n'osait jamais provoquer de grabuge par respect (ou par crainte) pour la réputation de son propriétaire. Owens, avec sa longue chevelure rousse et son allure de dandy de l'Ouest, accueillait les voyageurs et les locaux dans cet établissement qui reste l'un des plus vieux bâtiments de la ville.

Cottage Hotel

Cottage Hotel
Cottage Hotel

Un peu en retrait de l'agitation de la Route 66, à l'angle de 1st Street et de Schoney Avenue, se dresse Cottage Hotel, une pièce maîtresse du patrimoine de Seligman. Construit en 1912, ce bâtiment massif témoigne de l'architecture hôtelière du début du siècle dernier, une époque où la ville était un carrefour ferroviaire florissant. Sa structure, qui a survécu aux multiples transformations de la région, a été officiellement inscrite au National Register of Historic Places, confirmant son importance historique majeure pour l'État de l'Arizona.

Cottage Hotel
Cottage Hotel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

L'édifice a bénéficié d'une restauration partielle qui permet aujourd'hui d'apprécier son allure d'origine, caractérisée par ses vastes porches et son allure de grande demeure bourgeoise transformée en pension de famille. À son apogée, l'hôtel était réputé pour son accueil chaleureux et ses repas faits maison, offrant un havre de paix aux voyageurs épuisés par les longs trajets.

Historic Route 66 Motel

Historic Route 66 Motel
Historic Route 66 Motel
(Joe66, Pixabay)

À la sortie Ouest de la ville, comme un ultime salut aux voyageurs s'apprêtant à affronter le long ruban d'asphalte vers Topock, se dresse Historic Route 66 Motel. Cet établissement, qui portait autrefois le nom de Navajo Motel, est un exemple parfait des motor courts de l'après-guerre. Sa structure simple et accueillante a vu défiler des générations de voyageurs, mais c'est son identité visuelle qui en a fait une étape incontournable du tracé de l'Arizona.

Le véritable trésor de ce motel réside dans sa magnifique enseigne rouge et bleue, devenue au fil du temps l'une des icônes les plus célèbres et les plus photographiées de toute la Mother Road. Avec son design vertical audacieux et ses couleurs contrastées, elle capture l'essence même du marketing routier des années 1950, époque où chaque établissement rivalisait de créativité pour attirer l'œil des automobilistes. Elle est aujourd'hui un passage obligé pour quiconque souhaite immortaliser l'esprit de Seligman dans son objectif.

Historic Route 66 Motel
Historic Route 66 Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Si l'enseigne est déjà superbe en plein jour sous le Soleil éclatant du désert, elle devient véritablement magique une fois l'obscurité tombée. Lorsque les néons s'allument, l'enseigne irradie d'une lueur vibrante qui semble redonner vie à l'âge d'or de la route. La combinaison du rouge éclatant et du bleu profond crée un spectacle visuel hypnotique, transformant ce coin de trottoir en un décor de cinéma. Si vous en avez l'occasion, un arrêt nocturne s'impose : c'est à cet instant précis, quand le néon grésille doucement dans le silence de la nuit, que l'on ressent le plus intensément la nostalgie et la poésie de la Route 66.

Route 66 Motel, Seligman
Route 66 Motel, Seligman
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Seligman Depot

Seligman Depot
Seligman Depot

Juste après Historic Route 66 Motel, on pénètre dans un secteur particulièrement animé de la ville, où l'effervescence commerciale bat son plein. Ce quartier regroupe une forte concentration de restaurants et de boutiques de souvenirs.

Roadkill Cafe et son inséparable O.K. Saloon forment le cœur battant de la scène gastronomique et humoristique de la ville. Célèbre pour son slogan provocateur "You Kill It, We Grill It" (Vous l'écrasez, on le grille), l'établissement joue la carte de l'autodérision avec un menu déjanté où les plats portent des noms évocateurs d'animaux ayant croisé la route d'un pare-chocs. L'intérieur, à l'ambiance de saloon rustique, regorge de trophées de chasse et d'antiquités, offrant une expérience immersive qui ne se prend jamais au sérieux tout en servant des portions généreuses aux voyageurs affamés de passage en Arizona.

Roadkill Cafe
Roadkill Cafe

Juste à côté, Historic Route 66 General Store fait office de véritable temple de la consommation nostalgique pour les amoureux de la Mother Road. Ce magasin général propose une collection impressionnante de produits dérivés, allant des plaques émaillées vintage aux vêtements thématiques et objets de collection. C'est le point d'arrêt idéal pour faire le plein de souvenirs siglés "Route 66" avant de s'élancer sur les tronçons plus désertiques de la route vers le Colorado, le tout dans un cadre qui respire l'hospitalité et la simplicité des commerces de proximité d'autrefois.

Historic Route 66 General Store
Historic Route 66 General Store
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Entre ces deux institutions locales, Seligman Depot transporte instantanément le visiteur au temps de la conquête de l'Ouest grâce à sa reconstitution méticuleuse d'une rue du 19ème siècle. On y trouve une écurie, un cabinet de dentiste, un hôtel, une armurerie et même une agence de la célèbre banque Wells Fargo. Ce décor de cinéma à ciel ouvert offre une perspective ludique sur l'imagerie pionnière de la région, permettant aux voyageurs de s'imaginer au cœur d'un western alors qu'ils se trouvent sur le tracé de la plus célèbre route du 20ème siècle.

Seligman Depot
Seligman Depot

Pour parfaire ce tableau digne d'un western, une petite cabane en rondins faisant office de prison complète ce tableau folklorique avec une touche de dérision bienvenue. Facilement identifiable par son inscription "JAIL" peinte en lettres blanches à la main, cette structure rustique est devenue l'un des points de passage les plus populaires pour une séance photo souvenir décalée. Bien qu'elle soit une simple construction thématique dépourvue de tout passé carcéral réel, sa présence renforce l'aspect de parc d'attractions historique que Seligman a su créer, capturant parfaitement l'esprit festif et léger que les habitants ont insufflé à la renaissance de la Route 66.

Seligman Depot
Seligman Depot

Il est toutefois important de noter que ces édifices, bien que charmants et photogéniques, n'ont rien d'authentique. Ils ne sont pas des vestiges historiques du vieux Seligman, mais des constructions récentes appartenant au complexe du Roadkill Cafe/O.K. Saloon. Ces décors ont été spécifiquement conçus pour attirer l'œil des touristes et offrir une expérience thématique divertissante, illustrant parfaitement comment Seligman a su transformer son patrimoine et son imaginaire en une destination touristique dynamique et pleine d'humour.

Seligman Depot
Seligman Depot

De Seligman à Kingman

Carte détaillée de la Route 66 entre Seligman et Kingman

Entre Seligman et Kingman, la Route 66 est continue et longe la voie de chemin de fer reliant Kingman à Williams.
Si vous prenez votre temps sur cette portion et que vous êtes attentif, vous pourrez apercevoir et arpenter (à pied) de vieux tronçons de Route 66, dont le tracé, dans ce secteur, a été remodelé à plusieurs reprises.

Grand Canyon Caverns

Grand Canyon Caverns
Grand Canyon Caverns

Entre Seligman et Peach Springs, la Route 66 dévoile l'un de ses secrets les plus profonds : Grand Canyon Caverns. Situées à plus de soixante mètres sous la surface de l'Arizona, ces cavités comptent parmi les plus vastes grottes sèches des États-Unis. Ce réseau labyrinthique, dont l'air est totalement dépourvu d'humidité, s'étend sur des centaines de kilomètres, créant une connexion géologique invisible qui serpente jusqu'au cœur même du Grand Canyon.

Grand Canyon Caverns
Grand Canyon Caverns
(© Pinky, Arizona Office of Tourism)

L'histoire de leur découverte en 1927 par Walter Peck relève du quiproquo légendaire. Convaincu d'avoir mis la main sur un gisement fabuleux d'or et de diamants, Peck acheta précipitamment le terrain pour exploiter ce qu'il croyait être une fortune colossale. Hélas pour lui, les éclats brillants qui l'avaient ébloui n'étaient en réalité que de modestes cristaux d'oxyde de fer et de sélénite, transformant instantanément son rêve de richesse minière en une amère désillusion géologique.

