Jour 43 – Mardi 28 mai 2019
Journée entière à
Yellowstone prévue aujourd’hui avec un programme bien alléchant. La cheffe du voyage a décidé pour ce jour : une matinée à arpenter la Lamar Valley en quête de rencontres animales diverses et variées (vu les rencontres des deux jours précédents, je ne peux m’empêcher d’avoir des attentes quant à l’exploration de la vallée

), et un après-midi concentré sur la partie Nord du parc, à savoir les Mammoth Terraces et Fort
Yellowstone 
.
Je vous donne déjà le plus gros spoiler du séjour : il y a eu du soleil TOUTE LA JOURNEE !

Comme quoi,
Yellowstone est effectivement rempli de phénomènes curieux.
Pas le temps de traîner au AirBnb ce matin, je lance la cafetière mise à disposition dans le couloir, je remets la batterie chargée dans mon appareil photo, prépare mon sac, rempli mon camel back en eau et la thermos de café fraîchement coulé; une photo rapide sur la jolie vue depuis ma chambre, les clés de la
voiture et de la chambre (les bonnes cette fois-ci Cessie

), et hop, on embarque dans le froid et la bonne humeur.
Il est 6 heures du matin, le thermostat de la
voiture affiche 29 °F (-1.6 °C). Petite pensée aux gens qui ont dormi sous tente au
camping 
. Une bonne heure plus tard, j’arrive à l’entrée de la vallée. Il est encore suffisamment tôt pour espérer observer la vie sauvage, même si l’idéal est d’y être dès le lever du soleil. Je me dis que vu que cela fait plusieurs jours que le soleil ne s’est pas levé du tout dans le coin, les animaux doivent être un peu déréglés et rester dans la vallée toute la journée

. On positive et on espère !
La première rencontre sympathique n’est pas rare, mais non moins appréciable : maman bison et son petit qui jouent sur la route

. Pour le coup, le but est de rester à bonne distance avec la
voiture parce qu’un coup de bison dans le pare-brise ne serait pas très futé. J’attends donc sagement que la famille se calme (enfin, surtout le petit, la mère n’a pas l’air très encline à poursuivre la course bien longtemps) pour pouvoir immortaliser d’un clic ce moment de complicité. Il est 7 h 40 et c’est déjà une jolie entrée en la matière, toute en douceur.
Je continue à rouler, n’ayant pas forcément de stratégie prédéfinie pour mon exploration. Je compte sur la chance et sur les photographes animaliers aguerris pour repérer les meilleurs spots, je me contenterai de m’arrêter là où je verrai des files de voitures, des lunettes télescopiques et des appareils photos de compétition.
Une quinzaine de minutes plus tard, je m’arrête sur le bas-côté pour capturer une famille de Pronghorn sheep au loin.
Je suis déjà sous le charme de l’immensité de verdure qu’apporte
Yellowstone, avec les petits reliefs montagneux en arrière-plan. Aucune grande randonnée n’est prévue pour moi dans le parc, mais je garde l’idée de faire un trek nature de quelques jours avec un guide (et photographe tant qu’on y est) dans l’immense vallée du parc.
8 h 05, moins d’une demi-heure après mon entrée dans la vallée, je repère la première file de voitures arrêtées. Un attroupement d’une vingtaine de personnes s’est formé dans la plaine, avec pas mal de longues-vues fièrement dressées sur leurs trépieds. Je m’approche timidement, j’entends qu’on parle d’une maman grizzly et de ses petits sur un sommet au loin. Trop timide pour aborder les gens et demander des renseignements supplémentaires, je scrute la montagne avec mon appareil photo, le zoom sorti au max. Pas facile de repérer les animaux de si loin, même si la végétation n’est pas très dense à cette altitude. J’ai beau chercher, je ne vois pas… Un gentil monsieur me demande si j’ai repéré la petite famille et je lui dis que non. Il me propose alors de jeter un œil dans sa longue-vue de compétition qui est pointée dans la bonne direction. Je le remercie et colle ma rétine à l’objectif, qui ne manque pas de me faire découvrir la petite famille qui est tranquillement en train de se balader au sommet de la colline

. J’entends quelqu’un à côté dire qu’ils vont passer de l’autre côté du sommet, je laisse donc la place pour que d’autres personnes puissent profiter de la longue-vue pour observer les 3 ours avant qu’ils ne disparaissent de notre champ de vision. Je capture tout de même la scène avec mon appareil photo, même si l’on ne voit que des tâches à la place des ours (et pour le coup, je ne suis plus sûre quelles tâches sont les bonnes), je vous laisse me croire sur parole faute de preuves.
Si mes souvenirs sont bons, les ours se les deux mini-tâches que l'on observe à gauche du petit creux de montagne, le troisième ourson étant déjà passé de l'autre côté
En attendant, j’ajoute +3 à mon nombre d’ours aperçus lors du voyage. L’avantage va très largement aux Grizzlis (9) par rapport aux ours bruns (2) ; ces derniers parviendront-ils à égaliser ? Rien n’est moins sûr puisqu’ils sont en très large infériorité numéraire dans le parc.
Je reprends la route, mais suis rapidement arrêtée par une horde de bison qui a décidé de traverser. Autant vous dire tout de suite que quand les bisons pressés décident de passer, il vaut mieux s’arrêter ! Il n’y a qu’une vingtaine d’individus avec quelques petits, mais le bruit des galopades est déjà impressionnant lorsqu’ils passent à quelques mètres de la
voiture. Une telle puissance se dégage de ces bêtes, je suis encore une fois en admiration devant ce spectacle de la nature.
A la queue leu leu
L’écart Grizzly – Ours bruns déjà significatif va encore se creuser quelques minutes plus tard, où une nouvelle rangée de voitures garées sur le bas-côté me pousseront à m’arrêter également. Cette fois-ci, je repère facilement une nouvelle petite famille Grizzlys, encore une mère avec ses deux petits

