-JOUR 4-
0.30 am
Las Vegas.
Leurs regards se croisèrent.
Une amitié virile et franche les unissait. De celle qui rapproche les personnes qui ont traversé les mêmes épreuves, et remué la même gangue.
Après un long hug, ils avaient refait le monde, et une victime était à déplorer : la bouteille de Jack.
Le remue-ménage créé par l’affaire du bonheur l’avait poussé à la démission, mais il n’était pas parti sans rien. Le dossier épais comme un double cheeseburger sur le nouveau ministre avait porté ses fruits. Grosse somme d’argent, nouvelle identité,
passeport Américain, rien ne lui avait été refusé. Il était donc venu se perdre dans le désert, avait trouvé cette baraque, et vivait là depuis 5 mois.
Pour autant, il n’enviait pas sa situation. Sûr que pour un type qui n’avait connu qu’elle, le manque d’action devait le miner.
Jean-Luc venait de lui faire un topo, l’enlèvement de Pascale, son arrivée à LA, la valise, ces rencontres bizarres avec des types au pseudo chelou mais qui l’aidaient toujours, cette histoire d’indices, du Range Évoque qui lui filait le train, et pour finir ce deuxième indice à aller chercher.
-Qu’est-ce que tu leur as écrit aux occupants du Range ?
-Que je n’avais pas besoin d’ange gardien pour demain. Je connaissais l’endroit. Qu’ils se trouvent un
hôtel pour la nuit, et pour finir RDV demain même endroit même heure.
-Et ils ne t’ont pas filé Jusqu’ici ? Ni eux ni l’autre enfoiré.
-Non, personne.
-Bon, tout à l’heure tu files récupérer l’indice, tu te rends au rancard, et surtout tu lui demandes une preuve de vie de Pascale. Il faut gagner du temps, et ne pas le laisser te mener à sa guise. File moi l’immatriculation du Range, je vais voir ce que je peux faire de ce côté.
-C’est une caisse de loc, et ils ont dû réservé avec des pseudos.
-On essaye quand même, on ne sait jamais. Je rends quelques services aux cops locaux, ça me permet de me tenir éveillé, ils chercheront pour moi sans poser de questions.
-Ha ha, sacré boss, je me disais aussi… Et en France, t’as gardé des contacts ? Tu peux te rancarder pour savoir s’il y a eu des mouvements bizarres ces derniers temps ?
-Ça va être difficile, mais je vais essayer.
Bon, t’as l’air crevé, vas te coucher.
-T’as pas plutôt une autre bouteille ?
-…J’en ai une caisse entière…
7.00 am
Las Vegas.
Le réveil fut difficile. Dans l’air flottait une odeur d’œufs brouillés et de pancake mélangés. Son estomac le rappela à son bon souvenir. Il descendit l’escalier, passa à côté de la salle à manger où deux bouteilles vides et une autre entamée gisaient, et entra dans la cuisine.
-Ça y est, tu émerges.
-Merde, comment tu fais pour picoler autant et être frais et dispos le matin ?
-Comme toi à une époque guy, l’entraînement. Tiens, mange ça, jette toi un bon café, et va prendre une bonne douche. On a du boulot ce matin.
8.30 am
Red Rock Canyon.
Au ranger dans sa guitoune, il montra son pass América, et fila de suite au départ de la rando qui menait à Ice Canyon. Cette fois il était en terrain connu, et même si la partie finale du canyon n’était composé que de rochers à escalader, même si les caches pour dissimuler un objet regorgeaient, au moins il savait où chercher.
1h00 plus tard, il atteignit le fond du canyon. Il était seul. Pas grand monde ne s’aventurait aussi loin. De toute évidence, trouver l’indice ne serait pas de la tarte.
Il procéda de manière empirique, commençant par la droite et se déplaçant vers la gauche, marquant à la craie chaque rocher exploré. Mais 2h00 plus tard, il dut se rendre à l’évidence. Rien. Il n’avait rien trouvé. Pas l’ombre d’un carré de plastique. Et d’ailleurs, fallait-il trouver une carte, un bout de bois, un caillou ?
La réponse était là, elle lui crevait les yeux, mais rien.
Après réflexion, il s’accorda jusqu’à 13h00. A l’heure dite, résigné, il remit son sac à dos, et commença le retour. Pour la première fois de la journée, un rayon de soleil arriva jusqu’au fond du canyon. Il tourna la tête pour jeter un dernier coup d’œil sans grande conviction, et la solution lui sauta au visage.
