Jour 13 – 28 Avril
Ce matin je me réveille de bonne heure et quitte l’AirBnb alors que tout le monde est encore endormi. Cette journée sera placée sous le signe du Nouveau-Mexique et de ses maisons typiques en Adobe. Toutefois, pour commencer la journée, je décide de prendre de la hauteur et de rejoindre Sandia Crest.
Les Sandias sont une petite chaîne montagneuse constituée d’une seule arrête du nord au sud, culminant en deux sommets principaux : Sandia Crest (3 255 mètres d’altitude) et South Sandia Peek. Ce sont les sommets les plus hauts des alentours, ce qui permet d’avoir un point de vue magnifique sur Albuquerque et la vallée du Rio Grande.
Étymologiquement, Sandia signifie pastèque en espagnol, en référence à la couleur rougeâtre des montagnes au coucher de soleil ainsi qu’à la fine zone de conifères sur le pan ouest, qui suggèrent l’écorce de la pastèque. De manière plus plausible, le nom aurait été donné par les Espagnols lorsqu’ils découvrirent le lieu, car ils pensaient que les gourdes à courge qui y poussaient étaient des pastèques. En Tiwa, la montagne porte le nom de Bien Mur « big mountain », ou encore Posu gai hoo-oo « l’endroit où l’eau glisse le long de l’arroyo ».
Ces montagnes abritent le deuxième tramway le plus long du monde, long de 4,3 km. L’élévation est de 1 200 mètres et la durée de trajet est d’environ 15 minutes.
J’y arrive de bonne heure, tout est encore fermé (les sanitaires, le petit restaurant et les boutiques). Le vent est glacial, je sens que je ne vais pas rester longtemps sur place, juste le temps de prendre quelques photos aux deux points de vue aménagés. L’un d’eux est fermé pour cause de gel, mais le sentier est bien dégagé. Il y a des barrières sur le côté donc vraiment aucun risque, je contourne donc le panneau, à mon avis vu que nous sommes encore en basse saison, les responsables du lieu ne passent pas tous les jours.
Sur le Peek, la froid pique !
En moins de cinq minutes, je suis gelée et retourne avec joie dans le confort de la
voiture. Normalement, le parking est payant (de nombreuses randonnées démarrent à cet endroit), mais j’avoue que pour les quelques minutes sur place, je n’ai pas pris d’enveloppe, d’autant plus que tout était fermé et n’ai donc pas profité des infrastructures.
Je laisse la
voiture redescendre la montagne et démarre ma route sur les traces historiques de cet Etat, j’ai nommé le Turquoise Trail.
Le Turquoise trail relie Albuquerque à Santa Fe. Son nom provient du turquoise que le peuple pueblo a exploité, dès 900 après JC. Aujourd’hui, la pierre est reconnue comme une pierre précieuse, entre l’argent et l’or. Sur cette route de 65 miles, on traverse des ranchs, des musées, des écuries, et de nombreux artistes respectés y ont élu domicile. Cette route garde son aspect pittoresque, notamment grâce à la Turquoise Trail Association qui lui a obtenu le statut de National Scenic Byway.
Le Turquoise trail est synonyme de spiritualité amérindienne, d’explorateurs espagnols, de sociétés minières et de pionniers. Une ruée vers l’or a eu lieu dans la région vers 1825, avant celle de Californie, mais le lieu était déjà convoité bien avant pour ses dépôts de turquoise et ses minerais de plomb. Les collines de Cerrillos représentent trois cultures et le plus ancien registre de mines de pioches dans le sud-ouest.
Premier arrêt pour
Golden, une petite ville où l’or a été découvert dans les années 1820, bien qu’il existe des traces de deux pueblos dès 1300. Le boom de la ruée vers l’or y continua jusqu’aux années 1880 avant de cesser faute de trouvailles. Aujourd’hui, plusieurs bâtissent sont à l’abandon ce qui lui donne un air de ville fantôme. Néanmoins, un petit arrêt s’impose pour voir la vieille église catholique de San Francisco. Cet édifice en Adobe datant de 1830 est un des bâtiments les plus photographié de la scenic byway. A l’ouest de l’église on peut trouver les ruines de l’école de pierre.
