Hello,
Aller : la suite. On part un peu plus côté sud puis vers l'est
Lundi 3 juillet 2017
Tuba City > Holbrook AZ - 372 km - 5h
L’âme des peuples anciens
- Ma chérie, surveille bien, à droite au kilomètre 337, il faudra tourner à gauche pour aller voir Coal Mine Canyon
- D’accord …
A 33 km …
- Mais, on est trop loin… Tu n’as pas regardé, mais enfin, sois un peu plus attentive, je t’ai dit qu’il y avait une éolienne …
- Je ne l’ai pas vu, ce n’est pas grave, fais demi-tour
A droite toute …
- Oh ! Oh !, regarde, c’est fabuleux
- Grandiose !
Ce canyon est une surprise absolue, car seul un drone peut le voir ! Il faut impérativement arriver sur le bord de la falaise pour saisir les dimensions, contorsions et perspectives offertes par cette originalité géologique.
C’est le petit frère du
Grand Canyon du Colorado. Navajos et Hopi se partagent la gestion de ce site grandiose, Navajos en haut et Hopi au fond du canyon.
Je surveille obstinément mon héros, qui a la fâcheuse habitude de s’approcher trop près du bord. Décidemment, impossible de le corriger, il n’en fait qu’à sa tête !
(en fait pour Nicole, à 20m du bord c'est déjà le bord
)
Tout près d’ici, à quelques dizaines de mètres, un troupeau de vaches aux cornes redoutables, nous invite à garder nos distances. Pas très sympathiques les filles !...
Pourtant, j’aimerais tellement échanger avec ces hommes et femmes navajos éleveurs de bovins … Je risque quelques pas dans leur direction, puis me ravise … Non, ce n’est pas bien !
- Je vais sur ce piton, attend-moi là, me dit Hubert
- D’accord
Je descends alors dans une combe, quand soudain à trois mètres de moi, une vache solitaire me surprend et semble dire :
- Halte là !
- Ok, excuse-moi belle noiraude, tu es chez toi, pas moi !
Honteuse et pas fière, je prends la poudre d’escampette, on ne sait jamais !...
Comme d’habitude, Hubert se fait attendre, il éprouve un plaisir certain à jouer avec mes inquiétudes, ça le rassure certainement ! Allons savoir, avec les hommes !...
Coal Mine Canyon > Wupatki – 131 km
Direction plein sud, d’importantes coulées de neige dessinent les reliefs de Humphreys Peak à 3851m.
Le confort de la route fraîchement goudronnée et ses aménagements touristiques, contrastent avec la pauvreté des maisonnettes indiennes. C’en est presque indécent.
Wupatki éveille en moi émotions et questionnements en tous genres. Entre 1400 et 1500m d’altitude, 2668 sites de monuments ont été identifiés dans cette région.
La vue panoramique sur ce grand désert de l’
Arizona nous renvoie à notre taille de lilliputiens !
Casse-croûte dans la
voiture climatisée avec vue sur Wukoki Pueblo, nous sommes seuls au monde …
« Ho là là ! Que les portes sont basses ! »
Un bébé langé, pauvre petit, aucune liberté d’action !... C’était avant …
Les villages pueblos aux ruines silencieuses correspondent à notre moyen âge. Les édifices de pierres rouges, révèlent une parfaite organisation des peuples Anasazi et Sinagua.
Cependant, dès 1225, la plupart des habitants étaient partis. Sécheresse, problèmes sociaux, pauvreté des sols ou maladie… Le
Mystère demeure.
Extrait de « Quand le climat écrit l’histoire »
Les sociétés ne sont pas fixes. La vision d’un monde stable va laisser la place à celle d’un univers fluide, secoué de transformations de plus en plus rapides. Les civilisations se développent, vivent de soubresauts et s’effondrent. Le climat n’est pas plus immuable… l’environnement influe sur le destin des sociétés …
Nous avons pénétré et visité les trois villages de Lomaki, Wupatki et Wukoki pueblos avec curiosité et empathie.
Le vent rend la visite très supportable, je dois tenir mon chapeau en permanence.
Sensibilisée par l’âme des peuples anciens, j’en garde un souvenir chargé d’émotion. J’étais bien …
Wupatki > Sunset Crater Volcano > Meteor Crater – 82 km
Quelques kilomètres plus loin, sous une température tout à fait douce, la balade sur les pontons du Lava Flow Trail et le point de vue de Bonito Lava Flow de
Sunset Crater Volcano, a également été très agréable.
