Paria Movie Set
Situé dans la partie Sud-Ouest de Grand Staircase-Escalante National Monument, Paria Movie Set est une zone de petites collines de bentonite aux multiples et magnifiques couleurs.
Le secteur fût habité de 1865 jusqu'en 1929. La petite ville de Paria, construite en plein cœur de ce décor extraordinaire, connut une histoire mouvementée, avant de devenir une ville fantôme, puis de retrouver une seconde vie grâce au cinéma hollywoodien dans les années 1970, avant de totalement disparaître...
Aujourd'hui, il ne reste pas beaucoup de traces de cette petite ville, ni des décors de cinéma, mais les collines multicolores de bentonite sont toujours là, illuminées tous les soirs par les rayons du Soleil couchant, offrant un spectacle magique.

Histoire
Bien avant l'arrivée des premiers colons européens, cette région du plateau du Colorado, située le long de Paria River, dans l'actuel Utah, était habitée par les Ancestral Puebloans, également connus sous le nom d'Anasazis, qui laissèrent de nombreuses traces entre 200 et 1300 ap. J.-C. : habitations troglodytiques, greniers creusés dans la roche, pétroglyphes et pictogrammes gravés ou peints sur les parois de grès. Vers le 14ème siècle, ce peuple quitta la région, probablement en raison de sécheresses prolongées et de tensions sociales. La région fut ensuite fréquentée par les Southern Paiutes, peuple nomade qui parcourait ce territoire aride en suivant les ressources en eau et en gibier. Ce sont eux que les premiers colons rencontrèrent à leur arrivée dans la vallée de Paria River.
Le nom Paria, ou Pahreah dans sa forme originelle, est directement emprunté à la langue des Southern Paiutes. Dans leur langue, ce mot désignait l'eau boueuse ou l'eau trouble, en référence aux eaux chargées de sédiments ocre et de limon de Paria River, la rivière qui traverse la vallée, dont la couleur argileuse et rougeâtre est caractéristique des cours d'eau drainant les plateaux de grès de l'Utah. Les pionniers mormons reprirent phonétiquement ce terme, l'écrivant d'abord Pahreah, avant que le nom ne se simplifie progressivement en Paria.
Bien avant que les mormons ne s'établissent dans la vallée, le secteur de Paria était déjà un point de passage connu des voyageurs et des commerçants. En 1829, le marchand mexicain Antonio Armijo ouvrit une route commerciale reliant Santa Fe à Los Angeles, à la tête d'une caravane d'une soixantaine d'hommes. Ce trajet, qui traversait les hauts plateaux du Colorado et de l'Utah avant de descendre vers le désert du Mojave, passa à proximité immédiate du secteur. Cette route, complétée par d'autres voies secondaires créées plus tard, fût baptisée Old Spanish Trail et devint l'un des grands axes de commerce de l'Ouest américain au milieu du 19ème siècle.
Pendant les deux décennies suivantes, Old Spanish Trail fut emprunté chaque année par des caravanes de mulets chargés de draps de laine du Nouveau-Mexique, échangés contre des chevaux et des mules de Californie. Le secteur de Paria constituait une étape stratégique : l'eau de la rivière et les quelques zones herbeuses permettaient aux bêtes et aux hommes de se reposer avant d'affronter les étendues désertiques qui s'étendaient de part et d'autre. La route fut également utilisée par des trappeurs, des explorateurs et, à partir des années 1840, par les premiers émigrants américains cherchant à rejoindre la Californie. Avec la guerre américano-mexicaine (1846–1848) et l'annexion du territoire par les États-Unis, puis la ruée vers l'or de 1849, le trafic sur cette route s'intensifia avant de décliner rapidement avec l'ouverture des voies ferrées.
