Jour 11 – 26 avril
Ce matin, je me réveille fatiguée. En effet, le vent a soufflé très fortement toute la nuit. Vers 23 heures, je me suis même relevée pour déplacer la
voiture et la coller contre la tente dans l’espoir de faire barrière, sans grand succès. Malgré les boules Quies, la toile de la tente qui claquait faisait un bruit d’enfer et les arceaux se repliaient sur moi lors de certaines rafales.
Avec le recul, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas tout remballé pour passer la nuit dans la
voiture, sans doute trop fatiguée pour y penser sur le moment, et surtout la flemme de devoir tout ranger dans la nuit. Je me serais mal vu replier la tente sous ce vent, et la laisser sans un poids humain dedans était hors de question, au risque de faire un remixe de
Monument Valley de 2017 !
Le soleil se lève plus en forme que moi
Je commence la journée par une petite boulette : en effet, au lieu de vérifier les horaires d’ouverture de
White Sands Dunes, je pars assez tôt pour avoir les couleurs du matin, mais arrivée à l’entrée, je vois que le parc est fermé jusqu’à 10h30, car il y a des tests de missiles. Je décide de retourner au
camping et de profiter de la matinée sur place. Je me repose à mon emplacement, et prends mon petit-déjeuner avec ma lecture du voyage : toujours les Harry Potter, une valeur sûre
J’en profite également pour faire une petite promenade dans le parc, qui est très jolie malgré sa courte distance. De plus grandes randonnées sont possibles, mais il faudrait prévoir une grosse demi-journée ou plus.
Je croise un groupe d'amis qui explorent le lieu. L'un d'eux vient vers moi et me demande si je suis déjà venue. Il me conseille une randonnée, mais je ne retiendrai pas son nom car je sais que je n'aurai pas le temps de la faire. Encore une fois, j'apprécie ces petits moments furtifs d'échanges. En partant, il me dira qu'ils me laissent profiter tranquillement du lieu, c'est vrai qu'ils étaient un peu bruyants (pas dérangeants cela dit).
La crise financière en a ruiné plus d'une
Aux alentours de 14 heures, je rejoins enfin le parc de
White Sands Dunes. Je passe en premier lieu par le Visitor Center, dont je n’ai aucun souvenir, oups.
Ce site est le désert de dunes blanches le plus étendu au monde avec une étendue de 50 km de long sur 15 km de large. Créé en 1934, ce National monument se situe à 1186 mètres d’altitude et est composé de gypse blanc. Si l’on remonte il y a 250 millions d’années, il faut imaginer une lagune recouvrant l’actuel bassin de Tularosa. Plus récemment, il y a 70 millions d’années, la couche de roche épaisse formée par les dépôts d’alluvions s’est soulevée lors de la formation des montagnes rocheuses. Il y a 10 millions d’années, cette couche s’est affaissée pour former le bassin actuel. L’eau ruisselant des montagnes alentours forme le Lac Lucero, la plupart du temps asséché, produit des cristaux de gypse qui sont ensuite portés par le vent pour former les dunes telles qu’on les connaît. Le gypse est rarement trouvé sous forme de sable, car il est soluble dans l’eau. C’est parce que le bassin de Tularosa ne débouche pas dans la mer que le gypse se dissout dans les montagnes environnantes.
Des humains traquaient les paresseux présents dans le parc il y a quasiment 12 000 ans (ça ne doit pas être très difficile à chasser…
). Le parc a été exploré pour la première fois par des officiers de l’armée américaine en 1849, alors que des Apaches vivaient déjà dans la région.
Il a fallu presque 40 ans après la première suggestion de faire de White Sands un parc national pour qu’il obtienne le titre de monument national. D’abord, parce qu’il incluait une réserve de chasse, en faire un parc aurait été contraire à l’idée de préservation. C’est finalement le 18 janvier 1933 que le président Hoover a désigné le monument national. En 2008, le parc a été placé sur une liste provisoire de sites potentiels du patrimoine mondial, mais le représentant Stevan Pearce a refusé, craignant que cela n’entraîne l’arrêt des opérations militaires situées autour. Des débats ont également eu lieu pour donner à White Sands le titre de parc national, jusqu’ici sans succès.
Je démarre la route, les paysages sont déjà exceptionnels, la route est couverte d’une fine couche de sable blanc, de telle sorte qu’on a rapidement l’impression de se retrouver dans un autre monde.
John Snow vs Georges Sand
Un univers (de) parallèle(s)
Je ne me souviens plus exactement où cette photo a été prise, c'est assez vague
Je profite de cet environnement et décide de me lancer sur l’Alkali flat trail. Il fait chaud, mais c’est largement supportable et j’ai assez d’eau. Au début, il y a pas mal de monde sur les dunes, notamment des familles avec des enfants ou des groupes d'amis faisant de la luge, ou encore des couples prenant des photos romantiques. Il faut dire que l'environnement s'y prête bien !
Toutefois, au bout d’à peine quelques mètres, je me retrouve perdue au milieu de nulle part (pas littéralement heureusement, des piquets indiquent le chemin à intervalles réguliers. Il vaut mieux les suivre, car je n’imagine pas retrouver mon chemin ici, il n’y a pas beaucoup de repères parmi les dunes !).