Grand Canyon Caverns
Grand Canyon Caverns
(© Pinky, Arizona Office of Tourism)

Loin de se laisser abattre par son erreur, l'entrepreneur décida de rentabiliser les grottes en le transformant en attraction touristique payante. Pour attirer les foules, il affirmait avec aplomb que ces grottes abritaient les restes d'un authentique "homme des cavernes". La réalité historique était tout autre : il s'est avéré plus tard que les ossements retrouvés appartenaient en fait à deux membres de la nation Hualapai, tragiquement disparus lors de l'hiver particulièrement rude de 1917-1918.

L'année 1935 marqua un tournant structurel grâce à un accord entre Peck, le Civilian Conservation Corps et la Works Progress Administration. Cette collaboration permit de percer une entrée moderne enfin équipée d'un ascenseur, facilitant l'accès à ce monde souterrain pour le grand public. Les cavernes changèrent de nom presque aussi souvent que de propriétaires, passant de Yampai Caverns à Coconino Caverns, puis Dinosaur Caverns, avant de se fixer définitivement sur l'appellation Grand Canyon Caverns en 1962 pour capitaliser sur la renommée mondiale du parc voisin.

Grand Canyon Caverns
Grand Canyon Caverns

En pleine Guerre Froide, durant la crise des missiles de Cuba de 1962, le gouvernement américain désigna ces cavités comme l'abri anti-atomique idéal. Un stock massif de provisions fut acheminé pour permettre à deux mille personnes de survivre en autarcie totale. Fait fascinant, ces rations et fournitures d'urgence sont toujours présentes, parfaitement conservées par l'air sec. Plus tard, en 1979, la pointe de la technologie s'invita sous terre avec l'installation d'un télescope à rayons cosmiques à trente-huit mètres de profondeur, utilisant la roche comme bouclier naturel.

Grand Canyon Caverns
Grand Canyon Caverns
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Aujourd'hui, les grottes se dévoilent à travers des visites guidées dont l'intensité varie selon votre soif d'aventure. Pour environ 30 dollars, une exploration classique d'une heure vous plonge dans ce silence minéral absolu. Pour les voyageurs en quête d'insolite, l'expérience peut devenir totale : il est possible de dîner dans une salle souterraine où les plats descendent directement par ascenseur, et même de passer la nuit dans une suite unique nichée au creux de la pierre pour un séjour littéralement hors du monde.

Même si vous n'avez pas l'âme d'un spéléologue, la halte en surface vaut largement le détour. Les extérieurs du site sont un véritable hommage à la culture de la Route 66, regroupant un hôtel, une boutique de curiosités et un restaurant au décor foisonnant. On y trouve surtout une station-service rétro, véritable musée à ciel ouvert où s'amoncellent des reliques de la Mother Road et de vieilles voitures américaines patinées par le Soleil, offrant le décor parfait pour une pause nostalgique avant de reprendre le ruban d'asphalte.

Grand Canyon Caverns
Grand Canyon Caverns

Havasupai Falls

Havasupai Falls
Havasupai Falls
(© Straw, roadtrippin.fr)

Juste avant d'atteindre Peach Springs, la Route 66 croise Indian Road 18, une bifurcation qui vous ouvre les portes du territoire de la nation Hualapai et des légendaires chutes d'Havasupai. Ce sanctuaire naturel, où les eaux turquoise contrastent magnifiquement avec les parois ocre du canyon creusé par Havasu Creek, offre un spectacle d'une rare intensité au cœur du désert. Cependant, la beauté de ce petit paradis terrestre se mérite : il faut affronter une marche exigeante de 13 kilomètres sous un Soleil de plomb avant de pouvoir enfin savourer la fraîcheur de ses cascades monumentales et la sérénité de ce lieu hors du temps.

Lire notre guide spécial sur Havasupai Falls

Peach Springs

John Osterman Shell Station
John Osterman Shell Station

Niché au cœur du territoire ancestral des Hualapai, Peach Springs fait office de centre névralgique et administratif pour cette tribu souveraine. Avec une population d'environ un millier d'âmes, la bourgade dégage une certaine tranquillité. C'est une escale où le temps semble s'être arrêté, offrant une respiration bienvenue à ceux qui parcourent la Mother Road en quête d'une identité amérindienne préservée.

Pour le voyageur de la Route 66, la ville n'est pas qu'un simple point de passage. Elle abrite deux joyaux architecturaux qui racontent l'époque où la route était le seul cordon ombilical reliant ces cités du désert au reste du pays.

Le premier arrêt obligé est John Osterman Shell Station, un édifice dont l'épopée commence à la fin des années 1920 sous l'impulsion d'un immigré suédois. John Osterman a bâti ici bien plus qu'une simple station-service : il a érigé un monument à la persévérance. Bien que l'essence ait cessé de couler en l'an 2000, le bâtiment a survécu à l'usure du temps pour être fièrement inscrit au National Register of Historic Places, sauvant ainsi ce fragment de bitume de l'oubli.

John Osterman Shell Station
John Osterman Shell Station

Ce qui frappe immédiatement le regard, c'est son allure singulière : Osterman s'est librement inspiré de Mission El Alamo de San Antonio, au Texas. Avec sa silhouette qui évoque les forteresses coloniales, cette station détonne dans le paysage aride de l'Arizona. C'est un mariage improbable entre l'industrie pétrolière du 20ème siècle et le style Mission, une fantaisie architecturale qui rappelle que les bâtisseurs de la route y projetaient souvent leurs propres inspirations esthétiques.

Un peu plus loin, Peach Springs Trading Post surveille le passage des automobilistes depuis 1928. Construit en pierre massive, cet établissement était autrefois le centre névralgique du commerce local, un lieu de troc et de rencontres indispensable à la survie dans le haut désert. Son architecture de style néo-pueblo s'intègre harmonieusement à son environnement, faisant du bâtiment un prolongement naturel du sol rocailleux et ocre de la région.

Peach Springs Trading Post
Peach Springs Trading Post

On remarque immédiatement les vigas, ces poutres de bois traditionnelles qui percent les murs extérieurs, signature indissociable du design du Sud-Ouest. Si le trading post a fermé ses volets commerciaux depuis longtemps, l'édifice n'est pas resté une coquille vide : il a été intelligemment réaffecté pour accueillir les services administratifs de la tribu Hualapai. C'est un exemple parfait de conservation fonctionnelle, prouvant que les structures historiques peuvent encore servir la communauté au quotidien.

Peach Springs Trading Post
Peach Springs Trading Post
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Truxton

Truxton
Truxton

Il règne à Truxton une atmosphère de bout du monde, typique de ces bourgades que l'Interstate 40 a laissées sur le bas-côté. Aujourd'hui, le paysage de cette petite ville est marqué par le silence des commerces autrefois florissants. Les stations-service aux pompes rouillées et les restaurants aux vitres poussiéreuses témoignent d'une époque où le flux des voyageurs ne s'arrêtait jamais. C'est un tronçon qui touche au cœur, illustrant parfaitement la fragilité de la prospérité sur la Mother Road.

Au milieu de cet abandon relatif, une station-service construite dans les années 1950 fait figure de rescapée, continuant d'approvisionner les rares passants en face de Frontier Motel.

Frontier Motel, Truxton
Frontier Motel, Truxton
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Même si le motel semble dormir, il reste l'un des points les plus iconiques de la région pour une raison précise : son enseigne. Véritable chef-d'œuvre de l'esthétique "Mid-Century", cette structure rouge et blanche est un aimant pour les photographes. Avec ses lignes élancées et son allure de flèche pointée vers le ciel de l'Arizona, elle rappelle l'audace visuelle des années de gloire de la Route 66.

