Jour 3 : lundi 08/04
Le décalage horaire a fait mal ce matin.
Je me suis réveillé vers 3h30.
J’ai essayé de me rendormir, mais au bout d’une heure, j’ai abandonné.
Au final, on s’est tous réveillés avant la sonnerie du réveil vers 5h15.
Tant mieux, plus on part tôt, mieux ce sera afin d’éviter les embouteillages.
Car aujourd’hui est notre journée la plus longue du séjour. Une étape de 1036 km entre Dallas et le parc national de
Big Bend, avec une halte au Texas Ranger Heritage Center à Fredericksburg pour voir l’éclipse totale de soleil.
Pourquoi une étape aussi énorme ?
Tout simplement que notre programme était déjà calé et les nuitées réservées lorsque j’ai appris qu’une éclipse solaire avait lieu, heureux hasard, pile dans les environs où nous nous trouvions.
Initialement, on aurait dû descendre à
Big Bend tranquillement le long de l’Interstate 20 en s’arrêtant vers les puits de pétrole de Midland et du bassin Permien, et finir la journée en étant à
Big Bend pour assister au coucher de soleil.
On avait décidé de griller ce programme pour l’éclipse.
On aurait pu faire une grasse matinée et attendre tranquillement que l’éclipse atteigne Dallas. Et en plus, le temps annoncé était plutôt dégagé.
Sauf qu’on aurait eu 9h de route à se coltiner, sans compter la sortie de l’agglomération, et qu’on n’était absolument pas fan de l’idée d’arriver vers 23h à
Big Bend.
J’avais donc regardé la trajectoire de l’éclipse, et Fredericksburg avait l’avantage d’être pile sur la trajectoire, mais également de nous faire gagner du terrain en partant plein sud, et de n’être pas très loin de l’Interstate 10 afin de partir ensuite plein ouest.

On prend la route à 5h45 dans l’obscurité.
Waze veut nous faire prendre "les petites routes", mais je préfère descendre sur l’Interstate 35.
Je préfère l’autoroute à la route la nuit.
Le trajet sur l’autoroute se passe sans problème, jusqu’à ce que soudain, Waze nous demande de sortir. Trop tard, on était déjà à la hauteur de la sortie.
Il nous redemande alors de sortir immédiatement à la prochaine sortie 500m plus loin. On a compris pourquoi, en voyant toutes les voitures piler devant nous juste quand on arrivait sur la deuxième sortie.
On a eu un bol fou.

On a suivi la route parallèle à l’autoroute pendant 10 minutes avant de revenir dessus, le temps de voir peut-être 5 kilomètres de bouchons, jusqu’à un camion-citerne qui finissait de se consumer sur la file de droite avec des gyrophares partout autour de lui.
Un type en pick-up qui était bloqué dans les bouchons nous a quand même sidéré, en sortant de l’autoroute en coupant à travers le talus pour atteindre la route où nous nous trouvions…

Des dingues...
On retourne sur l’autoroute complètement dégagée une fois l’accident passé.
J’ignore combien de temps on aurait passé à le traverser si on n’était pas sorti…
Le jour se lève quand on atteint Waco.
Enfin, se lève…

On va dire que la luminosité s’est améliorée. Car le ciel est complètement bouché.
Quand on quitte la I35, il se met même à bruiner.

On se serait cru à Brest un 15 août…
Je commence à craindre qu’on ne distingue pas grand-chose de l’éclipse…
Le soleil se met à faire des apparitions de temps en temps.
On fait notre premier plein du séjour quand le voyant de la réserve s’allume.
Je vais dans la station, dans l’intention de casser un billet de 100$. Sauf que la caissière me le refuse. Elle me dit qu’elle n’a pas le change sur un montant pareil.
Je donne un billet de 50 et de 20, en espérant que ça fasse l’affaire.
Alors pour faire l’affaire, ça a fait l’affaire ! 39$ pour remplir le réservoir d’un SUV midsize en partant de la réserve !
On n’est clairement pas en France !
On continue notre route dans la campagne texane en passant devant énormément de ranchs avec leurs entrées plus ou moins imposantes, en respectant scrupuleusement les limitations de vitesse, car il y a des voitures de police partout !
Surtout que la circulation est… extrêmement fluide. On ne croise pas grand monde.
En fait, devant la météo pessimiste annoncée, on avait le sentiment que tout le monde était monté au Nord vers Dallas où au-delà, et c’est ce qui semble s’être passé.
On est passé à côté de ranchs que j’avais vu dans un reportage au JT qui élèvent des animaux exotiques qui servent à des safaris privés…
On arrive à Fredericksburg au bout de 4 heures, sans avoir rencontré un seul embouteillage dû à l’éclipse.
J’étais un peu gêné d’avoir sonné le branle-bas pour être sur la route à 6h au plus tard pour ne rencontrer au final aucun retard.
Notre spot est le Texas Rangers Heritage Center.
J’avais trouvé ce lieu en me baladant sur Google Maps. Un grand parking et un cadre sympa, pile ce qu’il nous fallait.

