-JOUR 3-
2.00 am
Las Vegas.
Quelque part.
Allongée sur un matelas à même le sol, elle ne dormait pas.
Ses yeux avaient mis du temps à s’adapter au nouveau manque de lumière hier soir, mais à force de tâtonnement, elle avait trouvé un interrupteur qui alimentait une ampoule au plafond. Elle eut vite fait le tour de la pièce. Un matelas, une table scellée au mur, pas de chaise, et dans un réduit, un sanitaire et de quoi faire un peu de toilette.
L’unique fenêtre était si bien obstruée qu’aucune lumière ne filtrait. Les murs étaient recouverts de contre-plaqué, renforçant l’isolation phonique. Crier ne servirait à rien. La porte, elle, n’était pas en acier, comme celle qu’elle avait vue en arrivant, juste du bois, et deux gros verrous la condamnait.
Les sens en éveil, concentrée, elle faisait un point sur sa situation.
Depuis trois jours, les événements s’étaient enchaînés très rapidement, trop…
Deux certitudes.
Elle était à
Las Vegas, une ville qu’elle connaissait bien. Mais où à L.V. Sans doute une fois les yeux bandés, avait-il fait tours et détours pour la désorienter.
Et puis Jean-Luc était à ses trousses. L’autre lui avait confirmé hier soir, en lui apportant de quoi manger. D’ailleurs, ses paroles lui résonnaient encore aux oreilles.
« -Tiens, voilà à manger. Prends tes aises on est là pour quelques jours, enfin si ton Jean-Luc a trouvé l’indice… Il faudrait que je l’appelle pour savoir. Mais non, je vais le laisser mariner un peu. On verra demain. »
Elle le connaissait bien son Jean-Luc, et elle savait qu’il avait trouvé l’indice.
Elle se surprit même à le voir déboulé comme un fou à travers la maison…
La situation était donc délicate, mais pas désespérée.
Et cette porte en acier, que cachait-elle. Elle ferma les yeux, et écouta les bruits de la maison. La nuit, sans pollution sonore, il était plus facile de reconnaître les sons.
Comme ce petit clic, suivit du bourdonnement du ventilateur du groupe froid extérieur qui s’enclenche. Pourtant, lorsqu’il s’arrêta, un autre bourdonnement se faisait entendre. Un autre groupe froid ? Sûrement, mais plus gros, plus puissant. A quoi pouvait-il servir pour une maison de cette taille ?
Le bruit de la porte métallique se refermant lui fit ouvrir les yeux. Elle entendit l’autre dans le couloir.
« -Ha, tu veux plus de temps pour payer… »
Le bruit des bouteilles qui s’entrechoquent dans la porte du frigo… Une chaise dans la cuisine…
« -Bon, ok, je t’accorde 12 jours de plus, sinon après tu disparais. »
Mais avec qui discutait-il ? En Français…
« -Booon, ok, je t’acccoorde 12 jooours »
Il répétait, mais en articulant les mots…
Il TAPE, il tape sur un clavier. Sa déduction mit tous les éléments à leur place.
La porte en acier, le groupe froid, cette discussion… Tout cadrait. Cet enfoiré avait repris son ancienne activité, ici, aux États-Unis, et il jouait sur deux tableaux.