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Navajo National Monument

Entre Monument Valley et Page, au bout d'une petite route qui quitte la Highway US160 pour gagner le rebord de Shonto Plateau, Navajo National Monument veille, en pleine Navajo Nation, sur l'un des sites les plus méconnus du Nord de l'Arizona. Avec à peine 40.000 visiteurs par an, ce parc demeure à l'écart des grands flux et constitue, pour qui parcours le Nord-Est de l'Arizona, une halte aussi paisible qu'enrichissante.

Vous découvrirez ici un profond canyon, affichant de grandes parois de grès orangé, zébrées des longues coulures sombres de vernis du désert. C'est au creux d'une immense alcôve, haute de 138 mètres, que des familles Ancestral Puebloans élevèrent au 13ème siècle le village troglodytique de Betatakin, avant de quitter la région quelques années plus tard. Ces vestiges, auxquels les Hopi, les Zuni, les San Juan Southern Paiute et les Navajo restent attachés, permettent de comprendre comment ces anciens peuples vivaient et cultivaient au fond des canyons, et font de ce détour l'une des plus belles haltes de la région.

Navajo NM
Navajo NM (edu aguilera, Flickr - CC BY-NC 2.0)

Histoire

Shonto Plateau, haut plateau de grès qui s'étage entre 1650 et 2300 mètres d'altitude au cœur du plateau du Colorado, se fend sur son flanc oriental en un dédale de canyons dont Tsegi Canyon forme l'artère maîtresse. 3 grandes branches et d'innombrables ramifications y entaillent le grès Navajo, ce grès né des dunes géantes du Jurassique, jusqu'à 300 mètres de profondeur. Leurs eaux s'écoulent par Tsegi Wash, qui rejoint Laguna Creek au pied du plateau avant de gagner, plus au Nord, San Juan River, tandis qu'à l'Ouest Nitsin Canyon conduit les siennes vers Navajo Creek et Lake Powell. Pins pignons et genévriers peuplent les rebords du plateau, quand les chênes de Gambel, les érables negundo et les trembles se pressent au fonc des canyons. Pour un désert d'altitude qui reçoit à peine 300 millimètres de pluie par an, cette mosaïque de milieux abrite une faune d'une étonnante richesse : 53 espèces de mammifères, du cerf mulet au puma, et 146 espèces d'oiseaux, parmi lesquelles le faucon pèlerin et la chouette tachetée du Mexique, espèce menacée qui niche dans la tremblaie de Betatakin Canyon.

Betatakin Canyon
Betatakin Canyon (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Des petits groupes chasseurs-cueilleurs nomades parcouraient déjà ces canyons 6000 ans avant notre ère, suivaient le gibier au fil des saisons et s'abritaient sous des huttes de branchages. Ils n'ont laissé que de rares traces. Le maïs, parvenu du Sud par les échanges, apparut quelque 5 siècles avant notre ère et devint, au tournant de celle-ci, la base de l'alimentation. Les Basketmakers, ainsi nommés pour la finesse de leur vannerie, commencèrent alors à se fixer dans des pithouses, maisons semi-enterrées coiffées d'un toit de poutres et de terre, comme celles dont subsistent les vestiges à Turkey Cave, près de Keet Seel. Vers 500 ap. J-C, ces villages devinrent permanents : on y cultivait le maïs, les haricots, les courges et le coton, on récoltait l'amarante et les pignons, on chassait le gibier des canyons et l'on commençait sans doute à domestiquer le dindon.

Vers 700, ces premiers agriculteurs, devenus dépendants de leurs récoltes, élevèrent leurs premiers greniers de pierre maçonnée. Ils entraient ainsi dans ce que les archéologues appellent la culture des Ancestral Puebloans, les ancêtres des peuples pueblos actuels. On les a longtemps désignés sous le nom d'Anasazi, un mot navajo que l'on traduit par "les anciens". Les Hopi les appellent Hisatsinom, "nos ancêtres". De petits hameaux de 3 à 5 pièces essaimèrent alors dans le bassin de Tsegi, où s'affirma à partir de 900 la branche régionale de cette culture, que les archéologues nomment Kayenta.

Keet Seel est habité dès 950. Vers 1200, fermes et villages maçonnés couvraient la région, reliés à des réseaux d'échange lointains qui apportaient la turquoise, les coquillages marins et les plumes de perroquets et d'aras venues du Mexique. Les potiers de ces canyons façonnaient des céramiques noir sur blanc et des polychromes orangées rehaussées de noir et de rouge, parmi les plus soignées du Sud-Ouest.

Vers 1250 commença un mouvement de population sans précédent. Quelque 700 personnes, venues des vallées voisines, gagnèrent les canyons de Tsegi et délaissèrent les hameaux dispersés pour se regrouper sous les grandes alcôves. Elles y trouvaient un abri contre les intempéries et la proximité des sources. Cette époque, que l'on nomme Tsegi Phase, marque l'apogée de la période Pueblo III, et la dendrochronologie, qui date chaque poutre au cerne près, en a reconstitué la chronologie avec une précision rare. À Betatakin, sous l'alcôve tournée vers le Sud que le Soleil d'hiver réchauffe et que l'été laisse dans l'ombre, 3 groupes de pièces furent bâtis en 1267 et un 4ème en 1268. De 1269 à 1272, les habitants abattirent et stockèrent des poutres, comme pour préparer l'arrivée de nouveaux venus, qui vinrent en 1275 et 1277 élever une dizaine de blocs supplémentaires. La dernière poutre fut coupée en 1286. Le village compta 135 pièces, étagées en terrasses sur le sol en pente de l'alcôve, à raison d'une pièce d'habitation pour 2 de stockage, et une seule kiva, rectangulaire. Les murs sont de grès grossièrement taillé, liés au mortier de boue, et certaines cloisons sont en jacal, un clayonnage de poteaux et de roseaux enduit d'argile. 75 à 100 personnes y vécurent au plus fort de l'occupation. Sur la paroi, de grands pictogrammes peints que les Hopi identifient comme les emblèmes des clans bâtisseurs servaient aussi de calendrier, l'ombre qui les gagnait marquant le passage des saisons.