J’ai vraiment l’impression d’être sur une autre planète, je n’ai jamais rien vu de tel. Au premier plan, on retrouve le sable blanc à perte de vue, et à l’arrière, on voit les montagnes qui se dessinent parmi les nuages blancs. L’atmosphère est géniale et je profite à fond, d’autant plus que je n’avance pas très vite. En effet, le chemin demande d’escalader les dunes l’une après l’autre et les pas dans le sable sont difficiles. On glisse aux ¾ de notre progression à chaque pas, ça fait une bonne séance de cardio !
Pâte sablée
De l'ombre ou de la lumière. Depuis le temps que j'espère
Pas à pas
Personne au bout de la ligne
Cette légende est brillante
Belles courbes
Le vent se lève de plus en plus et je me prends régulièrement des rafales de sables cinglantes contre la peau nue. A l’arrière et sur les côtés, le ciel est bien dégagé, en revanche devant moi il se fait menaçant, et je vois des mini tornades de sable se former régulièrement. Je décide donc de continuer encore un peu, mais d’ensuite faire demi-tour. Je sais que je ne pourrai pas accélérer le rythme de marche si le temps se dégrade et je ne tiens pas à me retrouver coincée dans une tempête de sable, seule au milieu de cette étendue. En plus, inutile de vouloir compter sur ses empreintes pour le chemin du retour, au bout de quelques pas celles-ci disparaissent. Même les immenses marques que j’ai laissées en grimpant les buttes ont entièrement disparues.
Je vous laisse sur quelques photos du côté pile
Encore un fan du solitaire
Car côté face, c'est plutôt ça :
Dans ta face
Je pense que je suis arrivée à ¼ de la boucle avant de faire demi-tour. J’enlève mes chaussures pour le retour, en pensant qu’il fait encore trop chaud pour que les animaux sortent de leur cachette. Heureusement, j’avais raison (ou alors j’ai eu de la chance, mais j’ai vu pas mal de personnes se balader pieds nus). C’est assez étonnant, grâce à la réflexion du soleil, le sable est frais et ne brûle absolument pas les pieds à l’inverse du sable brun par exemple.
Il est encore assez tôt lorsque je rejoins la
voiture au parking, j’essaye de me dépoussiérer au maximum, mes chaussures et chaussettes sont pleines de sable, j’ai des grains collés partout sur la peau. Je me pose un peu et continue ma lecture du matin dans cet environnement magique, en attendant que le soleil décline. En effet, après avoir raté la douce lumière du matin, il est hors de question de rater le coucher de soleil ici !
Je participe à une promenade explicative d’un ranger au milieu des dunes. Il nous dit d’ailleurs qu’il garde un œil sur la météo et les nuages noirs qui se rapprochent, car même si on ne s’éloigne pas beaucoup de la route, il ne veut pas qu’on se retrouve coincés dans une tempête. J’ai bien fait de faire demi-tour plus tôt dans l’après-midi !
Le programme est très intéressant. On découvre des fossiles, et en apprenons un peu plus sur le parc, sa formation, ou le mouvement régulier des buttes. Les apparences peuvent être trompeuses : loin d’être aride, si on creuse un trou d’une profondeur inférieure à un mètre, de l’eau va déjà y apparaître ! Ce climat permet à de nombreuses plantes de se développer. Malheureusement, leur durée de vie est assez restreinte, car elles se retrouvent rapidement ensevelies sous le sable qui est en mouvement constant. Les plantes ont différentes méthodes pour essayer de survivre.
Le Yucca par exemple va se développer en hauteur, sa tige se développant rapidement pour maintenir les nouvelles feuilles à la surface. D’ailleurs, certains spécimens ont des tiges enfouies sur plusieurs mètres de profondeur. Cependant, une fois que la dune se déplace, un Yucca exposé tombe rapidement et meurt.
A l’inverse, certains arbustes comme le sumac développent des racines denses et profondes qui participent à la formation d’un socle après que le sable se soit déplacé. De nombreux animaux trouvent refuge dans ces socles.
These are their stories. Dun-Dun (ceux qui saisiront la référence, petits cœurs sur vous)
Dans la famille Mac, alors que Big tue, Su est mort
Le soleil descend dans le ciel alors que le programme du Ranger touche à sa fin, offrant une palette de couleurs absolument incroyable ! Je profite du spectacle jusqu’à la dernière minute, en essayant de m’éloigner un peu des gens restés sur place aussi.
La dernière, sur la route du retour
Il est temps de reprendre la route pour le AirBnb du soir.
J’aurai cette fois-ci un étage pour moi toute seule, avec une grande salle de bain, ainsi qu’une baignoire à bulle dans une pièce ouverte attenante (que je ne testerai pas, je ne suis pas fan des bains qui utilisent beaucoup trop d’eau à mon goût). Pour ce soir, je file à la douche pour me débarrasser des kilos de sable entassés sur moi, vais secouer mes vêtements par la fenêtre et me ferai un petit plat réchauffé au micro-onde à disposition, avant d’éteindre les lumières.