Hello,
Allez. On y va, en commençant par la préparation du départ. Une phase bien souvent oubliée et pourtant phase d'excitation et de stress
Et puis le voyage aller bien sûr
Dimanche 4 septembre 2016
8h. Je me réveille, flâne jusqu’à 8h30 et passe en revue l’emploi du temps de la journée : cuisine, lavage, repassage, sécateur, et la valise.
Ah ! La valise ! …
Le départ pour New York est prévu le vendredi 9 septembre c'est-à-dire dans cinq jours, il serait temps que je m’en inquiète. Mais à la question :
- je mets quoi dans la valise ?
La réponse est :
- Rien, je n’ai rien à me mettre
Eh oui ! Je suis une femme, nous avons toutes l’impression de n’avoir que des guenilles, ce qui n’est pas complètement faux !
Comme une âme en peine, j’hésite, les yeux rivés tantôt dans l’armoire, tantôt sur le fond de la valise désespérément vide.
Bon, aller, courage …
Un coup d’œil sur la météo de New York m’aidera à prendre les bonnes décisions.
Cinq tee-shirt, deux pulls, k-way, baskets, parapluie … Ne pas oublier le sac à dos et surtout le caméscope récemment et amoureusement offert par mon mari.
J’allais oublier le fer à repasser de voyage.
- Non ! nous n’allons pas surcharger la valise me dit-il sur un ton péremptoire.
- Si ! Je prends le fer à repasser
Impossible pour moi de lutter contre une éducation bien programmée depuis l’enfance. Un tee-shirt bien repassé, c’est quand même mieux !
Je vais donc ruser, biaiser, persuader … Bref, je vais glisser mon fer à repasser dans un coin de la valise, à l’abri de tout regard inquisiteur.
NDLR :
Au final nous partirons avec ca
Vendredi 9 septembre
En deux sauts de puce : Lyon Saint-Exupéry > Paris Charles de Gaulle > New York JFK …
7h, nous sommes prêts.
Jo (le voisin) nous conduit jusqu’à la gare routière où nous devons prendre la navette pour l’aéroport Saint-Exupéry. Le ciel magnifiquement bleu, présage un séjour enchanteur.
Hubert, s’étant octroyé d’office le hublot sur le trajet Paris > New York, accepte non sans hésitation que je m’octroie cette place de choix sur le trajet Lyon > Paris.
Je me balade donc au dessus de notre belle campagne lyonnaise où cultures et forêts se disputent l’espace dans un parfait désordre. La France est le pays européen le plus boisé, c’est une chance inouïe. Les sous-bois nous offrent tant de bonnes choses : chanterelles, cèpes, trompettes de mort, mousserons, pieds de moutons et tant d’autres …
Ici, les cultures s’organisent d’est en ouest en tenant compte bien sûr des plaines alluviales creusées par les fleuves et rivières. Les tracteurs façonnent les champs dans le respect des affluents de la Seine, maîtres des lieux. Les routes, autoroutes, rocades empruntent avec aisance et sinuosité les couloirs savamment taillés dans le Bassin parisien.
Une heure de vol, c’est très court. L’avion perd rapidement de l’altitude, se penche à gauche et nous laisse admiratifs de cette nature si superbement agencée.
Par sa fréquentation, l’aéroport de Paris Charles de Gaulle est le 2ème aéroport européen et le 9éme mondial. En deux mots, une ville dans la ville !
Deux heures d’attente dans les galeries commerçantes me permettront de suivre les nouveautés vestimentaires.
L’A380 assez massif en impose, mais il n’a pas l’élégance mondaine du Concorde. Prendre place dans son corps ventru est cependant un privilège.
Hubert a choisi le pont supérieur, où nous avons la chance d’occuper deux places, (avec supplément) sans gêner qui que ce soit. L’allée me convient parfaitement, je vais pouvoir aller et venir à souhait. Le ver de terre que je suis a un besoin impérieux de liberté.
L’avion se positionne, ronfle et décolle. Au revoir belle France. Une caméra fixée à l’arrière de l’appareil offre une vue dominante sur cet envol.
Nous partons vers d’autres cieux en direction du soleil couchant, sans pour autant d’ailleurs, le voir se coucher !
L’écran nous informe du survol de Caen, Bayeux, Cherbourg, la Manche, la mer Celtique puis l’océan Atlantique.
Je plonge alors dans un livre passionnant : «Tromelin, l’île aux esclaves oubliés ». Honte à cette France du 18eme siècle …
Une très jolie hôtesse de l’air, aux yeux bridés nous propose l’apéritif ; ce sera champagne. Quel bonheur de trinquer dans une insouciante légèreté à 11582 mètres d’altitude ! L’effet du champagne se fait rapidement sentir. Hubert m’assure que l’Islande est au nord de l’Angleterre, alors qu’elle est au nord-ouest. Oh ! Mon chéri, tu as trop bu !
Nous ne sommes pas de grands consommateurs d’alcool, l’effet sur nos neurones n’en est que plus rapide.
Grands rires …
842 km/h, 11582m d’altitude, - 60°
Au dessous, le ciel très cotonneux occulte toute vue. J’espérais pourtant voir de loin les côtes islandaises à qui nous devrions rendre visite en 2018.