Betatakin Cliff Dwellings
Betatakin Cliff Dwellings (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Keet Seel, plus ancien et plus vaste, connut en 1272 une poussée de construction accompagnée de nouveaux styles de poterie, signe de l'arrivée d'un autre groupe. Vers 1275, sa moitié Est fut bâtie sur une terrasse artificielle retenue par un mur de soutènement de 55 mètres de long et jusqu'à 3 mètres de haut. Le village dessine un arc qui épouse la courbe de l'alcôve. Plus de 150 pièces s'y groupent autour de cours, chaque famille disposant d'une pièce d'habitation, de plusieurs greniers et parfois d'une pièce de mouture, et des ruelles le parcourent jusqu'à une tour circulaire qui monte du fond du canyon. 5 ou 6 kivas rondes complétaient l'ensemble, qui abrita jusqu'à 150 habitants. Plus à l'Ouest, dans Nitsin Canyon, les 77 pièces de Inscription House occupaient une alcôve haute et peu profonde, et près de la moitié étaient bâties en briques d'adobe, une rareté dans ces canyons de pierre.

Keet Seel Cliff Dwellings
Keet Seel Cliff Dwellings (PatrickRapps, Wikimedia - CC BY-SA 4.0)

Pourtant, à peine achevés, ces villages se vidèrent : vers 1300, plus personne n'habitait les canyons de Tsegi. Une sécheresse prolongée frappa la fin du 13ème siècle. Le départ fut progressif et ordonné. À Keet Seel, à mesure que les familles s'en allaient, ceux qui restaient convertirent les pièces vides en greniers, puis les derniers occupants murèrent les entrées de nombreuses pièces où reposaient encore des jarres de maïs, comme s'ils comptaient revenir. Les habitants partirent pour beaucoup vers le Sud, sur les toirs mesas qui prolongent Black Mesa à une centaine de kilomètres de là, où vivent aujourd'hui les Hopi. D'autres gagnèrent les villages zuni, plus loin au Sud-Est, dans l'actuel Nouveau-Mexique.

Le premier américain à pénétrer dans ces canyons fut Richard Wetherill, éleveur du Colorado devenu chercheur de ruines, qui avait découvert Cliff Palace à Mesa Verde NP. À l'hiver 1894-1895, alors qu'il s'apprêtait à renoncer, sa mule de tête, Neephi, brisa ses entraves et remonta un canyon latéral en quête d'herbe. En la suivant, il découvrit Keet Seel. Il y revint en 1897 pour fouiller, et une large part des objets prélevés à cette époque furent vendus et dispersés, sans que l'on sache aujourd'hui où ils se trouvent. Ces pillages comptèrent parmi les motifs de l'Antiquities Act, adopté en 1906 pour protéger les vestiges des terres fédérales. Le 20 mars 1909, sur la demande d'un géomètre du General Land Office qui n'avait jamais vu les ruines, le président William Howard Taft créa Navajo National Monument, le 20ème monument national institué au titre de cette loi. L'été suivant, l'archéologue Byron Cummings et John Wetherill, frère de Richard et marchand établi dans la région, explorèrent les canyons. En août, Clatsozen Benully, qui avait entendu des enfants parler d'une grande ruine aperçue en gardant les moutons, conduisit Cummings et Wetherill jusqu'à Betatakin.

Par la suite, les scientifiques prirent le relais des chercheurs de ruines. Jesse Walter Fewkes, de la Smithsonian Institution, étudia les sites en 1909 et 1910, et Neil Judd restaura Betatakin en 1917. Keet Seel fut stabilisé en 1933 et 1934, ce qui lui valut sa réputation de l'une des ruines les mieux conservées du Sud-Ouest. Dans les années 1960, l'archéologue Jeffrey Dean fixa par l'étude de près de 1000 poutres la chronologie de la Tsegi Phase. En 1962, un accord avec la Navajo Nation permit d'aménager le rebord de Betatakin Canyon, où le Visitor Center et la route d'accès ouvrirent en 1965. 3 ans plus tard, Inscription House, trop fragile, fut fermé au public. Les Hopi, les Zuni, les Navajo et les San Juan Southern Paiute sont reconnus comme les peuples affiliés à ces lieux, qu'ils continuent de fréquenter pour y célébrer des cérémonies.

Situation

Navajo National Monument se situe au Nord-Est de l'Arizona, en pleine Navajo Nation, sur un haut plateau entaillé de profonds canyons. Le site se trouve à une trentaine de miles au Sud-Ouest de Kayenta, à environ 1 heure de route de Monument Valley et à 1h30 de Page. Voir le plan de situation de Navajo NM.

On accède au parc au départ de la route US160 : une vingtaine de miles au Sud-Ouest de Kayenta, la route AZ564 part en direction du Nord et se hisse sur 9 miles jusqu'au rebord de Shonto Plateau, à quelque 2200 mètres d'altitude.