En quittant la ville vers l'Ouest, on croise les derniers vestiges de l'activité commerciale de Truxton. L'enseigne de Orlando Motel, une autre relique nostalgique, se dresse fièrement, marquant l'emplacement d'un établissement qui accueillait autrefois les familles en route vers la Californie.

Orlando Motel
Orlando Motel

Gas n Grub est une aire de service moderne qui apporte une touche de vie contemporaine au secteur. Elle occupe l'emplacement de l'ancien Cowgill's Route 66 Trading Company, remplaçant l'aspect rustique du vieux poste de traite.

Valentine

Valentine
Valentine

Nichée entre Hackberry et Kingman, Valentine est sans doute l'étape la plus mélancolique de la Route 66 en Arizona. Autrefois escale pleine de promesses, elle est aujourd'hui une ville fantôme qui semble s'effacer lentement sous le soleil de plomb.

Fondée à la fin du 19ème siècle, Valentine n'était au départ qu'un modeste point de ravitaillement pour le chemin de fer Atchison, Topeka & Santa Fe Railroad. Son développement s'est accéléré en 1903 avec la construction de la Truxton Canyon Training School, une école fédérale destinée aux enfants amérindiens, principalement de la tribu Hualapai. Ce grand bâtiment de briques rouges, qui a fonctionné jusqu'en 1937, reste aujourd'hui le monument le plus imposant et le plus reconnaissable du secteur.

Valentine
Valentine

Pendant des décennies, Valentine a été la "capitale romantique" de la Mother Road. Sa renommée ne venait pas d'un monument grandiose, mais de son petit bureau de poste. Chaque année, à l'approche du 14 février, des milliers de personnes envoyaient leurs cartes de Saint-Valentin dans une enveloppe adressée au postier de Valentine. Ce dernier les tamponnait du cachet officiel de la ville (souvent orné d'un cœur) avant de les réexpédier à leurs destinataires finaux. À son apogée, le bureau traitait plus de 40.000 lettres en quelques jours, faisant de ce petit point sur la carte un symbole national de tendresse.

La fin de cette belle histoire est tragique. En 1990, un vol à main armée a tourné au drame dans le petit bureau de poste : la postière, Jacqueline Ann Grigg, a été assassinée. Cet événement a profondément traumatisé la petite communauté. Le bureau de poste est resté ouvert quelques années encore sous haute surveillance, mais il a finalement fermé ses portes en 1993.

Hackberry General Store

Hackberry General Store
Hackberry General Store
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Hackberry est un hameau hors du temps niché au pied de Peacock Mountain, dont la renommée internationale repose presque entièrement sur son légendaire comptoir d'échange : Hackberry General Store. Ce lieu est devenu une véritable institution, une capsule temporelle où l'histoire de la Mother Road est préservée avec une passion presque religieuse.

Hackberry General Store
Hackberry General Store

Hackberry General Store, initialement baptisé Northside Grocery, a ouvert ses portes en 1934. Son emplacement stratégique sur le nouvel alignement de la Route 66, au Nord de la voie ferrée, permettait aux voyageurs de contourner le centre originel du village. À cette époque glorieuse, l'établissement arborait fièrement une station-service Conoco et servait de poumon vital pour les automobilistes jusqu'en 1978, date fatidique où l'Interstate 40 a détourné le flux de la Route 66, condamnant temporairement le magasin au silence.

Hackberry General Store
Hackberry General Store
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Après des années de sommeil, c'est l'artiste et figure emblématique de la route Bob Waldmire qui a racheté les murs en 1992 pour les transformer en boutique et en centre d'accueil pour les curieux. L'héritage familial de Bob est d'ailleurs indissociable de la culture populaire américaine : ses parents sont les inventeurs du célèbre "corn-dog" dans les années 1940, une spécialité qu'ils servaient sous le nom de Cozy Dog dans leur restaurant mythique de Springfield, dans le Missouri.

Hackberry General Store
Hackberry General Store
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Bob lui-même était un personnage haut en couleur : artiste nomade parcourant la Route 66 à bord de son bus scolaire transformé en atelier, il a fini par poser ses valises à Hackberry pour se consacrer corps et âme à la sauvegarde de ce patrimoine. Son microbus VW de 1972 a si bien marqué les esprits qu'il a servi d'inspiration directe pour le personnage de Fillmore dans le film Cars. En 1998, il a passé le relais à John et Kerry Pritchard, et c'est aujourd'hui Amy Franklin qui perpétue l'âme du magasin.

Hackberry General Store
Hackberry General Store
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Lors de votre périple en Arizona, faire escale à Hackberry General Store n'est pas une simple suggestion, c'est un pèlerinage obligatoire. L'extérieur est un savoureux bric-à-brac organisé, véritable musée à ciel ouvert où s'exposent des carcasses de voitures d'époque patinées par le soleil et des pompes à essence d'une authenticité rare. Chaque centimètre carré de la façade est une invitation à capturer l'esthétique brute et nostalgique de l'Amérique de l'après-guerre.

Hackberry General Store
Hackberry General Store
(David Mark, Pixabay)

Une fois le seuil franchi, on plonge dans un univers foisonnant rempli de gadgets, d'enseignes en néon, de plaques émaillées et de vêtements dédiés à la culture 66. Le choix est colossal, allant du petit souvenir insolite à la pièce de décoration authentique. Tout ici respire l'originalité et la sincérité, faisant de ce magasin bien plus qu'une simple boutique de bord de route : c'est le cœur battant et vibrant de cette section sauvage de l'Arizona.

Hackberry General Store
Hackberry General Store
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Ranchero Motel

Ranchero Motel
Ranchero Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Ranchero Motel est le premier point de repère visuel en arrivant à Antares. Ouvert en 1965, il se distingue immédiatement par une architecture audacieuse pour l'époque : son bâtiment principal arbore un toit à la pente extrêmement raide, rappelant presque le style A-frame très populaire dans les années 1960 pour les chalets de montagne ou les églises modernes.

Ranchero Motel
Ranchero Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Même si l'activité hôtelière a évolué, son enseigne vintage est restée fièrement debout. Elle constitue un vestige précieux du graphisme commercial de l'époque, avec ses formes géométriques et ses couleurs patinées qui semblent encore appeler les voyageurs à s'arrêter pour la nuit.

Ranchero Motel
Ranchero Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Mais la véritable star de Antares est sans conteste Giganticus Headicus. Cette sculpture monumentale est l'exemple parfait du "kitsch" assumé qui jalonne la Mother Road. Cette étrange tête peinte en vert pomme, qui évoque irrésistiblement les statues Moaï de l'Île de Pâques, est une sentinelle de l'imagination qui ne manque jamais de faire sourire les passants.

Giganticus Headicus
Giganticus Headicus
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Contrairement aux apparences, cette œuvre, d'un peu plus de 4 mètres de haut, n'est pas un vestige de l'âge d'or des années 1950, mais une addition plus contemporaine à la légende de la route, installée ici en 2004 par son créateur, l'artiste Gregg Arnold.

Ranchero Motel
Ranchero Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Kingman

Carte détaillée de Kingman

Surnommée avec fierté "The Heart of Historic Route 66", Kingman n'est pas qu'une simple étape : c'est le pivot central du Nord-Ouest de l'Arizona. Que vous arriviez de l'effervescence de Las Vegas, des plages de Los Angeles ou des abîmes du Grand Canyon, tous les chemins finissent par converger ici. La ville a su préserver cette ambiance de "hub" ferroviaire et routier, où le sifflet des trains de la Atchison, Topeka & Santa Fe Railroad se mêle encore au vrombissement des moteurs sur l'asphalte.

Route 66 Motel
Route 66 Motel

La ville est traversée de part en part par Andy Devine Avenue (le nom de la Route 66 ici, en hommage à l'acteur de western local). C'est un véritable défilé de néons vintage qui s'anime à la tombée de la nuit. Des établissements comme Orchard Inn, Siesta Motel, Hill Top Motel ou Arcadia Lodge continuent d'écrire l'histoire en restant actifs, offrant aux voyageurs cette expérience authentique que les chaînes d'hôtels aseptisées ne pourront jamais copier.