Le magma de notre planète ne fait pas de jaloux, il rejette en
Arizona les mêmes scories qu’au Piton de la Fournaise à La Réunion.
Souvenirs intenses de paysages déchiquetés et hostiles …
Plus haut, le cône d’une hauteur de 300m attend le vaillant marcheur.
Météor Crater est le plus grand cratère et le mieux conservé au monde. Il a été découvert au 18ème siècle par les premiers colons et provient d’un impact de météorite en plein cœur du désert arizonien. Cet impact se serait produit il y a 50000 ans, période des grands mammouths.
Sa profondeur est de 175m soit l’équivalent d’un immeuble de 60 étages et sa circonférence de 4,5 km. Il fut acheté en 1903 par un ingénieur des Mines, Daniel Moreau Barringer, ceci dans le but d’effectuer de nombreux forages (zones blanches sur la photo) à la recherche de nickel, métaux ferreux et autres. Ces recherches n’ont été que déceptions.
L'endroit fut utilisé dans les années 1960 comme camp d'entraînement de la NASA par les astronautes du programme spatial Apollo 11.
L’impact géologique de cette météorite, autre messagère de l’espace nous laisse sans voix. Je n’ose imaginer les conséquences de ce bombardement puissance X sur la vie animale ou végétale et lis avec grand intérêt le bref historique en français !
- Merci mon chéri, tu connais mon goût pour la géologie et l’univers, je suis comblée
Un bémol malgré tout, Hubert a eu un coup de chaud
- Je sens que tu n’es pas bien, que se passe t-il ?
- Pas trop bien, effectivement
- Fais attention, ne tombe pas, tu vas casser l’appareil photo
- Ok, ce n’est pas moi qui t’inquiète, mais l’appareil
- Mais non ! je voulais dire, ne te casse pas la margoulette, tu vas te faire mal ! bien sûr, l’appareil est bien secondaire !
Traverser ce grand désert sur des routes uniformément droites, est assez "somniférant". Cependant, quelques gouttes de pluie et un arc en ciel totalement inattendu nous réveillent. Dans ce ciel à perte de vue, un orage est un si petit détail ! Je dirais presque un pipi d’oiseau !
Nous sommes cuits, ratatinés, fatigués et impatients d’arriver à
Holbrook. Hubert a repéré quelques restaurants, susceptibles de nous rassasier …
A peine arrivés en ville, des sons de percussions me titillent l’oreille. Je saute de la
voiture, sac à dos et caméscope en main, toute fatigue oubliée, je cours en direction du jardin public à deux pas d’ici.
- Viens vite, ce sont des danses et chants indiens
- On ira après, j’ai faim
- Non, tout de suite
Et comme je lui ai déjà échappé, il n’a d’autre choix que de me suivre !
Enfants et adultes sont parés de magnifiques et chatoyants costumes de fête, assortis d’une ribambelle de clochettes. Je suis subjuguée, j’adore et supplie Hubert de ne pas me mettre la pression …
Inconsciemment, le rythme, s’inscrit dans mes veines, mes trippes. Je suis aux anges, et filme avec une joie indescriptible.
Musiques et chants indiens me sont totalement inconnus. Je frémis de bonheur et crève d’envie de me joindre à eux.
- S’il te plait, tiens le caméscope, je vais danser avec eux
J’invite au hasard une jeune fille aux cheveux ébène et me lance au rythme des tambours dans une ronde chaloupée. L’adaptation est facile, c’est comme si j’étais née dans cette communauté. Je suis si heureuse !...
Mon époux n’arrive plus à gérer son estomac qui crie famine.
- Reviens, j’ai faim ! Je rêve d’un steak
(rappelez-vous que j'en ai été privé la veille
)
- Non, pas moi ! Je rêve de manger mexicain
Décidemment, nous n’avons pas les mêmes goûts, ce qui m’agace foncièrement, car dans ce domaine, c’est souvent lui qui a le dernier mot.
Après maintes tergiversations et désillusions (pas propre, pas tentant, pas ci, pas ça ...) Hubert a gagné une fois de plus, ce sera steak pour lui et salade verte pour moi !
L’
hôtel est parfait et le sommeil de qualité !
Photo du soir, bonsoir