Sauf que le lieu est habituellement fermé les lundis.
Je leur avais alors envoyé un mail mi- janvier pour leur demander si le parking pouvait être exceptionnellement ouvert le lundi 8 pour l’éclipse.
Puis, rien.
Je me disais qu’ils ne devaient jamais regarder les mails, où qu’ils n’avaient pas l’intention d’y répondre.
Puis un soir de fin février, je reçois une réponse, où ils m’expliquent que le parking sera en effet ouvert, mais sur réservation uniquement, et me renvoient sur leur site internet pour réserver.
J’arrive dessus. 100$ de réservation, pour 200 places de disponible en tout.
Et il n’y avait encore aucune réservation.
En fait, j’ai l’impression que je les avais réveillés, et qu’ils ont alors réalisé qu’ils avaient une opportunité de récupérer pas mal d’argent sans trop se fouler, et que pour me remercier, ils me prévenaient dès que leur site de réservation était opérationnel.
Parce que 200 places à 100 $ la réservation, ça leur faisait potentiellement une journée à 20 000 $.
J’avais hésité, trouvant le prix abusé...
Puis je me disais qu’on n’arriverait pas vraiment tôt, et si c’était pour tourner en rond à chercher une place en vain le jour J, avec le monde qu’il y aurait, autant ne pas tenter le diable…
Au final, on a bien fait, car sur la route on voyait plein de ranchs affichant des panneaux à leurs entrées offrant des places de parking disponibles, et bien plus chères que 100 $.
J’ai un peu craint l’arnaque en allant vérifier toutes les semaines si d’autres places partaient, mais début mars, le nombre de places disponibles était toujours de 199… Ce n’est que vers la dernière semaine de mars que le nombre s’est mis à descendre d’un coup.
On arrive devant l’entrée vers 10h00, où mon nom était inscrit sur leur liste.
On se gare facilement, plus de la moitié du parking est encore vide.
On fait un tour du site où différentes reliques sont exposées. Mais ce n’est pas bien grand. On en a fait le tour en 20 minutes en prenant notre temps.

On parle avec quelques personnes charmantes qui sont étonnées, pour ne pas dire interloquées, de voir des français dans cette bourgade du Texas.

Comme vous le voyez, plusieurs personnes sont déjà installées des heures avant que l’éclipse ne commence…

Commence alors l’attente. On patiente dans la
voiture en grignotant nos barres de céréales et en guettant le ciel. Des éclaircies font leur apparition, certaines plus longues que d’autres…
On est pas loin des personnes qui font le pied de grue au niveau du portail pour vérifier si les gens qui arrivent sont sur la liste. Quelques-uns se font poliment rejeter. Une personne leur demande s’il reste des places. Tout est réservé lui répond-on.
Sauf que le temps incertain a fait que beaucoup de monde ont changé leur plan. Le parking n’a été plein environ qu’aux 2/3…
Je m’installe un peu après midi.

Trépied, boitier avec un 400mm, déclencheur pour ne pas faire vibrer le tout, et un filtre spécial éclipse pour le diamètre de mon objectif que j’avais acheté sur internet.
Autant j’avais trouvé le soleil en 30 secondes quand j’avais fait un test grandeur nature en janvier sur un ciel dégagé. Autant j’ai passé plus de 10 minutes à réussir à trouver le soleil et à le cadrer ce jour-là.

On attend…
Puis à 12h24, ça commence.

Plusieurs fois, le soleil disparait derrière le plafond nuageux.
Une chose également énervante, en zoomant sur le soleil, c’est qu’il bouge beaucoup.
Enfin, techniquement, c’est nous qui bougons.
Mais le soleil partait du cadre sans cesse en diagonale. J’ai dû recadrer le tout près de 15 fois jusqu’à l’éclipse totale.

Première fois que je voyais un Tesla Cybertruck.
Horrible…
Il a essayé de rentrer, mais a rebroussé chemin car il n’avait pas de réservation.
Un peu lassés, mon frère et le copain vont faire un tour dans les environs, et trouvent derrière un bâtiment, que les organisateurs tiennent un stand avec barbecue. Le pack se constitue d’un hot dog, d’une petite bouteille d’eau, et d’aliments achetés dans le commerce dont tous les noms sont en rapport avec l’espace et l’éclipse. On avait des Sun Chips, des desserts Milky Way…

Le dessert était une sorte de gros macaron industriel qu’on n’a même pas pu finir tellement c’était immonde !

Nos voisins se sont installés confortablement. Comme vous le voyez, le ciel est bien bouché…

Les nuages deviennent de plus en en plus présents au fur et à mesure…
Il se passe parfois plus de 10 minutes sans qu’on aperçoive le soleil.

