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La Route 66 en Californie

La Californie constitue l'ultime étape de la Route 66, représentant pour des milliers de familles durant le 20ème siècle le terminus de la Mother Road. Ce tracé vers l'Ouest incarnait une destination de nécessité économique, particulièrement durant la décennie 1930 quand la Grande Dépression et les tempêtes de poussière du Dust Bowl ont poussé les populations rurales du Midwest à l'exode. On y cherchait alors une reconstruction professionnelle dans les vallées agricoles ou les industries de la côte, ancrant définitivement le rôle de cet axe comme une artère majeure de la migration intérieure américaine.

En franchissant le fleuve Colorado à la frontière de l'Arizona, Main Street of America entame un parcours de plus de 300 miles à travers la topographie variée de la Californie. On traverse d'abord les étendues arides du désert de Mojave, un secteur où les conditions climatiques extrêmes imposaient autrefois des haltes techniques fréquentes pour le refroidissement des moteurs. La route s'oriente ensuite vers le Sud-Ouest pour franchir Cajon Pass, situé à une altitude de 1151 mètres, avant de s'engager dans l'urbanisation dense du bassin de Los Angeles pour finir sa trajectoire sur la jetée de Santa Monica, face à l'océan Pacifique.

Ce segment final de la Route 66 permet d'emprunter des alignements historiques dont la configuration technique est restée quasiment inchangée depuis sa création et de découvrir certains des lieux les plus iconiques de la Mother Road.

La Route 66 en Californie
La Route 66 en Californie

Situation

Des rives du Colorado, à l'Est de l'État, à l'océan Pacifique, la Route 66 s'étire sur 314 miles (505 kilomètres) pour traverser la Californie et rejoindre Santa Monica.

Voir le plan de situation de la Route 66 en Californie (avec les points d'intérêt).

Dans le Golden State, la Mother Road suit, grosso-modo, la ligne de chemin de fer de l'ancienne compagnie Atchison, Topeka and Santa Fe Railway, qui reliait Los Angeles à Kansas City et Chicago, en passant par Santa Fe.
Du Colorado, elle passe par Needles, traverse d'Est en Ouest Mojave Desert pour atteindre Barstow, puis bifurque en direction du Sud pour passer entre les San Bernardino Mountains et les San Gabriel Mountains et entrer dans la grande banlieue de Los Angeles.

Excepté quelques portions manquantes autour de Needles et de Cajon Pass, la Route 66 est globalement bien conservée en Californie et facile à suivre.

Temps de visite

Sans tenir compte du temps que vous consacrerez à la visite de Los Angeles, il faut prévoir au moins 2 jours pour traverser la Californie de Needles à Santa Monica via la Route 66, avec une étape à Barstow par exemple.

Top 10 des choses à voir le long de la Route 66 en Californie

Ci-dessous une liste des lieux et attractions à voir absolument le long du tracé de la Mother Road en Californie :

  1. Roy's Motel and Café, Amboy
  2. Amboy Crater
  3. Bagdad Cafe, Newberry Springs
  4. Barstow
  5. Elmer's Bottle Tree Ranch
  6. California Route 66 Museum, Victorville
  7. Wigwam Motel, San Bernardino
  8. Cucamonga Service Station, Rancho Cucamonga
  9. Aztec Hotel, Monrovia
  10. End of the Trail Sign, Santa Monica

À voir, à faire

Visualisez l'ensemble des points d'intérêt présentés ci-dessous sur cette carte.

Needles

Carte détaillée de Needles

Après avoir quitté l'Arizona par l'Interstate 40, roulez 6 miles sur l'autoroute et empruntez la sortie 148 pour retrouver la Route 66 qui longe alors l'autroute côté Ouest jusqu'à entrer dans Needles.

Needles constitue la porte d'entrée Est du Golden State, située immédiatement après le passage du fleuve Colorado. Cette localité de 5000 habitants a longtemps servi de point de ravitaillement essentiel pour ceux qui arrivaient de l'Arizona. On y découvre une atmosphère typique de ville-étape, dont le développement urbain a été intimement lié à l'expansion de la Mother Road tout au long du 20ème siècle.

L'architecture de la cité témoigne de l'essor du tourisme automobile, avec une concentration notable de motels et de stations-service construits durant les années 1950. Ces établissements conservent les codes esthétiques de l'époque avec leurs enseignes distinctives. Vous pouvez y observer des structures utilitaires qui servaient de haltes nécessaires avant d'affronter les températures élevées des zones désertiques situées plus à l'Ouest.

Le tracé historique suit Broadway Street, l'artère principale qui traverse le centre-ville. En parcourant cet axe sur quelques miles, on remarque l'alignement des anciens commerces et des services routiers qui structuraient la vie locale. Cette rue principale marque la transition entre la vallée du fleuve et le début du désert de Mojave, offrant un premier aperçu des infrastructures californiennes de la route.

66 Motel

66 Motel
66 Motel

Situé à l'angle de Desnock Street et de Broadway Street, 66 Motel représente un témoignage architectural de l'immédiat après-guerre sur la Mother Road. Ouvert en 1947, cet établissement adopte une configuration classique de motor court, une typologie de bâtiment conçue pour faciliter l'accès direct des automobiles aux chambres. Les structures de plain-pied, construites avec des matériaux simples comme le bois et le stuc, forment un ensemble fonctionnel qui permettait de stationner son véhicule devant sa porte. On y observe la sobriété des lignes typiques de cette époque, privilégiant l'aspect utilitaire pour ceux qui traversaient le Sud de la Californie.

66 Motel
66 Motel

Bien que le motel ne soit plus en activité aujourd'hui, le site demeure une halte visuelle marquante grâce à son enseigne lumineuse emblématique. Cette structure verticale, entièrement restaurée, s'élève sur plusieurs mètres de hauteur et domine le carrefour par ses couleurs vives et ses lettrages caractéristiques des années 1940. Vous pouvez encore apprécier le contraste entre la patine des bâtiments originaux et l'éclat de ce panneau publicitaire, qui figure parmi les éléments signalétiques les mieux préservés de cette section Est de l'État.

66 Motel
66 Motel

Needles Railroad Borax Wagon

Needles Railroad Borax Wagon
Needles Railroad Borax Wagon

Au carrefour de la Route 66 et de A Street, vous apercevez Needles Railroad Borax Wagon, qui fait office de monument de bienvenue à l'entrée de la ville. Ce chariot, représentatif des moyens de transport lourds utilisés bien avant l'avènement de l'automobile, rappelle le passé industriel de la région et l'importance de Needles comme plaque tournante logistique entre les zones arides et les réseaux de transport californiens.

Ce wagon de bois et de fer provient initialement du décor de El Rancho Motel, un établissement historique aujourd'hui disparu qui bordait autrefois la chaussée. Le motel utilisait cet objet massif comme un argument publicitaire pour attirer le regard sur Broadway Street. Sa préservation et son installation à cet emplacement permettent de conserver une trace matérielle de l'ancien paysage hôtelier de Needles.

Needles Railroad Borax Wagon
Needles Railroad Borax Wagon
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Historiquement, ce véhicule servait au transport du borax extrait des gisements de Death Valley entre 1883 et 1889. Ces convois étaient tractés par un attelage de dix-huit mules et deux chevaux sur des parcours de plus de 160 miles dans des conditions climatiques extrêmes. Le chariot lui-même présente des dimensions impressionnantes, avec des roues arrière atteignant 2.10 mètres de diamètre pour supporter des charges de plus de 10 tonnes de minerai. On observe sur cette pièce de musée les techniques de charronnerie de la fin du 19ème siècle, conçues avec des essieux en acier massif.

Claypool & Co.

Claypool & Co. Building
Claypool & Co. Building

Au 725 West Broadway Street, on trouve l'imposant bâtiment qui abritait autrefois l'entreprise Claypool & Co. Fondée dans les années 1930, cette quincaillerie et magasin général a joué un rôle central dans l'économie locale de Needles pendant plusieurs décennies. L'édifice occupe une place stratégique le long de l'ancien tracé, témoignant de l'époque où Broadway Street était le cœur battant du commerce pour les habitants et les personnes en transit vers l'Ouest. On peut observer la structure massive du bâtiment, dont la façade principale s'étend sur une largeur significative, offrant une présence visuelle forte dans le paysage urbain de cette cité du désert.

Claypool & Co. Building
Claypool & Co. Building

L'architecture de l'ancien magasin Claypool & Co. est un exemple remarquable du style Art Déco, plus précisément de sa variante Streamline Moderne, très en vogue durant l'entre-deux-guerres. La façade présente des lignes verticales marquées et des motifs géométriques sobres qui s'élèvent sur une hauteur de près de 10 mètres. On remarque des détails ornementaux en relief et une symétrie rigoureuse qui contrastent avec la fonctionnalité brute des bâtiments industriels voisins. Ces éléments décoratifs, bien que subissant l'érosion du climat aride du Sud de la Californie, conservent l'élégance des grands commerces de l'époque, illustrant l'ambition esthétique des constructeurs même dans les zones isolées du désert de Mojave.

Directement sur la chaussée, devant l'entrée principale du bâtiment, vous pouvez voir des blasons de la Route 66 peints sur le bitume. Ces marquages au sol, dont chaque bouclier mesure environ 2 mètres de long, sont devenus des repères visuels incontournables pour identifier le tracé historique original à travers la ville. Ils marquent la jonction entre le patrimoine bâti et l'infrastructure routière, rappelant que ce tronçon de Broadway Street constitue un segment authentique de la Mother Road.

El Garces

El Garces
El Garces

À la suite d'un incendie majeur en 1906 qui a détruit les installations ferroviaires de la ville, la compagnie Atchison, Topeka and Santa Fe Railway (AT&SF) entreprit la construction d'un nouvel ensemble architectural d'envergure. Inauguré en 1908, l'édifice El Garces tire son nom du missionnaire franciscain Francisco Garcés, identifié comme le premier Européen à avoir exploré le désert de Mojave entre 1775 et 1776. Ce complexe multifonctionnel servait à la fois de gare, de restaurant et d'hôtel de luxe, ancrant solidement Needles comme un point stratégique pour les flux de transport traversant le Sud de la Californie.

L'architecture de l'édifice, conçue par Francis W. Wilson, s'inspire directement du style néoclassique avec des réminiscences de temples grecs, un choix esthétique audacieux pour une localité isolée du désert. On y remarque des colonnades imposantes et une structure principale s'étendant sur une surface de plus de 4500 mètres carrés. Le bâtiment s'élève sur deux niveaux et était à l'origine bordé de vastes jardins et de palmiers, créant une oasis visuelle qui contrastait avec l'aridité environnante. Cette monumentalité visait à impressionner les passagers du rail.

La gestion de l'hôtel et du restaurant incombait à la Fred Harvey Company, entreprise célèbre pour ses standards de service élevés et ses Harvey Girls. À partir de 1910, l'établissement a accueilli les automobilistes de la National Old Trails Road, avant de devenir une halte incontournable pour ceux circulant sur la Mother Road dès 1926. Pendant des décennies, El Garces a représenté le sommet du confort routier, offrant une restauration raffinée et des espaces protégés de la chaleur extrême du désert, avant que l'évolution des modes de voyage ne réduise son utilité primaire.

Après avoir été le pivot de l'activité locale pendant 80 ans, le complexe a définitivement cessé ses opérations en 1988. Menacé de démolition, le site a fait l'objet d'une importante mobilisation menant à son rachat par la municipalité de Needles et à son inscription au National Register of Historic Places en 2002. Des travaux de restauration ont permis de préserver l'intégrité de la structure et ses détails ornementaux. Aujourd'hui, l'édifice remplit de nouvelles fonctions en servant de centre de transport multimodal et de lieu de rassemblement pour des événements communautaires ou des conférences.

Murals

Needles
Needles
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Le centre-ville de Needles présente une importante collection de peintures murales qui célèbrent l'iconographie de la Mother Road et l'histoire locale du Sud-Est californien. On observe ces œuvres principalement sur les façades entourant Needles Regional Museum, situé sur West Broadway Street. Ces fresques, qui s'étendent sur plusieurs dizaines de mètres carrés, illustrent les différentes époques de la ville, depuis l'ère ferroviaire jusqu'à l'âge d'or de l'automobile dans les années 1950. Ces réalisations artistiques fonctionnent comme un musée à ciel ouvert, documentant visuellement l'évolution des paysages et des modes de transport à travers le désert de Mojave.

Needles
Needles
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Au croisement de Broadway Street et de G Street, vous pouvez admirer une sculpture monumentale dédiée à la Route 66. Cet élément de mobilier urbain, conçu pour marquer l'identité de la cité, rend hommage aux milliers de personnes ayant transité par cet axe majeur vers l'Ouest. La structure, dont les dimensions ont été pensées pour être visibles par les conducteurs, s'intègre dans un programme de valorisation du patrimoine routier de la ville.

Needles
Needles

Sage Motel

Sage Motel
Sage Motel

Au carrefour entre Chestnut Street et la Route 66, on trouve les vestiges de Sage Motel, un établissement inauguré en 1955. Son architecture adopte un plan en "L", une configuration typique des motor courts du milieu du 20ème siècle qui permettait de rentabiliser les parcelles d'angle tout en offrant un accès direct au stationnement pour chaque chambre. On remarque la simplicité des lignes horizontales, caractéristiques de cette période où la fonctionnalité primait pour les séjours de courte durée dans le désert de Mojave.

Bien que le site soit aujourd'hui à l'abandon et protégé par des clôtures, il conserve un intérêt patrimonial majeur grâce à son enseigne d'origine. Cette structure métallique, qui s'élève à environ 5 mètres de hauteur, présente un lettrage stylisé caractéristique de l'esthétique publicitaire des années 1950, et témoigne de la féroce concurrence commerciale qui régnait entre les motels de Needles à cette période.

Minute Man Service & Wilshire Gas Station

Minute Man Service
Minute Man Service

Au carrefour de Needles Highway et de R Street, on découvre un ensemble de services routiers datant du début des années 1960, période de modernisation architecturale de la Mother Road. La station Minute Man Service se distingue immédiatement par son auvent massif dont la structure trapézoïdale couvre une surface de plus de 150 mètres carrés. Cette vaste toiture en porte-à-faux permettait de protéger simultanément plusieurs véhicules et les îlots de pompes de l'exposition directe au Soleil.