La région de Paria fut colonisée en 1865 par un groupe de pionniers mormons conduits par Peter Shirts. Cette première colonie prit le nom de Rockhouse, en référence à une solide maison construite en grès rouge au bord de Paria River.
Après la fin de la guerre de Black Hawk en 1867, un conflit qui opposa les colons blancs aux amérindiens Utes, les pionniers commencèrent à affluer dans la région à un rythme soutenu.
L'agriculture y donnait de bonnes récoltes, mais l'irrigation des champs posait de sérieuses difficultés : chaque printemps, les eaux de ruissellement s'infiltraient trop rapidement dans le sol désertique pour arroser correctement les cultures. En 1870, les habitants se résolurent à déplacer la colonie. Un groupe s'installa huit kilomètres en amont de Rockhouse et fonda la ville de Pahreah.
Pahreah se développa tout au long des années 1870, se dotant d'un magasin général, d'une église et de maisons bâties en grès et en rondins. La population atteignit 47 familles.
La ville connut cependant des années difficiles à partir des années 1880. Paria River se déchaîna chaque année de 1883 à 1888, emportant cultures et bâtiments dans ses crues dévastatrices. Les habitants commencèrent à partir les uns après les autres.
En 1892, il ne restait plus que huit familles. Pourtant, la ville se vit attribuer un bureau de poste, désormais enregistré sous le nom de Paria.
En 1911, une petite exploitation minière aurifère fut établie sur le site. Elle fut détruite au bout d'un an par une inondation.
Le bureau de poste ferma en 1914. Le dernier habitant quitta Paria en 1929 : la ville devint alors une ville fantôme.
L'industrie cinématographique s'intéressa par la suite à ce site pittoresque, avec ses falaises et ses collines aux teintes ocre, rouge et mauve, idéales pour le tournage de westerns.
En 1961, le site servit de décor au film Sergeants 3, réalisé par John Sturges et interprété par le célèbre Rat Pack : Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford et Joey Bishop. La ville fantôme de Paria ne convenant pas entièrement aux besoins de la production, les décorateurs construisirent les façades d'une ville entière à quelques centaines de mètres au Sud de la ville fantôme : Paria Movie Set était né.
D'autres productions y furent tournées par la suite, dont The Outlaw Josey Wales (1976), réalisé et interprété par Clint Eastwood.
Le site fut progressivement abandonné. En 1998, de nouvelles inondations endommagèrent gravement les bâtiments. Une équipe de volontaires et d'agents du Bureau of Land Management (BLM) démontra alors les structures restantes afin de les reconstruire dans un secteur moins exposé aux crues.
Malheureusement, en 2006, un incendie détruisit les quelques bâtiments qui avaient été reconstitués, mettant définitivement fin à l'histoire architecturale de Paria Movie Set.
Aujourd'hui, le site est géré par le BLM et reste accessible au public. Il offre un paysage saisissant : quelques vestiges épars, le silence du désert et ces collines bariolées aux teintes ocre et pourpre qui ont autrefois fasciné Hollywood.
Situation
Paria Movie Set se situe le long de la Paria River, entre Kanab et Page. Voir le plan de situation de Paria Movie Set.
Paria Movie Set est accessible via une piste qui part de la grande boucle Nord que décrit la route US89, à mi-chemin entre Page et Kanab (37.185378,-111.995694).
Un petit monument en mémoire de Peter Shirts est situé au départ de la piste, sur un grand parking en terre, marquant l'endroit où il construisit son premier ranch.

La piste part en direction du Nord et au bout de 4.7 miles, vous atteindrez le site de Paria Movie Set, avec les collines de bentonite sur votre droite. Un grand parking est aménagé (37.237252,-111.958273).
Par temps sec, cette piste est en bon état. Par contre, en cas de pluie, elle devient totalement impraticable.

