(désolé mais au début du voyage, on as pas pris bcp de photos. Plus tard, on s'est rattrapé, rassurez-vous, j'en mettrais ...)
Quand le réveil sonne, c'est rarement une bonne nouvelle.
J'ai d'ailleurs souvent eu envie de le fracasser.
Mais ce matin, je l'aurai embrasser tellement j'étais heureux.
Après un an de préparation, d'économie et d'attente : on part en Amérique !
Après 40 ans passés à rêver de ce jour, il est enfin arrivé : ce soir, on dort à NYC !
Moi qui d'habitude, laisse le réveil sonner une bonne dizaine de fois,
Aujourd'hui, je me lève d'un coup et je saute littéralement du lit.
Je vais d'un coté à l'autre de la pièce, stressé, énervé, excité.
On dirait un gamin le matin de Noël.
Ma femme me dit : «
Mais calme toi ! »
Non mais elle se rend pas compte ou quoi ?
On part en Amérique, quand même !
Et elle croit que je vais rester calme … Elle est gentille …
Ce matin, il ne reste qu'une chose à faire :
Vérifier une énième fois les valises.
Tout y est, on en est sûr et certain, on a déjà vérifié, on a aucun doute ...
Mais on vérifie quand même ...
A un moment, j'ai vraiment pensé que ça tourné plus très rond là-haut.
Rigolez pas, je suis sûr que vous faîtes pareil !
Les parents arrivent, ils vont nous conduire à Paris.
Et même dans la voiture, j’arrête pas :
Vérification des carte bancaires, des passeports, des dollars …
Maintenant, j'en suis sûr, ce voyage est en train de me rendre fou.
Je commence à croire que ma belle-mère avait raison
Elle qui me trouve assez souvent «
dérangé » ...
Deux heures de trajet et 11 ongles rongés plus tard
(Oui, il y en a un que j'ai rongé deux fois)
Nous arrivons enfin en vue de l'aéroport.
Et là, j'ai compris pourquoi les paires de ciseaux y étaient interdites ?
Moi, je pensait bêtement que c’était pour des questions de sécurité dans les avions.
Mais non, pas du tout !
En voyant «
Aéroport Charles de Gaulle » marqué en grand,
Ma femme me dit : «
Tiens, t'es sûr que c'est pas à Orly qu'on devait aller ? »
Un an ! 12 mois ! 52 semaines passées à préparer ce voyage
Et elle me demande si je me suis pas trompé d'aéroport !
Je vous promet sur ce que j'ai de plus cher au monde
(Mon maillot des bleus dédicacé par Zizou … ou ma fille, j'hésite)
Si j'avais eu une paire de ciseaux entre les mains
Sa langue, je la lui coupais direct !
Bon, j'avoue que j'ai quand même vérifié, en cachette, discrètement,
Si je m'étais pas gouré d'aéroport ...
Enregistrement des bagages,
Contrôle de sécurité,
Tout se passe bien et rapidement.
Le stress retombe un peu.
Et puis sans qu'on s'en rende compte,
Avant même qu'on trouve le temps long,
Nous voilà déjà installés dans l'avion.
Moi, vous l'aurez deviné, je suis sur-excité.
Ma fille, comme son père, sur-excitée elle aussi.
Ma femme ? Comment dire ?
Vous connaissez la fameuse lessive,
Celle qui lave « plus blanc que blanc » ?
J'ai l'impression qu'on a lavé son visage avec.
Plusieurs fois.
Et qu'on a bien frotté.
Et ça ne va pas aller en s'améliorant …
L'avion démarre, fait deux ou trois tours de pistes,
Puis le commandant prend la parole.
Là je me dis, il va nous sortir les banalités d'usage.
Et en fait, pas du tout …
J'avoue que j'ai pas tout compris ce qu'il nous a dit,
Mais deux mots sont clairement ressortis :
« Problème » et « Moteur »
Et le pire, c'est qu'ils étaient dans la même phrase !
J'ose même pas regardé ma femme !
La dernière fois que ça m'était arrivé,
C’était quand, pour notre anniversaire de mariage,
Elle m'avait offert Venise
Et moi, un cadre photo …
(Pour ma défense, je l'avais fabriqué moi-même)
Je prends alors mon sourire «
T'inquiète, ça va aller»
(Oui, j'en ai plusieurs que je travaille le soir devant la glace)
Je me tourne vers elle doucement
Et je remarque qu'elle me fait son sourire
«
Mais pourquoi tu m'as emmené dans cette galère »
(Oui, elle aussi en a plusieurs,
Le plus célèbre étant son sourire «
J'étais bien, célibataire »)
Deux heures plus tard, je remonte dans l'avion,
Bien décidé à n'en ressortir qu'à New York.
Je m'en fous si les moteurs tombent en panne,
Si on perds une aile en route,
Ou si on a mis du super à la place du gasoil :
Cet avion m’emmènera en Amérique,
De grès ou de force.
Le commandant a du sentir que je ne rigolais pas,
Parce que cette fois ci, c'est la bonne,
Il prends son élan, accélère et s'envole.
Au même moment, deux sièges plus loin,
Un cachet d'aspirine récuré à la lessive
Est en train de bousiller la main de ma fille ...