J 4 : 4 août – La malédiction des Atrides
Deuxième petit déjeuner à Candia House, toujours aussi délicieux.
Il fait tellement chaud aujourd’hui que nous prenons le petit déjeuner à l’intérieur. Même sous le parasol, on cuit dès le matin. On va souffrir pour notre visite du jour sur le site antique de Mycènes.
Mycènes se trouve un peu au nord de Nauplie et fait donc partie des sites facilement visitables depuis cette ville qui est un bon point de chute.
Aussitôt le petit déjeuner fini, nous remballons toutes les affaires (il suffit de deux jours au même endroit pour bien s’étaler

), nous chargeons la
voiture et nous voilà partis vers Mycènes, berceau de la civilisation mycénienne, qui domina la Méditerranée entre le 15ème et le 12ème siècle avant J.-C, et donc plus ancienne que la civilisation grecque classique (Vème siècle)
Classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, le site archéologique de Mycènes compte parmi les sites les plus importants et connus en Grèce. La cité de Mycènes était très riche. Après avoir pris la Crète, les mycéniens auraient convoité la cité de Troie, en Asie Mineure, en prenant la tête d’une coalition. Ces faits historiques auraient inspiré l’Illiade où la coalition des Achéens est menée par
Agamemnon, légendaire roi de Mycènes.
D'après la mythologie grecque, le fondateur de Mycènes serait Persée.
Mycènes est aussi associée aux tragédies grecques et au sang versé. Elle est en effet restée dans l’Histoire pour avoir abrité l’un des épisodes les plus violents de la mythologie : le massacre des Atrides.
Les Atrides, qu’est-ce que c’est ?
Un peu de mythologie : la malédiction des Atrides, version courte (la version longue est VRAIMENT, longue et compliquée…)
Atrides vient du nom d’Atrée, celui par qui tout a commencé.

Deux frères, Atrée et Thyeste se disputent le trône d’Argos (cité voisine de Mycènes), Atrée l’emporte et chasse Thyeste. Il découvre cependant que Thyeste est l’amant de sa femme.
Quelques temps après, Atrée, feignant le pardon, invite Thyeste à Argos et au cours du banquet censé sceller leur réconciliation, lui offre à manger la chair de ses enfants.
Thyeste, devant ce crime horrible, maudit son frère Atrée et toute sa descendance.
Thyeste se réfugia alors à Sicyone où, sur les conseils d'un oracle, il viola sa propre fille Pélopia.
Celle-ci ne connaissait pas l'identité de son violeur, et garda pour seule preuve l'épée de Thyeste.
Elle eut de lui un fils, Égisthe. Pélopia épousa ensuite son oncle Atrée.
Égisthe fut élevé par son oncle Atrée, sans connaître la véritable identité de son père.
Atrée, une fois Égisthe adulte, confia à ce dernier le soin de tuer Thyeste. Mais ce dernier vint à la rencontre de Pélopia et d'Égisthe. Reconnaissant son épée il avoua à sa fille être le père d'Égisthe. Pélopia se suicida et Égisthe retourna à Mycènes pour tuer Atrée et rendre le royaume à son père. Après le meurtre d'Atrée, Égisthe régna avec Thyeste.
Mais ce n’est pas fini…
Les deux fils d'Atrée, Agamemnon et Ménélas, s’exilèrent à Sparte.
Agamemnon épousa Clytemnestre après avoir tué le premier mari de celle-ci, Tantale, fils de Thyeste.
Elle lui donna trois filles et un fils.
Ménélas épousa la sœur de Clytemnestre, Hélène.
Hélène quitte son mari, Ménélas, roi de Sparte, et fuit avec Pâris, prince de Troie. Pour laver cette offense, les deux frères, Agamemnon et Ménélas, entraînent le peuple grec à se venger sur les Troyens.
Pour obtenir les vents favorables au départ vers Troie, Agamemnon immole sa propre fille, Iphigénie mais celle-ci est sauvée en secret par Artémis.
Après le retour d’Agamemnon de Troyes, Clytemnestre, avec son amant Egisthe (le fils de Thyeste, donc cousin d’Agamemnon, on reste en famille), le tue pour venger leur fille. Oreste s’enfuit chez son oncle.
Devenu adulte, il venge son père en assassinant sa mère et Egisthe avec l’aide de sa sœur Electre.
Condamné à Athènes, il est acquitté par Athéna.
Parti se purifier en Tauride, alors qu’il s’apprête à être sacrifié, il est reconnu par Iphigénie devenue prêtresse.
Il s’enfuit avec Iphigénie, et retourne régner à Mycènes.
Il enlève et épouse Hermione et meurt paisiblement à un âge avancé.