Sur la paroi du fond du canyon, le rayon de soleil éclaira une zébrure rouge de la roche, et celle-ci formait un –R-.
Ce type avait vraiment tout prévu, du rayon de soleil au temps pour retourner devant la scène à Summerlin. Il y serait pour 15h00.
3.00 pm
Summerlin.
Center Community Park.
Le téléphone n’eut le temps de sonner qu’une fois. Avant la seconde, il avait décroché et plaqué l’écran contre son oreille.
-Alors, t’as trouvé ?
-R.
-…Vraiment tu m’impressionnes. Pas évident à trouver n’est-ce pas ? Comme je vois que tu aimes mon petit jeu, voici ma troisi…
-Ta gueule fumier. A ton tour de m’écouter. Si tu veux que je continue, je veux une preuve de vie de Pascale…
Et très rapidement.
-…Tu l’auras… Freemont Street à 21h00 précise.
En retournant à la
voiture, il ne trouva pas le Range Évoque, et fut presque soulagé.
7.00 pm
Las Vegas.
Quelque part.
Il éructait, il savait qu’il venait de perdre leur dernier duel. Pourtant, il s’était juré de ne jamais céder. Mais cette voix, pleine de persuasion l’avait impressionné.
Ce n’est que du
Bluff, merde, que du
Bluff. Et je me suis fait avoir. MERDE.
Il se dirigea vers la porte de la prison de Pascale, la déverrouilla, et entra comme une furie, le 45 à la main, dans la direction de Pascale. Elle ne fut pas surprise, elle s’attendait à le voir débarquer. Assise sur le lit, elle l’attendait, et en voyant le journal, elle comprit immédiatement ce qu’il voulait. Elle sourit, Jean-Luc l’avait poussé dans ses retranchements, et avait pris le dessus. Du moins, pour cette fois ci.
Il lui jeta le journal, mais n’eut pas besoin de lui dire quoi en faire. Elle le déplia, avec le titre et la date du jour bien visible. Le flash du portable crépita, et aussitôt il ressortit de la pièce, sans récupérer le journal.
Après avoir verrouillé la porte, il se dirigea vers son antre, et fit claquer la porte métallique derrière lui. Le bruit sourd se propagea dans toute la maison, et fit trembler les murs.
4.00 pm
Las Vegas.
-Salut boss, j’ai galéré pour l’indice, mais j’ai trouvé, et l’autre m’a filé rencard ce soir à Freemont Street pour une preuve de vie. T’as du nouveau de ton côté ?
-Salut Jean-Luc. Pas grand-chose. T’avais raison pour la caisse de loc, réservée avec des pseudos : Beniahpit et 33tnerolf.
-Je n’ai pas vu leur
voiture ce soir.
-Pour l’instant, on a 2 lettres alors. Le F et le…
-R.
-Mouais, FR- RF, des initiales peut-être…
-Non, ça m’étonnerait, il était prêt à me balancer une troisième énigme. Et s’il tient à son timing, il le fera ce soir, à freemont.
-Reste plus qu’à attendre.
8.45 pm
Las Vegas.
Freemont Street.
Ils étaient arrivés par 2 endroits différents, afin de ne pas griller le Boss. Ils scrutaient les visages, mais la rue était bondée. Comment l’autre type allait-il s’y prendre ? Allait-il amener pascale avec lui ? Non, trop risqué… Avait-il payé un larbin pour faire le boulot, et apporter une preuve ?
La solution ne se fit pas attendre longtemps. La voûte lumineuse qui s’étirait le long de Freemont Street, s’éteignit d’un coup, plongeant le rue dans une semi pénombre, et arrachant quelques cris de touristes. L’instant d’après, elle se ralluma. Alors, regardant tous vers le haut, la photo de Pascale tenant un journal local daté d’aujourd’hui défila de la droite vers la gauche, en lieu et place des habituelles pubs.
Alors que l’effet de surprise s’estompait, son téléphone sonna.
« A la septième merveilles, tu auras une nouvelle réponse. Tu as 2 jours »
Il voulut parler, mais déjà la ligne était coupée.
En sortant un calepin pour écrire l’énigme, il ne remarque pas un couple de personne qui lisait au fur et à mesure qu’il écrivait. Ceux-ci, lui passant à côté faisait mine de discuter.
-Je te dis que c’est la vallée de feu.
-Tu as sûrement raison, la vallée de feu.
Les regardant passer, il lui semblât que de la vapeur s’échappait des oreilles de l’homme. Lorsqu’il comprit, il voulut les rattraper, mais trop tard, ils avaient disparu.