Hill Top Motel
Hill Top Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Situé au 1440 East Andy Devine Avenue, El Trovatore Motel est bien plus qu'un lieu où poser ses valises ; c'est une attraction à lui seul. Construit à l'origine en 1939, il a vu passer le gratin de Hollywood (comme Clark Gable ou Marilyn Monroe) lors de leurs escapades vers l'Est.

El Trovatore Motel
El Trovatore Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Ce qui rend ce motel absolument unique au monde, ce sont ses deux signatures visuelles monumentales. Sur le mur de soutènement qui longe le motel, vous pouvez admirer une fresque époustouflante de 63 mètres de long. Elle retrace l'intégralité du parcours de la Route 66, de Chicago à Santa Monica, avec des détails sur les étapes clés.

El Trovatore Motel
El Trovatore Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Un immense logo Route 66 est peint directement sur le bitume du parking, impossible à rater. C'est devenu l'un des "spots" préférés des motards et des conducteurs de décapotables pour immortaliser leur monture sur le symbole mythique.

El Trovatore Motel
El Trovatore Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Le cœur patrimonial de la ville, Kingman Commercial Historic District, est officiellement inscrit au National Register of Historic Places. Il s'étire fièrement entre 1st Street et 5th Street. C'est ici que l'on ressent le mieux l'âme de l'Arizona pionnière, avec ses bâtiments en pierre et en briques qui ont résisté à l'épreuve du temps.

Kingman Visitor Center

Powerhouse Visitor Center
Powerhouse Visitor Center
(© Pinky, Arizona Office of Tourism)

Powerhouse Visitor Center, véritable phare historique de Kingman, est le point de départ idéal pour s'imprégner de l'esprit de l'Arizona. Ce bâtiment imposant, construit en 1906, témoigne de l'ambition industrielle du début du siècle : il servait de centrale électrique pour alimenter les mines d'or et d'argent des Black Mountains environnantes. Son activité ne s'est arrêtée qu'en 1938, lorsque le gigantesque Hoover Dam a pris le relais pour l'alimentation électrique de la région.

Après une période de sommeil, cet édifice massif en béton a trouvé une nouvelle vocation en 1997. Métamorphosé en Visitor Center, il est devenu le cœur battant de l'information touristique à Kingman. À l'intérieur, les voyageurs découvrent une mine d'or de renseignements sur la ville, les parcs environnants et, bien sûr, l'histoire de la Mother Road. Le bâtiment abrite également le célèbre Arizona Route 66 Museum, qui retrace l'épopée de la route à travers des dioramas et des véhicules d'époque.

L'attraction incontournable pour tout roadtripper se trouve toutefois sur le parking extérieur : une immense arche Route 66 en acier et en néons. Cette structure monumentale a été conçue pour que vous puissiez passer dessous avec votre véhicule, offrant le cadre parfait pour la photo souvenir ultime de votre périple. C'est un rite de passage moderne qui symbolise l'entrée dans la partie la plus spectaculaire du tracé de l'Arizona.

Kingman
Kingman
(© Kingman Office of Tourism)

Bien que l'arche soit impressionnante sous le Soleil éclatant du désert, elle prend une dimension quasi magique une fois l'obscurité tombée. Lorsque les néons s'illuminent, ils projettent une lueur changeante et vibrante sur l'asphalte et les carrosseries, recréant cette esthétique nocturne si particulière à la Route 66.

Kingman
Kingman

Arizona Route 66 Museum

Arizona Route 66 Museum
Arizona Route 66 Museum

Powerhouse Visitor Center abrite entre ses murs deux musées fascinants qui offrent un double regard sur l'histoire de la mobilité américaine. C'est l'escale parfaite pour comprendre que la Route 66 est autant une aventure humaine qu'une épopée technologique.

Arizona Route 66 Museum est souvent considéré comme l'un des plus complets de l'État car il propose un véritable voyage chronologique plutôt que de simplement aligner des objets. Vous y découvrirez l'évolution du tracé depuis les sentiers ancestraux des Amérindiens et les pistes pour chariots de colons jusqu'à l'avènement des néons clinquants des années 1950. La collection se compose de dioramas grandeur nature, de véhicules d'époque parfaitement restaurés et d'une foule de reliques quotidiennes qui racontent notamment l'exode vers l'Ouest durant la "Dust Bowl". Pour les collectionneurs, la boutique est un passage obligé puisqu'elle est réputée pour être l'une des mieux achalandée de la région avec des objets allant du petit pin's souvenir aux reproductions fidèles de plaques historiques.

Route 66 Electric Vehicle Museum est sans doute la surprise la plus insolite du Powerhouse Visitor Center car on associe souvent la Mother Road aux gros moteurs V8 vrombissants. Ce musée, le premier du genre au monde, est pourtant entièrement dédié aux véhicules électriques. Géré par la Historic Electric Vehicle Foundation, il expose une collection étonnante qui prouve que la fée électricité ne date pas d'hier. On peut y admirer des modèles allant du début du 20ème siècle, époque où l'électrique concurrençait sérieusement l'essence, jusqu'aux prototypes les plus contemporains. C'est une parenthèse silencieuse et fascinante qui offre un contraste saisissant avec l'imagerie habituelle de la Route 66.

Route 66 Electric Vehicle Museum
Route 66 Electric Vehicle Museum

Locomotive Park

Locomotive Park
Locomotive Park
(© Kingman Office of Tourism)

Juste en face de Powerhouse Visitor Center, de l'autre côté de la légendaire Andy Devine Avenue, Locomotive Park offre une halte imposante qui rend hommage au passé ferroviaire indissociable de l'histoire de Kingman. Le clou du spectacle est sans conteste la locomotive à vapeur n°3759, un monstre d'acier qui semble encore prêt à faire vibrer les rails. Offerte à la ville par la Santa Fe Railway Company, cette pièce de collection monumentale rappelle l'époque où le rail était le véritable roi du transport bien avant que l'automobile ne s'empare de l'imaginaire américain.

Locomotive Park
Locomotive Park

Construite en 1928 par les célèbres ateliers Baldwin Locomotive Works, cette locomotive à charbon appartient au type "Northern". C'était une véritable bête de somme du réseau ferroviaire, conçue pour allier la vitesse et l'endurance nécessaires aux vastes étendues de l'Ouest. Durant ses années de gloire, elle a assuré la liaison prestigieuse entre Los Angeles et Kansas City, transportant des milliers de passagers. Ses performances étaient impressionnantes pour l'époque, puisqu'elle effectuait jusqu'à dix allers-retours par mois, un rythme soutenu qui témoigne de la fiabilité de l'ingénierie mécanique de l'entre-deux-guerres.

Locomotive Park
Locomotive Park

Au terme de sa longue carrière, la n°3759 affichait un compteur vertigineux de 2.585.600 miles parcourus, ce qui représente l'équivalent de plus de cent fois le tour de la Terre. Sa présence majestueuse dans le parc permet aujourd'hui aux visiteurs d'admirer de très près ses roues gigantesques et d'imaginer la puissance de la vapeur qui s'en échappait autrefois. Accompagnée d'un wagon de queue rouge (caboose) tout aussi emblématique, elle constitue un lien symbolique entre l'ère du charbon et celle de l'asphalte qui définit aujourd'hui la Route 66.

Gateway Arch

Gateway Arch
Gateway Arch
(© Kingman Office of Tourism)

Au Nord de Locomotive Park, le regard est immédiatement attiré par Gateway Arch, une structure monumentale s'élevant à huit mètres de hauteur au-dessus de Beale Street. Cette arche majestueuse ne se contente pas d'enjamber la chaussée : elle fait office de porte d'entrée solennelle dans Kingman Commercial Historic District, marquant symboliquement la transition entre le secteur ferroviaire et le cœur historique et commerçant de la cité. C'est un point de repère incontournable pour les voyageurs qui souhaitent marquer leur arrivée dans le centre névralgique de la ville.

