Jour 44 – Mercredi 29 mai 2019 (partie 2)
Je continue la route jusqu’à Midway Geyser Basin. Cette zone est plus petite que les autres bassins, mais abrite néanmoins deux éléments intéressants. D’une part, le très connu Excelsior, de 60 mètres sur 90, il déverse chaque minute plus de 15 000 litres dans la rivière. D’autre part le Grand Prismatic, de 110 mètres de large pour 37 mètres de profondeur, il est la plus grande source d’eau chaude du parc et offre un dégradé de couleurs magnifique ! C’est d’ailleurs pour beaucoup l’endroit le plus remarquable du parc.
Je me gare sur le parking où je trouve facilement une place et démarre ma visite en restant au même niveau que Grand Prismatic ; j’ai prévu de prendre de la hauteur tout à l’heure afin de l’observer dans son ensemble.
Mon premier contact avec la zone se fait le long de la rivière, dans laquelle se jette le surplus d’eau provenant des geysers à proximité, laissant sur son passage un sentier coloré. Je traverse le pont et démarre la boucle sur les pontons.
En premier, l’immense Geyser Excelsior.
Dans les années 1880, le geyser Excelsior faisait des éruptions de 15 à 30 mètres de haut. La violence thermique a formé le cratère dentelé et a apparemment rompu le système souterrain du geyser, ce qui a entraîné l'arrêt des éruptions après 1890. Le 14 septembre 1985, Excelsior est revenu à la vie avec 47 heures d'éruptions majeures. Il est impossible de prévoir quand se produira la prochaine éruption de ce geyser dormant, mais extrêmement puissant.
Bien que ses éruptions aient été irrégulières, l'écoulement du geyser est presque constant, pompant plus de 15 000 litres d'eau bouillante par minute par-dessus le bord du cratère et jusque dans la rivière Firehole.
Le cratère accidenté d'Excelsior Geyser a été créé par de rares éruptions massives de geysers. De manière surprenante, il conserve également un témoignage de la vie passée. En effet, pendant des milliers d'années, des microbes se sont développés dans les canaux de ruissellement provenant de la source voisine Grand Prismatic Spring. Ces vastes communautés microbiennes ont été enterrées vivantes lorsque l'eau chaude qui s'écoulait a déposé une croûte de minéraux de silice. Le dépôt résultant, le frittage cellulaire, a conservé la forme du tapis microbien qu'il a enterré. Au fur et à mesure que de nouveaux tapis se développaient, d'autres couches s’expandaient. La formation actuelle est le résultat de cette interaction entre ses composants vivants et non vivants. Les caractéristiques hydrothermales de Yellowstone donnent un aperçu du passé lointain, lorsque le volcanisme intense était répandu sur la jeune Terre. Les formes de vie trouvées ici aident les scientifiques à comprendre le type de vie qui est probablement apparu, et s'est diversifié, il y a des milliards d'années sur notre planète.
On pense que des systèmes de sources chaudes volcaniques ont existé sur d'autres planètes de notre système solaire. Si des formations similaires sont découvertes, elles pourront contenir des preuves que la vie a existé ailleurs dans l'univers. Encore une fois, Yellowstone nous fait réfléchir par-delà les âges et l’espace.
Pour l’heure, je ne vois pas grand-chose du geyser, puisque le choc de températures entre l’eau du geyser et l’air ambiant crée une brume épaisse. Ce n’est pas grave, j’y reviendrai au retour et continue pour l’heure ma visite en m’approchant de Grand Prismatic.
Un peu de patience, on passe d'abord devant quelques détails sympathiques.
On s'en approche doucement :
Fumée, couleurs et formes kaléidoscopiques... Prismatic ou Free Party ?
Cette piscine est la plus grande (elle s'étire sur 61 m) et la plus brillante des nombreuses sources chaudes colorées de Yellowstone. La température élevée de son eau (70°C) fait que la source est souvent recouverte de vapeur. En hiver, on ne voit d’ailleurs rien de ses couleurs, tant la brume est épaisse !
En profondeur, le magma d'un volcan actif chauffe l'eau qui remonte à la surface par des fissures dans les roches. Il en résulte une source chaude qui déverse chaque minute près de 2 000 litres d'eau chaude dans la rivière Firehole. Les minéraux dissous dans l'eau chaude se déposent et construisent progressivement les gracieuses terrasses de ce site. Celles-ci sont encore une fois magnifiques, et ajoutent du relief au secteur qui je pensais être tout lisse.