Minute Man Service
Minute Man Service

Directement en face, l'ancienne Wilshire Gas Station constitue un exemple remarquable du style architectural Googie, mouvement né en Californie pour capter l'attention des automobilistes circulant à vive allure. L'élément central du bâtiment est son auvent profilé et aérodynamique, dont la silhouette évoque l'esthétique spatiale et futuriste des années 1960. Cette structure horizontale est soutenue par deux pylônes métalliques inclinés qui traversent littéralement la toiture, une innovation visuelle qui constituait la signature graphique de la marque Wilshire à cette époque. L'auvent s'élève à une hauteur d'environ 5 mètres, offrant une ligne de fuite élancée qui rompt avec la massivité des constructions traditionnelles du désert de Mojave.

Ces deux stations marquent une étape charnière dans l'histoire de l'aménagement routier californien. Tandis que le centre historique de Needles privilégiait des structures de type Mission ou Beaux-Arts au début du siècle, ce carrefour témoigne de l'apogée de la culture de consommation automobile où le design servait d'outil publicitaire. Vous pouvez observer comment l'utilisation de formes audacieuses et de structures suspendues visait à transformer un simple point de ravitaillement en un repère visuel mémorable.

Denny's Diner

Au carrefour de Needles Highway et de T Street, on peut observer l'ancienne structure d'un Denny's Diner, inauguré au milieu des années 1960. Ce bâtiment est un exemple significatif du style architectural Googie, qui visait à attirer l'œil des automobilistes par des formes géométriques audacieuses et futuristes. L'élément le plus remarquable est son toit en forme de boomerang, une structure en plaques pliées qui semble léviter au-dessus des larges baies vitrées de la salle de restauration. L'édifice illustre la standardisation des chaînes de restauration rapide qui se sont multipliées le long de la Mother Road durant l'après-guerre pour répondre à l'augmentation du trafic vers l'Ouest.

En face, l'ancienne station-service Texaco présente une architecture plus sobre, typique des stations de service de la même période. On y reconnaît le design fonctionnel de l'époque, avec un auvent rectangulaire massif soutenu par des piliers métalliques, conçu pour abriter les pompes à essence des intempéries et du Soleil intense du désert de Mojave. La structure principale, construite en blocs de béton recouverts de stuc blanc, servait autrefois de garage et de point de vente.

Texaco Gas Station
Texaco Gas Station

Best Western Colorado River Inn

Devant Best Western Colorado River Inn, situé à la sortie Ouest de la ville, on observe une concentration notable de signalétique Route 66 au sol. En plus des écussons standards peints sur la chaussée de Broadway Street, un blason de dimensions exceptionnelles a été tracé directement devant l'entrée de l'établissement. Cette pièce de marquage routier s'étend sur une surface de près de 15 mètres carrés, constituant l'un des repères visuels les plus imposants du secteur. L'emplacement de l'hôtel, à proximité immédiate de l'ancien tracé, illustre la pérennité de l'activité hôtelière dans cette zone de transition entre le noyau urbain et les plateaux désertiques.

De manière plus globale, la portion de la Mother Road s'étendant de Needles à Victorville constitue l'un des segments les plus riches en signalétique de ce type de tout le tracé californien. On y trouve une succession régulière de blasons peints sur l'asphalte, dont la fréquence s'intensifie dans certains secteurs particulièrement préservés du désert de Mojave, apparaissant parfois tous les 2 ou 3 miles. Ces marquages au sol servent de fil d'Ariane pour maintenir la continuité du parcours historique là où la signalisation par les panneaux est absente ou dégradée.

Amboy

Carte détaillée de Amboy

À la sortie Ouest de Needles, la Route 66 disparait pour réapparaître 7 miles plus loin. Sur cette portion, empruntez l'Interstate 40 entre les échangeurs 139 et 133.
La Route 66 est ensuite continue jusqu'à Barstow.

Goffs

Goffs General Store
Goffs General Store

Entre Needles et Barstow, la Mother Road longe étroitement l'emprise ferroviaire de l'ancienne Atlantic and Pacific Railroad, qui assurait la liaison entre Saint-Louis et la côte californienne. Lors de l'aménagement de ce tronçon à travers les reliefs arides du désert de Mojave, une série de points d'eau et de haltes techniques fut implantée selon une logique alphabétique rigoureuse pour faciliter l'exploitation des locomotives à vapeur. On retrouve ainsi les sites de Amboy, Bengal, Cadiz, Danby, Essex, Fenner, Goffs, Homer, Ibis, Java et Khartoum. Ces arrêts ont favorisé l'émergence de petites communautés rurales dont l'activité dépendait initialement du rail puis du flux automobile, avant que le déclin des services ferroviaires et les nouveaux alignements routiers ne transforment la plupart de ces localités en sites fantômes.

Goffs constitue l'un des points les plus significatifs de cette séquence, situé à une altitude d'environ 790 mètres au sommet d'une rampe ferroviaire exigeante. La localité a connu son apogée économique au début du 20ème siècle, servant de plaque tournante pour les exploitations minières environnantes et les usagers de la Mother Road. Le tracé original de la route traversait le centre du village jusqu'en 1931, date à laquelle un nouvel alignement fut construit plus au Sud pour éviter les pentes importantes du secteur et réduire la distance vers l'Ouest. Goffs a dàs lors perdu sa fonction de transit majeur, conservant aujourd'hui l'aspect d'une ville fantôme où subsistent des témoignages matériels de son passé industriel et social.

Le monument le plus emblématique de la localité est son école, érigée en 1914 pour répondre aux besoins des familles de mineurs et de cheminots installées dans la région. Dessiné par l'architecte Anthony Beimer, cet édifice adopte le style Mission Revival, caractérisé par ses murs clairs et ses lignes architecturales inspirées des missions coloniales espagnoles. Le bâtiment occupe une position centrale le long de Lanfair Road et présente un état de conservation remarquable. On peut y observer la finesse des ouvertures et l'organisation fonctionnelle des espaces de classe qui servaient également de centre communautaire. Aujourd'hui, l'école et ses terrains environnants, qui couvrent une surface de plusieurs hectares, abritent les collections d'un centre de recherche dédié au patrimoine du désert de Mojave.

À l'Est de la localité, juste avant que la route ne franchisse la voie ferrée, on remarque les vestiges de Goffs General Store. Ce commerce, qui servait autrefois de point de ravitaillement vital pour les résidents et les automobilistes, se trouve actuellement dans un état de dégradation avancée après avoir été partiellement détruit par un incendie. La carcasse de la structure laisse entrevoir l'ancienne configuration des zones de stockage et de l'espace de vente qui bordait la chaussée. Ce site illustre la fragilité des constructions vernaculaires du désert, où l'abandon et les conditions climatiques extrêmes ont progressivement effacé les infrastructures commerciales qui animaient jadis ce segment de la Mother Road.

Goffs General Store
Goffs General Store

La région de Goffs a joué un rôle militaire crucial durant la Seconde Guerre Mondiale en servant de pivot logistique au sein du Desert Training Center, aussi connu sous le nom de California-Arizona Maneuver Area. Établi en 1942 sous l'impulsion du général George S. Patton, ce centre d'entraînement était à l'époque le plus vaste au monde, couvrant une surface de plus de 46.000 km² à travers le Sud de la Californie, l'Arizona et le Nevada. On y préparait les troupes aux conditions climatiques et topographiques extrêmes rencontrées lors des campagnes en Afrique du Nord. Le secteur de Goffs abritait notamment le Camp Goffs, un important centre de ravitaillement et de casernement situé à proximité immédiate de la voie ferrée et de la Mother Road.

On peut encore identifier aujourd'hui de nombreux vestiges de cette activité intense dans le paysage aride entourant la localité. Des réservoirs d'eau circulaires en béton, capables de stocker des dizaines de milliers de litres, sont visibles en bordure de route et servaient à l'approvisionnement vital des hommes et du bétail. Vous pouvez également observer des restes de pistes d'atterrissage sommaires, dont certaines structures s'étiraient sur plus de 1500 mètres pour permettre le déploiement d'avions de liaison et de transport. Les fondations de baraquements et d'ateliers mécaniques occupent des surfaces de plusieurs centaines de mètres carrés, tandis que des plateformes de chargement en béton marquent l'emplacement des anciens embranchements ferroviaires militaires.

En parcourant les miles de pistes qui s'enfoncent vers le Nord et l'Ouest de Goffs, on remarque parfois des alignements de roches au sol, formant des insignes d'unités ou délimitant les zones de bivouac. Ces traces témoignent de l'organisation rigoureuse des troupes qui s'exerçaient aux manœuvres de blindés et à l'artillerie lourde dans le désert de Mojave. L'héritage de cette période militaire reste un élément structurel du territoire, ayant nécessité des aménagements de génie civil qui ont durablement modifié la topographie de cette section isolée du Sud de l'État avant que la route ne retrouve sa vocation purement civile.

Amboy

Suite à de nombreuses inondations qui ont endommagé des ponts, la Route 66 est fermée entre l'Interstate 40 Fenner et Amboy. Aucune date de réouverture n'est connue.
L'accès à Amboy reste évidement possible par la Route 66 en arrivant de l'Ouest (en provenance de Bagdad). Si vous arrivez de l'Est, quittez l'I40 à la sortie 78 et empruntez Kelbaker Road en direction du Sud pour retrouver la Route 66 après une douzaine de miles et rejindre Amboy un peu plus loin, à l'Ouest.

Située en plein cœur de Mojave Desert, Amboy constitue une entité géographique réduite à une dizaine de structures, maintenues en activité par une poignée de résidents. Ce hameau assure la continuité des services sur un segment particulièrement aride de la Mother Road, où l'urbanisation cède la place à de vastes étendues de sable. On y trouve notamment un bureau de poste toujours opérationnel, dont le bâtiment de petite dimension dessert une zone s'étendant sur des dizaines de miles à la ronde. Le paysage urbain est ici dominé par des infrastructures utilitaires dont la fonction première est de pallier l'absence totale de services sur les tronçons environnants.

Amboy
Amboy

Historiquement, Amboy représentait une halte technique et commerciale majeure avant que l'ouverture de l'Interstate 40, en 1973, ne détourne le flux principal des véhicules vers le Nord. Cette mutation profonde des axes de transport a entraîné une baisse drastique de la fréquentation, plongeant la localité dans un déclin prolongé durant plusieurs décennies. Toutefois, le regain d'intérêt patrimonial pour le tracé historique de la route favorise aujourd'hui un mouvement de réhabilitation des structures existantes. Des efforts de rénovation sont entrepris pour stabiliser les édifices qui bordent la chaussée, visant à préserver l'intégrité de ce complexe routier représentatif des services du milieu du 20ème siècle, dont un motel-restaurant des plus iconiques, Roy's Motel and Café (voir ci-dessous).

À l'Est de la localité, le long de la chaussée, vous pouvez observer deux sculptures de lions en marbre blanc dont la présence surprend par son incongruité au milieu de la végétation xérophile. Leur signification et leur origine demeurent entourées de mystère.

Amboy's Lion
Amboy's Lion

Roy's Motel and Café

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe

Roy's Motel and Café constitue l'une des images les plus emblématiques de la Mother Road, incarnant à elle seule l'esthétique des haltes désertiques californiennes. Sa silhouette isolée sur fond de montagnes pelées est devenue une référence visuelle mondiale, souvent utilisée pour illustrer l'immensité et la solitude du désert de Mojave, et constitue une étape obligatoire pour quiconque parcourt ce segment entre Needles et Ludlow.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe

L'histoire du site débute en 1938 sous l'impulsion de Roy Crowl, qui en fait l'unique point de ravitaillement opérationnel de la zone à cette époque. Le complexe permettait de trouver simultanément du carburant, une restauration rapide et un hébergement de courte durée dans un environnement hostile. Après une période de déclin consécutive à l'ouverture de l'Interstate 40, les bâtiments ont fermé dans les années 1990 avant d'être rachetés en 2005 par Albert Okura, un investisseur philanthrope, qui a initié leur réouverture progressive à partir de 2008.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe
(Andi Koslowski, Pixabay)

L'architecture du bâtiment principal est un exemple pur du style Googie, ou Doo-Wop, caractérisé par des lignes futuristes et une allure aérodynamique. La structure se distingue par son toit incliné en forme de papillon et ses larges surfaces vitrées qui permettaient de surveiller l'arrivée des véhicules. L'ensemble occupe une surface au sol importante, intégrant une série de bungalows de plain-pied disposés de manière fonctionnelle pour faciliter l'accès aux chambres depuis la route.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe

L'élément le plus célèbre du site demeure son immense enseigne lumineuse installée en 1959, qui s'élève à près de 18 mètres de hauteur. Ce monument publicitaire en forme de flèche est l'un des plus photographiés de la Mother Road. Après des années de dégradation, l'enseigne a fait l'objet d'une restauration complète en 2019, permettant aux néons de briller à nouveau dès la tombée de la nuit. Son éclat rouge et bleu sert de phare visuel sur des miles à la ronde, signalant la présence du café dans l'obscurité totale du désert.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe

Aujourd'hui, les locaux abritent un café proposant des rafraîchissements et une boutique de souvenirs spécialisée dans les articles liés au patrimoine routier. Bien que le motel soit toujours en attente d'une réouverture, les pompes à carburant sont opérationnelles pour les besoins d'urgence. On note toutefois que le prix de l'essence y est particulièrement élevé, conséquence directe des coûts logistiques nécessaires pour acheminer les produits pétroliers dans ce secteur reculé du Sud de l'État.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe
(Andi Koslowski, Pixabay)

Directement devant la station-service, on peut observer de grands boucliers de la Route 66 peints sur le bitume de la chaussée. Ces marquages, parfaitement entretenus, sont des repères iconographiques immanquables pour les touristes souhaitant documenter leur passage sur ce tronçon historique, l'alignement de ces blasons avec l'architecture de Roy's Motel and Café offrant une perspective visuelle parfaite.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe

Roy's Motel and Café a attiré une clientèle fidèle, incluant des figures célèbres du cinéma comme Harrison Ford et Anthony Hopkins. On peut voir sur les murs du restaurant des photographies dédicacées témoignant de leurs passages réguliers. Harrison Ford, pilote expérimenté, avait pour habitude d'atterrir sur la piste rudimentaire située à proximité immédiate du complexe. Cet aérodrome, l'un des premiers construits en Californie pour le transport civil, permettait un accès direct au café par les airs, une pratique qui perdure parfois lors d'événements aéronautiques locaux.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe

Le site possède également une importance culturelle majeure en raison de son utilisation fréquente comme décor de cinéma et de clips musicaux. Des productions cinématographiques ou des œuvres publicitaires ont utilisé le cadre préservé du motel pour son esthétique intemporelle.