Si vous venez de Page, prenez la route AZ98 en direction de l'Est pour rejoindre la route US160. Continuez jusqu'à l'intersection avec la route AZ564. Un autre accès est possible, mais on ne vous le conseille pas : sur la route AZ98, 6 miles avant de rejoindre la route US160, une petite route, Indian Route 221, part en direction de l'Est et passe par Shonto. Elle se transforme ensuite en piste de terre, où la tôle ondulée alterne avec le sable profond, qui peut se révéler impraticable pour les voitures comme pour les camping-cars, dans une région où le réseau téléphonique reste faible et irrégulier.

Gardez en tête que, comme pour toute la Navajo Nation, Navajo National Monument passe à l'heure d'été de mars à novembre, à la différence du reste de l'Arizona : durant cette période, il y a une heure de décalage entre le monument et Page, Flagstaff ou Grand Canyon NP. C'est un détail à prendre en compte si vous visez le départ d'une visite guidée.

Navajo National Monument est ouvert toute l'année et son accès est entièrement gratuit. Le site accueille un Visitor Center, ouvert de 9h à 17h, où vous trouverez plein d'informations sur le parc, un petit musée, un auditorium et une boutique. C'est ici aussi que vous pourrez vous inscrire à une visite guidée. Les quelques sentiers qui sillonnent le parc sont accessibles du lever au coucher du Soleil.

Le monument ne compte ni station-service, ni épicerie, ni hôtel : faites le plein de carburant, d'eau et de provisions à Kayenta, la ville de services la plus proche, ou à Page si vous venez de l'Ouest. Rappelez-vous enfin que l'alcool est interdit sur toute la Navajo Nation...

Temps de visite

Pour une halte sur la route entre Monument Valley et Page, comptez environ 2 heures sur place. Ce temps permet de découvrir le Visitor Center et son petit musée, puis de découvrir les 3 sentiers accessibles librement : Sandal Trail jusqu'au point de vue sur Betatakin, Aspen Trail, et Canyon View Trail. Si le temps vous est compté, faites au moins Sandal Trail : c'est le seul point du parc d'où l'on aperçoit le village de Betatakin.

Descendre dans le canyon pour s'approcher de Betatakin demande en revanche une bonne demi-journée. Cette visite se fait obligatoirement guidée, organisée uniquement l'été. Keet Seel, enfin, se mérite sur 2 jours : les 27 kilomètres aller-retour se parcourent uniquement en excursion guidée avec nuit sur place, avec quelques dates au printemps et à l'automne.

À voir, à faire

Visualisez l'ensemble des points de vue et randonnées présentés ci-dessous sur cette carte.

Tsegi Overlook

Tsegi Overlook
Tsegi Overlook (Alan E, Flickr - CC BY 2.0)

0.1 mile avant d'arriver au Visitor Center, le long de la route AZ564, un court sentier pavé conduit en quelques pas à un point de vue aménagé, Tsegi Overlook, situé au bord du plateau, à quelque 2200 mètres d'altitude.

De là, le regard s'ouvre vers l'Est sur Fir Canyon, un canyon tributaire de Tsegi Canyon et offre un premier aperçu des paysages de la région.

Tsegi Overlook
Tsegi Overlook (Zruda, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Fir Canyon fait partie du vaste réseau de canyons creusés par les multiples rivières et washs qui sillonnent la région et qui ont façonnés ce paysage. Ces canyons affichent de grandes falaises de Navajo Sandstone, ce grès orangé né des dunes géantes du Jurassique, que le vernis du désert strie de coulures brunes et noires. Au-delà de Fir Canyon se trouve Tsegi Canyon proprement dit et, plus loin, Dowozhiebito Canyon. Leur tracé n'a rien de hasardeux. Les cours d'eau se sont engouffrés dans les fissures verticales qui découpent le grès, et les ont creusées en profondeur durant les périodes humides du Pléistocène. Ils continuent aujourd'hui, plus lentement, d'approfondir leur lit. Le contraste entre les étages du paysage se lit d'un seul regard. Le plateau, sec, porte une forêt basse de pins pignons et de genévriers, tandis que le fond des canyons, plus frais et plus humide, abrite chênes de Gambel, trembles et érables negundo, dont le vert tranche avec l'orangé des parois.

Tsegi Overlook
Tsegi Overlook (Robb Hannawacker, Flickr - CC BY-NC 4.0)

Un panneau d'interprétation, installé sur place, explique la géologie de la région. Aucune habitation troglodytique n'est visible depuis ce point de vue : pour apercevoir Betatakin, il faut emprunter Sandal Trail. Si vous visitez Tsegi Overlook tôt le matin, vous aurez peut-être une légère brume qui s'attarde parfois au fond de Tsegi Canyon.

Visitor Center

Sweathouse
Sweathouse (Ken Lund, Flickr - CC BY-SA 2.0)

Pour débuter la visite de Navajo National Monument, rendez-vous au Visitor Center, un bâtiment sobre, que les architectes du National Park Service dessinèrent pour qu'il se fonde dans le paysage. Porte d'entrée du monument, c'est là que l'on s'informe, que l'on s'inscrit aux randonnées guidées et que l'on prend la mesure de l'histoire des lieux avant de partir sur les sentiers.

Au comptoir d'accueil, les rangers répondront à vos questions et proposent même une brochure du parc en français. Le petit musée attenant rassemble des objets tirés des villages troglodytiques et des dioramas qui restituent la vie sous les alcôves du canyon. Les poteries en forment l'essentiel : jarres culinaires aux parois striées de colombins pincés, céramiques peintes de motifs noirs sur fond blanc, et polychromes orangées de Keet Seel rehaussées de noir et de rouge. Un film consacré au site est projeté à la demande dans l'auditorium : n'hésitez pas à le demander à l'accueil. La boutique vend des livres, des bijoux navajo et des souvenirs.