Un bref sommeil nous rendra plus vaillants, mais que faire si ce n’est de parcourir le National Géographic acheté ce matin à Roissy ?
Tiens ! Un article sur une expédition dans le Grand Canyon du Colorado … Je raffole de ce genre de lecture. Nous l’avons survolé en hélicoptère lors de notre voyage de noce en 2014
17h. Repas miniaturisé, où tout espace est optimisé. Salade jamaïcaine, poulet créole, le tout suivi d’un cognac pour exciter le fond de gorge. Oh ! Effectivement, ça décape !
Sommeils, rêveries, courtes balades dans les différents compartiments, un verre d’eau, quelques exercices dans l’escalier, ainsi passe le temps. Les heures s’éternisent.
L’occasion pour Hubert, d’échanger avec son compagnon roadtripper, Claude Lurmin et Sylvie que nous retrouverons plus tard au cours de nos flâneries New Yorkaises.
Les voisins de gauche m’agacent avec leurs plaisanteries de mauvais goût, quand aux pipelettes épouses, elles fouillent inlassablement dans leurs sacs plastiques très bruyants.
Nous sommes maintenant au dessus de la mer du Labrador entre le sud du Groenland et les premières côtes canadiennes.
Les stores des hublots commencent à descendre ce qui présage d’une sieste collective imminente. Pour moi, impossible de dormir, les impatiences dans les jambes sont une réelle torture. Hubert a déjà glissé dans les bras de Morphée. Pour reprendre son expression : « Normal, un homo sapiens ça pionce ! » Encore trois heures de vol, patience et résignation !
Impossible de voir les côtes canadiennes tant le ciel est couvert. Dommage que la météo ne soit pas plus clémente.
Depuis Paris, nous venons de parcourir 4342 km. La distance entre ces deux villes est de 6000 km, et 7h30 de vol.
19h30 heure française. Le tapis cotonneux s’efface timidement, les forêts nous font de furtifs clins d’œil. Encore 2h30 à tuer le temps … Notre tapis volant d’un blanc immaculé reste imperturbable et semble nous dire « non, je ne suis pas décidé à vous laisser voir le Saint-Laurent sans payer ! » Tant pis !
Une collation rompt la monotonie, puis quelques mots échangés avec l’hôtesse nous apprendrons les prix exorbitants des premières classes. Chacun de nous est comme un fossile pris dans une strate sociale dont il est difficile de s’extraire. Chacun son budget, c’est ainsi …
Mon chéri attend avec impatience le survol de New York, le hérisson de la côte est des Etats Unis.
- Patience, on descend !
16h20. L’A380 se pose en douceur sur le tarmac de l’aéroport JFK. Tout va bien, si ce n’est le passage au service de l’immigration.
Ma petite taille de 1m57 ne convient pas aux standards américains. L’appareil photo est bien trop haut, même sur la pointe des pieds, seul, the top of the head paraît sur l’écran. L’essai ayant été peu concluant, nous avons dû reprendre une autre file avec cette fois pour mission les empreintes digitales sous surveillance d’un douanier.
En fait, il suffisait d’incliner l’appareil !
Pourquoi ai-je donc cette capacité à tout tourner en dérision ? Rire de mes étourderies est un excellent dérivatif au stress. Je préfère amuser la galerie, ainsi, la solution à tout problème est à portée de main. Le rire est communicatif, la générosité et la compassion également.
L’homme fort de la situation a presque honte ! Il récupère cependant les bagages, puis nous sortons prêts à happer un taxi, lorsque un individu nous interpelle et nous propose ses services. Hubert confiant le suit. J’ai soudain un fort doute …
- Hubert, où nous embarques-tu ?
Lisant la méfiance dans mon regard, il réalise l’arnaque. Demi-tour, et attente à l’accueil des taxis jaunes. La course aura duré une heure, une heure à papoter en français avec le chauffeur. Les embruns pollués de New York me fouettent le visage. Il fait très chaud, la circulation en cette fin d’après-midi est dense.
La rue du 241 west 123rd street à Harlem semble calme ; un peu de verdure pour adoucir le lieu nous ravit.
Nous occupons un appartement, assez simple mais correct dans un brownstone de la vieille ville. Ce quartier est charmant, reposant et à taille humaine. Je m’y sens bien.
Ici, pas de gratte-ciel, la population est à 90% noire. Sacs poubelles et papiers décorent les trottoirs. C’est une question d’habitude, nous allons nous y faire !
Repérage de la station de métro et achat des city pass, qui nous permettront l’accès à de nombreux sites incontournables, pour un prix raisonnable de 31 dollars par personne.
Quelques courses au supermarché du coin … Ce soir ce sera pâtes, mais première déconvenue : interdiction de faire cuire de la viande « no pork », puis interdiction d’utiliser le four de la cuisinière.
Au moins on est au courant
Surpris, nous n’avons pas le choix et devons nous accommoder tant bien que mal de la soudaine autorité de madame Yvette Cruz propriétaire des lieux.
Vue sur la cour, pas de bruit, lit confortable … C’est déjà pas mal !