Roy's Motel & Cafe
Roy's Motel & Cafe

Amboy Crater

(2.5 miles (4 km) | 1 heure | Facile)
Amboy Crater
Amboy Crater

À moins de 2 miles à l'Ouest de Amboy, on découvre Amboy Crater, un cône de cendres volcanique formé il y a environ 80.000 ans. Ce monument géologique est le résultat d'une série d'éruptions stromboliennes qui ont projeté des scories et des cendres, lesquelles se sont accumulées pour former ce cône presque symétrique. L'activité volcanique s'est prolongée par intermittence jusqu'à il y a environ 10.000 ans, laissant derrière elle un champ de lave basaltique s'étendant sur une surface de 62 km². Ce paysage de roche noire et tourmentée constitue une rupture visuelle nette avec les sols sédimentaires clairs du désert de Mojave environnant.

Amboy Crater
Amboy Crater

Amboy Crater s'inscrit dans une zone volcanique plus vaste située au sein de Bristol Valley, une dépression tectonique où la croûte terrestre est plus fine, facilitant la remontée du magma. La région est jalonnée de coulées de lave successives qui ont créé des plateaux basaltiques et des tunnels de lave souterrains. Ce volcanisme régional était caractérisé par des éruptions de basalte très fluide, qui s'écoulait sur de longues distances avant de se solidifier. En se refroidissant, la lave emprisonnait des bulles de gaz, donnant à la roche sa texture poreuse et tranchante que l'on observe tout le long de ce segment de la Mother Road.

Amboy Crater
Amboy Crater

La gestion de ce site naturel est assurée par le Bureau of Land Management (BLM), qui a classé la zone comme National Natural Landmark dès 1973. On accède au cratère par une courte route bifurquant vers le Sud depuis la Route 66 pour rejoindre un vaste parking aménagé au Nord de la formation. Le site accueille des panneaux d'interprétation détaillant la faune et la géologie locale.

Amboy Crater
Amboy Crater

Depuis le parking, un sentier balisé permet de rejoindre la base du volcan après une marche d'un peu plus de 2 kilomètres à travers les champs de lave basaltique. Le cône présente des dimensions impressionnantes, avec un diamètre de 500 mètres à sa base et de 225 mètres à son sommet. Vous pouvez pénétrer au cœur même de la structure géologique via une brèche naturelle située sur son flanc Ouest, une ouverture créée lors d'une phase tardive de l'activité volcanique lorsqu'un flot de lave a rompu la paroi du cône. Une fois à l'intérieur, on peut explorer le fond de la caldeira ou monter sur la crête qui culmine à 76 mètres au-dessus des plaines environnantes, offrant une vue panoramique.

Amboy Crater
Amboy Crater

La visite de ce site impose une vigilance particulière en raison de l'exposition totale au rayonnement solaire et de l'absence d'ombre. On doit prévoir suffisamment d'eau pour compenser l'aridité extrême du secteur. En période estivale, la chaleur est amplifiée par la roche noire qui absorbe et restitue l'énergie thermique, portant les températures au sol bien au-delà de 50°C. Il est donc recommandé d'effectuer cette exploration tôt le matin pour éviter les heures où le Soleil est le plus écrasant, tout en portant des chaussures robustes capables de résister au caractère abrasif du basalte.

Amboy Crater
Amboy Crater

Mojave National Preserve

Mojave National Preserve
Mojave National Preserve
(© bea, roadtrippin.fr)

Entre Needles et Ludlow, le tracé de la Mother Road contourne Mojave National Preserve par le Sud. Cet espace protégé, qui s'étend sur une superficie de plus de 6400 km², abrite des formations géologiques et des vestiges historiques majeurs. On y trouve notamment Kelso Dunes, un système de dunes de sable dont les sommets atteignent près de 200 mètres de hauteur, ainsi que d'immenses forêts de Joshua Trees.

Si l'on dispose d'une journée libre, ce détour constitue une option pour enrichir la traversée de la Californie avant de s'orienter vers l'Ouest. On doit toutefois anticiper cette étape en prévoyant des réserves suffisantes en carburant et en eau potable, car les services sont presque inexistants à l'intérieur du périmètre de la réserve.

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Bagdad Cafe

Carte détaillée de Bagdad Cafe

Bagdad

À la fin du 19ème siècle, le site de Bagdad servait de point de ravitaillement technique pour la ligne de chemin de fer Atchison, Topeka & Santa Fe, qui reliait le Midwest à la côte Pacifique. On y trouvait des installations essentielles pour fournir l'eau et le charbon aux locomotives à vapeur traversant cette zone aride. Avec l'essor de la circulation automobile sur la Mother Road, le lieu s'est développé à partir de 1939 en accueillant une station-service Shell, un garage et un café. À son apogée, la petite communauté comptait aussi un bureau de poste et un modeste hôtel qui servaient les ouvriers des mines de cuivre et d'or de la Bagdad Chase Mine, située à quelques miles au Sud. Ce site détient par ailleurs un record météorologique avec une période de 767 jours consécutifs sans précipitations entre 1912 et 1914.

L'arrivée des moteurs diesel après la Seconde Guerre Mondiale a rendu les arrêts techniques ferroviaires inutiles, entraînant le démantèlement progressif de la gare et des réservoirs. Seuls les commerces destinés aux automobilistes ont continué de fonctionner jusque dans les années 1970. L'ouverture de l'Interstate 40, située environ 7 miles plus au Nord, a fini par détourner le flux de véhicules, provoquant l'abandon définitif des dernières structures. Aujourd'hui, on ne trouve plus aucune trace des bâtiments d'origine à Bagdad. Le désert a repris ses droits sur les surfaces autrefois occupées par les habitations et les commerces, ne laissant que quelques fondations en béton enfouies sous le sable et la végétation.

Malgré cette disparition physique, le nom de Bagdad est resté célèbre, notamment en Europe, grâce au film Bagdad Cafe réalisé par Percy Adlon en 1987. L'intrigue se déroule dans un motel-restaurant isolé le long de la Mother Road, capturant l'atmosphère de solitude des localités délaissées du désert de Mojave. Comme le site original ne possédait plus aucune infrastructure exploitable lors de la production, le tournage a été déplacé à Newberry Springs, environ 50 miles plus à l'Ouest. C'est dans cette localité que vous pourrez visiter le fameux restaurant utilisé pour le film.

Newberry Springs

Newberry Springs présente un visage contrasté : si la commune abrite toujours près de 3000 habitants, le passage des années a laissé de nombreuses structures à l'abandon le long de la chaussée. Néanmoins, la vie locale se poursuit à l'écart de l'ancien tracé commercial, notamment grâce à la présence de sources souterraines qui permettent une activité agricole et le maintien de vergers dans ce secteur aride du désert de Mojave. En parcourant les quelques miles qui traversent la localité, on constate toutefois que la majorité des infrastructures autrefois destinées aux usagers de la route, comme les motels et les restaurants, ont cessé leurs activités. Ces bâtiments forment aujourd'hui un alignement de vestiges silencieux qui témoignent de l'importance passée de ce point de ravitaillement.

Au 44544 National Trails Highway, on découvre Cliff House, un édifice remarquable par son architecture utilisant la pierre locale et le bois. Ce bâtiment, qui servait autrefois de restaurant et de halte routière, s'élève sur une petite éminence rocheuse, ce qui lui donnait une visibilité stratégique pour les véhicules arrivant de l'Est. Sa construction massive et ses lignes rustiques illustrent les méthodes employées pour ériger des services durables capables de résister aux fortes amplitudes thermiques de la région. Directement de l'autre côté de la voie, une station-essence désaffectée subsiste également.

Bagdad Cafe

Bagdad Cafe
Bagdad Cafe

Newberry Springs est une étape majeure de la Mother Road en Californie, principalement pour son lien avec le cinéma mondial. C'est ici, au 46548 National Trails Highway, que se trouve Bagdad Cafe, devenu une destination de référence pour ceux qui parcourent ce segment de la Route 66 en plein Mojave Desert. Bien que le nom évoque la localité de Bagdad située à environ 50 miles à l'Est, c'est ce bâtiment précis, situé à Newberry Springs, qui incarne aujourd'hui l'imaginaire lié au film de Percy Adlon sorti en 1987. On y découvre un site où la réalité géographique et la fiction cinématographique se sont durablement rejointes.

Bagdad Cafe
Bagdad Cafe

L'histoire du lieu est intimement liée au tournage de l'œuvre cinématographique. Lorsque le réalisateur a cherché un décor pour son film, le site original de Bagdad ne présentait plus aucune infrastructure exploitable. Son choix s'est alors porté sur un établissement existant à Newberry Springs, nommé à l'époque Sidewinder Cafe. Ce restaurant de bord de route offrait l'esthétique isolée et authentique recherchée pour l'intrigue. Pour les besoins de la production, le bâtiment a été temporairement rebaptisé Bagdad Cafe, une modification qui allait changer définitivement la destinée de ce commerce local.

Bagdad Cafe
Bagdad Cafe

L'architecture du bâtiment est typique des constructions fonctionnelles en bois que l'on trouve dans les zones rurales de l'Ouest américain. La structure se distingue par son bardage en bois peint d'un rouge vif, qui tranche avec les teintes ocre du désert environnant. On remarque un toit à deux pans très pentu, également recouvert de bardeaux de bois, qui confère à l'édifice sa silhouette si singulière, reconnaissable du premier coup d'oeil.

À l'époque du tournage, le complexe comprenait également Henning Motel, situé à proximité immédiate du café. C'est dans cet établissement que le personnage principal, Jasmine, réside durant l'histoire. Aujourd'hui, l'infrastructure hôtelière a presque totalement disparu du paysage, victime de l'usure du temps et de l'abandon. On ne peut plus observer qu'une ancienne enseigne métallique, haute de plusieurs mètres et partiellement rouillée, qui marque l'emplacement des anciens bungalows de bois où logeaient autrefois les usagers de la route.

Henning Motel
Henning Motel

Face au succès international du film, notamment en Europe et au Japon, les propriétaires de Sidewinder Cafe ont décidé de pérenniser le nom de Bagdad Cafe en 1995. Cette décision visait à répondre à l'afflux constant de personnes venant du monde entier pour identifier les lieux du tournage. Depuis cette date, l'établissement a vu sa fréquentation augmenter considérablement, devenant un point d'arrêt systématique pour les touristes. On y voit régulièrement des cars de transport déverser des groupes, souvent francophones, qui viennent chercher ici une part de l'ambiance du film.

L'âme du lieu est indissociable de sa propriétaire, Andrea Pruett, qui gère l'établissement avec sa famille depuis le milieu des années 1990. On la trouve souvent derrière le comptoir ou en salle, accueillant les arrivants avec une gentillesse très appréciée. Elle s'est habituée à la forte présence de la clientèle francophone et prend volontiers le temps de poser pour une photo souvenir avec ceux qui le demandent. Son accueil simple et chaleureux contribue à rendre la visite plus humaine, transformant ce qui pourrait n'être qu'un décor de cinéma en un véritable lieu de rencontre au milieu du désert de Mojave.

Bagdad Cafe
Bagdad Cafe
(Lulo, Pexels)

L'intérieur du restaurant offre un spectacle visuel singulier, témoignant du passage de milliers de personnes au fil des décennies. Les murs, les poutres et même le plafond sont intégralement recouverts de souvenirs laissés par les clients. On y trouve une accumulation impressionnante de photographies, de billets de banque du monde entier, d'écussons de police ou de pompiers, de drapeaux et de stickers, transformant l'espace de restauration en un véritable mémorial.

L'atmosphère du café est imprégnée de la chanson Calling You, composée par Bob Telson et interprétée par Jevetta Steele pour la bande originale du film. Cette mélodie mélancolique est diffusée régulièrement dans la salle, renforçant le sentiment d'isolement et de temps suspendu propre aux grands espaces du Sud de l'État. On ressent une corrélation forte entre ces notes de musique et l'horizon infini que l'on observe par les fenêtres.

Bagdad Cafe
Bagdad Cafe

À l'extérieur du bâtiment, plusieurs reliques du film subsistent encore. Vous pouvez observer une ancienne caravane Airstream garée sur le côté du café, un modèle en aluminium poli qui servait de loge ou de décor lors de la production en 1987. Un peu plus loin derrière l'édifice principal, on aperçoit la structure du château d'eau en acier, élément central de plusieurs scènes du film. Cependant, ce réservoir a perdu de sa superbe : la citerne s'est effondrée et repose désormais directement sur le sol.

Bagdad Cafe
Bagdad Cafe

Whiting Brothers Service Station

Whiting Brothers Service Station
Whiting Brothers Service Station

À quelques centaines de mètres à l'Est de Bagdad Cafe, on peut observer les vestiges d'une ancienne station-service de la compagnie Whiting Brothers. Ce site, aujourd'hui réduit à l'état de ruines, laisse apparaître les fondations en béton et quelques structures métalliques qui servaient à abriter les pompes à carburant. On remarque encore le squelette de l'enseigne qui dominait autrefois la chaussée pour attirer les véhicules circulant vers l'Ouest.

La compagnie Whiting Brothers était un acteur majeur de l'approvisionnement routier au milieu du 20ème siècle, disposant à son apogée de près de 100 points de vente répartis le long de la route. Fondée en 1926, l'entreprise se distinguait par son identité visuelle forte, utilisant des couleurs jaune et noir pour sa signalétique et ses bâtiments. En plus de l'essence, ces établissements proposaient souvent des services de mécanique et des chambres de motel.

Aujourd'hui, la quasi-totalité de ce réseau a disparu, laissant derrière elle des structures délabrées comme celle de Newberry Springs. Pour trouver le dernier témoignage encore en activité de cet empire commercial, on doit se rendre au Nouveau-Mexique, dans la ville de Moriarty. La station Sal & Inez, située au 500 Central Avenue, demeure l'unique point de vente Whiting Brothers encore opérationnel sur tout le tracé. Elle conserve l'enseigne iconique de la marque, offrant un aperçu précis de l'esthétique que l'on pouvait observer ici, en Californie, durant les années 1950.

Daggett

Russian House
Russian House

À Daggett, au carrefour de la Route 66 et de Daggett-Yermo Road, on découvre une structure dont l'architecture rompt radicalement avec les standards californiens : Russian House. Cet édifice, construit avec une ossature en bois, se distingue par sa toiture "Bochka", un terme russe signifiant "tonneau". Cette forme de toit bombée et carénée, typique de l'architecture traditionnelle russe, donne au bâtiment une silhouette singulière au milieu du paysage désertique. On peut y observer un travail de charpente complexe qui témoigne de l'influence des styles d'Europe de l'Est importés dans cette section du Sud de l'État.