Derrière le bâtiment, au départ de Sandal Trail, deux constructions navajo traditionnelles prolongent la visite. Vous découvrirez un hogan, habitation traditionnelle des Navajo, qui est ici de l'ancien type, dit forked-stick : 3 perches maîtresses dont les extrémités fourchues s'emboîtent au sommet forment la charpente, que l'on couvre ensuite de branchages et de terre. Ces hogans coniques sont assez rares, remplacés par les hogans de rondins à plusieurs pans et les maisons modernes, mais presque chaque famille en conserve un à proximité, car les grandes cérémonies de guérison ne peuvent se tenir ailleurs.

Hogan
Hogan (anselor, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

À quelques pas, une sweathouse, plus petite et dépourvue de trou à fumée, servait de bain de vapeur : on y faisait rouler des pierres chauffées dans le feu, on y entrait à quatre pattes, l'entrée fermée par une couverture, pour se laver, délasser ses muscles et chanter, avant de se frotter au sable doux. Un vieux chariot des trading posts du début du 20ème siècle et le moulage d'une empreinte de petit dinosaure bipède, vieille d'environ 180 millions d'années, complètent cet espace.

Dinosaur Footprints
Dinosaur Footprints (Ken Lund, Flickr - CC BY-SA 2.0)

Sandal Trail

(1.2 mile (2 km) (aller-retour) | 40 minutes | Facile)
Betatakin Overlook
Betatakin Overlook (Jon Gudorf Photography, Flickr - CC BY-SA 2.0)

S'il ne fallait parcourir qu'un seul sentier à Navajo National Monument, ce serait celui-ci : Sandal Trail conduit au seul point du parc d'où l'on découvre un village troglodytique, en l'occurrence Betatakin, blotti au creux de son immense alcôve.

Le sentier part derrière le Visitor Center et file vers l'Est, le long de la rim du plateau. Entièrement pavé, il franchit d'abord une dalle de grès nu où se lisent, en fines lignes obliques, les stratifications des anciennes dunes du Jurassique, puis s'engage dans une forêt basse de pins pignons et de genévriers aux troncs tordus et noueux. Le parcours descend en pente douce, sans difficulté, avec une cinquantaine de mètres de dénivelé tout au plus, ce qui impose une légère remontée au retour. Après un dernier lacet, le sentier débouche sur Betatakin Overlook.

Sandal Trail
Sandal Trail (Ken Lund, Flickr - CC BY-SA 2.0)

Aménagée au bord de la falaise, la plateforme domine Betatakin Canyon. En contrebas, au fond du canyon, les trembles et les Douglas firs dessinent une tache de verdure inattendue dans ce pays aride. Vers l'aval, le regard file jusqu'à la vallée de Long Canyon et à la ligne de Skeleton Mesa. Mais c'est en face, à environ 400 mètres à vol d'oiseau, que tout se joue : dans la paroi opposée du canyon s'ouvre une gigantesque alcôve, au creux de laquelle on découvre Betatakin Cliff Dwellings, un village tout entier, encadré par une immenzse arche de grès qui le surplombe.

Betatakin Overlook
Betatakin Overlook (edu aguilera, Flickr - CC BY-NC 2.0)

L'alcôve impressionne d'abord par son échelle : 138 mètres de haut pour 113 mètres de large, de quoi abriter un édifice de plusieurs dizaines d'étages, quand le village ne s'élève que de quelques mètres à sa base. Creusée dans la paroi Nord du canyon, elle s'ouvre au Sud, si bien que le Soleil d'hiver, bas sur l'horizon, en réchauffe le fond, tandis que l'été, plus haut dans le ciel, la laisse dans l'ombre. Sa formation est un cas d'école : l'eau de pluie traverse le Navajo Sandstone poreux, bute sur les couches imperméables de Kayenta Formation et s'écoule latéralement jusqu'à ressurgir au pied de la falaise. L'eau dissout le ciment de la roche, qui se délite, et le grès sus-jacent, privé d'appui, se détache peu à peu en dalles arquées. Une source jaillit encore au pied de l'alcôve, et c'est elle qui fournissait l'eau aux habitants.

Betatakin Overlook
Betatakin Overlook (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Le village s'étage sur le sol en forte pente de l'alcôve, perché à une vingtaine de mètres au-dessus du fond du canyon, en une succession de terrasses. Ses 135 pièces, sur deux niveaux par endroits, se répartissent en groupes autour de petites cours, où se déroulait l'essentiel de la vie quotidienne : on compte environ une pièce d'habitation pour deux greniers, quelques salles de mouture équipées de metates, et une seule kiva, rectangulaire, singularité qui distingue Betatakin des autres villages de la région.

Betatakin Overlook
Betatakin Overlook (Konstantin, Flickr - CC BY-NC-ND 2.0)

Bâti en deux campagnes entre 1267 et 1286, le village abrita, à son apogée, une centaine d'habitants. Les murs des habitations sont faits de blocs de grès grossièrement taillés, posés dans un mortier de boue la face la plus lisse vers l'extérieur, et souvent enduits. Certaines cloisons, en jacal, associent poteaux, baguettes et roseaux sous une couche d'argile. Les toits reposent sur des poutres de genévrier, de tremble ou de chêne, couvertes de perches, d'écorce, de roseaux et de terre, et l'on circulait d'une terrasse à l'autre par des échelles de perches et des marches piquetées dans la roche.

Betatakin Overlook
Betatakin Overlook (Konstantin, Flickr - CC BY-NC-ND 2.0)

Sur la droite de l'alcôve, d'énormes blocs tombés de la voûte ont écrasé une partie des maisons.