L'arche est flanquée de part et d'autre de deux imposants boucliers US 66, qui réaffirment avec fierté le statut de Kingman en tant que "cœur de la Route 66". Ces emblèmes iconiques rappellent l'importance historique de la ville dans l'épopée de la Mother Road et servent de toile de fond parfaite pour les automobilistes qui aiment immortaliser leur passage sous cette voûte symbolique. Une fois franchie, Gateway Arch ouvre la voie vers une exploration authentique des bâtiments en briques et des enseignes rétro qui font le charme intemporel du centre-ville de Kingman.

Mohave Museum of History and Arts

Mohave Museum of History and Arts
Mohave Museum of History and Arts

Sur le flanc Ouest de Locomotive Park, Mohave Museum of History and Arts s'impose comme le gardien vigilant du patrimoine culturel et artistique du Nord-Ouest de l'Arizona. Bien plus qu'un simple lieu de conservation, ce musée offre une immersion profonde dans l'identité de la région, retraçant son évolution de la préhistoire jusqu'à l'effervescence contemporaine. À travers une série de dioramas méticuleux, de peintures murales vibrantes et d'une multitude d'artefacts, les visiteurs peuvent visualiser les étapes clés qui ont façonné ce territoire sauvage et contrasté.

Mohave Museum of History and Arts
Mohave Museum of History and Arts

L'art occupe une place prépondérante dans les galeries, où se côtoient peintures, photographies et sculptures témoignant de la créativité locale. Une attention particulière est portée à l'artisanat de la région, notamment avec une collection fascinante de turquoises sculptées, extraites directement des mines de Kingman. Ces gemmes d'un bleu azur sont célèbres dans le monde entier pour leur qualité.

Le musée accorde une place d'honneur aux racines autochtones de la région avec Hualapai Native American Room. Cet espace dédié propose un voyage au cœur de la nation Hualapai, présentant une habitation traditionnelle reconstituée ainsi qu'une riche collection de poteries et de vanneries. Ces objets d'artisanat, à la fois utilitaires et spirituels, permettent de comprendre la résilience et la richesse culturelle de ce peuple qui habite les terres bordant le Grand Canyon depuis des siècles.

L'histoire plus récente et hollywoodienne de Kingman n'est pas oubliée, avec une exposition consacrée à Andy Devine. Cet enfant du pays, à la voix éraillée si reconnaissable, est devenu une star incontournable du cinéma américain dans les années 1930 et 1940, jouant dans des centaines de films, notamment aux côtés de John Wayne. Cette section du musée célèbre avec nostalgie l'époque où Kingman servait de décor et de terre d'accueil pour les légendes du grand écran.

L'expérience se prolonge à l'extérieur du bâtiment, où une collection d'outils agricoles massifs et de machines d'exploitation minière rappelle la rudesse du travail des pionniers. Ces engins de fer et de bois témoignent de l'ingéniosité déployée pour dompter un environnement souvent hostile. Avant de quitter les lieux, il est impératif d'admirer la magnifique fresque murale qui orne la façade avant du musée. Cette œuvre d'art monumentale synthétise visuellement l'épopée de la région et constitue l'un des arrière-plans les plus spectaculaires pour une photo souvenir à Kingman.

Mr D'z Route 66 Diner

Mr D'z Route 66 Diner
Mr D'z Route 66 Diner
(Heidi Kaden, Unsplash)

À l'extrémité Est de Locomotive Park, pile à l'angle de 1st Street et de Andy Devine Avenue, se dresse Mr D'z Route 66 Diner, une véritable institution qui incarne à elle seule l'esprit de la Mother Road. Le restaurant a eu la judicieuse idée de s'installer dans les murs d'une ancienne station-service Shell des années 1930. L'édifice a conservé son superbe design "Art Moderne", reconnaissable à ses fenêtres incurvées caractéristiques et aux lignes saillantes qui rythment ses colonnes et son auvent, offrant ainsi un cachet architectural rare dans la région.

Mr D'z Route 66 Diner
Mr D'z Route 66 Diner
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Bien que le restaurant sous sa forme actuelle date des années 2000, il a su recréer une atmosphère d'une fidélité absolue. Sa façade, aux couleurs rose et turquoise éclatantes, est surmontée d'une enseigne monumentale qui attire le regard de loin. Une fois le seuil franchi, on plonge instantanément dans l'Amérique des années 1950 : le carrelage en damier noir et blanc, les banquettes en skaï et le juke-box rutilant composent un décor digne d'un film de l'âge d'or hollywoodien, où l'on s'attendrait presque à voir débarquer James Dean ou Marilyn Monroe.

Mr D'z Route 66 Diner
Mr D'z Route 66 Diner
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Même si vous n'avez pas une faim de loup, le détour par le parking est une étape indispensable pour tout photographe. Vous y trouverez un magnifique bouclier Route 66 peint à même le goudron, parfait pour immortaliser votre passage. Cependant, le spectacle est encore plus saisissant à la nuit tombée : lorsque les néons s'allument, le restaurant s'embrase d'une lueur vibrante, transformant l'intersection en une scène cinématographique nocturne qui mérite amplement que l'on déclenche son objectif une dernière fois avant de reprendre la route.

Mr D'z Route 66 Diner
Mr D'z Route 66 Diner

Texaco Gas Station

Juste à côté de l'effervescence de Mr D'z Route 66 Diner, au 102 Beale Street, se trouve un autre trésor architectural qui ravira les amateurs de mécanique et d'histoire. Ce bâtiment, qui abrite aujourd'hui un magasin d'accessoires de moto, est une ancienne station-service Texaco dont l'âme n'a pas pris une ride. C'est un exemple parfait de réutilisation adaptative, où la passion contemporaine pour les deux-roues rencontre l'héritage matériel de la Mother Road.

L'architecture de l'édifice est un témoignage précieux du design industriel du milieu du 20ème siècle. On y reconnaît immédiatement le style épuré et fonctionnel qui a fait la renommée des stations Texaco, avec ses lignes horizontales et son esthétique moderniste. L'élément le plus frappant reste son auvent massif, remarquablement conservé, qui semble encore attendre l'ombre d'une rutilante Cadillac.

Brunswick Hotel & Beale Hotel

Brunswick Hotel & Beale Hotel
Brunswick Hotel & Beale Hotel

En continuant votre progression vers l'Est sur Andy Devine Avenue, vous tomberez nez à nez avec le superbe bâtiment de Old Trails Garage, érigé en 1915. Ce joyau de l'architecture industrielle du début du siècle témoigne de l'époque où les premiers automobilistes s'aventuraient sur les pistes poussiéreuses de l'Arizona. Sa façade en briques est ornée d'une enseigne d'époque magnifiquement restaurée, dont le graphisme élégant rappelle que ce garage était un point de passage vital pour les pionniers de la route, bien avant que la Route 66 ne soit officiellement numérotée.

Old Trails Garage
Old Trails Garage
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Quelques pas plus loin, Brunswick Hotel, situé au 313 Andy Devine Avenue, impose sa silhouette robuste depuis 1907. Construit à l'origine pour accueillir les passagers du chemin de fer et les hommes d'affaires prospères, cet hôtel en briques rouges a été l'un des premiers établissements de luxe de la ville. Bien qu'il ait traversé les décennies avec plus ou moins de fortune, il reste un pilier du district historique, conservant cette allure austère et digne typique des grands hôtels ferroviaires qui ont fait la renommée de l'Ouest américain au tournant du siècle.

Juste à côté, au numéro 319, se dresse le doyen du quartier : Beale Hotel, construit en 1899. Cet établissement mythique fut longtemps considéré comme le plus prestigieux de Kingman, accueillant des célébrités et des voyageurs fortunés dans un cadre somptueux pour l'époque.