Russian House, Daggett
Russian House, Daggett

En franchissant la voie ferrée pour rejoindre le 35596 Santa Fe Street, vous trouvez Desert Market, un établissement dont l'exploitation remonte à plus d'un siècle. Autrefois connu sous le nom de Ryerson's General Store, ce magasin général servait de point de ralliement pour les mineurs de la région qui venaient y échanger ou vendre leur or après leurs prospections dans les montagnes environnantes. Le bâtiment a conservé son aspect d'origine et présente un état de conservation remarquable, avec sa façade en bois et ses larges ouvertures qui n'ont quasiment pas été modifiées depuis le début du 20ème siècle.

Desert Market
Desert Market

Immédiatement adjacent au magasin se dressent les ruines de Stone Hotel, érigé en 1875. Cet établissement, construit en pierre pour résister aux incendies fréquents et aux températures extrêmes du Mojave, était l'un des plus importants de la ville à l'époque où Daggett était un carrefour minier et ferroviaire majeur. On peut encore voir les murs massifs dont l'épaisseur permettait de maintenir une certaine fraîcheur à l'intérieur. Ces vestiges, bien qu'en partie écroulés, permettent de se rendre compte de l'importance historique de la cité avant que le développement de Barstow, à quelques miles à l'Ouest, ne vienne réduire son influence économique.

Stone Hotel
Stone Hotel

Calico Ghost Town

Calico Ghost Town
Calico Ghost Town
(© elviscalico, roadtrippin.fr)

Située à environ 3 miles au Nord de Daggett, Calico Ghost Town s'adosse aux parois rocheuses des Calico Mountains, aux magnifiques teintes rouges et ocre. Fondée en 1881, cette ancienne cité minière a connu une expansion rapide pour atteindre une population de 1200 habitants à son apogée, avant que la chute du cours de l'argent ne provoque son déclin définitif à la fin du 19ème siècle. On y exploitait plus de 500 mines, dont la célèbre Silver King, avec des galeries s'enfonçant à des profondeurs dépassant parfois 100 mètres.

Dans les années 1950, l'investisseur Walter Knott a racheté la ville pour entreprendre une restauration d'envergure, sauvant de la ruine les cinq bâtiments originaux qui subsistent encore aujourd'hui. Aujourd'hui géré comme un parc régional, le site propose une reconstitution de l'urbanisme de l'époque, avec ses bâtiments en bois et ses structures utilitaires conçues pour la prospection. Bien que Calico présente un caractère plus touristique et moins brut que d'autres cités abandonnées du Sud-Ouest, sa configuration permet de comprendre l'organisation sociale d'un campement minier et offre un témoignage intéressant de la vie quotidienne dans le désert de Mojave. On peut ainsi parcourir Main Street et accéder à des infrastructures pédagogiques comme Maggie Mine, une mine d'argent que l'on explore sur plusieurs centaines de mètres, ou le chemin de fer Calico & Odessa, dont la voie étroite suit un tracé historique.

Découvrez notre guide de visite de Calico Ghost Town

Barstow

Carte détaillée de Barstow

Depuis la fin du 19ème siècle, Barstow s'est imposée comme un carrefour névralgique pour les flux de transport en Californie. Sa position stratégique dans le désert de Mojave en fait un pivot ferroviaire majeur, accueillant deux immenses gares de triage exploitées par les compagnies Union Pacific et BNSF Railway. Ces installations industrielles s'étendent sur plusieurs kilomètres, marquant durablement le paysage et l'économie locale. Au niveau routier, la ville constitue le point de rencontre de trois axes majeurs : l'Interstate 15, lien vital entre Los Angeles et Las Vegas, l'Interstate 40, qui s'élance vers l'Est, et la CA58, qui assure la liaison vers l'Ouest.

Soyons directs : Barstow ne brille pas par son charme esthétique ou son élégance architecturale. C'est une ville fonctionnelle, une cité de transit où le béton et les échangeurs autoroutiers dictent l'atmosphère. Pour autant, elle mérite que l'on s'y attarde pour découvrir quelques pépites historiques qui témoignent de son riche passé lié à la conquête de l'Ouest. Sous ses airs de ville-étape, elle abrite des sites remarquables qui permettent de comprendre comment ce nœud de communication a façonné le développement de la région bien avant l'arrivée des grandes autoroutes modernes.

Main Street

El Rancho Motel
El Rancho Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Main Street constitue l'artère centrale de Barstow et suit fidèlement le tracé de la Route 66. Sur plusieurs miles, la rue est jalonnée par des dizaines d'hôtels construits durant l'âge d'or de la Mother Road, entre les années 1940 et 1960. Bien que la plupart de ces établissements aient été rénovés ou aient changé d'enseigne au fil des décennies, ils sont pour la majorité toujours en activité. Cette succession de façades colorées et d'enseignes lumineuses témoigne de l'importance historique de Barstow comme étape majeure pour les voyageurs traversant le désert avant d'atteindre la côte Pacifique.

L'ancien Imperial 400 Motel, connu aujourd'hui sous le nom de Best Motel, se repère de loin grâce à son architecture typique des années 1960. L'élément le plus remarquable est son toit en forme d'aile de mouette, une structure en "V" inversé qui semble s'envoler au-dessus du bureau de réception. Ce style, très populaire à l'époque, visait à donner une image de modernité aux automobilistes. Le bâtiment principal conserve cette silhouette aérodynamique qui en fait l'un des points de repère les plus originaux de l'avenue.

Astro Budget Motel illustre parfaitement l'esthétique de l'ère spatiale qui a marqué les services routiers américains. Avec ses lignes simples et ses références à l'espace, ce motel de plain-pied est organisé autour d'un large parking central, facilitant l'accès direct aux chambres pour les clients. Bien qu'il ait subi des modernisations, il garde la structure caractéristique des motels de transit de la fin des années 1950, conçus pour offrir une efficacité maximale aux conducteurs fatigués par la traversée du Mojave Desert.

Cactus Motel est particulièrement célèbre pour sa superbe enseigne d'époque qui domine le trottoir. Ce panneau publicitaire, qui reprend la forme stylisée d'un cactus, utilise encore des codes graphiques classiques de la Route 66 pour attirer le regard. Le complexe hôtelier se compose d'une série de petits bâtiments disposés en ligne. C'est l'un des exemples les mieux préservés de ces établissements de taille modeste qui privilégiaient un décor thématique.

Cactus Motel
Cactus Motel

El Rancho Motel appartient désormais à la catégorie des sites disparus de Barstow, car les bâtiments qui composaient autrefois cet hébergement de style rustique ont été entièrement démolis. L'architecture du motel s'inspirait du style rustique, avec des rangées de chambres sobres. Il ne reste aujourd'hui de ce complexe qu'un terrain vague, au milieu duquel se dresse, solitaire, son immense enseigne historique. Ce pylône géant, surmonté d'un néon imposant, continue de dominer Main Street et reste visible à plusieurs centaines de mètres, servant de repère nostalgique au milieu du vide. Ce type de signalisation monumentale était indispensable pour capter l'attention des voyageurs circulant sur Main Street.

El Rancho Motel
El Rancho Motel

Enfin, Route 66 Motel mise tout sur sa décoration extérieure pour célébrer l'héritage de la célèbre route. On y trouve de nombreuses références visuelles, des peintures et des objets vintage qui ornent la façade et les espaces communs. Le bâtiment, d'une structure rectangulaire classique, a été entretenu pour garder son cachet historique tout en proposant le confort moderne. Cette mise en scène, qui s'étend sur toute la façade longeant la rue, en fait l'un des motels les plus appréciés par les voyageurs qui souhaitent s'immerger dans l'ambiance nostalgique du tracé original.

Route 66 Motel
Route 66 Motel
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Murals

Barstow
Barstow
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Sur Main Street, Barstow se transforme en une véritable galerie d'art à ciel ouvert. Entre 1st Street et 7th Avenue, le projet Main Street Murals a permis de réaliser plus de 30 fresques qui racontent l'histoire riche et mouvementée de la région. Ces œuvres, peintes sur les façades de briques ou de stuc des commerces locaux, couvrent souvent des surfaces impressionnantes, allant de 30 à 100 m². C'est une excellente façon de découvrir le passé de la ville tout en marchant sur le tracé original de la route.

L'une des fresques les plus imposantes est Old Spanish Trail, située à l'angle de 1st Avenue. Elle illustre les caravanes de commerçants et les pionniers qui traversaient le désert bien avant l'arrivée du goudron. Un peu plus loin, vers 7th Avenue, on trouve le mural Barstow's First 100 Years. Cette œuvre massive retrace l'évolution de la cité, de son passé de centre minier pour l'argent et le borax jusqu'à son rôle de carrefour ferroviaire moderne. Les détails sur les locomotives et les mineurs y sont particulièrement soignés.

Barstow
Barstow
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Vers 2nd Avenue, vous ne pouvez pas rater la fresque dédiée aux Harvey Girls, ces jeunes femmes qui travaillaient dans les restaurants de luxe de la gare et qui ont apporté une touche de civilisation dans l'Ouest sauvage. Enfin, près de 4th Avenue, le mural Route 66 Mother Road rend un hommage direct aux voyageurs et aux véhicules mythiques qui ont fait la renommée de cet axe.

Barstow
Barstow
(Carol M. Highsmith, Library of Congress)

Barstow Station

Barstow Station
Barstow Station

Au 1611 East Main Street, vous découvrez Barstow Station, un complexe commercial qui rend un hommage direct à l'identité ferroviaire de la ville. L'architecture de l'ensemble reprend les codes d'une gare traditionnelle avec ses structures allongées et ses quais. Ce site, qui s'étend sur une surface de plus de 2000 m², regroupe plusieurs enseignes de restauration et boutiques de souvenirs.

Barstow Station
Barstow Station
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Le point d'intérêt majeur de ce complexe est sans conteste son restaurant McDonald's, dont l'aménagement intérieur est l'un des plus originaux de la Route 66. Plutôt que d'une salle classique, le restaurant utilise une série de 17 wagons de train authentiques, dont certains sont des voitures de passagers historiques datant de la fin du 19ème siècle. Ces wagons ont été entièrement réaménagés avec des tables et des sièges tout en conservant leur structure tubulaire et leurs fenêtres d'origine. Vous pouvez ainsi consommer votre repas dans un cadre qui rappelle l'époque où le chemin de fer était le seul moyen de traverser le désert de Mojave.

Barstow Station
Barstow Station
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Barstow Harvey House

Barstow Harvey House
Barstow Harvey House

Barstow Harvey House, inscrite au Registre national des lieux historiques, est l'un des plus beaux exemples de gares-hôtels encore debout en Californie. Construite en 1911 par la compagnie ferroviaire Santa Fe Railroad, elle a été conçue par l'architecte Francis Wilson. Son design unique mélange les styles Classique et Mission Revival, ce qui se traduit par une silhouette élégante rythmée par des arcades, des tours surmontées de dômes et des toits en tuiles rouges typiques de la région.

Le nom Harvey House est en réalité un terme générique pour désigner les établissements de la Fred Harvey Company. Ce réseau d'infrastructures, situé le long des grandes lignes de chemin de fer de l'Ouest américain, offrait aux voyageurs des services de restauration, d'hôtellerie et de gare de haute qualité. Chaque établissement possédait toutefois son propre nom de baptême : celle de Barstow fut nommée la Casa del Desierto (la Maison du Désert), soulignant son rôle d'oasis pour les passagers traversant les étendues arides du désert de Mojave.

Barstow Harvey House
Barstow Harvey House
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

L'architecture du bâtiment est pensée pour offrir un maximum de confort dans un climat extrême. Les larges arcades créent des zones d'ombre indispensables, tandis que la structure massive permet de conserver une certaine fraîcheur à l'intérieur. Avec ses dômes et ses lignes épurées, la Casa del Desierto s'impose comme un repère visuel majeur dans le paysage ferroviaire de Barstow, témoignant de l'époque où le voyage en train représentait le summum du luxe et de la modernité.

La gare a acquis une renommée mondiale dans les années 1930 et 1940, servant notamment de décor au film The Harvey Girls avec Judy Garland et Angela Lansbury. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, le déclin du rail au profit de la voiture et de l'avion a entraîné sa désuétude. Le bâtiment a fini par être abandonné et a même subi de lourds dégâts en 1992 lors d'un important séisme qui a détruit plusieurs éléments de sa structure. Face au risque de démolition, la ville de Barstow a entrepris une restauration complète pour lui redonner sa splendeur d'origine.

Aujourd'hui, la Casa del Desierto a trouvé une seconde vie en abritant deux musées passionnants. Route 66 Mother Road Museum occupe une partie des locaux et se consacre entièrement à l'histoire de la célèbre route.

Route 66 Mother Road Museum
Route 66 Mother Road Museum

À ses côtés, Western America Railroad Museum présente l'évolution du chemin de fer dans le Sud-Ouest américain.

Western America Railroad Museum
Western America Railroad Museum

On peut y découvrir de nombreux objets historiques à l'intérieur, ainsi qu'une impressionnante collection de locomotives et de wagons exposés à l'extérieur, sur les voies qui bordent le bâtiment.

Western America Railroad Museum
Western America Railroad Museum
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Tom's Certified Welding & Mach

Tom's Certified Welding & Mach
Tom's Certified Welding & Mach

Si vous êtes passionné par les vieilles enseignes et les objets vintage, faites un détour par Tom's Certified Welding & Mach, situé au 28664 US Highway 58, à la sortie Ouest de Barstow. Ce qui ressemble au premier abord à un simple atelier est en réalité un immense dépôt à ciel ouvert où s'entassent des trésors de l'Amérique du milieu du siècle.

On y trouve un véritable capharnaüm d'enseignes au néon, de plaques émaillées, de vieilles pompes à essence et d'objets publicitaires en tout genre. Contrairement à beaucoup de boutiques de souvenirs, tout ici est d'époque et authentique. Le propriétaire, Tom, a passé des décennies à rassembler ces pièces provenant de commerces et de stations-service disparus de la région. C'est l'endroit idéal pour dénicher une pièce unique, même si la simple balade entre les rangées de métal et de lettres colorées vaut déjà le coup d'œil pour l'ambiance.

Outlets at Barstow

Outlets at Barstow
Outlets at Barstow

Si Barstow est une étape incontournable pour les amateurs d'histoire, la ville est tout aussi célèbre auprès des voyageurs pour ses opportunités de shopping, notamment grâce à ses centres de marques dégriffées. Situé au Sud de l'agglomération, au 2796 Tanger Way, se déploie Outlets at Barstow, un immense complexe commercial qui s'étend sur une surface de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés. Ce site est stratégiquement placé à l'intersection des flux touristiques circulant entre Los Angeles et Las Vegas, offrant une halte de consommation majeure en plein désert.