Le village qui valait de l'or
Les pets sont interdits
Vestige de l'Education Nationale
L’arrêt est sympathique, je suis seule sur place et prends donc mon temps pour faire quelques photos et me dégourdir les jambes.
Réunion des AA
Parfois, faut arrêter de se plaindre quand on a des tuiles, et cesser d'envier ceux qui n'en ont pas
Il n’y a somme toute pas grand-chose à voir, mais ça fait du bien de marcher un peu quand même ! En retournant à la
voiture, un autre véhicule arrive et s’arrête, je cède la place.
Madrid est mon second arrêt le long de la Turquoise trail.
Ici, pas d’exploitation d’or, mais de charbon au début du 20ème siècle et ce, jusque dans les années 50. A son apogée, elle produisait jusqu’à 250 000 tonnes de charbon par an et sa population dépassait celle d’Albuquerque.
Quelques années plus tard, dans les 70’s, de nombreux artistes et hippies s’installèrent à Madrid, lui offrant une seconde vie. Le minehaft tavern est encore connu comme ayant le plus long bar de l’état.
La ville est également connue grâce au film Wild Hogs de John Travolta.
Ici, beaucoup plus de vie que lors de l’arrêt précédent. On sent vraiment que la petite ville mise tout sur le tourisme. On y retrouve de nombreuses boutiques (assez chères) où l’on peut acheter des pierres et des bijoux – en turquoise notamment. Il y a une seule rue principale, avec des maisons colorées et de nombreux jardins décorés. C’est très sympa de s’y balader même s’il est encore tôt et que de nombreux établissements sont ainsi fermés.
Je vois la vie en rose, mais pas de piaf
Il passera dans cinq minutes
La maison bleue version Madrid
Il y a le choix des couleurs pour les maisons... Ce petit village fait de la compétition à l'Alsace
J'arrive ensuite à
Cerrillos, petit village qui doit sa création grâce à son sol riche en turquoise, zinc, argent et or, qui a été exploité dans les années 1880. La ville est l’un des plus anciens districts miniers documentés aux USA. Le mot indien « chalchihuitl », tiré d’un mot aztèque signifiant vert, est devenu le nom d’une des collines de Cerrillos ayant la plus grande concentration de turquoise. En 1880, la voie ferrée est arrivée dans la région, amenant de nombreuses personnes dans la région dont « Billy the Kid ». En 1879, le major DC Hyde a attiré les premiers touristes dans la région en promouvant les « Wonder caves » de turquoise. Des sociétés joaillières de NYC, notamment Tiffany & Co, ont commencé à commercialiser la turquoise. Tiffany & Co a même acquis une propriété et commencé à exploiter la pierre.
Aujourd’hui, on peut y voir de pittoresques bâtiments en Adobe ou encore la Chapelle San Jose avec son arbre suspendu (1922). Le district minier est devenu un parc d’état retraçant l’histoire de l’exploitation minière.
C'est le dernier arrêt prévu sur le Turquoise Trail pour ma part. Ici, les maisons sont beaucoup plus typiques et tous les bâtiments sont construits en Adobe. La visite se fait assez rapidement, il n’y a que quelques rues, avec un trading post et plusieurs cafés. Lorsque j’arrive à hauteur de l’église, un employé (le prêtre ?) m’invite à y entrer bien qu’ils soient en train de faire le ménage. Il me dit de ne pas hésiter à prendre des photos si je le souhaite. L’église est joliment décorée, mais je ne m’attarde pas, car je n’ai pas envie de déranger alors qu’ils sont en train de nettoyer. Je leur dis au revoir et reprends la route.
Y-M-C-A
J’arrive cette fois-ci à un nouveau parc : Kasha Katuwe Tent Rocks NM. A l’entrée, il y a une file de voitures et il faut attendre que d’autres gens partent pour pouvoir entrer. Le temps d’attente estimé est d’une heure. J’hésite un peu, mais j’ai le temps et j’ai très envie de découvrir ce parc. Je grignoterai un petit apéro dans la
voiture tout en lisant, et en avançant régulièrement de quelques mètres à mesure que des voitures sortent du parc. Finalement, l’attente sera bien moins longue que prévue, une demi-heure environ. Le parc n’est pas immense, il y a donc un bon roulement.