À 400 mètres de distance, le village paraît petit : munissez-vous de jumelles, ou d'un téléobjectif, pour en saisir les détails. L'alcôve reste longtemps dans l'ombre, et un ciel voilé ou la douce lumière du petit matin atténuent le contraste avec les parois ensoleillées. Des panneaux interprétatifs donnent quelques explications sur la construction du village, la vie de ses habitants et les liens que les Hopi, les Zuni, les Paiute et les Navajo entretiennent avec le site.

Betatakin Overlook
Betatakin Overlook (edu aguilera, Flickr - CC BY-NC 2.0)

Aspen Trail

(0.8 mile (1.3 km) (aller-retour) | 30 minutes | Facile)
Aspen Trail
Aspen Trail (Florin Chelaru, Flickr - CC BY 2.0)

Là où Sandal Trail longe la rim de Betatakin Canyon, Aspen Trail plonge franchement dans le canyon pour gagner un balcon suspendu au-dessus d'une forêt que rien ne laisse prévoir dans ce pays de grès et de genévriers : des trembles et des Douglas firs, héritiers d'un climat glaciaire, réfugiés au fond d'un ravin humide. Le village troglodytique de Betatakin ne se voit d'aucun point du sentier, mais la balade révèle une autre facette du monument : au fond de ces canyons, l'ombre et l'eau des suintements ont permis à une flore de montagne de survivre au cœur du désert.

La balade démarre du Visitor Center et suit sur les premiers mètres Sandal Trail, avant de bifurquer vers le Nord. Le sentier, non revêtu, change aussitôt de caractère : taillé dans le Navajo Sandstone, il dévale la pente par une succession de marches, et perd près de 90 mètres de dénivelé en à peine 600 mètres. En chemin, des panneaux présentent les arbres que l'on croise : le Douglas fir, dont les Hopi venaient de loin cueillir les rameaux pour leurs colliers de cérémonie, le chêne de Gambel, dont le bois fournissait manches d'outils, l'amélanchier, plante médicinale et cérémonielle des Navajo... Le sentier s'arrête net devant une grille fermée : au-delà, l'ancien chemin taillé dans la falaise par des ouvriers navajo en 1963 pour descendre jusqu'à Betatakin, fermé après d'importants éboulements en 1982 et 1983, n'est aujourd'hui ouvert qu'aux randonnées guidées, qui poursuivent la descente jusqu'au fond du canyon.

Aspen Trail
Aspen Trail (© licare, roadtrippin.fr)

Du point de vue, le regard plonge sur la tête d'un petit affluent de Tsegi Canyon, où subsiste un fragment de la forêt qui couvrait la région à la fin de la dernière glaciation. Les troncs blancs des trembles se pressent au fond du ravin, tandis que les Douglas firs s'accrochent à la paroi exposée au Nord, la plus ombragée. Entre eux, plus surprenants encore, se dressent des fourrés de bouleaux, seuls bouleaux indigènes du Sud-Ouest, que l'on rencontre d'ordinaire au bord des torrents de montagne. Ces arbres sont les survivants d'une forêt qui couvrait la région il y a 10.000 à 20.000 ans, quand le climat était plus froid et plus humide. Lorsque le réchauffement les a chassés du plateau, ils n'ont survécu qu'ici : les hautes parois maintiennent le canyon dans l'ombre et les suintements concentrent l'eau à sa tête, entretenant un microclimat frais et humide, celui d'un versant de montagne, au cœur du désert.

Canyon View Trail

(0.8 mile (1.3 km) (aller-retour) | 30 minutes | Facile)
Historic Ranger Station
Historic Ranger Station (© gjhikes.com)

Plus discret que ses deux voisins, Canyon View Trail suit tranquillement le bord du canyon jusqu'à la petite cabane où, bien avant le Visitor Center actuel, les premiers rangers accueillaient les visiteurs. C'est une promenade de complément, paisible et sans effort, qui ajoute aux paysages du canyon un pan de l'histoire du monument lui-même.

Le sentier part du Visitor Center et file vers le Nord en suivant la rim du canyon, sur un chemin de sable plat et facile à suivre, entre les pins pignons et les genévriers. Les vues s'ouvrent presque aussitôt sur la tête de Betatakin Canyon, que l'on domine depuis son amont : la paroi d'en face, en grès lisse, se creuse de petites alcôves, celles-là mêmes que façonnent les eaux d'infiltration au contact des couches imperméables, tandis que le canyon s'enfonce vers l'aval jusqu'à son débouché sur Tsegi Canyon, dont l'essentiel s'étend hors du monument, sur les terres de la Navajo Nation. Un banc, à mi-chemin, invite à s'attarder devant ce paysage. En fin de journée, la lumière rasante du couchant fait ressortir le relief des parois.

Au bout du sentier, Historic Contact Station est une modeste cabane de bois de 2.7 mètres sur 3.7 mètres, bâtie en 1939 pour servir de cuisine aux premiers gardiens du monument, Jim et Sallie Brewer, puis déplacée l'année suivante ici. En 1941, elle devint le premier centre d'accueil des visiteurs : un projecteur installé au fond de la pièce diffusait un diaporama sur la vie des Navajo, et ce sont les visiteurs eux-mêmes qui l'alimentaient en y branchant la batterie de leur voiture. Vers 1948, Seth Bigman, premier ranger Navajo du monument, y travaillait. En 1954, une petite extension accueillit une maquette de Keet Seel tel que le village était vers 1260, éclairée par 3 phares d'automobile, qui fit aussitôt sensation. Reléguée au rang de remise après l'ouverture du Visitor Center en 1965, la cabane se dégrada, avant d'être restaurée en 2007 dans son aspect des années 1950.