Le centre regroupe des dizaines de magasins d'usines où les plus grandes enseignes internationales sont représentées. On y trouve des boutiques de prêt-à-porter et d'équipement sportif de premier plan telles que Nike, Ralph Lauren, Tommy Hilfiger, Vans, Asics, Hugo Boss ou encore Levi's. L'aménagement du site, conçu comme un village de marques avec de larges allées piétonnes et des zones de restauration, permet de circuler facilement entre les différents pavillons. C'est l'endroit idéal pour renouveler sa garde-robe à des prix compétitifs, même si l'abondance des offres peut rapidement solliciter votre budget de voyage.

De Barstow à Victorville

Carte détaillée de la Route 66 entre Barstow et Victorville

Elmer's Bottle Tree Ranch

Elmer's Bottle Tree Ranch
Elmer's Bottle Tree Ranch

Elmer's Bottle Tree Ranch est une halte incontournable et un peu magique située au 24266 National Trails Highway. C'est l'œuvre de Elmer Long, qui a commencé à "planter" ses arbres en l'an 2000 en utilisant des milliers de bouteilles en verre coloré héritées de son père. Ce jardin insolite compte aujourd'hui plus de 200 structures en métal de récupération, souvent hautes de 2 à 3 mètres, chacune ornée de bouteilles de toutes les formes et de toutes les couleurs (bleu, vert, ambre). C'est un exemple parfait de l'art populaire que l'on trouve souvent le long de la Route 66.

Elmer's Bottle Tree Ranch
Elmer's Bottle Tree Ranch

La balade à travers cette forêt de verre offre une expérience visuelle et sonore unique. Lorsque le vent du désert souffle, l'air s'engouffre dans le goulot des bouteilles et produit un léger sifflement, créant une ambiance paisible au milieu de nulle part. C'est un paradis pour les photographes, surtout en fin de journée quand la lumière du soleil traverse le verre, projetant des ombres colorées sur le sol. On y trouve aussi de vieux objets rouillés, comme des carcasses de voitures, des machines agricoles ou des machines à écrire, qui renforcent le côté nostalgique du lieu.

Elmer's Bottle Tree Ranch
Elmer's Bottle Tree Ranch

Situé entre les localités de Helendale et de Oro Grande, le site perdure malgré le décès de Elmer Long en 2019. Sa famille a décidé de continuer à entretenir le ranch pour honorer sa mémoire et accueillir les voyageurs. L'accès demeure libre du lever au coucher du Soleil, et bien que l'entrée soit gratuite, vous trouverez une petite boîte à dons pour aider aux frais de conservation. C'est une étape pleine de poésie qui montre comment un simple passe-temps peut devenir un monument emblématique de la Mother Road.

Elmer's Bottle Tree Ranch
Elmer's Bottle Tree Ranch

Oro Grande

Mojave River Bridge
Mojave River Bridge

En arrivant à Oro Grande, l'ambiance change radicalement et on entre dans un petit bourg marqué par son passé minier lié à la production de ciment. C'est un endroit où le tracé de la Route 66 serpente entre des bâtiments anciens et des terrains arides, offrant une plongée authentique dans l'histoire de la Californie rurale. Le temps semble s'être arrêté dans cette section du désert de Mojave qui précède l'agglomération de Victorville.

Au croisement de la Route 66 et de Mill Street, vous découvrez Mohawk Service Station. C'est une petite structure construite en bois et en stuc, reconnaissable à sa peinture blanche soulignée par des liserés verts. Bien qu'elle soit abandonnée depuis les années 1970, elle reste l'un des points de vue les plus photographiés du secteur. Ce site illustre parfaitement le déclin des commerces de proximité après le détournement du trafic vers les autoroutes.

Mohawk Service Station
Mohawk Service Station
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Un peu plus au Sud, la Route 66 traverse Mojave River sur un monument de fer appelé Mojave River Bridge. Construit en 1930, ce pont en acier est une véritable pièce de collection car il s'agit du tout dernier pont en treillis d'acier que la Mother Road traverse encore dans tout l'État de Californie. Sa structure massive s'étire sur environ 175 mètres de long. Sa silhouette rivetée est imposante, d'autant plus que l'ouvrage traverse le lit de la rivière en diagonale, ce qui offre des perspectives visuelles uniques très appréciées des photographes.

Mojave River Bridge
Mojave River Bridge
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Emma Jean's Holland Burger Cafe

Emma Jean's Holland Burger Cafe
Emma Jean's Holland Burger Cafe
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Victorville constitue la dernière grande étape urbaine de la Route 66 avant que le tracé ne plonge dans l'immense agglomération de Los Angeles via Cajon Pass. Cette ville, qui a grandi avec le chemin de fer et l'essor de l'automobile, conserve un centre historique où plusieurs édifices témoignent encore de l'activité intense des années d'après-guerre. C'est un point de transition majeur où l'atmosphère aride du haut désert commence doucement à laisser place à l'effervescence des zones résidentielles californiennes.

Au 17143 North D Street, vous découvrez l'une des institutions culinaires les plus respectées de la région : Emma Jean's Holland Burger Cafe. Créé en 1947 par Bob et Jate Holland, cet établissement est resté une affaire familiale qui a su préserver ses recettes originales. Il est particulièrement réputé pour ses burgers maison généreux et son "Brian Burger", qui ont attiré l'attention de nombreuses émissions de télévision consacrées à la gastronomie de terroir américaine.

Emma Jean's Holland Burger Cafe
Emma Jean's Holland Burger Cafe
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

L'architecture du restaurant est un exemple remarquable des structures commerciales des années 1950, avec son revêtement en stuc et ses lignes sobres. Le bâtiment occupe a conservé son décor intérieur d'époque, avec un long comptoir en Formica et des tabourets pivotants. Cette authenticité visuelle, associée à la qualité constante de la cuisine, en fait un arrêt obligatoire pour les voyageurs qui souhaitent vivre une expérience de "diner" traditionnel sans les artifices des chaînes modernes.

L'établissement doit son nom à Emma Jean, qui y a travaillé pendant plus de trente ans avant que son mari n'achète le café pour elle en 1979. Aujourd'hui, l'ambiance y est toujours chaleureuse et le service reflète l'esprit de convivialité qui caractérisait les haltes de la Mother Road à son apogée. C'est l'endroit idéal pour reprendre des forces avant d'entamer la descente vers San Bernardino et la côte Pacifique.

California Route 66 Museum

California Route 66 Museum
California Route 66 Museum
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

California Route 66 Museum, situé au 16825 D Street dans le vieux centre de Victorville, est un arrêt incontournable pour quiconque souhaite comprendre l'impact de la Mother Road sur le développement du Golden State. Cet espace de plus de 400 mètres carrés n'est pas un simple lieu de stockage, mais une véritable capsule temporelle gérée par des bénévoles passionnés. L'exposition se concentre principalement sur le segment californien du tracé, offrant une vision précise des changements sociaux et techniques qui ont transformé le désert en une zone de passage mondialement connue.

En parcourant les allées du musée, vous découvrez une accumulation impressionnante d'objets du quotidien qui racontent la vie des voyageurs et des commerçants. On y trouve des pompes à essence rutilantes, des enseignes au néon sauvées de la destruction et une multitude de plaques publicitaires en émail. Les vitrines regorgent de menus de restaurants disparus, d'uniformes de pompistes et de cartes routières d'époque. La mise en scène est conçue pour être immersive, avec des reconstitutions de décors qui permettent de s'imaginer l'ambiance des haltes routières des années 1950.

California Route 66 Museum
California Route 66 Museum

L'une des pièces les plus populaires de la collection est une authentique Ford T, le modèle qui a véritablement démocratisé l'automobile en Amérique. Le musée a la particularité de permettre aux visiteurs de monter à bord du véhicule pour prendre des photos, une expérience ludique qui aide à réaliser le caractère rudimentaire des premiers voyages transcontinentaux. À côté de cette ancêtre, d'autres voitures de collection et des caravanes d'époque illustrent l'évolution du confort et du design au fil des décennies.

California Route 66 Museum
California Route 66 Museum

Un autre objet d'une importance historique majeure est le premier panneau original "End of Trail". Ce panneau marquait autrefois la fin officielle de la Route 66 sur la jetée de Santa Monica. Le retrouver ici, à Victorville, prend tout son sens alors que l'on se prépare à entamer la dernière descente vers l'océan Pacifique. Sa présence rappelle le but ultime de milliers de migrants et de vacanciers qui ont traversé le pays avec l'espoir de voir les vagues de la l'océan Pacifique.

Le musée abrite également des archives photographiques rares montrant la construction des routes et des ponts dans le secteur difficile de Cajon Pass. Cette dimension documentaire complète l'aspect nostalgique de la visite en soulignant les défis techniques qu'il a fallu relever pour relier le désert à la côte. C'est une étape riche en informations qui humanise l'histoire de la route avant que vous ne plongiez dans le flux urbain plus dense de la banlieue de Los Angeles.

California Route 66 Museum
California Route 66 Museum
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Old Town Gateway

Old Town Gateway
Old Town Gateway
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

À l'intersection entre D Street et Seventh Street, vous passerez sous le grand portique métallique qui marque l'entrée du quartier historique de Victorville. Cette arche, nommée Old Town Gateway, enjambe la chaussée sur une largeur de plus de 15 mètres et affiche plusieurs logos de la Route 66. C'est l'endroit idéal pour faire une pause et prendre une photo souvenir, car la municipalité a également fait peindre de grands blasons de la route directement sur le goudron, juste devant la structure.

Au Sud-Ouest de Victorville, le tracé de la Route 66 passait par Cajon Pass, un col culminant à 1151 mètres d'altitude, créé par la faille de San Andreas entre San Bernardino Mountains et San Gabriel Mountains, et qui permet le passage entre le désert de Mojave et le bassin de Los Angeles.
Dans ce secteur, la Route 66 a disparu au profit de l'Interstate 15. Utilisez-la entre les échangeurs 138 et 129.

San Bernardino

Carte détaillée de San Bernardino

En arrivant dans la vallée de San Bernardino après la descente de Cajon Pass, la Route 66 se divise pour traverser la ville. Mount Vernon Avenue et North E Street constituaient les deux axes majeurs où se concentraient les services pour les voyageurs à partir des années 1950. Durant cette période de forte croissance économique, l'offre d'hébergement a explosé pour répondre au flux incessant de familles se rendant vers la côte Pacifique. Ces avenues sont encore aujourd'hui bordées par des dizaines d'établissements qui forment un ensemble architectural cohérent, témoignant d'une époque où l'automobile dictait l'aménagement urbain sur plusieurs kilomètres.

First Original McDonald's Museum

First Original McDonald's Museum
First Original McDonald's Museum

San Bernardino occupe une place unique dans l'histoire de la culture populaire mondiale, car c'est ici, sur les bords de la Route 66, qu'est née la révolution de la restauration rapide. Bien avant de devenir un empire présent sur tous les continents, McDonald's n'était qu'une petite entreprise familiale cherchant à simplifier la vie des automobilistes. En visitant l'emplacement du tout premier restaurant, on découvre une aventure humaine faite d'inventions géniales, de succès foudroyants et de rivalités commerciales dignes d'un scénario de film.

L'aventure commence à la fin des années 1930, non loin de là, sur Huntington Drive, près de l'aéroport de Monrovia. Les frères Richard et Maurice McDonald travaillent alors avec leur père dans un petit snack nommé The Airdrome. À cette époque, le concept est encore classique, mais les deux frères observent déjà attentivement les habitudes des clients et les contraintes liées au service au volant, jetant ainsi les bases de leurs futures réflexions sur l'efficacité.

En 1940, les deux fils décident de prendre les rênes de l'affaire familiale et déplacent le restaurant ici, au 1398 North East Street, à San Bernardino. Ce nouvel emplacement, situé stratégiquement le long de la Route 66, marque la naissance officielle du premier restaurant portant le nom de McDonald's. Le bâtiment d'origine est une structure simple où l'on sert une carte variée, incluant du barbecue, tout en profitant du flux constant de voyageurs qui traversent la Californie.

À la fin des années 1940, les frères font un constat radical : la grande majorité de leurs bénéfices provient de la vente de hamburgers. Ils décident alors de tout changer en rationalisant leurs méthodes de fabrication. Ils suppriment les couverts classiques, réduisent la carte à quelques articles simples et conçoivent une cuisine organisée comme une ligne de montage. Le confort intérieur est réduit au minimum pour que les clients ne s'éternisent pas, favorisant ainsi une rotation rapide des commandes.

Pour exporter leur idée, ils confient le design d'un nouveau modèle de restaurant à l'architecte Stanley Clark Meston. Celui-ci imagine un bâtiment novateur utilisant des carreaux de céramique brillante rouges et blancs, de l'acier inoxydable et des néons colorés. C'est également à ce moment qu'apparaissent les deux grandes arches jaunes qui encadreront les futurs restaurants. Ces arches, conçues pour être visibles de très loin par les automobilistes, deviendront plus tard l'emblème universel de la marque.

Le succès est tel que les frères commencent à chercher des franchisés dès 1953. Le tout premier contrat est signé avec Neil Fox, qui ouvre son établissement en mai 1953 à Phoenix, en Arizona. Ce premier essai permet de valider que le concept peut fonctionner en dehors de San Bernardino, à condition de respecter scrupuleusement les méthodes de préparation et de service mises au point par Richard et Maurice.

Quelques mois plus tard, le 18 août 1953, un deuxième restaurant franchisé ouvre ses portes au 10207 Lakewood Boulevard à Downey, en Californie. Ce site, géré par Roger Williams et Burdette Landon, possède une importance historique majeure : il est aujourd'hui le plus ancien restaurant McDonald's encore en activité dans le monde. Il a conservé son architecture d'origine avec les arches jaunes intégrées à la structure, offrant un témoignage direct du design des années 1950.

En 1954, Ray Kroc, un vendeur de machines à milkshake, s'étonne de voir que les frères McDonald lui ont commandé huit appareils pour un seul restaurant. Intrigué, il se rend à San Bernardino et tombe sous le charme de l'efficacité du système. Il parvient à convaincre les frères de lui confier le développement des franchises à l'échelle nationale. Kroc ouvre son propre premier restaurant à Des Plaines, dans l'Illinois, un site qui sera longtemps présenté officieusement comme le point de départ de la chaîne.