Le nom du parc se traduit du Keresan (langues des Indiens Pueblos du Nouveau-Mexique) par falaises blanches. Situé sur le plateau de Pajarito, ce sont les éruptions qui ont eu lieu il y a entre 6 et 7 millions d’années dans la région des monts Jemez qui donnent au site sa géologie remarquable. En effet, les cendres et couches volcaniques qui se sont déposées au fur à mesure de ces éruptions ont créé les ‘tentes’ que l’on observe aujourd’hui. Avec le temps, l’érosion a quant à elle créé les canyons que l’on retrouve dans le site.
Je me gare sur le parking et sors mon pique-nique que je prendrai sur l’une des tables aménagées à cet effet. Il fait bien chaud, ça fait du bien !
Une fois le repas terminé, je me mets en marche, direction le Slot Canyon Trail, une randonnée de 5 km qui permet d’avoir de très belles vues sur les Tent Rocks. Entre slot canyon et panorama prometteur, c’est la randonnée du parc à faire.
Scoliose épineuse
Après le style Adobe, voici le style stratifié
Ce parc est assez étonnant, très différent de ce que j’ai pu voir jusqu’ici. La randonnée démarre dans un slot canyon et on s’y sent vraiment minuscules, entourés des immenses rochers et arbres aux troncs élancés. Les ‘’tentes’’ sont vraiment très belles avec leurs strates superposées et je me perds facilement dans leur contemplation.
Il y a du monde sur le trail, il faut parfois laisser passer des personnes en sens inverse ou se caler sur le rythme des gens devant nous, notamment lors de la montée finale. Ça grimpe et il y a de plus en plus de vent, mais c’est assez rapide. J’admire toujours autant la ténacité de certaines personnes lors de promenades du genre ; par exemple, je croiserai plusieurs fois des personnes en surpoids qui se démènent pour monter, je ne sais pas si j’aurais leur courage !
Sortez couverts
Arrivée en haut, je suis bien récompensée de mon attente pour entrer dans le parc. La vue est magnifique ! On arrive d’abord à un premier plateau, qui offre déjà une belle vue, mais si on ne souffre pas trop du vertige, on peut continuer un peu plus loin, sur une languette de falaise qui nous mène à un superbe point de vue. Un ranger régule l’accès et veille à ce que nous ne nous approchions pas trop du bord, d’autant plus que le vent est vraiment fort à cet endroit (d’ailleurs, cette dernière portion est parfois fermée à cause de la puissance des rafales). Je suis émerveillée devant le panorama qui se dessine sous mes yeux. On voit très bien la forme des tentes et on se rend vraiment compte de la beauté de la nature.
Paysage tentant
Mais il ne vaut mieux pas tenter le diable
Comment appelle-t-on une tente pressée ? Une tente hâtive
Comment appelle-t-on un tente nudiste ? Une tente à cul (à) l'air
Attenfion, fi t'as les dents décalées, tu peux vite avoir une tente à fions
Je profite de l’instant, me propose pour prendre quelques groupes en photo, puis laisse ma place aux randonneurs qui ne cessent d’arriver.
La descente se fait un peu plus rapidement, même si personnellement, je préfère monter, c’est moins douloureux pour les articulations !
Sur le retour, on peut passer par cave Loop trail, une cavité naturelle qui était utilisée comme habitat par les Indiens. Cela ne fait pas faire un grand détour, et permet de découvrir encore un peu ce parc.
Je n’y aurai passé que 2 heures 30, et pourtant, j’en ai profité à fond. Si vous passez dans le coin, je vous encourage vraiment à prendre le temps de vous y arrêter !
