-JOUR 15-
7.00 am
Sur la route.
Quand il ouvrit les yeux, les premières lueurs du matin pointaient au travers du pare-brise. Il avait dormi dans la
voiture. Fatigué, il avait dû se résoudre à ne pas rallier le dernier
motel avant de rejoindre sa planque à
Fresno. De toute façon, le réservoir du Cherokee étant presque à sec, le parking de cette station essence tombait à pic. Emmitouflé dans une couverture, il avait bien dormi, mais avait faim. D’abord, donner à boire à la
voiture. Alors qu’il remplissait le réservoir, son regard fut attiré par une
voiture qui freinait devant la station, puis qui reprit sa route. Cette
voiture, il l’avait déjà vu, mais où…
Beatty, je l’ai vu à
Beatty. C’est eux qui prenaient le pickup en photo. Merde, je n’aime pas les coïncidences… Sûr que c’est moi qu’ils cherchent. S’ils sont à la solde de Pascale, ça veut dire qu’elle et Jean-Luc ne sont pas loin. Et dire que j’allais les mener tout droit à ma planque.
Dans sa tête, venait de naître un petit scénario.
Hé, hé, hé, la voilà ma revanche…
7.05 am
Sur la route.
Dans le SUV.
-Tu crois que c’était lui, Chéri- chéri ?
-Je pense oui, un type avec le bras droit en écharpe, et une vielle Cherokee. C’est lui, sûr.
-Il faut que j’envoie un message. Gare-toi vite, je chope de la 4G là.
-OK,OK.
-Voilà, c’est fait. Tu crois que j’envoie une photo aussi ?
-Non, tu sais bien que ton compte Rkcilf est plein…
7.08 am
Wofford Heights.
Barewood Inn
Connectée depuis quelques minutes, Pascale lut le message.
-Hey Jean-Luc, 13kgl, vient d’envoyer un message, il n’est pas loin, elle l’a vu dans une station-service à Lindsay.
-Qui ça ?
-13kgl, tu sais, elle est spécialisée dans les « carnets roman ».
-Ha oui, bon on charge la
voiture, et on file. C’est bizarre que le Boss n’ait pas appelé.
-Oui, c’est bizarre.
Knock, knock, knock.
Tous deux sortirent leur flingue, les pointant dans la direction de la porte.
-C’est moi, c’est le Boss.
Ouvrant la porte, Pascale,
-Mais qu’est ce que tu fous là ?
-Ah, j’y tenais plus, vous vous rapprochez de lui, et moi je reste inactif… J’ai roulé toute la nuit pour vous rejoindre.
-Content de te voir, dit Jean-Luc.
-Et moi, content de vous voir tous les deux.
-Il a été vu à 70 miles dans une station-service. On allait partir.
-Je viens avec vous.
8.30 am
Sur la route.
-Sa planque doit-être à
Fresno, la route nous y mène tout droit.
-Oui, sûrement, mais regarde plutôt où tu roules Jean-Luc. Tiens, ralentis, on arrive à la station où il a été vu.
Se garant devant la station, le portable du Boss émis un « blurp ». Une notification.
-J’ai de la 4G, je me connecte au site… Merde, il ne va pas sur
Fresno, le Cherokee est garé sur le parking du Général Sherman Tree dans Séquoia Park.
-Mais que fout-il là-bas ?
Jean-Luc jeta un coup d’œil au retro pour regarder le Boss, et se tourna vers Pascale.
-Il nous attend. Je ne sais pas comment il sait que nous le suivons, mais il nous attend.
11.15 am
Général Sherman Tree.
A leur tour, ils se garèrent sur le parking Du Général. Le Cherokee était bien là, et deux ou trois autres véhicules. Ce n’était pas l’affluence des grands jours, et c’était mieux au cas où il y aurai du grabuge.
Pascale cassa la lunette arrière du Cherokee avec la crosse du Beretta, et ouvra le coffre. Elle y trouva un tee-shirt imbibé de sang, et quelques provisions. Elle espérait trouver un laptop, mais le reste de la
voiture était vide.
-Boss, tu viens avec moi. Pascale, tu restes à la
voiture au cas où on le loupe et qu’il revienne.
-Mais… OK
Après avoir vérifié leurs munitions, ils s’engagèrent sur le chemin qui menait au géant de la forêt.
11.30 am.
Général Sherman Tree.
De sa main valide, il avait confectionné un support pour son flingue. Coincé dans un repli d’un arbre, il ne pouvait plus bouger, et permettait à sa main gauche d’assurer la pression sur la détente. De sa planque, la vue sur le sentier lui était ouverte, alors que lui restait invisible. Pascale et Jean-Luc n’allait pas tarder, il en était sûr. Lorsqu’il entendit des pas sur le chemin, il arma le chien et se concentra. Jean-Luc entra le premier dans sa ligne de mire, mais ce n’était pas lui qu’il voulait. Pascale, ne devrait être que quelques mètres derrière.
-Mais que fout-il là celui-là ? Merde c’est leur Boss, mais que…
-A TERRE…
Elle se tenait là, 5 mètres derrière l’effaceur. Elle avait ignoré injonction de Jean-Luc de rester à la
voiture. L’effaceur la voulait à elle, alors c’était à elle de le trouver. Après avoir attendu 3 minutes, elle était passée à travers bois, contournant un épais bosquet, elle avait fini par le repérer. S’approchant doucement, elle avait remarqué son flingue contre l’arbre, et au moment de sauter sur l’effaceur, Jean-Luc et le Boss se trouvaient dans sa mire.
-A TERRE…
Réagissant de suite, le Boss et Jean-Luc plongèrent derrière un arbre.
L’effaceur sursauta. Il pivota sur lui-même, et, à son grand étonnement vit Pascale. Il essaya de récupérer son flingue, mais il était trop bien coincé. De toute façon, Pascale, jambe droite détendue, le faucha. Il tomba sur son épaule droite, et cria de douleur. Alors qu’elle se jetait de nouveau sur lui, il saisit un morceau de bois, et le lui jeta au visage. En esquivant, elle perdit l’équilibre et tomba sur le dos, s’étourdissant un petit peu. Il en profita, se remit sur ses jambes, et partit en claudiquant. L’échauffourée n’avait pas durée 15 secondes. Jean-Luc et le Boss, arme au poing, arrivèrent.
-Il est partit en courant, il va rejoindre sa bagnole.
-Je lui cours après, dit le Boss.
En arrivant sur le parking, le Cherokee reculait, puis dans un crissement de pneu prit le large. Le Boss monta dans la
voiture, mais les clés n’étaient pas sur le contact. Pascale devait les avoir sur elle.
11.45 am
Sur la route.
Séquoia Park.
Le Cherokee stoppa net au bord de la route. L’effaceur, descendant rapidement, se dirigea derrière une souche, récupéra son laptop enveloppé dans un sac plastique, et reprit la route. Le goût du sang dans la bouche,Il savait que cette fois c’était fini pour lui. Dans l’impossibilité de se rendre à sa planque sans définitivement tout perdre, il ne lui restait qu’une solution : la fuite en avant.