Dimanche 8 août 1993 : la Nouvelle-Orléans
Lorsque je vous ai laissés, Erwin et moi, fraîchement installés dans notre auberge de jeunesse, venions de faire la connaissance de deux anglaises, Louise et Jane, ainsi que d'un autre gars.
A 17h, notre petite troupe se met en route pour le French Quarter. Je n'ai rien mangé depuis notre petit déjeuner au MacDonald's ce matin-là...
Pour nous rendre à destination, nous prenons un trolley. Il nous en coûte 1 USD. Alors que nous arrivons dans le French Quarter, il se met à pleuvoir, l'une de ces pluies rageuses et diluviennes des étés chauds et moites du Vieux Sud.
Nous nous réfugions dans un bar-karaoké, le "All American". C'est l'heure joyeuse où nous avons droit à trois boissons pour le prix d'une !
Ce bar me plaît beaucoup, l'ambiance y est très sympa : pendant que certains chantent (plus ou moins juste et plus ou moins en rythme) sur une petite scène, d'autres dansent (plus ou moins gracieusement et plus ou moins en rythme)... et évidemment, tout le monde s'alcoolise !
Ne souhaitant pas être en reste dans cette atmosphère insouciante et débridée, je prends une Budweiser.
Un militaire vénézuelien m'invite à danser. Invitation acceptée. Le gars me dragouille gentiment pendant que je descends ma seconde bière...
Je continue à danser avec le militaire vénézuelien. Il continue à me dragouiller de façon un peu plus insistante tandis que je descends ma troisième bière...
A 19h, lorsque nous sortons du bar, j'ai donc bu trois bières en un court laps de temps, et suis passablement éméchée. Mais je suis restée assez lucide pour ne pas céder aux charmes du militaire vénézuelien !
Nous prenons ensuite la direction du Pat O'Brien's. Un classique du vieux carré. Dans mon esprit embrumé par les vapeurs d'alcool, voici le Pat O'Brien's tel qu'il m'est apparu à ce moment-là :
Crédit image : Bourbon Street Bar Painting by Diane Millsap, @ArtistRising.com
Voici de quoi le Pat O'Brien's a l'air en vrai :
A l'intérieur, on trouve trois salles : un bar, un piano bar et une salle-terrasse avec "une sublime fontaine qui crache du feu." On peut dire que j'avais le sens de la description, à l'époque !!!
Nous passons un peu de temps au bar, puis migrons vers le piano bar.
Dixit mon carnet : "Je n'ai rien bu. Ambiance sans plus, mais comme j'étais déjà dèf, ça allait."
(on ne dit rien à ma fille, SVP !!!
)
En sortant du Pat O'Brien's, je tombe sur un mec blond, mignon, qui se tient là, dans la rue, un grand verre à la main. Je lui demande "Is that ice-cream in your cup?" (C'est de la glace que tu as dans ton verre ?) Ne me demandez pas pourquoi je lui ai posé cette question débile... comme moyen d'engager la conversation, j'avoue qu'on aura fait mieux...
Pour le bénéfice de tous ceux qui lisent ce carnet (et surtout pour le bénéfice de mes enfants si jamais ils le lisent un jour), je tiens à préciser que ça n'est pas vraiment mon genre d'accoster comme ça des inconnus, mais il est bien connu que l'alcool désinhibe, et je suis encore sous l'emprise de mes trois bières du début de soirée...
Quoi qu'il en soit, la "glace" est brisée entre le gars blond (qui n'a pas du tout de glace dans son verre, mais un cocktail bien alcoolisé) et moi, et nous entamons la conversation. Il s'appelle Brandt. Nous n'allons plus nous quitter pour le reste de la soirée...
Erwin, Jane, Louise et moi-même continuons donc la tournée des bars du French Quarter avec Brandt et ses amis. Voici Louise (ou Jane), Erwin, et moi en cours de soirée :
Dixit mon carnet : "On atterrit dans un karaoké où là, l'ambiance est carrément canon. Plein de monde, tout le monde chante, danse..."
Et pendant que tout ce monde chante, danse... s'agite, boit... et se lâche, Brandt et moi discutons, discutons...
Vers 23h, je commence à avoir l'esprit un peu plus clair. Nous partons pour le Hard Rock Café, mais le bar ferme alors que nous arrivons. Pas moyen d'y boire un verre. En ce qui me concerne, ça n'est pas plus mal car il est temps que je retrouve un peu mes esprits !
Nous faisons le tour des mémorabilia qui se trouvent dans le Hard Rock, prenons quelques photos... Et la boutique souvenirs étant ouverte, j'achète un t-shirt "Mardi Gras" qui, depuis, est devenu collector...