Je redémarre la
voiture pour la dernière fois de la journée, cette fois-ci pour rejoindre non pas un AirBnb mais un
camping ! Je suis contente de retrouver ce côté un peu plus ‘’aventure’’ du voyage. J’ai choisi de m’arrêter à Field Tract campground, un petit
camping situé à une bonne demi-heure de
Santa Fe. Lorsque j’arrive, je cherche mon emplacement et le gérant viendra m’y accueillir. Certains emplacements disposent d’une petite cabane à 3 murs, avec une cheminée pour faire du feu, et j’ai la chance d’en disposer, je trouve ça très charmant. En plus, les murs me permettront de me protéger du vent qui est toujours bien présent et rafraîchit considérablement l’air. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’il reste plusieurs bûches de bois dans la cabane, sans doute laissées par les précédents occupants ; je décide donc d’allumer un feu. Bon… je n’ai pas de stick démarreur de feu et ramasserai donc quelques brindilles sèches qui sont sur le chemin principal du
camping. J’ouvre une bière et prends quelques tortillas à tremper dans la salsa faite maison qu’Anna m’a très gentiment donnée avant mon départ. Elle est excellente (je n’étais pas fan de cet assaisonnement avant, mais depuis que j’ai goûté la sienne, j’en ai même refaite en France et j’aime bien !).
Je profite de cette soirée de liberté, sans technologie puisqu’il n’y a pas de wifi, pour faire un petit point sur mon séjour jusqu’ici.
Je dois dire que ce voyage est bien différent que ce que je m’en étais faite comme idée. Avant de partir, j’avais en tête un voyage un peu comme avec Julia en 2017, à planter la tente tous les soirs dans un autre parc et profiter de nombreux sunrise et sunset. Je savais que je respecterai sans doute moins le programme qu’en 2017, ou tout du moins me laisserai plus de liberté puisque quand on voyage seule, forcément, on fait plus comme on l’entend et comme on se sent sur le moment.
Finalement, la solitude est plus difficile que je ne l’avais anticipé. Comme je l’ai déjà dit précédemment, j’ai l’impression de moins profiter de mon voyage, sans doute parce qu’en ayant personne avec qui discuter, il est plus facile de se laisser emporter dans des moments de blues ou de coups de mous. La durée du voyage joue également, j’ai beaucoup plus la perspective de me préserver pour tenir sur la durée, et vais donc beaucoup plus facilement vers des AirBnb par exemple. En plus, avec les températures beaucoup plus fraîches que prévu, je suis beaucoup moins motivée à faire du
camping. Autant, en étant à deux, j’arrivais mieux à encaisser le froid et les mauvaises nuits, parce qu’on se remontait mutuellement le moral et nous motivions au réveil, autant en étant seule, certaines nuits fraiches ont été plus difficiles à vivre, et notamment le coup de mou du lendemain dû à la fatigue. Mon principal regret par rapport à ça est surtout de profiter beaucoup moins que prévu des levers et couchers de soleil, mais c’est une concession que j’ai faite en échange du confort des nuits au chaud. La bonne surprise toutefois, c’est que le fait de dormir en AirBnb m’oblige à aller vers les autres et à discuter avec eux. Mon anxiété est toujours présente à chaque nouvelle arrivée, mais elle est tout de même bien moins importante qu’au début, et je prends plaisir à découvrir de nouvelles personnes qui ont des modes de vie et des personnalités bien différentes. Cela me facilite même le contact avec les autres en dehors de ces logements, comme lors de randonnées par exemple. J’hésite beaucoup moins à engager une discussion et me laisse moins retenir par ma gêne par rapport à mon accent français, dont je n’arrive pas à me débarrasser.
Je m’habitue quand même de plus en plus à ce mode de voyage, je lâche prise par rapport au fait que financièrement je sais que je vais dépasser le budget à cause des AirBnb, et j’essaye également de me déculpabiliser de ne pas toujours être ‘’à fond’’. Je pense que me mettre une pression, ou un objectif de ‘’niveau de kiffe’’ m’apporte bien plus facilement un sentiment amer que si je me laisse simplement vivre le moment comme il est, sans chercher à l’améliorer, et simplement à le vivre dans l’instant présent. D’ailleurs, en écrivant ce carnet, et avec le recul, je ne sais pas si mon esprit a essayé de mettre de côté les souvenirs moins beaux, ou si j’en prends simplement conscience maintenant, mais j’ai l’impression que j’ai profité bien plus que ce que je ne le pensais sur le moment !
En tout cas, ce début de voyage est surprenant, déjà très riche, et j’ai hâte pour la suite et la (re)découverte de certains lieux que j’attends avec impatience !