Jour 14 – 29 avril
Ce matin, je me réveille après une bonne nuit de sommeil. Il fait froid, mais le fait d’avoir dormi à côté des braises et abritée du vent a fait du bien ! Je me mets rapidement en route, direction
Santa Fe.
Fondée en 1610 et regroupant environ 70 000 habitants sur 97 km² de superficie, cette ville promet de jolies découvertes.
La ville a connu une première colonisation en 1958, établissant Santa De de Nuevo Mexico en tant que province de la Nouvelle-Espagne, avant d’être fondée telle qu’on la connaît en 1607. Les Pueblos ont réussi à chasser les Espagnols de la région et ont maintenu leur indépendance de 1680 à 1692 avant d’être reconquise par Don Diego.
En 1836, alors que la République du Texas fit sécession du Mexique, elle tenta de revendiquer Santa Fe, mais l’expédition militaire fut rapidement capturée par l’armée mexicaine. En 1846, les Etats-Unis déclarent la guerre au Mexique et envoient une armée de 1 700 soldats sur la région de Santa Fe ; en 1848, ils gagnent officiellement l’état du NM. En 1912, le NM a été admis en tant que 47ème Etat des USA.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, un camp d’internement américano-japonais a été créé dans la ville. 826 Américains d’origine japonaise y furent détenus après l’attaque de Pearl Harbor. Le site, entouré de barbelés, de tours de contrôle et de gardes armés fut ensuite utilisé pour accueillir des ressortissants allemands et italiens, considérés comme des étrangers ennemis. Les derniers détenus ont été libéré au milieu de 1946. Le camp était situé dans l’actuel quartier de Casa Solana.
Les bâtiments sont principalement construits en Adobe. Les Espagnols ont aménagé la ville conformément aux « Laws of the Indies », c’est-à-dire que la ville devait être aménagée autour d’une place centrale. Sur son côté Nord, se trouvait le palais des gouverneurs, à l’Est l’église qui devint plus tard la cathédrale. Par la suite, le style de construction changea quelque peu en « Spanish Pueblo Revival look ». On retrouve alors des « vigas » qui sont les poutres apparentes brutes visibles à l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment et des canales (gouttières découpées en courts parapets autour de toits plats). Ce style est devenu officiel après 1912, bien qu’en 1930, on assiste à un élargissement des règles avec l’ajout de portaux (les grands porches couverts) et de frontons de portes et de fenêtres peints.
Aujourd’hui, la ville est très artistique et de nombreux écrivains s’y sont installés. Deux femmes ont développé l’industrie de la poterie indienne Pueblo, encourageant les femmes autochtones à commercialiser leurs arts.
La ville a été désignée Ville créative par l’UNESCO pour le design, l’artisanat et les arts populaires.
Je me gare près de Canyon road, qui regroupe la plus grande concentration de galeries d’art de la ville. Malheureusement, il est encore trop tôt pour pouvoir en profiter, il n’est même pas encore 8 heures ! Je passe devant de Vargas Street house, une des plus vieilles bâtisses en Amérique.
La San Miguel Chapel a été construite par Franciscan Padres en 1610 puis détruite en 1680 lors de la révolte des Pueblos, elle a été rebâtie en 1710 au cours de la reconquête espagnole.
Miguel n'est pas toujours un ange
J’arrive ensuite à New Mexico State Capitol, c’est le seul Capitol de forme ronde et est connu sous le nom de « Roundhouse ». Il abrite le gouvernement du NM.
Pourtant, chez les politiques ça tourne pas toujours rond
Même si on lit là, ce n'est pas une bibliothèque
Parfois on voit rouge
Mais il faut éviter de se battre, ça donne des bleus
ça donne envie de se poser pour un petit café
La Loretto Chapel est une ancienne église catholique romaine qui sert maintenant de musée et de chapelle de mariage. Elle est connue pour son escalier en colimaçon en forme d’hélice (surnommé l’escalier miraculeux), qui fait deux tours complets sans avoir de support central. Je n’y suis pas entrée, sans doute parce qu’elle devait être fermée, mais je ne m’en souviens pas.