Dixit mon carnet : "Sophie va mourir !"
(Sophie étant ma meilleure amie de l'époque.)
Nous sortons du Hard Rock, revenons sur Bourbon Street, et retournons au Pat O'Brien's. Brandt et moi y laissons Erwin, Jane, Louise et les potes de Brandt, et allons nous promener un peu sur Bourbon Street, tout en continuant notre discussion à bâtons rompus.
L'ambiance dans ce quartier est incroyable : il est minuit et il y a toujours plein de monde dans les rues, buvant, chantant. Nous passons devant les sex-shops qui se trouvent un peu plus loin que les pubs, dans le même quartier. Nous nous arrêtons dans un petit snack près du Pat o'Brien's, et je mange une part de pizza. C'est le premier aliment solide à atterrir dans mon estomac depuis mon petit déjeuner du matin...
Brandt et moi retournons retrouver nos amis qui sont restés au Pat o'Brien's. Lorsque nous arrivons, Erwin et Jane ont opéré un rapprochement salivaire stratégique

... pendant que Louise est en train de se faire draguer par un garçon uni-jambiste !
Brandt et moi nous asseyons au piano-bar. Nous parlons musique. Je lui dit que j'adore "I Heard It Through the Grapevine"... il court le demander à la pianiste.
(On se croirait en plein film à l'eau de rose Hollywoodien, n'est-ce pas ???)
Brandt m'offre une bière. Aucun souvenir de ce que c'était, mais je l'ai trouvée très bonne ! Nous quittons le piano-bar et nous attablons dehors, près de la fontaine-feu. Le niveau sonore y est moins élevé. Nous discutons longtemps, très longtemps...
Ce garçon me plaît beaucoup. Je trouve Brandt très mignon, plein de charme... On peut même suis que le charme, je suis "sous"... Et apparemment, ça a l'air réciproque... Mon accent Frenchy, et mon côté "smart-ass" lui plaisent bien
(c'est lui qui l'a dit, hein !!!). La discussion est étonnamment fluide, comme si on se connaissait depuis longtemps. C'est assez étrange comme sensation.
Brandt vient de Mobile, dans l'Alabama. Il est étudiant en "Business Studies". Nous avons, à quelques mois près, le même âge.
(Je vous ai déjà parlé de Mobile dans l'épisode précédent de ce carnet... si vous êtes un peu fine mouche, vous pouvez désormais raccrocher certains wagons
)
Vous vous demandez à quoi peut donc bien ressembler ce Brandt si mignon et qui me plaît tant ? Allez, je suis sympa, je vous le livre, voici donc, en exclu mondiale pour les roadtrippeurs, de gauche à droite : le pote de Brandt, Erwin, et... Brandt !!!
Les roadtrippeurs, un peu de respect SVP, on ne critique pas sa bonne tête de "All-American Boy" !!!
Nos amis avaient déclaré forfait depuis longtemps et étaient rentrés se coucher alors que Brandt et moi étions encore en train de discuter. Vers 3 ou 4 heures du matin, nous nous décidons à quitter le Pat O'Brien's tous les deux, et nous dirigeons vers le port. Brandt me prend la main...
Nous croisons deux homeless blacks, qui nous accostent et nous demandent de l'argent. L'un, vétéran de la guerre du Vietnam, commence à nous raconter sa vie.
Nous nous asseyons près d'un bateau à aube et discutons, encore et toujours.
Puis nous prenons le chemin de l'hôtel de Brandt. Je commence vraiment à être fatiguée. Lorsque nous arrivons à l'hôtel (à 200 USD la nuit), je n'en reviens pas du luxe : entrée gigantissime, lustres en cristal, 43 étages. Le personnel appelle les ascenseurs pour vous et vous ouvre les portes !
La petite étudiante que je suis n'est jamais entrée dans ce genre d'hôtel et tout ce luxe, pour moi qui dort sous la tente ou en auberge de jeunesse, me laisse sans voix. Dixit mon journal : "Il y a même un coffre-fort dans les chambres !"
Ne croyez pas que j'étais tombée sur un mec richissime...

En fait, Brandt et ses amis ne payaient pas leur chambre d'hôtel. Je ne me souviens plus exactement de l'histoire mais je crois qu'il avaient dû gagner un week-end à la Nouvelle-Orléans, ou tout au moins la nuit d'hôtel.
Nous montons dans la chambre que Brandt partage avec ses amis. Ses potes, rentrés depuis plusieurs heures, dorment du sommeil du juste...
Chers amis roadtrippeurs, mon récit va s'arrêter ici pour aujourd'hui, et je vais vous laisser tirer vos conclusions sur ce qu'il a pu se passer ensuite...
