Jour 21 – 6 Mai 2019
Après cette nuit avec des étoiles plein les yeux, le réveil sonne à 4h30. Ça pique ! Néanmoins, j’ai envie de profiter du parc jusqu’au bout et j’embarque donc mon matériel photo pour aller profiter du lever de soleil sur les gobelins. Il fait encore noir, mais l’horizon commence à se teinter de ses teintes orangées, signe que le soleil ne va pas tarder à apparaître.
Avec les jeux de lumière, les monticules pas loin des three sisters me font penser à l’histoire des trois brigands de mon enfance, j’ai l’impression d’être observée. Je vais donc rester bien sage (comme toujours voyons !

).
Assez de blabla, place aux images, qui retranscriront bien mieux la réalité que mes mots… et encore, il faut le vivre pour le ressentir !
Vous ne vous sentez pas observés vous ?
Les 3 sœurs. Je n'ai pas goûté et ne sais donc pas si elles sont bonnes
Ici, pas de riz au lait, mais du vie au lait
Encore un illuminé!
Je resterai une bonne heure sur place, à profiter de l’ascension du soleil. Nous sommes très peu nombreux sur le site, encore une fois, je me sens paisible dans cet environnement rocheux naturel.
Après avoir profité au maximum de ce parc, il est temps de reprendre la route vers de nouvelles découvertes

.
Sur le trajet, je m’arrête dans une station pour nourrir ma petite
voiture. Le monsieur, très sympa, me dit de revenir rechercher ma monnaie si je n’utilise pas tout. Merci monsieur, mais après 20 jours sur place, et déjà plusieurs centaines de kilomètres avalés, je commence à être habituée !
Je re-rentrerai quand même – pour vider mon réservoir personnel -

. Il me propose de me servir en café, mis à disposition gratuitement pour ceux qui prennent de l’essence. Merci Monsieur ! Après la nuit entrecoupée, ça fait grandement du bien. Peut-être qu’il a vu sur ma tête que j’étais crevée
Avoir Roadtrippin, pas besoin du Routard. D'ailleurs, moi je préfère prendre la route tôt
Quelques miles plus loin, j’arrive au parc du jour :
Capitol Reef. Je m’arrête aux quelques premiers points de vue sur la partie est du parc. En premier, la célèbre Behunin Cabin, qui est encore plongée dans l’ombre à cette heure matinale (il est à peine 8 heures).
La partie la plus accessible du parc est la Fruita area. Situé le long de la Fremont river, c’est le lieu qu’on choisit les pionniers mormons pour s’installer à la fin du 19ème. Outre la Behunin Cabin, la Fruita schoolhouse représente un autre des vestiges de leur passage dans la région.
Le parc est surtout célèbre pour ses formations rocheuses colorées âgées de dizaines de millions d’années. Son nom est tiré de la forme de certaines roches issues d’un ancien récif corallien, lorsque la zone était recouverte d’une mer.
Le parc a été habité par le peuple amérindien de la culture Fremont entre le VIIè et XVIIè siècles, puis par les Païutes et Utes qui y ont chassé et cueilli. Le peuple Fremont, composé de quelques familles, vivait dans des habitations semi-troglodytes (creusées dans les roches à flanc de montagne). Outre la chasse du gibier et la culture des terres arides, ces peuples confectionnaient des chaussures à l’aide de fibres végétales locales et réalisaient des poteries en argile. Des pictographes et des pétroglyphes ont été réalisé pour retracer leur façon de vivre.
C’est d’ailleurs le thème de mon arrêt suivant. Ici, les pétroglyphes sont un peu moins visibles et nombreux qu’à d’autres endroits que j’ai pu découvrir, mais ce profond sentiment de respect et d’admiration pour ces traces historiques est toujours présent.
Passage ensuite par la Fruita schoolhouse. Ça devait quand même être sympa comme environnement pour les récrées !
L’école a fermé en 1941, à cause de la Seconde Guerre mondiale.
A la fin du XVIIIè les premiers explorateurs envahirent la région avant que des mormons ne s’y installent après 1875. Ceux-ci profitent de l’eau de la rivière Fremont pour pratiquer l’agriculture, de nombreux vergers d’arbres fruitiers sont plantés dans la région. La population se compose à l’époque de moins de dix familles.
Le parc est nommé monument national sous le nom de Wayne Wonderland NM en 1937. De 1943 à 1950, le NM n’est surveillé que par une seule personne – bénévolement qui plus est.
Depuis 1960, les propriétés du parc appartiennent au National Park Services et seules quelques-unes sont entretenues dans le but de préserver l’histoire de la région. Les vergers, qui comprennent plus de 2500 arbres, sont entretenus par le personnel du parc.
Malheureusement, je n’y passerai pas au bon moment de l’année pour pouvoir en profiter.
La route me mène au Visitor Center, où une
voiture libère une place juste devant moi. C’est cool, car un programme de Ranger est prévu dans quelques minutes. Le temps pour moi de demander le livret de Junior Ranger à l’accueil et je suis tout ouïe.
Le thème sera la géologie et l’eau dans le parc.
Le parc est composé de 19 couches rocheuses différentes, superposées en ‘’pancake layers’’ : c’est-à-dire que la plus vieille est en bas (quand on fait des pancakes, les plus vieux se retrouvent en bas de l’assiette).
La couche inférieure est la Kaibab limestone, qui s’est déposée il y a 270 millions d’années et que l’on peut observer à Goosenecks overlook. A ce moment-là, Capitol Reef était sous l’eau, on aurait pu faire du snorkeling (et Emmanuelle nous aurait fait un carnet avec plein de jolies photos de poissons). Cette couche est également celle la plus haute du Grand Canyon, c’est-à-dire une des plus jeunes du lieu (alors qu’à Capitol Reef, c’est l’une de plus vieilles).
Il y a 245 millions d’années, la région était en bordure d’océan. On a donc des vagues sur la plage, ces mouvements sont préservés dans la roche Moenkopi. L’Utah était assez proche de l’équateur à l’époque, avant de remonter peu à peu vers le Nord (38°) grâce aux mouvements tectoniques. Ainsi, des climats différents ont pu être observés dans la région.
Lors de la Chinle formation, il y a 225 MA, la zone était marécageuse et ça puait. Pas mal de traces géologiques ont pu être préservées dans cette eau stagnante, dont du bois pétrifié (ou des dépôts d’uranium).
Plus récemment (quasiment hier, il y a 180 MA), la région était un immense désert avec des dunes et des étendues de sable plus grandes que le Sahara actuel. Alors qu’à Capitol Reef la couche de Navajo Sandstone est assez claire, à Zion elle est encore rouge. Ceci est dû au fer qui a été emporté par l’eau à Capitol Reef et qui forme des formations secondaires.
La Mancos Shale, 90 MA, est assez jeune. A ce moment-là l’océan recouvrait à nouveau Capitol Reef. Ainsi, la roche s’est déposée au niveau de la mer.
Pour exposer les roches, il a fallu des mouvements tectoniques. Ceux-ci ont élevé la roche à plus de 2 000 mètres d’altitude, l’exposant aux éléments, formant les Waterpockets. Enfin, des immenses rochers provenant de la Boulder Moutain ont été libéré des glaciers lors de la fonte et transportés par la rivière Fremont. Aujourd’hui encore, ces immenses rochers se détachent de la roche.
Je m’installe au
camping qui est super chouette ! Les espaces sont plutôt grands et au milieu des arbres, j’adore !
" ... the light seems to flow or shine out of the rock rather than to be reflected from it'' Clarence Dutton, 1880s