Au début des années 1960, les tensions entre Kroc et les fondateurs deviennent insupportables. Les frères acceptent finalement de vendre leur entreprise et leurs droits pour une somme importante, mais ils conservent leur restaurant d'origine à San Bernardino. Comme ils n'ont plus le droit d'utiliser le nom familial, ils le rebaptisent The Big M. En guise de revanche, Kroc fait construire un McDonald's moderne juste en face pour les concurrencer directement et s'efforce, par la suite, de minimiser le rôle des deux frères dans l'histoire officielle de la compagnie.

Après la fermeture de The Big M dans les années 1970, le bâtiment historique a traversé une période d'abandon avant d'être racheté par Albert Okura, l'entrepreneur local à la tête de la chaîne Juan Pollo. Passionné par l'histoire de sa ville, il a transformé le site en un lieu de mémoire : First Original McDonald's Museum. Ce musée non officiel est un véritable sanctuaire qui rassemble une collection incroyable d'objets datant de l'époque où les frères McDonald dirigeaient encore l'enseigne, bien avant l'uniformisation imposée par l'ère Kroc.

First Original McDonald's Museum
First Original McDonald's Museum

À l'intérieur, les vitrines regorgent de jouets anciens, de packagings d'époque, de photos rares et d'ustensiles de cuisine originaux. À l'extérieur, l'ambiance nostalgique est renforcée par plusieurs statues de Ronald McDonald et, surtout, par la présence de l'enseigne d'origine du premier restaurant. Une grande peinture murale colorée recouvre également l'un des murs, illustrant les différentes étapes de cette épopée industrielle qui a débuté ici même, sur les trottoirs de San Bernardino.

First Original McDonald's Museum
First Original McDonald's Museum

Wigwam Motel

Wigwam Motel
Wigwam Motel

L'un des arrêts les plus insolites et emblématiques de la Route 66 à San Bernardino est sans aucun doute Wigwam Motel (ou Wigwam Village). Avec ses chambres en forme de tentes coniques géantes, ce site capte immédiatement l'attention des voyageurs et incarne à merveille le kitsch architectural des années 1940. Bien plus qu'un simple lieu de repos, c'est une curiosité visuelle qui transporte instantanément les visiteurs dans l'imaginaire de l'Ouest américain tel qu'il était mis en scène pour les touristes de l'époque.

L'histoire de ce concept singulier débute à la fin des années 1930 dans le Kentucky. C'est Frank Redford qui imagine et construit le tout premier Wigwam Village à Cave City en 1938. Passionné par l'iconographie amérindienne, bien qu'il ait confondu le nom des wigwams avec celui des tipis des tribus nomades des Grandes Plaines, il dépose un brevet pour son design unique. Son idée est simple mais géniale : offrir une expérience d'hébergement thématique qui se démarque totalement des motels rectangulaires classiques.

Wigwam Motel
Wigwam Motel

Séduit par l'originalité et le potentiel commercial du projet, un investisseur nommé Chester E. Lewis décide de reprendre le concept pour le déployer à travers le pays. Il conclut un accord avec Redford prévoyant le paiement d'une redevance pour chaque "village" construit. Au cours des deux décennies suivantes, Lewis érige plusieurs de ces complexes, créant ainsi une chaîne de motels reconnaissables entre mille par leur silhouette pointue et leur blancheur éclatante sous le Soleil.

Le septième et dernier motel de cette série, baptisé tout naturellement Village #7, voit le jour à San Bernardino en 1949. Ce site possède une importance historique particulière puisque c'est le créateur lui-même, Frank Redford, qui se charge de sa construction. Situé au 2728 West Foothill Boulevard, il marque l'apogée de cette architecture routière fantaisiste sur le tracé californien de la Mother Road.

Wigwam Motel
Wigwam Motel
(Get Lost Mike, Pexels)

D'un point de vue architectural, ces structures sont bien plus robustes qu'il n'y paraît au premier abord. Loin d'être de simples tentes en toile, chaque cabane est construite en béton et en stuc sur une ossature en bois et en métal. Elles s'élèvent fièrement à 10 mètres de hauteur et présentent un diamètre de 6 mètres à la base. Cette conception massive permet de garantir une isolation thermique efficace face à la chaleur parfois écrasante de la vallée de San Bernardino.

L'organisation du site a évolué pour suivre le succès grandissant du tourisme automobile. À l'ouverture, la propriété ne comptait que 11 wigwams disposés de manière espacée. Face à l'augmentation spectaculaire du trafic le long de la Route 66, le propriétaire a dû agrandir la capacité d'accueil en ajoutant 8 structures supplémentaires. Ces nouveaux logements ont été disposés de façon à former un second demi-cercle concentrique, créant cette disposition en "village" qui encourage la convivialité entre les résidents.

Wigwam Motel
Wigwam Motel

Après la mort de Frank Redford, le site a connu une longue période de déclin, souffrant de l'abandon progressif de la Route 66 au profit des autoroutes modernes. Il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu'un projet de restauration d'envergure soit lancé. En 2002, après des mois de travaux pour remettre aux normes les installations tout en préservant le cachet d'origine, le Wigwam Motel de San Bernardino a officiellement rouvert ses portes aux nostalgiques de l'asphalte.

Aujourd'hui, ce monument de l'histoire routière est l'un des trois seuls rescapés de l'empire de Redford et Lewis à être encore debout aux États-Unis. Il rejoint ainsi le Village #2 de Cave City, point de départ historique dans le Kentucky, et le Village #6 situé à Holbrook en Arizona, lui aussi posé sur la mythique Route 66. À San Bernardino, il demeure une étape précieuse qui rappelle que le voyage sur la Mother Road était autant une affaire de destination que de dépaysement architectural immédiat.

Wigwam Motel
Wigwam Motel

Bono's Restaurant and Deli

Bono's Restaurant and Deli
Bono's Restaurant and Deli
(© Bono's Restaurant and Deli)

Fontana abrite l'un des joyaux les plus authentiques de la Route 66 : Bono's Restaurant and Deli. Situé au 15395 Foothill Boulevard, cet établissement incarne l'évolution typique des services routiers de la Mother Road, passant d'une simple halte agricole à une étape gastronomique réputée. C'est un témoignage précieux de l'époque où les familles de producteurs locaux profitaient du flux incessant de voyageurs pour transformer leurs produits de la terre en une véritable institution communautaire.

L'histoire du site commence modestement en 1936 sous la forme d'un stand de vente de fruits et légumes tenu par la famille Bono. Face à l'explosion du trafic routier au début des années 1940, les propriétaires décident en 1943 de développer leur activité en créant un véritable restaurant dédié à la cuisine italienne traditionnelle. Le bâtiment actuel est un magnifique exemple du style Streamline Moderne, reconnaissable à ses lignes horizontales fluides, ses angles arrondis et ses rayures rouges et vertes évoquant le drapeau italien. Cette architecture soignée et son état de conservation remarquable lui ont valu une inscription officielle au National Register of Historic Places, protégeant ainsi ce vestige rare de l'esthétique routière du milieu du siècle.

Juste à côté du restaurant se dresse une curiosité architecturale qui ne manque jamais d'attirer l'œil : Big Orange. Il s'agit d'un ancien stand d'agrumes de 2.1 mètres de haut, construit intégralement en forme d'orange géante. Initialement situé à environ 5 kilomètres de là, ce petit édifice a été déplacé pour rejoindre le complexe des Bono afin d'être préservé. Ce type d'architecture dite "mimétique" était une stratégie publicitaire courante le long des routes californiennes, où la forme même du bâtiment servait d'enseigne pour les jus de fruits frais vendus à l'intérieur. Sa présence aujourd'hui rappelle avec nostalgie l'époque où les vergers d'orangers s'étendaient à perte de vue tout au long de la vallée de San Bernardino.

Big Orange
Big Orange

Banlieue Est de Los Angeles

Carte détaillée de la banlieue Est de Los Angeles

Entre San Bernardino et Santa Monica, terminus de la Mother Road, la Route 66 traverse d'Est en Ouest la très grande banlieue Est de Los Angeles et ses villes situées au pied des San Gabriel Mountains. Pour atteindre Los Angeles Downtown, terminus historique de la route, il existe plusieurs tracés de la Route 66, correspondant à différentes périodes et au besoin d'adapter le parcours de la route à l'évolution de la ville et au trafic.

Cucamonga Service Station

Cucamonga Service Station
Cucamonga Service Station

Cucamonga Service Station, située au 9670 Foothill Boulevard à Rancho Cucamonga, est l'un des joyaux architecturaux les plus précieux de la Route 66 en Californie. Son design élégant s'inspire directement des styles Mission Revival et Spanish Colonial, une esthétique très prisée dans la région au début du 20ème siècle pour souligner l'héritage hispanique de l'État. On remarque immédiatement les tuiles espagnoles en terre cuite qui couronnent certaines parties de sa toiture, ainsi que ses lignes épurées et ses arcades qui offraient autrefois un abri ombragé aux automobilistes venant faire le plein de carburant.

Cucamonga Service Station
Cucamonga Service Station
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

L'histoire de cette station est entourée d'une certaine aura de mystère qui participe à son charme légendaire. Selon une tradition locale solidement ancrée, le bâtiment aurait été érigé en 1915 par un habitant nommé Henry Klusman. Bien que cette date soit largement acceptée par la communauté et les passionnés de la Mother Road, les historiens n'ont pas encore réussi à mettre la main sur des preuves documentées définitives, comme des permis de construire ou des registres officiels, pour confirmer avec certitude l'année exacte de sa création. Quoi qu'il en soit, l'établissement a servi fidèlement les voyageurs et les résidents pendant plus d'un demi-siècle, avant de cesser définitivement ses activités commerciales en 1971.

Cucamonga Service Station
Cucamonga Service Station
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Après sa fermeture, Cucamonga Service Station a traversé une longue et difficile période d'abandon qui a gravement menacé sa survie. Elle est restée en friche pendant plusieurs décennies, subissant les outrages du temps et du vandalisme jusqu'à ce qu'un vaste élan de sauvegarde ne voie le jour sous l'impulsion de la ville de Rancho Cucamonga et de l'association Route 66 Territory Museum. Grâce à une restauration méticuleuse entamée en 2013 et achevée pour le centenaire théorique du site en 2015, l'édifice a retrouvé sa splendeur d'origine. Il abrite désormais un petit musée passionnant et un centre d'accueil pour les visiteurs, devenant ainsi un symbole fort de la résilience du patrimoine routier californien.

Cucamonga Service Station
Cucamonga Service Station

McDonald's Golden Arches Buildings

McDonald's Golden Arches Building (Upland)
McDonald's Golden Arches Building (Upland)
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

La traversée de La Verne et de Upland offre aux passionnés de la Route 66 une occasion rare d'observer l'architecture commerciale qui a révolutionné la restauration mondiale. Ces deux villes abritent des restaurants McDonald's qui ont conservé, malgré les décennies, le design originel des "Golden Arches" conçu par l'architecte Stanley Clark Meston dans les années 1950. Contrairement aux établissements modernes où les arches ne sont plus qu'un logo sur une enseigne, ces bâtiments intègrent deux immenses paraboles jaunes directement dans leur structure.

Situé au 100 East Foothill Boulevard, le restaurant McDonald's de Upland a certes troqué ses carreaux de céramique d'origine pour un bâtiment au design contemporain, mais il n'en reste pas moins un monument incontournable de la Route 66. Sa particularité réside dans ses deux immenses arches jaunes paraboliques qui encadrent la structure moderne. Ces arches "Heritage", directement inspirées des plans originaux des années 1950, s'élancent vers le ciel et rappellent l'audace architecturale de l'époque Googie. C'est un compromis visuel saisissant : le confort d'un restaurant moderne abrité sous le symbole le plus célèbre de l'histoire de la restauration rapide, offrant aux voyageurs cette silhouette iconique qui brille de mille feux une fois la nuit tombée.

À quelques miles de là, au 2269 Foothill Boulevard à La Verne, on retrouve cette même volonté de préserver l'ADN de la Mother Road malgré la modernisation des infrastructures. Bien que le restaurant ait été reconstruit selon les standards actuels de la chaîne, les grandes arches dorées monumentales ont été maintenues pour conserver l'esprit du design établi par les frères McDonald. Ces structures métalliques géantes, qui semblent traverser la toiture du bâtiment, offrent aux nostalgiques le cadre idéal pour une photo souvenir presque authentique.

McDonald's Golden Arches Building (La Verne)
McDonald's Golden Arches Building (La Verne)
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Grove Theatre

Grove Theatre
Grove Theatre

Juste un peu à l'écart du tracé principal de Foothill Boulevard, au 276 East 9th Street à Upland, Grove Theatre se dresse comme un témoin élégant de l'âge d'or du cinéma d'après-guerre. Inauguré en 1947, cet édifice a vu le jour à une époque où aller voir un film était une expérience sociale grandiose, et son architecture reflète parfaitement cet optimisme de la fin des années 1940. C'est un arrêt qui ravit les amateurs de patrimoine urbain, car il a su conserver son âme de "movie palace" de quartier malgré l'évolution rapide de la banlieue californienne.

L'élément le plus spectaculaire du bâtiment est sans conteste sa grande tour extérieure stylisée. Cette structure verticale, typique des cinémas de cette période, s'élève fièrement au-dessus du toit et arbore le nom du théâtre en lettres imposantes. À l'origine, cette tour servait de phare visuel, utilisant des néons pour attirer les spectateurs de loin, bien avant que les centres commerciaux modernes ne viennent saturer le paysage de panneaux publicitaires. Son design épuré, aux influences discrètes du style Streamline Moderne, en fait l'un des points de repère les plus élégants du centre-ville de Upland.

Bien que sa vocation première ait été la projection de films, Grove Theater a su se réinventer pour survivre au passage des décennies. Aujourd'hui, il ne se contente plus de faire défiler des images sur un écran blanc, mais sert de scène dynamique pour des productions de théâtre vivant et des spectacles musicaux. Cette transition a permis de préserver l'intérieur de la salle et son acoustique d'époque, offrant aux spectateurs une proximité avec les artistes que les multiplexes géants ne pourront jamais égaler. C'est un bel exemple de préservation active où le rideau rouge continue de se lever, près de 80 ans après sa construction.

Tugboat Annie's

Tugboat Annie's
Tugboat Annie's
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Tugboat Annie's, qui trônait fièrement au 962 West Foothill Boulevard à Claremont, reste l'un des souvenirs les plus nostalgiques pour les amoureux de l'architecture dite "mimétique" ou "programmatique". Dans les années 1950, l'imagination des entrepreneurs de la Route 66 n'avait pas de limites : pour vendre des fruits de mer en plein milieu des terres californiennes, quoi de plus efficace que de transformer son restaurant en un véritable remorqueur ? Avec sa coque massive, ses hublots et sa silhouette de navire bravant les flots d'asphalte, l'établissement était une escale visuelle incontournable qui promettait un dépaysement total aux familles en voyage.

