J2 : 28 juillet
3h du mat, j'ai des frissons….
Bon, ce n'est pas 3h, plutôt 3h35 , mais impossible de me rendormir. Je fais la carpe tandis que tous dorment à poings fermés autour de moi…
6h, 7h, enfin ils émergent, frais, reposés… et affamés! Mon plan initial (on prend le petit-déjeuner dans l'un des nombreux coffee bars de Portland, accompagné de doughnuts, mais pas ceux de chez Voodoo, non ça c'est bon pour le touriste lambda, nous on ira chez Pip's) connaît une révision déchirante face à 3 estomacs qui crient "famine, famine"!
Il est vrai que quand on la possibilité de se restaurer dans ce cadre
il est difficile de dire non, d'autant plus que la carte propose des délices par milliers. Chacun y trouve son compte, y compris Princesse qui mangera les fraises de tout le monde (mais pas les pancakes, trop "matefaim" à notre goût) et votera le chocolat chaud "topissime" (noyé de chantilly, rien de tel à 8h du matin!!).
Les hommes prennent l'option cowboy (oeufs, pommes de terre sautées, bacon, saucisses, j'en passe), je me la joue starlette avec mon omelette aux blancs d'oeufs, poivrons, tomates et feta. Le concept m'intriguait : en quoi était-ce meilleur pour la santé qu'une omelette normale? Conclusion : une omelette aux seuls blancs d'oeuf est certainement diététique mais vu tous les ingrédients rajoutés pour rendre l'omelette comestible, la version Heathmann Lodge est très bonne mais pas très "healthy".
Quoiqu'il en soit, avec du granola, des fruits et des toasts en plus, nous voilà lestés (il n'y a pas d'autre mot) pour la journée (délestés aussi car cela revient tout de même à 90$, pourboire compris; mais comme nous ne mangerons rien jusqu'au goûter, cela ne revient pas si cher pour 2 repas finalement!)
En route (il est 9h bien sonnés; j'admire tous les auteurs de carnets qui parviennent à démarrer balades et randos dès potron-minet. Nous n'y parviendrons jamais !) pour Portland, via un Walmart repéré grâce à Internet où nous comptons compléter notre matériel de camping (réchaud, glacière, batterie de cuisine…).
Mais avant de démarrer, jetons un coup d'oeil à ces "bumper stickers" originaux
De Vancouver à Portland il faut compter une bonne vingtaine de minutes, sans compter les errements dûs au jeune âge du copilote sur ce trajet. Le sens de l'anticipation est encore "en cours d'acquisition" et nous explorons de façon inopinée quelques recoins de Vancouver puis de l'île où se trouve le WalMart (nous n'avions pas pris de GPS, comptant sur nos cartes papier, la boussole et les applis du téléphone tout de même, mais les débuts ont été laborieux, car nos applis n'étaient pas d'accord!! On en reparlera).
Walmart n'a rien d'excitant (en plus il n'y avait pas de réchaud, et je suis très remontée contre leur politique d'exploitation de leurs personnels, donc aucune raison d'y traîner) et nous nous hâtons de rejoindre le Pearl District où nous laisserons la voiture dans un parking couvert pour la journée; voilà 14$ de tranquillité achetée.
A deux rues de là se trouve en effet le Nikkei Oregon Legacy Center, que je tenais absolument à visiter. Pour des raisons professionnelles, je m'intéresse beaucoup à l'histoire de l'immigration aux Etats-Unis, et c'est l'occasion de découvrir un pan moins connu, celui de l'immigration asiatique, particulièrement bien représentée dans le Pacifique Nord-Ouest à partir des années 1870-80, avec l'arrivée de main d'oeuvre japonaise et chinoise pour travailler à la constructions des chemins de fer, dans les coupes de bois et bien sûr les mines d'or.
Situé à l'emplacement de l'ancienne Japantown de Portland, dans un ancien hôtel qui accueillait les immigrants japonais de passage, le centre est petit mais très bien conçu, avec une première partie près de la porte qui montre leur vie à la grande époque des pionniers puis, plus à l'intérieur, une reconstitution émouvante des conditions sordides et indignes qui régnaient dans les camps d'internement où l'Executive Order signé par Roosevelt au lendemain de Pearl Harbour les cantonna.
On le voit, Démocrates ou Républicains, les présidents des Etats-Unis n'ont jamais hésité à faire des émigrés des boucs-émissaires ou à les désigner à la vindicte populaire. C'est d'autant plus moche pour les Japonais (attention, je ne mésestime pas les crimes du régime nippon de l'époque) établis aux Etats-Unis que ces mesures de relégation ont concerné non seulement les immigrants de la première génération, mais aussi leurs enfants nés aux Etats-Unis et citoyens américains en vertu du droit du sol.
La reconstitution des rayonnages de l'épicerie japonaise:
Le fauteuil du barbier, élément essentiel du décor car les travailleurs utilisaient aussi l'hôtel comme maison de bains lors de leur visite hebdomadaire à Portland.
Le résultat concret, à l'échelle de Portland, a été la disparition d'un quartier entier de 4000 personnes environ. Japantown ne s'est jamais remis du coup porté par Roosevelt à la communauté.
Tout cela (j'ai rajouté quelques détails), une charmante dame nous l'explique avant de nous laisser déambuler. Je lui poserai pas mal de questions auxquelles elle me répondra avant de me donner la brochure du projet Densho, qui se veut une archive numérique de l'histoire de cette communauté.
C'était passionant pour moi, et j'ai trouvé que cela valait bien les 10$ (2 adultes, enfants gratuits) demandés. Je pense que cela a aussi intéressé mes compagnons de voyage, même s'ils sont moins "investis" par la question, car nous avons eu l'occasion de nous rendre au Japon il y a 4 ans en famille, et la culture de ce pays les avait beaucoup marqués. Princesse a apprécié le documentaire sur les enfants des camps qu'elle a visionné.
Après une heure intense de leçon d'histoire, nous décidons de quitter assez vite ce quartier pour rejoindre les bords de la Willamette. Japantown est à la limite de plusieurs quartiers, pas très loin de la gare et de la gare routière, ainsi que d'un bâtiment dont nous n'avons pas bien compris si c'était un "hostel" pour sans-abri ou une administration pour les aider, mais la faune qui traine, voire hurle de manière incohérente, nous glace un peu. On a beau savoir (moi en particulier, du fait de mes lectures professionnelles), on ne trouve jamais la "juste" place dans ces situations, et dans un pays où les armes sont légion, je reconnais que je préfère ne pas m'attarder dans les ambiances "douteuses".
En chemin, nous verrons une équipe préparer un mur pour une fresque, partie de l'exercice que l'on ne voit que rarement:
Suite de cette journée de balade dans Portland au plus vite. A bientôt!