Beale Hotel
Beale Hotel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Sa caractéristique la plus spectaculaire demeure l'immense enseigne qui couronne son toit, un repère visuel massif qui domine toujours la rue. Bien que le bâtiment soit aujourd'hui endormi, sa structure imposante et son lettrage vintage continuent de fasciner les photographes et de raconter l'âge d'or de l'hôtellerie à Kingman.

Beale Hotel
Beale Hotel

AT&SF Railroad Depot

AT&SF Railroad Depot
AT&SF Railroad Depot

Au 402 Andy Devine Avenue, AT&SF Railroad Depot s'impose comme un joyau architectural depuis sa construction en 1907. Érigé dans le style Mission Revival, ce bâtiment se distingue par ses murs en stuc blanc et ses arches élégantes, rappelant l'influence des missions espagnoles sur le Sud-Ouest américain. Toujours en activité pour les passagers d'Amtrak, ce dépôt est le témoin privilégié de l'époque où Kingman n'était qu'une escale vitale pour les trains à vapeur traversant le désert de Mojave.

AT&SF Railroad Depot
AT&SF Railroad Depot

Juste à côté des rails, les célèbres châteaux d'eau de Kingman se dressent comme des sentinelles métalliques surveillant l'asphalte. Ces structures industrielles sont devenues des symboles iconiques de la ville grâce à leur inscription géante "Welcome to Kingman - Heart of Historic Route 66". Pour les voyageurs, c'est le point de repère visuel qui confirme officiellement que l'on se trouve dans le centre névralgique de la Mother Road, offrant un arrière-plan industriel parfait pour une photo souvenir.

Kingman
Kingman

Pour les chasseurs de néons et de graphismes d'époque, une halte au 525 Andy Devine Avenue est indispensable. Ce secteur regorge de belles enseignes vintage qui semblent avoir défié le temps, rappelant l'esthétique commerciale colorée des décennies passées. On peut également y admirer une murale d'envergure qui illustre avec brio l'histoire locale, transformant un simple mur de briques en un livre d'images à ciel ouvert dédié à la gloire de la route.

Enfin, en poursuivant vers l'Est au 731 East Andy Devine Avenue, on découvre une ancienne station-service Mobil remarquablement bien conservée. Bien que les pompes ne servent plus de carburant, l'architecture du bâtiment a gardé sa structure originelle, typique des stations de l'après-guerre. C'est un exemple précieux de l'architecture "roadside" qui privilégiait la visibilité et la modernité, témoignant de l'époque où s'arrêter pour prendre de l'essence était une étape incontournable du rituel du voyage.

Beale Street

Central Commercial Company Building
Central Commercial Company Building
(© Joyce Wiley, Kingman Office of Tourism)

Pour boucler la boucle et revenir vers le Visitor Center, emprunter Beale Street est une excellente alternative qui vous permet de découvrir une autre facette du centre historique. Parallèle à la Route 66, cette rue est bordée de structures qui ont conservé leur superbe d'antan.

Au croisement de la 4th Street, le bâtiment de la Central Commercial Company, érigé en 1917, attire immédiatement l'œil. Avec sa façade robuste et élégante, il rappelle l'époque où cette entreprise était le fournisseur principal de tout ce dont les mineurs et les éleveurs de la région avaient besoin. C'est un témoin direct de la prospérité commerciale de Kingman au début du 20ème siècle, bien avant que le tourisme routier ne devienne le moteur économique de la ville.

Un peu plus loin, au 424 East Beale Street, se dresse W. A. Gruninger Building. Construit en 1921, ce bâtiment se distingue non seulement par son architecture soignée, mais surtout par la grande peinture murale qui orne l'un de ses flancs. Elle sert d'introduction magistrale à ce qui est devenu une véritable spécialité locale : le centre-ville de Kingman recèle en effet des dizaines d'autres murales.

W. A. Gruninger Building
W. A. Gruninger Building
(© Joyce Wiley, Kingman Office of Tourism)

Ces œuvres d'art urbain racontent, en couleurs et en grand format, les légendes de la conquête de l'Ouest, l'épopée ferroviaire et, bien sûr, l'âge d'or de la Route 66, transformant chaque coin de rue en une galerie d'art à ciel ouvert.

W. A. Gruninger Building
W. A. Gruninger Building
(© Joyce Wiley, Kingman Office of Tourism)

De Kingman à Topock, via Oatman

Carte détaillée de la région de Oatman

À la sortie Ouest de Kingman, la Route 66 longe quelque peu l'I40. Après 5 miles, deux options s'offrent à vous.

La première option est de prendre l'I40 en direction du Sud pour rejoindre la Californie (tracé Sud). C'est ce tracé qu'a utilisé la Route 66 à partir de 1950, avant d'être effacé par l'arrivée de l'autoroute et de complètement disparaître. Il ne reste plus rien de la Route 66 sur cette portion, mis à part quelques vestiges dans la petite ville de Yucca.

La deuxième option, que nous vous recommandons, est de traverser l'I40 (échangeur 44) et de filer vers l'Ouest en direction des Blacks Mountains, pour emprunter le tracé historique de la Route 66 (tracé Nord), utilisé de ses débuts jusqu'en 1950, et qui passe notamment par Oatman et les fabuleux paysages de Sitgreaves Pass.

Cool Springs

Cool Springs
Cool Springs

À l'époque de l'âge d'or de la Route 66, Cool Springs était bien plus qu'une simple halte : c'était une respiration salvatrice avant d'affronter les redoutables lacets des Black Mountains. Nichée au pied des reliefs, cette station en pierre constituait le dernier rempart de civilisation pour les conducteurs et leurs moteurs chauffants avant l'ascension périlleuse vers Sitgreaves Pass. À cette époque, s'y arrêter pour vérifier son radiateur ou faire le plein d'eau n'était pas une suggestion, mais une nécessité absolue pour espérer franchir le col sans encombre.

Cool Springs
Cool Springs
(© Arizona Office of Tourism)

Le déclin de la Mother Road a pourtant failli rayer ce site de la carte. Après le déclassement de la route, la station a sombré dans l'oubli, ne laissant derrière elle que des ruines de pierre battues par les vents du désert. Le salut est venu en 1997 de Ned Leuchtner, un passionné visionnaire qui a racheté les vestiges avec l'ambition folle de les reconstruire à l'identique. Grâce à un travail de restauration méticuleux respectant l'architecture originelle, Cool Springs a officiellement rouvert ses portes en 2001, retrouvant sa splendeur d'antan et sa place de jalon mythique sur le tracé de l'Arizona.

Aujourd'hui, l'arrêt est obligatoire pour s'imprégner de l'atmosphère paisible du désert. La boutique de souvenirs regorge de pépites pour les collectionneurs, mais c'est à l'extérieur que le spectacle est le plus intense : la vue sur Isanaklesh Peaks (autrefois connus sous le nom de Squaw Tits) est absolument majestueuse.

Cool Springs
Cool Springs

Avant de reprendre le volant, ne manquez pas de prendre la photo emblématique avec le bouclier Route 66 peint sur le sol devant la boutique. Avec la silhouette des montagnes en arrière-plan, c'est sans aucun doute l'un des clichés les plus spectaculaires de tout votre périple.

Sitgreaves Pass

Sitgreaves Pass
Sitgreaves Pass

Entre Cool Springs et Oatman, la Route 66 s'attaque à son tronçon le plus spectaculaire et le plus exigeant : la traversée des Black Mountains. Pour franchir ce rempart rocheux, l'asphalte serpente en une multitude de virages en épingle particulièrement serrés, imposant aux conducteurs une ascension vertigineuse. Le défi est de taille, puisque la route doit absorber un dénivelé de plus de 300 mètres sur une distance d'à peine 7 kilomètres pour atteindre le mythique Sitgreaves Pass.