Bref, c’est Dallas version Dexter chez les Grecs… et tout ceci a donné de belles tragédies grecques de Racine étudiées au lycée !
Une quarantaine de minutes plus tard, nous voilà arrivés à Mycènes et pour la première fois depuis le début du voyage, il y a vraiment du monde.
Il est vrai qu’il n’est pas loin de 10h et les cars arrivent en masse d’Athènes ou alentours. Le parking est blindé. Il faut souligner qu’en plus du site de Mycènes lui-même, il est possible de voir un peu plus loin sur la route des tombeaux, les « Tholos » accessibles depuis un petit parking. Le grand parking principal est déjà presque plein et les cars commencent à se garer au bord de route. Quand nous irons voir les tombeaux, inutile d’espérer se garer sur le petit parking, il faudra y aller à pied. Nous trouvons finalement à nous garer assez facilement sur une dernière place du parking principal et allons acheter nos billets. Il existe des billets combinés pour Argos et certains musées de Nauplie (dont la citadelle de Palamède) mais cela n’était pas rentable pour nous en ne visitant que deux sites. Nous réglons donc nos 12 € chacun (site + tombeaux + musée), c’est toujours gratuit pour les enfants et étudiants européens.
Il y a pas mal de monde mais le site est étendu si bien que nous pouvons visiter dans de bonnes conditions.
Le site de Mycènes se situe en haut d’une colline avec vue sur une vallée. Le site est très aride, poussiéreux. Pas d’ombre à l’horizon.
La cité de Mycènes était entourée de grands remparts formant la «
muraille cyclopéenne » : les blocs étaient tellement gros que la légende racontait que la muraille avait été construite par les Cyclopes !
Nous montons la rampe d’accès vers l’entrée de la cité antique et la célèbre
Porte des Lionnes, grande porte de 3 mètres sur 3 ouverte dans la muraille, formée de trois blocs de 2 tonnes chacun. Le linteau est décoré de deux lionnes dressées sur leurs pattes arrière, près d’une colonne et qui devaient sans doute regarder le visiteur. Aujourd’hui, les têtes de Lionne ont disparu.
Difficile de faire une photo correcte avec la foule et le soleil en face…
Peu après la porte, sur la droite, on découvre le « cercle royal » ou « cercle A » première nécropole mycénienne découverte par Schliemann, considéré comme le père de l’archéologie moderne, à l’origine de la découverte et exploration du site. Cette nécropole de forme circulaire renfermait plusieurs tombes, vraisemblablement royales, où ont été retrouvés bijoux et objets précieux.
En suivant le chemin en montée, on accède ensuite au Palais royal, dont il faut reconnaître qu’il ne reste quasiment rien. On distingue l’ancienne cour d’honneur et le mégaron, la salle du trône.
C’est dans ce Palais que Clytemnestre et Egisthe auraient assassiné Agamemnon à son retour de Troie.
Soit.
Nous poursuivons la promenade au milieu des ruines jusqu’à la citerne secrète. Il s’agit d’une citerne souterraine qui ravitaillait la cité en eau, notamment en cas de raid ou de siège. Précieuse, elle devait être protégée de tout risque d’empoisonnement si bien que les remparts ont été étendus pour englober la citerne qui ne faisait pas partie de la citadelle d’origine. Nous ne verrons que l’entrée mais un escalier descend 18 mètres plus bas jusqu’à la citerne, en bas de la colline.
Un peu plus loin, des chèvres poursuivies par un chien de berger, courent en dégageant un important nuage de poussière.
Nous longeons la muraille cyclopéenne jusqu’au musée archéologique où l’on peut voir une réplique du masque dit d’Agamemnon, masque funéraire en or trouvé par Schliemann dans les tombes royales (loriginal est au Musée d'Athènes). Ce dernier l’avait appelé ainsi pendant avoir découvert les tombes des rois mythiques mais les tombes royales sont bien plus anciennes que l’époque supposée de la guerre de Troie.
Un peu mytho le Schliemann…
Le musée abrite également quelques fresques retrouvées dans le palais des Atrides et des statuettes votives.
Le musée n’est pas très grand (quelques salles seulement), mais intéressant.
Mais ce n’est pas fini, en ressortant par la Porte des Lionnes, nous descendons sur la gauche vers un autre site funéraire : les tombes de Clytemnestre et Egisthe. Là encore, pas les réelles tombes de ces rois mythiques mais de grandes tombes dont les archéologues du XIXème siècle ont supposé qu’elles appartenaient à des personnalités royales.
Ces tombes sont des « Tholos »
Il s‘agit d’un tombeau circulaire à l’intérieur d’une colline, à laquelle on accède par un couloir monumental qui n’est pas sans rappeler les entrées des tombes égyptiennes.