Le parking constitue le point de départ principal pour explorer les lieux, et notamment ce qu'il reste des bâtiments construits pour les besoins du cinéma.
La ville fantôme de Paria se situe à environ 2 kilomètres au Nord-Est du parking. On peut rejoindre le site à pied, mais si votre véhicule est adapté et que la piste est en bon état, vous pouvez continuer sur celle-ci sur un mile pour vous approcher de Paria River et Paria Ghost Town.
L'accès au secteur est totalement libre et gratuit.
Temps de visite
Consacrez une fin d'après-midi à Paria Movie Set, par exemple lors d'un trajet Page <> Kanab.
À voir, à faire
Visualisez l'ensemble des points de vue et randonnées présentés ci-dessous sur cette carte.
Paria Movie Set

Le site de Paria Movie Set s'étire paresseusement le long de Paria River. Ce lieu hors du temps occupe un fond de vallée assez encaissé, cerné de falaises et de collines aux teintes flamboyantes, que la lumière du matin et du soir transforme en tableau vivant. En quelques centaines de mètres de marche, on traverse plusieurs époques : les vestiges d'un décor de western construit par Hollywood, un cimetière pionnier oublié, les fondations d'une ville fantôme engloutie par les crues, et partout, dominant tout, ces collines striées de rouge, d'ocre et de mauve qui ont fait la célébrité du site.

Ce qui frappe d'emblée en arrivant sur le site de Paria, bien avant d'apercevoir les premières ruines, c'est le décor naturel qui les encadre. Les collines qui bordent la vallée de la Paria River ne ressemblent à rien d'autre : striées horizontalement de bandes de rouge sombre, d'ocre brûlé, de blanc crémeux, de rose pâle et de mauve grisé, elles semblent avoir été peintes par une main géante avec une palette volontairement excessive. Ces teintes ne sont pas le fruit du hasard : elles reflètent la composition minérale de chaque couche géologique, alternant grès ferrugineux, argiles, calcaires et dépôts volcaniques accumulés sur des millions d'années.

La lumière joue un rôle déterminant dans la perception de ces collines. À l'aube, quand les premiers rayons rasants viennent frapper les strates, les contrastes sont saisissants : les zones d'ombre et de lumière découpent les reliefs avec une précision chirurgicale, faisant ressortir chaque ride, chaque anfractuosité, chaque coulée de couleur. En milieu de journée, la lumière zénithale aplatit les volumes mais intensifie les teintes, donnant aux collines un aspect presque irréel, comme surexposé.

Le soir, à l'heure dorée, l'ensemble se réchauffe et vire à l'orange profond : c'est sans doute le moment le plus photographié du site. Il est donc préférable de visiter les lieux en fin d'après-midi, pour bénéficier d'une lumière rasante et douce, venant éclairer les collines de la plus belle des manières et créant un jeu d'ombre des plus photogéniques.

Pour qui s'intéresse à la géologie ou à la photographie de paysage, ces collines constituent à elles seules une raison suffisante de faire le détour. Les formations visibles à Paria appartiennent principalement à la formation de Chinle (Trias supérieur) et à la formation de Moenave, deux séquences sédimentaires caractéristiques du plateau du Colorado, que l'on retrouve dans tout le Grand Staircase-Escalante. Mais nulle part ailleurs elles n'offrent une telle lisibilité : dénudées par l'érosion, sans végétation pour en masquer les détails, les collines de Paria sont comme un manuel de géologie à ciel ouvert : vertigineux, coloré, et absolument silencieux.

À quelques minutes à pied à l'Est du parking, vous découvrirez les maigres vestiges de ce qui fut Paria Movie Set : quelques pans de murs calcinés, des fondations en bois noirci, des planches éparses au sol. L'incendie de 2006 a en effet presque tout emporté. Ce qu'il reste est peu de chose sur le plan architectural, mais cela suffit, étrangement, à faire surgir l'image de ce que le site fut : une rue de western reconstituée, des façades de bois grisé dressées face aux collines bariolées, un décor de cinéma planté au milieu du désert de l'Utah.

On devine plus qu'on ne voit : ici l'emplacement d'un saloon, là ce qui fut peut-être une écurie ou un bureau du shérif. Le silence est absolu, rompu seulement par le bruissement de la Paria River toute proche. Des panneaux informatifs du BLM et quelques photographies d'époque permettent heureusement de redonner vie au site, et d'imaginer Frank Sinatra et le Rat Pack arpentant ces ruelles en 1961, ou Clint Eastwood sous ce même ciel d'un bleu profond. Ce qui reste ne vaut pas ce qui fut, mais le cadre naturel, lui, est intact.