Lorette est tôt, pourtant elle ouvre plus tard
The Cathedral of St Francis of Assisi a été construite par des Français qui se sont inspirés de l’église de Volvic. A l’intérieur, on retrouve la Conquistadora, la plus vieille statue boisée de la Madone (aux USA).
Piliers de la société hauts en couleur
Je suis quasiment seule dans les rues, c’est agréable. Quelques vendeurs s’installent petit à petit dans la rue et déballent les souvenirs qu’ils vont vendre aux touristes tout au long de la journée. Pour ma part, il est temps de regagner la
voiture.
Malgré une météo un peu mitigée, avec un ciel très couvert et les températures qui vont avec, j’ai bien aimé cette visite matinale de la ville. Je pense toutefois que l’ambiance doit être encore mieux lorsque tout est ouvert. J’ai eu l’impression que ma découverte de la ville a un peu ‘’manqué’’ de quelque chose, d’une ambiance peut-être.
Il est encore tôt, et cette fois-ci, il est hors de question de faire un roadtrip aux USA sans m’arrêter dans un Denny’s. Je décide donc d’y prendre le petit-déjeuner. Je prendrai des pancakes, sans les accompagnements de bacon/mashed potatoes/eggs. J’opte pour la version salted caramel et banana sauce. Ils arrivent rapidement et sont bien sûr énormes, et excellents. Je prends mon temps, profite un peu du wifi, me force… mais n’arriverai pas à finir. Je ne sais pas comment fait Hugo pour tout manger ET avoir faim dans les heures qui suivent !!
Petit déj version light
C’est le ventre au bord de l’explosion que je reprends la route pour rejoindre
Bandelier NM. Je m’emmêle un peu les pinceaux sur mon itinéraire pré établi sur mon
GPS et me retrouve à El Santuario de Chimayo, qui était normalement prévue après le parc. Ce n’est pas un gros détour donc ce n’est pas dramatique et ne m’empêchera en rien de profiter de la visite.
Cette église catholique romaine construite en 1816 et est un monument historique national. Il reçoit près de 300 000 visiteurs par an et est le centre de pèlerinage catholique le plus important des États-Unis.
Construit en Adobe, avec un clocher de chaque côté, l’église mesure 18 x 24.3 mètres avec des murs d’un mètre d’épaisseur. Dans les années 1920, des capuchons en pointe ont été ajoutés sur les tours, ainsi qu’un toit en métal incliné. Deux pièces côte à côte, à l’entrée, forment un vestibule autrefois utilisé pour le stockage. Dans la nef, on peut voir un crucifix de 1,8 mètres de haut ; on trouve également d’autres décorations notables. Une petite pièce « El Pocito » contient une fosse ronde, source de la terre sacrée ayant des pouvoirs de guérison.
Le site est très joli, et regroupe d’ailleurs plusieurs petites églises et boutiques (fermées pour la plupart).
Sur la fin de ma visite, je croise deux dames en
voiture, qui semblent un peu perdues, car le parking sur lequel elles voulaient se garer est fermé. J’affronte ma timidité et m’approche de leur
voiture pour leur indiquer le parking sur lequel je suis garé, de l’autre côté. Elles me remercient et commencent à me poser des questions sur les travaux en cours, je leur réponds que je ne suis que venu visiter le lieu et que je n’en ai pas la moindre idée. Elles se confondent en excuses, elles pensaient que j’étais une employée ! (Ça me rassurera un peu sur mon accent

)
Je les recroiserai quelques minutes plus tard lorsque j’atteindrai moi-même le parking pour repartir et elles me remercieront encore une fois.
Cette fois-ci, j’arrive à
Bandelier NM sans encombre !
Ce parc regroupe des ruines de l’ancien peuple amérindien Anasazi, les ancêtres des Indiens Pueblos. Le National Monument a été nommé d’après l’ethnologue suisse-américain Adolph Francis Alphonse Bandelier. Les Anasazis vivaient dans les falaises des Mesa, au sein desquelles ils creusaient des alcôves pour y construire leurs maisons de pierre. Les vestiges que l’on trouve dans le parc dateraient des années 1150 et 1600.
Les premières traces de présence humaine dans la région ont été datées de plus de 10 000 ans, bien que les vestiges d’implantations permanentes soient plus récents, en 1150. Les habitants faisaient partie d’un réseau commercial d’artefacts.