Ce bâtiment insolite a été conçu dès l'origine pour abriter un restaurant de fruits de mer. Les entrepreneurs de l'époque avaient compris que pour vendre du poisson à des automobilistes en plein milieu des terres, il fallait une publicité monumentale. En bâtissant une structure avec une proue pointue, des ponts superposés et des hublots, ils créaient une enseigne géante en trois dimensions. C'était une manière ludique et efficace de dire " ici, on mange des produits de l'océan " sans même avoir besoin de lire le menu. Contrairement à beaucoup de ses voisins de l'époque qui ont été rasés, ce faux bateau a survécu aux décennies de modernisation de Claremont. C'est un témoin précieux d'une époque où l'on n'avait pas peur d'injecter un peu de fantaisie dans le paysage urbain.

Pomona Fox Theater

Pomona Fox Theater
Pomona Fox Theater

Pomona Fox Theater est bien plus qu'un simple cinéma : c'est le joyau de la couronne de ce qu'on appelle aujourd'hui la Pomona Arts Colony. Situé au 102 South Garey Avenue, il a ouvert ses portes le 24 avril 1931 et représentait à l'époque le summum du luxe pour les cinéphiles de la région. Son style Art Déco, teinté d'influences Hollywood Regency, en fait l'un des plus beaux exemples de palais du cinéma de la côte Ouest, rivalisant d'élégance avec les grandes salles de Los Angeles.

Ce qui frappe immédiatement le voyageur, c'est sa tour imposante couronnée d'une enseigne lumineuse verticale qui proclame FOX en lettres de néon rouge étincelantes. L'architecture extérieure, avec ses reliefs géométriques et ses détails stylisés, a été magnifiquement préservée lors d'une restauration majeure de 28 millions de dollars achevée il y a quelques années. À l'intérieur, le spectacle continue avec des plafonds peints, des ferronneries d'art et un auditorium qui a retrouvé sa splendeur d'origine tout en intégrant des systèmes de sonorisation de pointe pour sa nouvelle vie de salle de spectacle.

Aujourd'hui, Pomona Fox Theater ne se contente plus de projeter des films classiques. Il est devenu l'un des lieux de concerts et d'événements les plus prisés de la région, accueillant des artistes internationaux dans un cadre qui respire l'histoire du divertissement américain. Sa présence a littéralement revitalisé tout le centre-ville de Pomona, attirant autour de lui des galeries d'art, des boutiques vintage et des restaurants branchés. C'est l'endroit idéal pour garer sa voiture de location et flâner un peu avant de reprendre la route vers l'Ouest et d'attaquer la traversée de San Gabriel Valley.

Mr. D's Diner

Mr. D's Diner
Mr. D's Diner
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Au 919 Foothill Boulevard à La Verne, Mr. D's Diner constitue une halte visuelle et gustative particulièrement marquante sur le tracé de la Route 66. Bien que l'établissement ait ouvert ses portes en 1978, il a été conçu avec une telle passion pour l'esthétique "fifties" qu'il parvient à tromper l'œil des voyageurs les plus avertis. Son architecture extérieure est un vibrant hommage au style Googie, avec ses lignes angulaires, ses larges baies vitrées et ses enseignes au néon qui scintillent dès la tombée du jour, rappelant l'optimisme technologique de l'après-guerre.

Mr. D's Diner
Mr. D's Diner
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

À l'intérieur, le voyage dans le temps est total. On y retrouve tous les codes authentiques qui faisaient le charme des haltes routières de la grande époque : de longs comptoirs en Formica brillant, des tabourets pivotants chromés et des banquettes en vinyle rouge et blanc impeccables. La décoration est saturée d'objets de collection, de plaques émaillées et de souvenirs de la Mother Road, créant une atmosphère chaleureuse où le son du jukebox accompagne parfaitement le service. C'est l'endroit idéal pour déguster un milkshake épais ou un burger traditionnel dans un décor qui semble tout droit sorti d'un film d'époque.

Ce restaurant n'est pas seulement une réussite esthétique : il est devenu une véritable institution locale et un point de ralliement pour les clubs de voitures anciennes de la région. Il n'est pas rare d'y voir stationner des Cadillac rutilantes ou des Chevrolet Bel Air sur le parking, renforçant encore l'illusion d'avoir remonté le temps de quelques décennies.

Walker House

Walker House
Walker House
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Au 121 North San Dimas Avenue, on quitte un instant l'esthétique "néon et bitume" de la Route 66 pour plonger dans le raffinement de la fin du 19ème siècle. Walker House, aussi connue sous les noms de San Dimas Hotel ou San Dimas Mansion, est un chef-d'œuvre de l'architecture Queen Anne. Conçue en 1887 par le célèbre architecte Joseph C. Newsom pour le compte de la San Jose Ranch Company, cette demeure imposante devait être le fleuron hôtelier de la région lors du grand boom foncier de la Californie du Sud. Avec ses 33 pièces, dont 18 chambres à l'étage et pas moins de 14 cheminées, elle représentait le summum du confort victorien.

L'histoire de ce bâtiment est marquée par une ironie tragique typique de l'époque : il fut achevé précisément au moment où la bulle immobilière éclata. En conséquence, cet hôtel de luxe n'a absolument jamais accueilli le moindre client payant. Face à ce fiasco commercial, la compagnie propriétaire revendit la propriété en 1889 à James W. Walker, un riche marchand originaire du Kentucky. La bâtisse changea alors de destin pour devenir une résidence familiale prestigieuse, restant entre les mains de la descendance Walker pendant plus d'un siècle, jusqu'à sa dernière occupante privée, Mme Raymond I. Carruthers.

Dans la seconde moitié du 20ème siècle, la demeure retrouva une vocation publique en devenant un restaurant de haute volée baptisé San Dimas Mansion. L'élégance du cadre et son caractère historique en firent une adresse prisée des célébrités et des personnalités politiques. On raconte que des icônes comme John Wayne ou le président Richard Nixon y ont partagé des repas, ajoutant une couche de glamour hollywoodien à l'histoire déjà riche de la maison. Le restaurant ferma ses portes dans les années 1980, laissant le bâtiment incertain de son avenir pendant plusieurs années.

C'est finalement la ville de San Dimas qui sauva l'édifice en le rachetant en 2000. Après une restauration minutieuse visant à préserver ses boiseries complexes et sa silhouette victorienne, Walker House est devenue le cœur culturel de la cité. Elle abrite aujourd'hui le musée de la San Dimas Historical Society ainsi qu'une galerie d'art.

The Hat

The Hat
The Hat

À Glendora, au 611 West Route 66, se dresse une véritable institution du paysage culinaire californien : le restaurant The Hat. Fondé en 1951, cet établissement est devenu célèbre bien au-delà des limites de la ville pour son emblématique sandwich au pastrami, "World Famous Pastrami", servi généreusement depuis plus de sept décennies. C'est une étape incontournable pour les voyageurs de la Mother Road qui souhaitent goûter à une tradition qui n'a pas pris une ride depuis l'époque où les familles américaines découvraient les joies de la restauration rapide de qualité.

L'architecture du bâtiment est un régal pour les amateurs de design rétro. Avec ses lignes épurées et sa structure typique des comptoirs de service des années 1950, il incarne parfaitement l'esprit des "drive-in" et des restaurants de bord de route de l'après-guerre. L'agencement est conçu pour l'efficacité, tout en conservant une élégance fonctionnelle qui rappelle l'âge d'or de l'automobile en Californie. C'est un exemple rare de bâtiment commercial qui a su garder son caractère originel tout en s'adaptant aux exigences modernes de la restauration.

The Hat
The Hat

Le clou du spectacle visuel reste sans aucun doute son enseigne au néon monumentale. Bien qu'il s'agisse d'une réplique fidèle de l'enseigne originale, elle a été recréée avec un soin méticuleux pour préserver l'éclat et le graphisme des années 50. Une fois la nuit tombée, le chapeau stylisé qui surmonte le panneau s'illumine, servant de phare nostalgique pour tous les automobilistes circulant sur la Route 66. C'est l'un des points de repère les plus emblématiques de Glendora, offrant un cadre parfait pour une photo souvenir qui capture l'essence même de l'aventure routière.

S'arrêter chez The Hat, c'est aussi s'imprégner d'une ambiance locale vibrante où se croisent habitués de longue date et touristes du monde entier. La réputation de leurs frites nappées de sauce et de fromage ("Chili Cheese Fries") est telle qu'il n'est pas rare de voir une file d'attente s'étirer sur le parking, renforçant l'aspect convivial et populaire du lieu. C'est une halte gourmande qui nourrit autant l'estomac que l'imaginaire.

Aztec Hotel

Aztec Hotel
Aztec Hotel

Aztec Hotel, situé au 311 West Foothill Boulevard à Monrovia, est l'un des exemples les plus fascinants et insolites de l'architecture "Mayan Revival" aux États-Unis. Conçu par l'architecte Robert Stacy-Judd et inauguré en 1925, soit un an avant que la Route 66 ne soit officiellement tracée, cet établissement visait à créer un style architectural purement américain en s'inspirant des civilisations précolombiennes. Bien que son nom évoque les Aztèques, l'essentiel de sa décoration complexe, faite de reliefs sculptés, de motifs géométriques et de peintures murales, puise en réalité dans l'art et les temples de la civilisation Maya.

Aztec Hotel
Aztec Hotel
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

La façade de l'hôtel est une véritable œuvre d'art à ciel ouvert, où chaque détail semble raconter une légende ancienne. Après avoir traversé une période de déclin, le bâtiment a bénéficié d'une restauration majeure en 2000 qui a permis de redonner vie aux fresques intérieures et aux sculptures extérieures qui font sa renommée mondiale. Classé monument historique national, il reste un point de passage obligé pour les voyageurs de la Mother Road qui cherchent à s'imprégner de l'excentricité et de l'ambition artistique des années 1920.

Un peu plus loin, au 480 West Huntington Drive, Monrovia abrite un autre trésor de l'histoire commerciale américaine : l'un des dernier restaurant McDonald's au monde à arborer le logo de la marque avec un "M" majuscule barré d'une ligne.

Denny's

Denny's, Arcadia
Denny's, Arcadia

À Arcadia, au 7 East Huntington Drive, se dresse l'un des spécimens les plus insolites de l'architecture routière californienne : un restaurant Denny's surmonté d'un immense moulin à vent hollandais. Ce bâtiment, érigé en 1967, est un pur produit du style Googie, caractérisé par ses formes géométriques audacieuses et ses larges baies vitrées, mais il porte surtout l'héritage visuel d'une enseigne aujourd'hui disparue : Van de Kamp's Holland Dutch Bakers.

Fondée en 1915 à Los Angeles par Theodore Van de Kamp et Lawrence Frank, la société était une véritable institution, célèbre pour ses pâtisseries et ses restaurants thématiques. Leur signature visuelle était sans équivoque : chaque établissement était coiffé d'un moulin à vent bleu et blanc. À son apogée, ces moulins parsemaient le paysage de la Californie, mais la faillite de l'entreprise en 1990 a entraîné la démolition de la quasi-totalité de ces structures iconiques.

L'emplacement d'Arcadia doit sa survie à la chaîne Denny's, qui a racheté le bâtiment au début des années 1990. Au lieu de raser l'édifice pour le remplacer par un restaurant standardisé, Denny's a fait le choix audacieux de conserver l'architecture originale et, surtout, le fameux moulin à vent. Ce moulin trône toujours fièrement au-dessus du parking, même s'il ne tourne plus comme autrefois, faisant de ce restaurant l'un des Denny's les plus photographiés et les plus appréciés des passionnés de la Route 66.

Astro Pasadena Hotel

Astro Pasadena Hotel
Astro Pasadena Hotel

Au 2818 East Colorado Boulevard à Pasadena, Astro Pasadena Hotel est une étape incontournable pour les amateurs d'architecture Googie. Construit en 1964, ce motel capture parfaitement l'esthétique futuriste et l'optimisme de l'ère spatiale qui imprégnait la Californie à cette époque. Son élément le plus spectaculaire est sans conteste son immense auvent en forme d'aile, qui semble prêt à décoller au-dessus du trottoir, protégeant l'entrée avec une audace géométrique typique des années 1960. Son enseigne lumineuse d'époque, avec ses formes étoilées, finit de planter le décor d'une étape rétro-futuriste réussie.

Juste à côté, au numéro 2812, se trouve La Casa Inn. Datant de 1961, ce bâtiment se distingue par un style architectural radicalement différent mais tout aussi charmant : ses toits en pente très raide évoquent l'influence des chalets suisses ou des structures de type A-frame, une tendance forte de l'architecture de loisirs du début des années 60. La silhouette singulière du bâtiment permet de l'identifier immédiatement comme un vestige authentique de l'âge d'or des motels de la Route 66.

La Casa Inn
La Casa Inn
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Howard Motor Company Building

Howard Motor Company Building
Howard Motor Company Building
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Au 1285 East Colorado Boulevard à Pasadena, Howard Motor Company Building est l'un des vestiges les plus raffinés de l'époque où cette avenue était surnommée "Automobile Row". Construit en 1927, pile au moment où la toute jeune Route 66 commençait à transformer le paysage urbain, ce bâtiment a été conçu pour être bien plus qu'un simple garage : c'était un temple dédié à la vente de voitures de luxe, notamment des Buick. Pour se démarquer de la concurrence féroce entre concessionnaires, le propriétaire (Charles Howard, célèbre pour avoir possédé le légendaire cheval Sea Biscuit) a opté pour une architecture d'une exubérance rare.

Le style choisi est le churrigueresque, une variante du baroque espagnol poussée à l'extrême, caractérisée par une ornementation sculpturale dense et complexe. Ce choix architectural n'était pas un hasard : il s'agissait de captiver instantanément l'œil de l'automobiliste de passage. La façade est dominée par un immense arc elliptique qui enjambe gracieusement les vitrines du rez-de-chaussée, créant une entrée majestueuse qui invitait les clients dans un showroom aux plafonds de 9 mètres de haut.

L'attention portée aux détails est ce qui rend ce bâtiment unique sur le tracé californien. On peut observer la frise ornementale richement sculptée qui court au milieu de la façade, soulignant la ligne horizontale du bâtiment tout en ajoutant une texture visuelle fascinante. Les angles de l'édifice ne sont pas droits, mais coupés (chanfreinés) et décorés de motifs sculptés, une technique qui permettait d'adoucir la silhouette du bâtiment et de le rendre visible sous plusieurs angles depuis la route. Les impostes à volutes et les moulures rainurées autour de l'arc central témoignent du savoir-faire artisanal des années 1920.