Deux tombes voisines ont été appelées tombes de Clytemnestre et Egisthe car les archéologues ont trouvé la dépouille d’une femme à l’intérieur.
Ce type de tombes ne sont pas rares dans la région et nous en verront d’autres.
Nous sortons du site et descendons la route vers la plus grande tombe appelée Trésor d’Atrée ou tombe d’Agamemnon.
Cette tombe se situe en dehors du site et il faut montrer son billet d’entrée à Mycènes pour y accéder.
Le Trésor d’Atrée se situe à 300 mètres en contrebas du site et le nombre de cars garés en bord de route a bien augmenté depuis notre arrivée. Impensable de bouger la
voiture.
Dégoulinants de sueur, nous arrivons au trésor d’Atrée.
C’est spectaculaire. Le linteau de la porte de la tombe pèse 120 tonnes ! La salle funéraire fait 14,5 mètres de diamètre et la coupole « Tholos » se situe à 13 mètres.
Il y fait bien frais et un chien y fait la sieste au calme...
Nous remontons péniblement la route vers le parking. Nous sommes épuisés !
Nous décidons de trouver un endroit sympathique pour déjeuner. Et si on essayait de pique-niquer sur une plage ?
On ouvre maps… La plage la plus proche est Myli Beach située en face de Nauplie de l’autre côté du golfe argolique, à 30 minutes de Mycènes.
Arrivés sur place, nous trouvons un petit marché où nous achetons de quoi pique-niquer.
La plage est faite de cailloux et il n’y a pratiquement personne à l’heure du déjeuner.
Nauplie est en face, au-delà de la mer, et nous apercevons la forteresse de Palamède.
L’avantage est qu’elle propose de grands parasols gratuits plantés dans le sol en accès libre, parfait pour le déjeuner car le vent souffle et nous n’aurions pas pu planter le nôtre.
Je me baigne un peu mais l’eau est beaucoup plus froide qu’à Epidavros et Candia et il y a un peu de vagues mais cela fait du bien après la visite caniculaire de Mycènes.
Nous reprenons ensuite la route à travers champs et montagne en direction de Mystra où nous arrivons vers 16h30 de mémoire.
Il aurait été possible de visiter Mystra en arrivant mais la visite dure trois heures, il fait très chaud, et nous avons déjà bien marché ce matin. Cet après-midi, ce sera repos et nous visiterons demain matin la ville.
Nous trouvons facilement notre logement Castle View Bungalows. Il s’agit en réalité d’un
camping, situé au pied de Mystra, qui propose des petits bungalows modernes et super équipés.
Nous avons loué deux bungalows mitoyens avec une petite terrasse, super douche à l’italienne, frigo et même machine à expresso. Là encore, nous avons des petits chaussons jetables, et des serviettes pour la piscine en plus des draps de douche. 130 € pour 2 bungalows, petits déjeuners inclus.
Nous sommes très agréablement surpris par nos chambres qui sont encore mieux que ce que j’espérais. Jamais je n’aurais pensé avoir de si belles chambres dans un
camping.
Pendant que mon mari fait une sieste et que les enfants profitent d’une pause wifi dans leur chambre, je vais un peu à la piscine, grande et propre avec de beaux transats.
Près de la terrasse du petit déjeuner, (mais qui sert aussi des snacks en journée) une maman chat nourrit ses petits chatons qui ne doivent pas avoir plus d’un mois. Ils sont vraiment petits : trois sont dans les tons gris et noir comme la mère et le petit dernier est tout rouquin.
Pour le diner, nous allons un peu plus loin dans un restaurant recommandé sur le net. Il se situe dans un petit village. Quand nous arrivons, c’est l’heure de la messe orthodoxe, célébrée portes ouvertes si bien que l’on peut suivre la célébration de la terrasse du restaurant… de même qu’un match de foot retransmis sur un très grand écran. Original !
Autre particularité du lieu : une source qui provient directement de la montagne qui arrive jusqu’au restaurant : les clients se lèvent et tendent leur verre directement à la source pour le remplir et les serveurs font de même avec les carafes.
Le repas est bon, mais pas exceptionnel. Encore une fois, on nous sert des mini magnums en dessert.
Quand nous reprenons la
voiture, nous trouvons une mante religieuse sur le toit !
Le
GPS nous fait passer par des petits chemins au retour et en pleine nuit, nous manquons de nous perdre alors que nous ne sommes qu’à 5 mn du
camping.
Soudain, des petits marcassins traversent devant nous ! On a failli se payer un marcassin.
Nous arrivons sains et saufs au
camping et quand nous descendons de
voiture… la mante religieuse est toujours agrippée au toit de la
voiture… Coriace la bestiole.