J’enlève le filtre quand l’éclipse est quasiment totale.
On se rend compte que la luminosité a bien diminué sur les 10 dernières minutes.
Et à 12h31…

On peut distinguer les éruptions solaires.

On a eu un bol fou, car ces photos de l’éclipse totale sont les seules que j’ai réussi à prendre.
On a pu voir l'éclipse totale moins de 20 secondes avant que les nuages ne reviennent dans l'axe, et on n’a plus revu le soleil ensuite.
Mais on profite.
On entend des cris et des exclamations un peu partout autour de nous.
Je ne sais pas si les vidéos qu’on voit aux infos ou sur internet sont assombries, où alors était-ce à cause des nuages qui réfléchissaient le peu de lumière du soleil, mais on s’imaginait que l’obscurité serait plus prononcée.

On avait l’impression d’être en été sous un ciel très noir avec un gros orage prêt à éclater.
Même si la différence en plein jour est marquante comme on le voit sur deux photos du même angle.

Fredericksburg étant en plein dans l’axe, l’éclipse totale était la plus longue possible. Près de 4’30.
On les a bien vu passer.
On se rend compte tout de suite quand l’éclipse est terminée car la luminosité revient d’un coup à la quasi-normale.
Allez, on remballe. On n'avait pas prévu de rester une fois l'éclipse totale passée pour des questions de délai de route. Mais de toute façon, il n'y a plus rien à voir. Les nuages sont bien nombreux et bien épais.
Et on remarque que tout le monde autour de nous pense la même chose avec fatalisme.
C’est parti pour la 2ème partie de route de la journée avec 640 km à faire.
Théoriquement, on doit arriver vers le sunset.
Sauf que, contrairement à ce matin, tout le monde prend la route au même moment car il était évident que le soleil ne réapparaitrait pas de sitôt.
On a mis un moment à sortir de Fredericksburg avant d’atteindre l’Interstate 10.

On a retrouvé le soleil environ 1h30 après être partis…
Moi qui m’imaginais quasiment seul sur cette longue autoroute au milieu de nulle part…
C’était tout l’inverse. Toutes les personnes du Nouveau-Mexique, d’
Arizona et de
Californie (on voyait les plaques sur les voitures) qui étaient venues voir l’éclipse prenaient toutes le chemin du retour.

Ce trajet que j’imaginais tranquille était au final plutôt fluide, mais très dense.
Avec un dingo en pick-up slalomant entre les voitures pour griller le plus de monde possible… qu’on a revu 30 minutes plus tard arrêté sur le bas-côté avec un SUV noir banalisé derrière lui tous les gyrophares allumés.
On quitte l’autoroute à Fort Stockton direction plein sud.

On fait un arrêt au stand à Marathon pour refaire le plein avant de rentrer dans le parc, et pour acheter des sandwichs pour le soir.
J’avais repéré une supérette sur internet à 2 pas de la station.
Sauf que la supérette en question vend les pains et ingrédients pour faire ses sandwichs, mais pas de sandwichs tout prêts.
Zut. On va donc manger au resto du Chisos Mountain Lodge où on passe les deux prochaines nuits.
Waze nous indique une heure d’arrivée pour 20h30, heure de fermeture du restaurant selon Google…
On a roulé un peu pied au plancher pour arriver à temps.
Le soleil, décline au fur et à mesure. Les plaines immenses que nous rencontrions entre Fort Stockton et Marathon laissent de plus en plus place à des reliefs que le soleil illumine.

On rentre sans payer dans le parc, la guitoune étant naturellement vide à cette heure.

Ça monte pas mal pour arriver à Chisos Mountain, jusqu’à redescendre sur la fin, où le sunset sur The Window s’offre à nous depuis la route.

Un timing parfait.

On arrive devant l’
hôtel à 20h25, et on se dépêche de trouver le resto.
Je commande un sandwich au poulet qui s’avérera être une fois servi, et ce ne sera pas la seule fois du séjour, un burger…
On va prendre possession de notre chambre, avec deux lits doubles et un lit dépliant.
Je suis obligé de retourner à la réception car il manque des serviettes.
Et en chemin, la nuit est complètement tombée et, éclipse oblige, on est en nouvelle lune.
Le ciel est complètement dégagé, sans aucune pollution lumineuse, et laisse apparaitre un ciel étoilé d’une pureté impressionnante.

Je reviens dans la chambre avec les serviettes, et je ramène les autres dehors.

Le bouquet final de cette journée.
Le bilan de la journée est plutôt étrange.
Réveil très matinal, 2h d’attente sur un parking, une éclipse à moitié visible mais avec 4’30 inoubliables, un petit sunset, un beau ciel étoilé... mais les 3/4 de la journée passées dans la
voiture avec plus de 1000 km en 10 heures de route.
Ça en fait des choses !
Je suis claqué.
Et on essaye de se coucher rapidement car le lever devra être à nouveau matinal également demain.