Le canyon de Frijoles abrite plusieurs maisons pueblos, des Kivas (bâtiments de cérémonies), des cavates (petites alcôves construites par l’homme), des peintures et des pétroglyphes. Certaines habitations étaient construites sur le fond du canyon tandis que d’autres étaient localisées dans des cavités rocheuses naturelles puis élargies par l’homme.
Je passe par le Visitor Center puis entame le main loop trail qui permet de voir Big Kiva, Tyuonyi Pueblo, Talus House et Long House. Le temps est assez gris, il ne fait pas chaud et quelques gouttes tombent pendant ce début de découverte. Suffisamment, pour que je sorte le gros sweatshirt et le K-way.
Ils étaient balaises pour exploiter les falaises
Les Pueblos avaient développé un bon nombre de techniques agricoles, pour subvenir aux besoins leurs cultures, durant pas moins de 400 ans dans un climat aride. Une de ces techniques est ce que l’on appelle aujourd’hui les ‘’Grid Gardens’’. Ces jardins sont construits en formant des petites dépressions entourées d’un petit mur de pierre ou de terre. Ces murs dégagent de la chaleur durant la nuit, lorsque les températures chutent. Les sols riches en pierre-ponce étaient privilégiés pour les cultures, puisque celle-ci agit comme une éponge, absorbant l’eau puis la libérant petit à petit. La pierre ponce était également utilisée comme paillis afin de préserver l’hydratation du sol. Enfin, les graines étaient plantées en profondeur afin de protéger leurs racines. Grâce à ces techniques, les Pueblos cultivaient le maïs, les haricots et la courge. Ces ‘’trois sœurs’’ s’auto bénéficient : le maïs donne un soutien aux haricots, qui eux procurent du nitrogène au sol, et la courge prodigue une seconde couche de protection.
Tyuonyi Pueblo est un Pueblo circulaire qui faisait à l’époque entre 1 et 3 étages. Aujourd’hui, il n’en reste que des ruines, mais sa taille est tout de même impressionnante (on s’en rend encore plus compte d’en haut, vous verrez par vous-même sur les photos suivantes).
Long House est construite et supportée par les murs du canyon. Une maison Talus reconstruite se trouve également le long de la boucle. Ces sites datent de l’ère Pueblo III à l’ère Pueblo IV (de 1150 à 1350, et de 1350 à 1600 respectivement). On peut monter aux échelles de quelques-unes de ces maisons. Il y a un groupe devant moi, j’attends donc plusieurs minutes pour leur donner un peu d’avance et ne pas être tout le temps sur leurs pas. J’ai très envie de profiter de cette découverte historique en étant seule. Je grimpe donc dans la première maison et m’y ‘’installe’’. Ce n’est vraiment pas grand, et entre mon sac de randonnée et l’appareil photo, je dois me contorsionner un peu pour y être à l’aise.
C’est incroyable de se retrouver ici, d’imaginer que des personnes ont habité ici, y ont vécu leur quotidien. J’essaye d’imaginer la vie qu’ils pouvaient mener. Je ne peux m’empêcher de penser qu’ils passaient la plupart de leur temps à l’extérieur, car il faut bien l’avouer les pièces ne sont pas très spacieuses, et à moins de s’y asseoir, la hauteur de plafond n’est pas optimale. En revanche, ils avaient une belle vue ! Il y a également pas mal de courants d’air, car il y a plusieurs ouvertures à une même ‘’maison’’. Je n’ai pas super chaud !
A louer, 3 pièces, non meublé
Je continue le trail qui longe ces maisons. Certaines sont fermées et ouvriront plus tard dans la saison. Il y a énormément de crevasses le long de la falaise, je me demande si ce sont toutes des vestiges d’anciennes habitations ou si certaines sont restées à l’état de crevasses naturelles et n’ont pas été exploitées.
A la fin du main trail, on peut continuer sur un demi-mile sur l’Alcove trail qui mène à l’Alcove House.