Betatakin Cliff Dwelling Tours

Betatakin Cliff Dwellings
Betatakin Cliff Dwellings (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Si vous souhaitez découvrir de plus près Betatakin Cliff Dwellings, la seule option est de participer à une visite guidée animée par un ranger du parc. Ces randonnées encadrées et commentées sont gratuites et sont la seule manière d'atteindre le fond du canyon et le pied de l'alcôve, afin d'observer de près le village, ses habitations et les détails de la maçonnerie.

Les visites guidées ont lieu seulement en été, de Memorial Day (fin mai) à Labor Day (début septembre), généralement en fin de semaine (le plus souvent le vendredi et le samedi). Aucune réservation à l'avance n'est possible : les inscriptions se font en présentiel, au Visitor Center, sur une feuille que l'on peut remplir la veille ou le jour même. Les groupes sont limités à 15 personnes, et les places sont attribuées aux premiers arrivés. Le parc peut annuler une sortie faute de personnel ou en cas de mauvais temps : écrivez ou téléphonez au Visitor Center avant de venir pour vérifier qu'une visite guidée est bien prévue et connaître l'heure de départ (qui a lieu le matin), et rappelez-vous que le monument vit à l'heure de la Nation Navajo, 1 heure de plus qu'à Page en été.

Il existe deux tours distincts, qui permettent tous deux de visiter Betatakin Cliff Dwellings. Le premier tour, le plus court, part du Visitor Center et emprunte Aspen Trail. Passé le point de vue où s'arrête la balade libre, le Ranger ouvre la grille verrouillée qui ferme le sentier, et la descente dans le canyon continue avec un long escalier de 927 marches de pierre, taillé à même la falaise et dépourvu de main courante sur certaines portions, qui enchaîne les lacets serrés jusqu'à la forêt de trembles au fond du canyon. Ces passages aériens risquent d'impressionner les personnes sujettes au vertige. Comptez 4.8 kilomètres de marche aller-retour, pour un total randonnée + visite de 3 à 4 heures.

Betatakin Cliff Dwellings Tour
Betatakin Cliff Dwellings Tour (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Le second tour part de Tsegi Point. Il faut d'abord rejoindre le départ du sentier avec votre véhicule, situé à 1 mile au Nord-Est du Visitor Center. De là, le trail suit une ancienne piste de gravier jusqu'au promontoire de Tsegi Point, avant de descendre des marches raides et des lacets taillés dans le grès, de longer les couches de Kayenta Formation et de remonter Betatakin Canyon jusqu'à l'alcôve. Ce parcours est peu peu ombragé et plus long, puisqu'il fait 8 kilomètres aller-retour, pour 4 à 5 heures d'activité, mais reste moins vertigineux.

Betatakin Cliff Dwellings Tour
Betatakin Cliff Dwellings Tour (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Dans les deux cas, le dénivelé est très important : 218 mètres à descendre entre le haut du plateau et le fond du canyon. Un dénivelé qu'il faudra bien évidemment remonte au retour... La randonnée s'arrête au pied de l'alcôve, à un point d'observation choisi hors de portée des chutes de pierres, et votre Ranger consacrera une longue halte pour présenter l'histoire du village de Betatakin, sa construction et son architecture, les traditions des Hopi, des Zuni et des Navajo, et les plantes que les habitants utilisaient.

Betatakin Cliff Dwellings
Betatakin Cliff Dwellings (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Vue d'en bas, l'alcôve prend toute sa mesure : la voûte de grès se referme au-dessus du village comme une immense conque, et son acoustique est telle qu'un chuchotement porte d'un bout à l'autre des ruines, au point que l'archéologue Jesse Walter Fewkes, venu en 1909, proposa de baptiser le site Echo House. Au pied de la paroi, une petite source jaillit encore là où l'eau, filtrée par le grès poreux, rencontre les couches imperméables . Sur la droite, d'énormes blocs tombés de la voûte reposent sur les ruines du groupe de maisons qu'ils ont écrasé.

Betatakin Cliff Dwellings
Betatakin Cliff Dwellings (Robb Hannawacker, Flickr - CC BY-NC 4.0)

De près, l'architecture des habitations se révèle dans ses détails. Les murs de petites pierres de grès irrégulières, noyées dans le mortier de boue et calées d'éclats, portent encore la suie des foyers, et plusieurs toitures conservent leurs poutres d'origine, en genévrier, en tremble ou en érable negundo, recouvertes de branchages, d'écorce, de roseaux et de terre et liées par des lanières de yucca. Les greniers se fermaient par des dalles de pierre glissées dans des montants rainurés, deux pièces abritaient des bacs à moudre où l'on écrasait le maïs sur des metates. La roche elle-même garde la trace des allées et venues : marches et prises piquetées dans la paroi pour passer d'une terrasse à l'autre, trous d'ancrage des métiers à tisser. Une partie des murs a été consolidée en 1917 par l'archéologue Neil Judd, qui décala volontairement ses joints pour que l'œil distingue toujours ses reprises de l'ouvrage ancien, et ancra à la falaise, par des tirants d'acier, les murs qui menaçaient de basculer.