Sitgreaves Pass
Sitgreaves Pass

Si les véhicules modernes négocient aujourd'hui ces courbes avec aisance, il en allait tout autrement durant l'âge d'or de la Mother Road. À l'époque, la traversée du col était une véritable épreuve de force pour les mécaniques rudimentaires. De nombreux moteurs, manquant cruellement de puissance ou victimes de surchauffe, rendaient l'âme avant le sommet. Certains conducteurs, par ingéniosité ou désespoir, devaient effectuer la montée en marche arrière pour profiter d'un rapport de transmission plus court, tandis que d'autres n'avaient d'autre choix que de se faire tracter par des chevaux pour franchir les derniers mètres.

Sitgreaves Pass
Sitgreaves Pass

Une halte au sommet de Sitgreaves Pass est absolument incontournable pour reprendre son souffle et contempler le chemin parcouru. À 1100 mètres d'altitude, le paysage qui se déploie sous vos yeux est tout simplement époustouflant, offrant un panorama à 360 degrés sur les étendues sauvages de l'Arizona et les crêtes déchiquetées des montagnes environnantes. C'est ici, face à cette vue à couper le souffle, que l'on saisit toute la dimension épique et sauvage de la Route 66, avant d'entamer la descente vers le village légendaire de Oatman.

Sitgreaves Pass
Sitgreaves Pass
(angi12345, Pixabay)

Oatman

Oatman
Oatman

Perché au cœur des Black Mountains à 830 mètres d'altitude, Oatman est bien plus qu'un simple point sur la carte : c'est l'un des lieux les plus emblématiques et populaires de la Route 66. Ce petit village, qui semble figé dans le temps, offre une immersion totale dans l'imaginaire de l'Ouest américain, attirant chaque année des milliers de voyageurs en quête d'authenticité et de folklore.

Histoire de Oatman

L'histoire d'Oatman est intrinsèquement liée à la richesse de son sous-sol. Si l'on savait depuis longtemps que le sous-sol de la région était riche en or, c'est la découverte d'un filon extraordinaire en 1915 qui propulse la ville sur le devant de la scène, déclenchant l'une des dernières grandes ruées vers l'or de l'Ouest. En moins d'un an, la population explose pour atteindre plus de 3500 habitants, transformant ce campement sauvage en une ville minière bouillonnante de vie et d'espoir.

Le nom de la ville rend hommage à un destin tragique et fascinant, celui de Olive Oatman. Cette jeune pionnière de l'Illinois fut capturée, avec sa sœur Mary Ann, en 1851 par des Indiens (probablement des Tolkepayas) lors du massacre de sa famille de pionniers en route vers l'Ouest. Vendues plus tard aux Mohaves, elles furent adoptées par la tribu et vécurent selon leurs coutumes, arborant même le célèbre tatouage bleu sur le menton. Mary Ann succomba à la famine, à l'âge de 10 ans, mais Olive fut finalement libérée en 1856 à Fort Yuma, devenant une figure légendaire de la région.

Oatman
Oatman

La ville a dû faire face à de rudes épreuves, notamment l'incendie dévastateur de 1921 qui réduisit en cendres de nombreux bâtiments. Par un coup de chance resté célèbre, Oatman Hotel et le bâtiment voisin, Glory Hole, furent épargnés par les flammes. Malgré ces catastrophes, la production d'or restait le moteur de la cité, attirant toujours plus de bras pour creuser la montagne.

Le déclin commença en 1924 avec l'arrêt de la United Eastern Mines, qui avait extrait l'équivalent actuel de plus de 205 millions de dollars d'or. En 1941, le couperet gouvernemental tombe : toutes les mines doivent fermer pour soutenir l'effort de guerre. Au total, Oatman aura produit pour l'équivalent de 700 millions de dollars actuels en métaux précieux, un bilan remarquable pour une existence aussi brève.

La survie de Oatman après la fermeture des mines fut assurée par le passage de la Route 66, qui permit à la ville de se reconvertir dans l'accueil des voyageurs. Ce répit dura jusqu'en 1953, année où un nouveau tracé contourna les montagnes par le Sud, plongeant le village dans un sommeil léthargique. Il faudra attendre le regain d'intérêt mondial pour la Mother Road pour que le village renaisse de ses cendres et devienne la destination touristique majeure que l'on connaît aujourd'hui.

Oatman
Oatman

Visite de Oatman

De nos jours, la ville de Oatman se résume (presque) à sa rue principale, voie de passage de la Route 66. Bordée de vieux bâtiments en bois aux façades patinées, cette artère abrite une multitude de boutiques de souvenirs et de restaurants rustiques. Pour les plus curieux, il est même possible de s'aventurer à l'entrée d'une ancienne mine pour ressentir, le temps d'un instant, la fraîcheur et l'oppression du travail souterrain.

Oatman
Oatman

L'atmosphère générale évoque instantanément une petite ville du 19ème siècle, avec ses trottoirs en planches et ses enseignes d'époque. On s'attendrait presque à voir surgir un shérif au coin de la rue. C'est un décor de cinéma à ciel ouvert, où chaque recoin semble raconter une anecdote de l'époque des pionniers et des chercheurs d'or.

Oatman
Oatman

Cependant, il faut être prêt à partager cette expérience : le flux continu de touristes, de bus et de voitures gâche parfois un peu la magie du lieu. Le stationnement se fait souvent de manière anarchique le long de la route, et l'effervescence commerciale peut paraître envahissante. Malgré cela, le charme opère toujours, surtout si l'on prend le temps d'observer les détails architecturaux qui ont survécu à plus d'un siècle d'histoire.

Oatman
Oatman

L'attraction la plus insolite et incontournable d'Oatman reste sans conteste sa population de "burros" (ânes). Ces animaux déambulent en totale liberté sur la chaussée, au milieu des voitures et des passants, comme s'ils étaient les véritables propriétaires des lieux. Ils font partie intégrante de l'identité du village et leur présence apporte une touche de vie sauvage et imprévisible à chaque coin de rue.

Oatman
Oatman
(angi12345, Pixabay)

Ces ânes sont les descendants directs de ceux utilisés par les mineurs pour transporter le minerai et le matériel lourd à travers les montagnes. Lorsque les mines furent définitivement fermées après la Seconde Guerre mondiale, les bêtes furent simplement relâchées dans la nature. Elles sont retournées à un état semi-sauvage dans les collines environnantes, tout en gardant l'habitude de redescendre en ville pour interagir avec les humains.

Oatman
Oatman

Bien qu'ils soient très familiers et se laissent volontiers approcher ou caresser, il est primordial de rester prudent. Les autorités locales et les habitants insistent lourdement : il ne faut pas leur donner à manger, car cela perturbe leur régime alimentaire naturel et peut les rendre agressifs. Profitez simplement de leur présence placide et préparez vos appareils photo, car ils sont d'excellents modèles, peu farouches devant les objectifs.

Oatman
Oatman

Pour ajouter une dose de spectacle à votre visite, ne manquez pas les Ghost Rider Gunfighters. Deux fois par jour, à 13h30 et 15h30, ces comédiens bénévoles investissent la rue principale pour proposer un show gratuit et hilarant. Mettant en scène des cowboys et des hors-la-loi, ces duels au pistolet sont ponctués de cascades et d'humour potache, ravissant les petits comme les grands.

Gunfight
Gunfight

Les acteurs n'hésitent pas à en faire des caisses, jouant sur tous les clichés du western pour le plus grand plaisir des touristes. Les détonations de poudre noire résonnent entre les bâtiments en bois, créant une animation sonore qui renforce l'immersion. C'est un moment de divertissement pur, sans prétention, qui capture parfaitement l'esprit festif de la Route 66.

Gunfight
Gunfight

Attention toutefois si vous visitez Oatman en plein été : le show de 15h30 est régulièrement annulé à cause des grosses chaleurs. Le Soleil de l'Arizona peut être impitoyable dans cette cuvette rocheuse, et pour la sécurité des acteurs comme du public, le spectacle est parfois réduit ou reporté. Pensez donc à privilégier la séance de début d'après-midi pour être sûr de ne pas rater cette bagarre de rue légendaire.