Inscrit au National Register of Historic Places depuis 1996, le bâtiment a traversé les décennies en changeant souvent d'occupant (il a notamment abrité des concessionnaires Packard et Mazda). Il demeure l'un des joyaux les mieux préservés de Pasadena, témoignant de cette période dorée où l'achat d'une automobile était une expérience quasi théâtrale.

Colorado Street Bridge

Colorado Street Bridge
Colorado Street Bridge

Colorado Street Bridge est sans aucun doute l'un des monuments les plus spectaculaires et les plus photogéniques de toute la Route 66 en Californie. Inauguré en 1913, bien avant la naissance de la Mother Road, ce chef-d'œuvre d'ingénierie a été conçu pour enjamber Arroyo Seco, un profond ravin qui sépare Pasadena de Los Angeles. Inscrit au National Register of Historic Places, il demeure un exemple exceptionnel d'architecture Beaux-Arts appliquée à un ouvrage d'art civil.

Sa silhouette est immédiatement reconnaissable grâce à sa légère courbure élégante, une prouesse technique pour l'époque qui permettait de s'adapter à la topographie du terrain. S'élevant fièrement à 46 mètres au-dessus du lit de la rivière, ses arches en béton massif étaient, lors de sa construction, les plus hautes du monde pour ce type de matériau. Ses lampadaires en fonte de style édouardien et ses balustrades travaillées ajoutent une touche de romantisme qui tranche avec les structures autoroutières modernes qui l'entourent aujourd'hui.

Colorado Street Bridge
Colorado Street Bridge

Lorsque la Route 66 fut officiellement créée en 1926, elle emprunta tout naturellement ce pont majestueux pour entrer dans Pasadena. Traverser Colorado Street Bridge était alors une expérience forte pour les voyageurs, offrant une vue plongeante et vertigineuse sur le ravin. Cependant, le succès de la route fut tel que le pont, étroit et sinueux, devint rapidement un goulot d'étranglement. Dès les années 1930, le tracé de la Route 66 fut modifié pour bifurquer vers le sud via South Pasadena, empruntant des voies plus larges et moins escarpées.

Malgré cette mise à l'écart du tracé principal et une réputation parfois sombre qui lui a valu le surnom de "pont des suicides", Colorado Street Bridge a été magnifiquement restauré dans les années 1990. Aujourd'hui, il reste une étape de pèlerinage pour les passionnés qui souhaitent parcourir le "vrai" premier tracé de la route. C'est l'endroit idéal pour admirer le coucher du Soleil sur les montagnes de San Gabriel avant de plonger vers les lumières de Los Angeles.

Chicken Boy

Chicken Boy
Chicken Boy

En arrivant au 5558 North Figueroa Street, dans le quartier branché de Highland Park à Los Angeles, vous tomberez nez à nez avec l'une des mascottes les plus surréalistes de la Route 66 : Chicken Boy. Surnommé avec affection la "Statue de la Liberté du poulet frit", ce colosse en fibre de verre de 7 mètres de haut est bien plus qu'une simple publicité : c'est un survivant de l'Amérique des "Roadside Attractions" qui a failli disparaître à plusieurs reprises.

L'histoire de ce géant commence dans les années 1960. À cette époque, la société International Fiberglass Company inondait les routes américaines de Muffler Men, ces statues géantes de type Paul Bunyan (le célèbre bûcheron) tenant généralement une hache ou un pneu. Le propriétaire du restaurant Chicken Boy, situé alors sur Broadway Avenue, dans le centre-ville de Los Angeles, entre entre 4th Street et 5th Street, décida d'en acquérir un pour se démarquer.

Mais pour coller à son menu, il fit appel à un artiste pour une transformation radicale. La tête humaine fut remplacée par une tête de poulet géante, et les bras furent repositionnés vers l'avant pour porter un seau de poulet frit au lieu d'une hache. Ce "bricolage" artistique a donné naissance à l'une des silhouettes les plus reconnaissables du paysage local, mélangeant habilement le folklore industriel et le kitsch commercial.

Le destin de Chicken Boy a failli basculer en 1984, à la suite du décès du propriétaire du restaurant. Menacée de démolition ou de mise à la décharge, la statue a été sauvée de justesse par l'artiste Amy Inouye. Consciente de la valeur sentimentale et historique de ce colosse, elle l'a conservé pendant plus de vingt ans avant de pouvoir lui offrir une nouvelle vie.

Chicken Boy
Chicken Boy

C'est finalement en 2007 que Chicken Boy a retrouvé le grand air, fièrement installé sur le toit de l'agence de communication d'Amy Inouye, Future Studio, à Highland Park. Son retour a été célébré comme un véritable événement communautaire, redonnant au quartier l'un de ses repères les plus insolites. La statue est désormais indissociable de l'identité de Figueroa Street, qui fut l'un des tracés historiques de la Route 66.

L'importance de cette mascotte a été officiellement reconnue en 2010, lorsque le gouverneur de l'époque, Arnold Schwarzenegger, lui a décerné le Governor's Historic Preservation Award. Aujourd'hui, Chicken Boy reste la sentinelle indéboulonnable de la section de la Route 66 traversant Los Angeles. Il marque pour beaucoup la fin (ou le début) de la quête des Muffler Men qui ponctuent la Mother Road à travers tout le pays. Sa présence rappelle avec humour que la Route 66 a toujours été un territoire de fantaisie et d'audace visuelle.

Los Angeles et Santa Monica

Carte détaillée de la Route 66 à Los Angeles et Santa Monica

Official Ends of Trail

Official Route 66 End Sign
Official Route 66 End Sign

C'est l'un des débats les plus passionnés chez les fans de la Route 66 : où s'arrête exactement la Mother Road ? Si l'imaginaire collectif place la ligne d'arrivée sur les bords du Pacifique, la réalité administrative est un peu plus nuancée.

Lors de sa création en 1926, la Route 66 ne voyait pas l'océan. Son terminus Ouest officiel se situait en plein centre-ville de Los Angeles, à l'intersection de 7th Street et Broadway Avenue. À cette époque, le but était de relier le Midwest au centre économique de la Californie.

Aujourd'hui, si vous levez les yeux à l'angle Ouest de cette intersection, vous trouverez un petit panneau commémoratif discret fixé sur un poteau. C'est ici que s'achevait l'aventure pour les premiers pionniers de l'asphalte, au milieu des grands magasins et de l'effervescence urbaine de Downtown LA.

Ce n'est qu'en 1935 que la route fut prolongée pour atteindre la ville côtière de Santa Monica. Le nouveau terminus officiel fut établi à l'intersection de Lincoln Boulevard et Olympic Boulevard. Un panneau commémoratif est installé à l'angle Sud de ce croisement, juste en face de l'emblématique Mel's Drive-in, une étape parfaite pour célébrer la fin du périple avec un burger et un shake. C'est à cet endroit précis que la Route 66 s'arrêtait officiellement jusqu'à son déclassement dans le secteur en 1964.

Contrairement à une idée reçue tenace (renforcée par le célèbre panneau "End of the Trail"), la Route 66 n'a jamais officiellement atteint le Pacifique. Santa Monica Pier se situe en réalité à environ 1 mile au Sud-Ouest du terminus de 1935.

Will Rogers Memorial Plaque

Will Rogers Memorial Plaque
Will Rogers Memorial Plaque

Entre 1935 et 1950, la U.S. Highway 66 Association a mené un combat acharné pour donner une dimension plus héroïque au terminus de la Mother Road. L'idée était double : renommer la route en "Will Rogers Highway", en hommage au célèbre humoriste et philosophe de l'Oklahoma (véritable icône durant la Grande Dépression), et déplacer officiellement la fin du voyage à l'intersection de Ocean Avenue et Santa Monica Boulevard, dans le cadre enchanteur de Palisades Park.

Malgré l'énergie déployée, les autorités de l'époque n'ont jamais cédé, préférant garder le terminus technique à l'intersection plus pragmatique de Lincoln Boulevard et Olympic Boulevard. Pour les ingénieurs, une route nationale devait se connecter à d'autres axes majeurs, pas s'arrêter net devant une plage et l'océan. Mais la ténacité de l'Association a fini par porter ses fruits sur le plan symbolique. En 1952, une plaque commémorative fut finalement scellée à l'angle de Ocean Avenue et de Santa Monica Boulevard, marquant la consécration de Will Rogers.

Will Rogers Memorial Plaque
Will Rogers Memorial Plaque

Aujourd'hui, cette plaque située dans Palisades Park reste pour beaucoup le terminus sentimental de la Route 66. C'est le point où l'asphalte rencontre enfin la brise marine et les palmiers, offrant une conclusion bien plus poétique que le carrefour urbain situé un mile plus loin. S'arrêter devant ce petit monument, c'est saluer la mémoire de Will Rogers, qui disait que "même si vous êtes sur la bonne voie, vous vous ferez écraser si vous restez assis là".

End of the Trail Sign

Route 66 End of the Trail Sign
Route 66 End of the Trail Sign

Si vous vous frayez un chemin à travers la foule joyeuse de Santa Monica Pier, parmi les effluves de churros et les cris provenant des montagnes russes de Pacific Park, vous finirez inévitablement par tomber sur l'un des objets les plus photographiés de toute la Route 66 : le célèbre panneau "End of the Trail". Ce bouclier blanc, planté fièrement sur son poteau face à l'océan, est devenu pour des millions de voyageurs le symbole absolu de l'accomplissement, la ligne d'arrivée d'une traversée épique de près de 4000 kilomètres à travers huit États. Pourtant, derrière ce cliché incontournable se cache l'un des coups marketing les plus brillants et les plus assumés de l'histoire du tourisme californien.

Route 66 End of the Trail Sign
Route 66 End of the Trail Sign
(Johnny Roedel, Pexels)

Contrairement à ce que l'on pourrait croire en admirant sa patine un peu rétro, ce panneau n'a pas été installé lors de l'âge d'or de la Mother Road. En réalité, il n'est apparu qu'en 2009. À cette époque, la ville de Santa Monica et la Santa Monica Pier Restoration Corporation souhaitaient célébrer le 83e anniversaire de la Route 66. Ils ont fait appel à Dan Rice, un passionné de la route et propriétaire de la petite échoppe 66-to-Cali située sur le pier, pour concevoir un repère visuel fort. L'objectif était clair : offrir aux touristes la conclusion cinématographique qu'ils venaient chercher, mais que la géographie officielle leur refusait obstinément.

Route 66 End of the Trail Sign
Route 66 End of the Trail Sign

En effet, la Route 66 ne s'est jamais arrêtée officiellement devant les planches de Santa Monica Pier. Mais pour un voyageur ayant traversé les déserts de l'Arizona et les plaines du Texas, s'arrêter à un feu rouge entre un garage et un fast-food manquait cruellement de panache. Les commerçants de la jetée ont parfaitement compris ce besoin de catharsis : pour que l'épopée soit totale, il fallait que l'asphalte vienne s'éteindre là où l'écume commence.

Le succès fut instantané et colossal. En installant ce panneau "End of the Trail", les acteurs locaux ont transformé une imprécision historique en une vérité sentimentale. Aujourd'hui, personne ne conteste plus la légitimité de ce panneau, car il répond à une logique narrative puissante. Il fallait un point de ralliement physique pour immortaliser la fin de l'aventure.

Route 66 End of the Trail Sign
Route 66 End of the Trail Sign

Ce qui est fascinant, c'est que 99 % des touristes considèrent que leur voyage prend fin ici, sous ce panneau. Il est devenu si emblématique qu'il figure désormais sur presque tous les produits dérivés de la route, au même titre que les stations-service du Texas ou les motels du Missouri.

En fin de compte, le panneau du Santa Monica Pier illustre parfaitement l'esprit de la Route 66 : une route qui, bien que déclassée administrativement en 1985, refuse de mourir et continue de se réinventer à travers ses mythes. Que l'histoire soit "vraie" ou "fabriquée" n'a plus d'importance au moment où vous posez pour la photo, le sourire aux lèvres, avec le vent du large dans les cheveux.

Route 66 End of the Trail Sign
Route 66 End of the Trail Sign

Last Stop Shop

Santa Monica Pier abrite une toute dernière halte incontournable, Last Stop Shop. Nichée à l'extrémité de la jetée, cette petite boutique est littéralement la sentinelle finale de votre aventure. C'est ici, face à l'immensité de l'océan, que s'achève officiellement votre longue quête de souvenirs. Si vous avez su résister aux tentations des échoppes de l'Oklahoma ou du Nouveau-Mexique, vous n'avez plus d'autre choix que de céder une dernière fois à l'appel des T-shirts, des mugs et des innombrables accessoires arborant fièrement le bouclier de la Mother Road.



Clap de fin pour la légendaire Route 66 ! Après 2448 miles avalés et 8 États traversés, vous voilà enfin face aux vagues de l'océan Pacifique. Ce long périple était bien plus qu'un simple road trip : c'est l'accomplissement d'un véritable rêve, un défi, et désormais un souvenir impérissable. De l'effervescence urbaine de Chicago aux plages dorées de la côte californienne en passant par les vastes plaines du Midwest et les étendues arides des déserts du Sud-Ouest, cette aventure vous aura offert une plongée fascinante dans le passé des États-Unis et permit de toucher du doigt l'âme d'une Amérique profonde qui refuse de s'éteindre. La Mother Road ne se parcourt pas, elle se vit.

Votre carte mémoire est sans doute saturée de centaines de photos, mais aucune image ne pourra capturer l'intensité des rencontres fortuites dans un diner perdu ou le silence mystique des déserts de l'Arizona. Ce sont surtout les expériences vécues, les rencontres inattendues et les histoires partagées sur le bitume qui resteront gravées à jamais dans votre esprit. Une aventure humaine et historique qui laisse une empreinte indélébile bien après avoir coupé le contact.

La tête bouillonnante d'images, de souvenirs et d'anecdotes, il est temps de célébrer cette ligne d'arrivée spectaculaire. Quoi de mieux pour clore votre voyage mythique sur la Mother Road que de vous laisser porter par l'énergie vibrante de Los Angeles ? Plongez dans cette métropole tentaculaire en savourant l'ambiance éclectique de Santa Monica et Venice.

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California Historic Route 66 Association

Par dommm063
Mis à jour le 20 février 2026

Bonjour ! Je suis Kodi, l'assistant IA de RoadTrippin.fr. Comment puis-je vous aider ?