Betatakin Cliff Dwellings
Betatakin Cliff Dwellings (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Sur la paroi de droite, de grands pictogrammes que les Hopi identifient comme les emblèmes des clans bâtisseurs, le Cerf, le Feu, la Flûte et l'Eau, rappellent qui vivait là. Fewkes décrivit près de l'entrée un grand cercle blanc en forme de bouclier, orné d'une figure humaine aux bras levés et encadré d'un cercle jaune et d'un croissant à bandes rouges et jaunes, non loin d'un animal cornu, sans doute un mouflon. Ailleurs sur la roche, une main blanche, une spirale cernée de rouge et une sandale piquetée et peinte en blanc complètent ce répertoire, et certains motifs servaient de calendrier, l'ombre que le Soleil y portait au fil de l'année marquant le rythme des semailles et des cérémonies.

Betatakin Cliff Dwellings
Betatakin Cliff Dwellings (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

On n'entre plus dans les ruines depuis le début des années 2010, en raison des chutes de pierres qui menacent l'alcôve, mais l'approche, par l'un ou l'autre des deux itinéraires, reste l'expérience la plus forte que réserve le monument, à ne pas manquer si votre passage tombe un week-end d'été et si les efforts à consentir pour atteindre le site ne vous font pas peur.

La remontée sur le plateau sera évidemment la partie la plus éprouvante : 218 mètres de dénivelé, l'équivalent d'un immeuble de 70 étages, à gravir à plus de 2000 mètres d'altitude. Chacun remonte à son rythme, le Ranger fermant la marche. Emportez au moins 2 litres d'eau par personne (le Ranger peut refuser au départ ceux qui n'en ont pas), de quoi grignoter, de bonnes chaussures, un chapeau, des lunettes et de la crème solaire.

Betatakin Cliff Dwellings
Betatakin Cliff Dwellings (R Scott Jones, Flickr - CC BY-NC-SA 2.0)

Keet Seel Cliff Dwellings Tour

Keet Seel Cliff Dwellings
Keet Seel Cliff Dwellings (Robert Shea, Flickr - CC BY-NC 2.0)

Au fond d'un canyon reculé, Keet Seel est le plus vaste village ancestral puebloan de l'Arizona et l'un des mieux conservés du Sud-Ouest. L'atteindre se mérite : une randonnée de 2 jours, avec une nuit en bivouac, encadrée par des Rangers et réservée à quelques dizaines de visiteurs chaque année. C'est la sortie la plus exigeante du parc, et la plus mémorable pour qui a l'endurance de la mener à bien.

Ces tours sont organisés uniquement au printemps et à l'automne, quand la chaleur retombe, à raison de 2 dates par mois en avril, mai, septembre et octobre. L'inscription se fait en ligne sur le site officiel du parc (nps.gov/nava/) : elle ouvre en mars pour les tours de printemps et au début du mois d'août pour ceux d'automne. Les places, limitées à 20 participants par tour et attribuées aux premiers inscrits, partent très vite, et une liste d'attente prend le relais. Chaque inscrit reçoit un e-mail de confirmation, puis un appel la veille du départ.

Le jour du départ, les Rangers réunissent le groupe pour présenter les consignes de sécurité. Une fois en route, nul ne peut quitter le groupe ni les Rangers. Notez que les visites peuvent être annulées à tout moment en cas de mauvais temps ou de conditions dangereuses.

Cette longue et difficile randonnée est déconseillée aux enfants de moins de 10 ans, aux marcheurs peu aguerris et à toute personne souffrant de problèmes de santé. Le départ se fait au Nord du Visitor Center (même endroit que pour le tour 2 menant à Betatakin Cliff Dwellings). Après avoir atteint Tsegi Point, où le sentier plonge de quelque 300 mètres jusqu'au fond de Tsegi Canyon, d'abord en lacets rocheux, puis par une dune de sable raide qui sera, au retour, le passage le plus éprouvant de l'excursion. On franchit Laguna Creek, puis un gros rocher marque l'entrée de Keet Seel Canyon, que l'on remonte en pente douce sur les derniers kilomètres en traversant et retraversant le ruisseau des dizaines de fois : les gués, peu profonds, sont inévitables et l'on marche les pieds mouillés. Le lit sableux recèle par endroits des poches de sables mouvants, surtout pendant la mousson d'été, et l'érosion y a creusé de profondes ravines. Quelques petites cascades, que le sentier contourne, jalonnent la remontée.

Keet Seel Cliff Dwellings Tour
Keet Seel Cliff Dwellings Tour (Robert Shea, Flickr - CC BY-NC 2.0)

Après environ 5 à 6 heures de marche, vous atteindrez enfin Keet Seel Cliff Dwellings, qui, comme Betatakin Cliff Dwellings, occupe une vaste alcôve creusée dans le grès Navajo. Les premiers Ancestral Puebloans s'y installèrent dès le 10ème siècle, mais le village que l'on découvre aujourd'hui date pour l'essentiel du 13ème siècle : en 1272, l'arrivée de nouveaux venus, que trahissent des styles de poterie inédits, déclencha une vague de construction, et vers 1275, toute la moitié Est fut bâtie sur une terrasse artificielle, retenue par un mur de soutènement long de 55 mètres et haut de plus de 3 mètres, armé de rondins noyés horizontalement dans le remblai.

Keet Seel Cliff Dwellings
Keet Seel Cliff Dwellings (PatrickRapps, Wikimedia - CC BY-SA 4.0)

Au plus fort de l'occupation, quelque 150 personnes vivaient là, dans un ensemble de plus de 150 pièces distribuées le long de 3 rues et autour de cours, où chaque famille disposait d'une pièce d'habitation, de plusieurs greniers et parfois d'une salle de mouture. 4 à 5 kivas complétaient l'ensemble. Une poutre d'une dizaine de mètres, couchée en travers, soutenait jadis un mur, et l'on passait dessous pour entrer dans le village. Le déclin vint dans les dernières décennies du 13ème siècle : à mesure que les familles partaient, ceux qui restaient convertirent les pièces vides en greniers, puis, vers 1300, les derniers habitants murèrent les entrées de nombreuses pièces où reposaient encore des jarres de maïs, comme s'ils comptaient revenir.