Oatman Hotel, construit en 1902, est une étape absolument obligatoire. C'est l'une des plus anciennes structures en adobe de tout l'Arizona. À ses débuts, l'établissement s'appelait Durlin Hotel, du nom de son fondateur John Durlin. Inscrit au National Register of Historic Places en 1983, il ne propose plus de chambres pour la nuit, mais abrite un restaurant, un bar légendaire et un petit musée à l'étage qui vaut le détour.

Oatman Hotel
Oatman Hotel

L'intérieur du saloon est une curiosité visuelle unique au monde : les murs et le plafond sont littéralement tapissés de milliers de billets d'un dollar, tous datés et signés par les visiteurs. Cette tradition remonterait à l'époque des mineurs : ces derniers épinglaient un billet au mur lorsqu'ils avaient un peu d'argent, afin d'être sûrs de pouvoir se payer un verre les jours de disette. Aujourd'hui, c'est devenu un rite de passage pour les voyageurs qui souhaitent laisser une trace de leur périple.

Oatman Hotel
Oatman Hotel

L'hôtel cultive également une aura romantique grâce à la fameuse suite où Clark Gable et Carole Lombard auraient passé leur lune de miel après leur mariage secret à Kingman en 1939. La chambre est restée "dans son jus", entretenue comme un sanctuaire dédié au couple mythique du cinéma hollywoodien. C'est l'un des points forts de la visite de l'étage, permettant aux fans de s'imaginer l'intimité de ces deux icônes de l'âge d'or du grand écran.

Oatman
Oatman

Toutefois, pour être tout à fait honnête avec l'histoire, cette lune de miel est une pure légende locale. Les archives prouvent que Gable et Lombard sont rentrés directement à Los Angeles après leur union pour assurer une conférence de presse dès le lendemain matin. Ils n'ont réellement fêté leur mariage que bien plus tard en Basse-Californie. Qu'importe la vérité historique : le mythe est si bien ancré dans les murs de Oatman Hotel qu'il fait désormais partie intégrante de son charme indéniable.

Oatman
Oatman

Topock

Située sur la rive orientale du majestueux fleuve Colorado, Topock marque la fin du voyage à travers l'Arizona pour les pèlerins de la Route 66. C'est ici que l'on se prépare à quitter l'État du Grand Canyon pour entamer la traversée du désert de Mojave en Californie. Bien que modeste par sa taille, cette bourgade a toujours été un point stratégique crucial, faisant office de porte d'entrée et de sortie pour des générations de voyageurs, de pionniers et de migrants cherchant à franchir la frontière naturelle séparant les deux États.

Le témoin le plus spectaculaire de cette époque est Old Trails Bridge (ou Topock Bridge), un pont en arc de 240 mètres de long entièrement construit en acier en 1915. Jusqu'en 1947, c'est sur ce tablier étroit que la Route 66 franchissait le Colorado, offrant aux automobilistes une vue vertigineuse sur les eaux en contrebas. S'il n'accueille plus de véhicules aujourd'hui, le pont n'en reste pas moins utile puisqu'il soutient désormais un gazoduc. Sa silhouette élégante et robuste lui a valu d'être inscrit au National Register of Historic Places, demeurant l'une des structures les plus emblématiques de l'ingénierie routière du début du 20ème siècle.

Old Trails Bridge
Old Trails Bridge
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

À partir de 1947, le trafic de la Mother Road fut détourné vers Red Rock Bridge, un ancien pont ferroviaire massif qui avait été modifié pour permettre le passage des voitures. Ce colosse de fer a servi de trait d'union entre l'Arizona et la Californie jusqu'en 1966, date à laquelle le pont moderne de l'actuelle I-40 fut inauguré pour absorber un trafic de plus en plus dense. Contrairement à son voisin, Red Rock Bridge n'a pas survécu à l'usure du temps ni à l'évolution des infrastructures : il fut définitivement détruit en 1976, ne laissant derrière lui que des archives photographiques de l'époque où les voyageurs franchissaient le fleuve dans un grondement métallique mémorable.

Yucca

Si vous délaissez les lacets de Oatman pour la rapidité de l'I40 entre Kingman et Needles, la petite localité de Yucca mérite une pause pour ses reliques mélancoliques de la Route 66. Ce village agit comme un conservatoire à ciel ouvert de l'époque où le tracé Sud de la Mother Road tentait de survivre face à l'arrivée des autoroutes.

À l'entrée Nord de la ville, Honolulu Club se dresse comme un témoin de cette époque révolue. Ce bâtiment, qui servait autrefois de bar et de station-service, n'a pas toujours été là : il se trouvait à l'origine à Oatman, mais a été littéralement déplacé à Yucca dans les années 1950. Ce déménagement illustre parfaitement l'exode des commerces qui suivaient désespérément le bitume lorsque la Route 66 a été réalignée pour contourner les montagnes, emportant avec eux leur architecture et leur espoir de prospérité.

De l'autre côté de l'Interstate, le paysage est plus désolé avec les restes de Whiting Bros. Motel and Gas Station. Cette enseigne, autrefois omniprésente sur la Route 66, n'est plus ici qu'un fantôme. Le complexe hôtelier a totalement disparu, laissant place au vide. Il ne subsiste aujourd'hui que de vieilles enseignes métalliques en très mauvais état, dévorées par la rouille et le Soleil de l'Arizona, qui se dressent comme des stèles funéraires à la gloire d'un empire du service routier désormais déchu.

Whiting Bros. Motel and Gas Station
Whiting Bros. Motel and Gas Station

Un peu plus au Sud, une vision surréaliste attend le voyageur : un camion planté au sommet d'un poteau. Cette relique d'un ancien relais routier servait de phare publicitaire pour attirer les chauffeurs de poids lourds à des kilomètres à la ronde. C'est l'un de ces repères visuels typiques de la culture "roadside" américaine, où l'exagération et l'insolite servaient d'arguments commerciaux à la grande époque.

Yucca
Yucca

Enfin, au Sud de Yucca, on découvre l'attraction la plus énigmatique de la région : Area 66. Le site est immédiatement reconnaissable à son immense sphère de 12 mètres de diamètre, sorte de balle de golf géante posée en plein désert.

Area 66
Area 66

La structure abrite un musée consacré au crash présumé d'une soucoupe volante qui aurait eu lieu près de Kingman en 1953. Entre folklore local, mystères ufologiques et boutique de souvenirs thématique, ce dôme géant offre une conclusion décalée et fascinante à votre traversée de ce secteur.

Area 66
Area 66

De nos jours, il n'y a plus de pont dédié à la Route 66 pour traverser le fleuve Colorado et rejoindre la Californie.
Si vous arrivez de Oatman, il faut utiliser l'échangeur 1 pour emprunter l'Interstate 40. Vous pourrez alors traverser le Colorado et entrer en Californie. Vous pourrez quitter l'Interstate 40 un peu plus loin (sortie 148) pour récupérer la Route 66 et poursuivre votre voyage.



Ainsi s'achève votre épopée à travers l'Arizona, l'État qui aura sans doute le mieux su préserver l'âme et le bitume de la Mother Road, de ses déserts ocre à ses cols vertigineux. En franchissant le Colorado, vous laissez derrière vous les mines d'or et les légendes des Black Mountains pour pénétrer sur les terres dorées de la Californie, l'ultime frontière de ce périple transcontinental. Ce dernier État, symbole de la "Terre Promise" pour des générations de migrants et de rêveurs, vous réserve une traversée mythique à travers le désert de Mojave avant de vous mener, au bout du ruban d'asphalte, vers l'écume du Pacifique, à Santa Monica.

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Consultez la base de données de RoadTrippin.fr pour trouver un camping le long de la Route 66 en Arizona.

Cartes

Carte interactive de la Route 66
Carte interactive de la Route 66 en Arizona
Carte interactive de la Route 66 en Arizona avec les points d'intérêt

Liens

Historic Route 66 Association of Arizona

Par dommm063
Mis à jour le 15 février 2026

Bonjour ! Je suis Kodi, l'assistant IA de RoadTrippin.fr. Comment puis-je vous aider ?