À un peu d'un kilomètre au Nord, se trouve le petit cimetière de Paria, l'un des endroits les plus émouvants du site. Une clôture délimite une petite parcelle où reposent les pionniers mormons qui tentèrent de bâtir une vie dans cette vallée inhospitalière au cours du 19ème siècle. Les pierres tombales, pour la plupart taillées dans le grès local, sont simples, sobres, usées par le temps. Le cimetière compte une vingtaine de tombes. Certaines sont illisibles, d'autres portent encore des noms et des dates qui racontent, en quelques chiffres, des existences brèves ou des destins tragiques.

Ce cimetière est un lieu de recueillement inattendu au milieu du désert. On y lit la chronologie d'une communauté qui résista aux crues, à la sécheresse et à l'isolement avant de se disperser progressivement. Plusieurs sépultures sont celles d'enfants, témoignage silencieux des conditions de vie difficiles qui prévalaient dans ces contrées reculées.

Pour rejoindre les ruines de Paria Ghost Town, il faut traverser Paria River à gué. La traversée est généralement aisée en dehors de la saison des pluies : la rivière ne dépasse que rarement la cheville ou le genou selon la période de l'année, mais il convient de se renseigner au préalable sur les conditions, notamment au printemps lors de la fonte des neiges. Une fois de l'autre côté, le paysage change de nature : on quitte la rive aménagée et balisée pour entrer dans un espace plus sauvage, où la végétation laisse place aux étendues de sable et de roche.

Les vestiges de Paria Ghost Town sont discrets : quelques fondations, des murs en pierre, des morceaux de charpentes écroulées, des dépressions dans le sol qui trahissent l'emplacement d'anciennes caves ou de citernes. La ville fut si souvent ravagée par les crues de la Paria River que peu de choses ont survécu. Pourtant, se tenir sur ce sol et savoir que des familles entières y vécurent, y cultivèrent, y élevèrent leurs enfants, confère à l'endroit une densité particulière.

Le site n'est pas spectaculaire au sens visuel du terme, mais il est profondément évocateur. Il y a quelque chose d'émouvant dans ce contraste d'échelle : voir ces petites maisons blotties au pied de ces falaises immenses, et imaginer des enfants jouant au bord de la rivière et le quotidien paisible d'un village pionnier perdu dans un décor à couper le souffle.

Photos
Hébergements
Hôtels
Campings
Un petit camping avec tables, grils et toilettes à fosse est présent à côté de Paria Movie Set.
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Météo
Altitude moyenne : 1450 mètres
| Donnée | Année | Janv. | Fév. | Mars | Avr. | Mai | Juin | Juil. | Août | Sept. | Oct. | Nov. | Déc. |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Température moyenne (°C) | 22 | 8 | 11 | 16 | 21 | 28 | 33 | 36 | 34 | 30 | 22 | 14 | 8 |
| Nombre de jours avec T° max > 32°C | 88 | 0 | 0 | 0 | 0 | 6 | 21 | 28 | 23 | 10 | 0 | 0 | 0 |
| Nombre de jours avec T° min < 0°C | 122 | 28 | 22 | 15 | 5 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 3 | 19 | 30 |
| Nombre de jours avec pluie | 55 | 4 | 6 | 6 | 5 | 2 | 2 | 6 | 8 | 5 | 6 | 3 | 4 |
Cartes
Carte interactive de Paria Movie Set
Aux alentours
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Attention, il n'y a pas de route directe entre Paria Movie Set et la Cottonwood Canyon Road, il faut repasser par l'US89.
La région Sud de Grand Staircase-Escalante National Monument regorge de sites fabuleux et préservés : Paria Rimrocks, Wahweap Hoodoos, White Rocks...
Par Straw, stseiya, dommm063
Mis à jour le 18 février 2026