Keet Seel Cliff Dwellings
Keet Seel Cliff Dwellings (Al_HikesAZ, Wikimedia - CC BY-SA 2.0)

Les Navajos appellent le site Kits'iil, "là où la poterie brisée est éparpillée". Redécouvert en 1895 par Richard Wetherill, dont la mule égarée l'avait conduit jusque-là, le site doit son exceptionnelle conservation à la sécheresse de l'alcôve et aux travaux de stabilisation menés en 1933 et 1934.

Keet Seel Cliff Dwellings
Keet Seel Cliff Dwellings (Al_HikesAZ, Wikimedia - CC BY-SA 2.0)

Le village est situé en hauteur. Du bas, on distingue les murs noircis par la fumée des foyers, les fenêtres ouvertes sur le canyon et le grand mur de soutènement, au pied de l'alcôve, les anciens dépotoirs semés de tessons, d'épis de maïs et d'éclats d'outils de pierre. Votre guide présentera l'histoire du site et de ses habitants.

Comme à Betatakin Cliff Dwellings, les ruines sont inaccessibles, même si pendant longtemps, il a été possible d'explorer Keet Seel Cliff Dwellings. On gravissait une longue échelle qui mène au village pour parcourir ses rues étroites, longer les murs encore coiffés de leurs toits de poutres et de terre, et découvrir de près les greniers, les salles de mouture et les pièces que les derniers habitants murèrent avant de partir. Peut-être que cette situation sera amenée à changer de nouveau pour permettre aux visiteurs de découvrir le site.

Keet Seel Cliff Dwellings
Keet Seel Cliff Dwellings (PatrickRapps, Wikimedia - CC BY-SA 4.0)

Le campement où vous passerez la nuit se situe à environ 400 mètres en contrebas du village, sur un replat broussailleux ombragé de chênes de Gambel. Il ne dispose d'aucun équipement : tout ce que l'on apporte doit être ramené, déchets et épluchures compris, et les besoins naturels se ramènent dans des sacs homologués (WAG bags), puisqu'il n'existe pas de toilettes. Les réchauds sont autorisés, mais les feux interdits. Au printemps comme à l'automne, les nuits sont froides et le vent souvent vif dans le canyon : en avril, le thermomètre descend régulièrement sous zéro au petit matin.

Keet Seel Cliff Dwellings Tour
Keet Seel Cliff Dwellings Tour (PatrickRapps, Wikimedia - CC BY-SA 4.0)

Pour le matériel, le parc exige : toute la nourriture et l'eau nécessaires, un sac à dos, une tente, un sac et un matelas de couchage, des chaussures de randonnée bien ajustées, des vêtements adaptés à la météo annoncée, une lampe frontale, un poncho de pluie, une trousse de premiers secours et des WAG bags. Il recommande aussi crème solaire, anti-moustiques, jumelles, chaussettes de rechange et chaussures d'eau, ces dernières s'imposant dès les premiers gués. Emportez au moins 4 litres d'eau par personne et par jour : l'eau du ruisseau, polluée, reste impropre à la consommation même filtrée.

Le lendemain matin, il faudra reprendre en sens inverse les quelque 14 kilomètres pour retourner au point de départ. On redescend d'abord Keet Seel Canyon en franchissant de nouveau les gués, puis on retrouve Tsegi Canyon, avant d'attaquer la remontée vers le plateau, la partie la plus dure de toute la randonnée. La dune de sable, raide et meuble, où le pied s'enfonce à chaque pas, puis les lacets rocheux taillés dans la falaise font gagner quelque 300 mètres de dénivelé, quand les jambes accusent déjà la fatigue de la veille et que le Soleil de fin de matinée frappe un versant presque sans ombre. Comptez 5 à 6 heures de marche pour ce retour, ménagez vos forces et gardez une bonne réserve d'eau pour cette dernière ascension.

Keet Seel Cliff Dwellings
Keet Seel Cliff Dwellings (Robert Shea, Flickr - CC BY-NC 2.0)

Photos

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Hébergements

Hôtels

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Campings

Le parc possède deux campings gratuits. Sunset View Campground est ouvert toute l'année, alors que Canyon View Campground n'est ouvert que d'avril à septembre.

NomEmplacementsTypeBranchementsPrix/nuitRéservation
Canyon View Campground14tentesaucungratuitnon
Sunset View Campground31campings-cars et tentesaucungratuitnon

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Météo

Altitude moyenne : 2198 mètres

DonnéeAnnéeJanv.Fév.MarsAvr.MaiJuinJuil.AoûtSept.Oct.Nov.Déc.
Température moyenne (°C)10-114814192221171140
Nombre de jours avec T° max > 32°C16000004940000
Nombre de jours avec T° min < 0°C145292522134000061928
Nombre de jours avec pluie58556432785445

Cartes

Carte interactive de Navajo National Monument
Carte Navajo National Monument
Carte Randonnées Navajo National Monument
Brochure en français sur Navajo National Monument

Liens

National Park Service - Navajo National Monument

Aux alentours

Navajo National Monument est à proximité de Monument Valley, situé à une heure de route à l'Est, et de la région de Page et toutes ses merveilles (Horseshoe Bend, Antelope Canyon, Lake Powell...), 90 miles à l'Ouest.

Rédigé par , licare
Mis à jour le

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