Les piscines colorées... à ne pas confondre avec "piss in"
‘’Prismatic’’ signifie « brillamment coloré ». La couleur bleue intense au centre de cette source chaude est due à la diffusion de la lumière du soleil par de fines particules en suspension dans l'eau.
Les milliards de micro-organismes colorés qui bordent les canaux d'écoulement de cette source chaude sont appelés "extrêmophiles", car ils vivent dans des conditions que l'on pensait autrefois trop extrêmes pour accueillir la vie. Les extrêmophiles qui vivent dans les sources chaudes sont appelés "thermophiles" (amateurs de chaleur).
Dans l'arc-en-ciel des couleurs orange, marron et rouge, certains micro-organismes vivent en communauté de tapis épais. Comme des forêts miniatures, ces tapis ont une structure verticale et des fonctions stratifiées. Les microbes qui vivent sur ou près du sommet du tapis (comme la canopée d'une forêt) utilisent la lumière du soleil pour effectuer la photosynthèse, qui alimente la communauté du tapis. Les organismes qui vivent plus profondément dans le tapis (comme le sous-étage d'une forêt) tirent leur énergie des substances chimiques produites par les microbes de surface. Ils remplissent d'autres fonctions vitales telles que la décomposition et le recyclage des nutriments vers la "canopée" du tapis, tout comme leurs homologues dans une forêt. Tous ces organismes créent un écosystème en l'espace de quelques centimètres carrés. Ces explications sont fascinantes et méritent qu’on s’y attarde, car je trouve qu’elles donnent un aspect encore plus grandiose au lieu.
On a tant à apprendre de la nature, sur la manière de cohabiter et de s’entraider pour former un monde plus joli…
Selon l’endroit où l’on se trouve, le sol est tantôt formé de terrasses, de dégradés plus lisses, ou d’un sol très franchement rugueux. Tout cela, encore une fois en l’espace de quelques mètres. Les couleurs chatoyantes du bassin se reflètent dans les nuages de brume qui s’en dégage, formant un horizon arc-en-ciel sublime. Je ne m’attendais pas à voir les couleurs s’élever ainsi dans les airs, et je reste de longues minutes à contempler le mouvement de ces nuages.
Mes yeux balayent tantôt l’horizon, tantôt le sol qui se dessine, pas après pas, révélant les détails qui nous échappent tant que nous n’en sommes pas à proximité immédiate. La beauté se retrouve tout autant dans la minutie des moindres recoins que dans le vaste ensemble qu’ils forment, offrant sans discrimination sa splendeur à quiconque l’observe.
Je progresse
très lentement le long du ponton, prenant le temps de m’arrêter et de savourer ce qui m’entoure, me rapprochant de l’épais nuage de vapeur formé par Excelsior.
Avant de l’atteindre, le ponton nous fait passer devant Opal pool et Turquoise pool (56 et 71 °C), deux piscines aux couleurs pastel qui nous offrent là encore un superbe dégradé de couleurs, ne laissant aucun ton sur la touche. Opal pool (56°C) est généralement active, mais est tout de même considérée comme un Fountain Geyser. La première éruption a été recensée en 1947, puis elle a été active de manière récurrente en 1949, 1952 et 1953 avant de cesser son activité. Depuis 1979, Opal pool présente des éruptions à un rythme plus ou moins annuel ; celles-ci se produisant soudainement après une convection visible dans le bassin, mais restent sinon complètement imprévisibles. Les éruptions étaient généralement de hauteur assez modeste (moins de 9 mètres), mais certaines ont pu atteindre 20 mètres. En 2005, la piscine a été complètement drainée, avant de se re remplir en 2008 ; elle était alors d’une couleur vert vif.
Opal pool, pas aux pâles couleurs
De retour devant Excelsior, j’essaye cette fois-ci d’en capturer la surface, jouant avec les mouvements du vent pour appuyer sur mon déclencheur au bon moment.
J’immortalise une dernière fois la rivière formée par les milliers de litres de surplus d’eau des geysers se déverser dans sa grande sœur, avant de retraverser cette dernière, marquant la fin de ma visite du secteur.
Firehole river, qui bien que glorieuse, n'est pas à confondre avec le Glory Hole.