Précédemment appelée Ceremonial Cave, c’est un refuge produit par l’érosion de la roche qui contient une Kiva reconstruite. Pour y accéder, on doit ici monter sur des échelles bien plus hautes, si vous souffrez du vertige, je ne vous recommande absolument pas d’entreprendre la montée, surtout s’il y a du monde, car il vous sera plus difficile de faire demi-tour si vous vous retrouvez paralysés par la peur. Ne souffrant pas du vertige (ou alors très peu et assez rarement), la montée ne me posera aucun problème ; elle ne représente pas vraiment de difficulté physique.
Stairway to heaven, ou si tu fais un pas en avant, Highway to hell. C'est au choix
En haut, l’alcôve est très spacieuse, la Kiva reconstituée est à elle seule plus grande que les maisons visitées précédemment. La vue est également très belle, à 180°. Je resterai en haut pendant un bon moment à profiter, et à attendre de pouvoir prendre une photo sans personne dessus.
Cuisine ouverte
Je discuterai avec un couple américain venu découvrir eux aussi le parc. Ils me conseillent d’aller visiter
Zion, je leur dis que c’est prévu et que c’est un de mes parcs favoris. Eux y vont plus de 3 semaines tous les ans depuis plusieurs années et ne s’en lassent pas. Quel bonheur !
Les Pueblos furent abandonnés en 1600 et les habitants ont migré vers Rio Grande dans les Pueblos de Cochiti ou San Ildefonso, qui sont toujours occupés.
Entre temps, le soleil a refait son apparition, et la chaleur avec lui. C’est top d’avoir ce paysage sous le ciel bleu. Ce parc est vraiment charmant et j’ai été transportée par son aspect historique autant qu’artistique. Dommage qu’il n’y ait pas plus de randonnées (il me semble que certains longs trails partent de ce parc, mais pas le temps pour cette fois-ci).
Je refais un petit arrêt à l’arrière du Visitor Center où poussent de nombreuses plantes avec des écriteaux explicatifs très intéressants quant à leur usage.
Sur le retour, je m’arrête à un point de vue sur le canyon, avant de quitter définitivement la zone du parc.
La route est très jolie, on serpente dans les montagnes du Nouveau-Mexique. Cependant, les limitations de vitesses sont vraiment exagérées dans les virages, on voit que les américains ont plutôt l’habitude des longues lignes droites (même si quasiment personne ne respecte la limitation).
Je termine ma journée à Taos, u
ne petite ville de 5 000 habitants fondée en 1615. On y retrouve l’architecture pueblo propre de cet état : style Adobe avec briques d’argile et paille, les poutres à l’extérieur et les toits plats. Le nom de la ville signifie « l’endroit des saules rouges ».









L’église San Francisco de Asis est une des églises les plus photographiée dans le monde ; elle est représentée sur la célèbre peinture de Georgia O’Keeffe. Cette mini-ville se visite assez rapidement et est concentrée autour de la Plaza. Tout autour, on retrouve de nombreuses boutiques artisanales.
La météo se fait rapidement assez menaçante, et je ne suis pas forcément charmée par la ville : pas vraiment d’ambiance, j’ai froid, il commence à pleuvoir, et un petit sentiment de redondance après
Albuquerque et
Santa Fe. Bref, je ne m’attarde pas et vais au AirBnb prévu pour la nuit.
Alice m’accueille, c’est une femme d’une quarantaine d’années très sympathique. Elle me fait visiter la maison, on discute un peu, mais rapidement la conversation s’essouffle. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle est d’une nature plus réservée ou si elle préfère que l’on vive chacune notre vie, mais je décide de me poser au calme dans ma chambre pour la soirée. Elle me présentera tout de même son frère, passé lui dire bonjour, qui parle un peu français et est ravi de me dire quelques mots, même s’il dit avoir perdu beaucoup de vocabulaire.
Je suis bien contente d’avoir un toit au-dessus de la tête pour cette nuit, car au loin l’orage gronde et la pluie qui s’abat sur la vitre de ma chambre fait un vacarme monstre. Pas sûr que je serais restée au sec dans ma tente, vu les litres d’eau qui se déverseront toute la nuit !
Au programme de demain : la visite de Taos Pueblos, un passage par le Rio Grande Gorge Bridge et l’arrivée à
Great Sand Dunes pour une grande exploration du parc. Enfin ça, c’est en théorie…