. Les deux petits ont l’air plus jeunes que ceux que j’ai pu voir jusqu’ici, sans doute sont-ils nés au printemps dernier et n’ont encore qu’un an.
Une maman pronghorn guette non loin de là et tente de s’approcher. Triste histoire pour elle, puisqu’en fait, j’apprends que les deux oursons sont en train de manger son petit

. Ce sont les lois de la nature, mais je ne peux m’empêcher d’avoir un pincement au cœur pour cette maman, qui malgré le danger que cela représente pour elle, essaye de se rapprocher de la carcasse de son bébé. Avec la maman grizzly qui veille sur ses propres petits, la pauvre maman pronghorn n’a pas d’autres choix que d’attendre à distance. D’ailleurs, les petits ours ont sans doute terminé leur repas puisque la famille s’éloigne progressivement en direction des bois. Tout en restant sur ses gardes, la maman pronghorn rejoint timidement son petit, dont il ne doit malheureusement pas rester grand-chose (j'ai pas voulu vérifier dans des jumelles). Les ours disparaissent dans la forêt, laissant la maman pleurer son petit.
C’est à la fois contente d’avoir pu voir encore une fois des ours, et le cœur lourd pour la maman pronghorn que je quitte cette triste scène.
Je poursuis ma route vers l’Ouest et me consolerai un peu plus loin en observant encore une fois une grande famille bison se prélassant au bord de l’eau. Je suis seule sur les lieux et j’apprécie ce moment de quiétude.
Malgré le soleil, il ne fait pas encore très chaud et l’air vivifiant me fige dans l’instant présent. A cette heure encore matinale, il n’est que 9 heures, le trafic dans le parc est encore raisonnable et même si je suis au bord de la route, je suis entourée de calme. Tout autour de moi, la plaine de
Yellowstone s’étend à l’horizon dans une explosion de verdure propre au printemps. J’aime ce moment de l’année où la nature s’étire et s’éveille, sortant de son long sommeil hivernal et se laissant envelopper des timides rayons de soleil. Le calme de l’hiver rencontre l’énergie printanière pour former un mélange indescriptible d’énergies. Je respire à plein poumons, laissant l’air froid remplir mes poumons et le soleil réchauffer mon dos.
Après ces quelques minutes de pauses biens appréciées, je reprends le volant pour une vingtaine de minutes avant de m’arrêter en bordure de route, où un groupe de photographe et d’observateurs sont présents. Je scrute l’horizon et ne comprend dans un premier temps pas ce qui suscite autant de curiosité.
Il n’y a qu’un petit troupeau de bisons au loin, rien de bien exceptionnel ici

. Cependant, il est vrai que la troupe est agitée et cours dans un sens puis dans l’autre, sans toutefois sembler se diriger vers un nouvel endroit de pâture

. J’aborde un homme ayant une jumelle posée sur un trépied et lui demande ce qui se passe. Il m’indique que deux loups sont en train d’essayer de capturer une proie parmi les bébés bisons

. Il essaye de m’indiquer l’endroit où les deux chasseurs se trouvent, mais ce n’est pas chose aisée avec la distance et les mouvements rapides. Même avec les jumelles, il est difficile de suivre leurs mouvements. J’utilise le zoom de mon appareil photo et étudie le mouvement des bisons pour essayer de comprendre stratégiquement où les loups se trouvent. Je finis par les repérer, ils sont à quelques mètres à l’écart du grand troupeau et cherchent à s’approcher chacun leur tour : l’un crée une diversion pendant que le second tente une approche. Les bisons, en net avantage numérique et de masse, les poursuivent pendant quelques mètres jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment éloignés des petits. Cette chorégraphie semble bien répétée, les petits sont gardés au centre du troupeau de bisons, et seule une petite dizaine d’adultes s’occupe de repousser les deux loups pendant que le reste garde un œil passif sur la scène, tout en continuant à manger tranquillement. Quand on dit que les bisons sont une force tranquille…

Il n’empêche que lorsqu’ils chargent les loups s’éloignent d’un pas rapide, car ils se feraient piétiner sans aucun mal par les monstres de muscles.
Bien que je sois trop loin pour réellement voir les loups en détails, mes yeux s’habituent à la distance et parviennent à rester focalisés sur les différents mouvements sans en perdre le fil. Je tente quelques clichés, mais là encore, il vous faudra me croire sur parole, car on ne peut voir des deux loups que des tâches parmi la verdure

. Encore une fois, au-delà du cliché souvenir, c’est pour moi la beauté de l’instant qui reste gravée dans mon esprit.
Une dizaine de minutes après que je sois arrivée sur les lieux, les deux prédateurs s’annoncent vaincus et s’éloignent bredouilles en direction de la forêt, sans doute à la recherche de proies plus vulnérables qui leur permettront de se remplir l’estomac. Comme si de rien n’était, les bisons reprennent le cours de leur repas, bien loin de l’émoi suscité chez les spectateurs humains.
Quel privilège de pouvoir observer ces animaux sauvages dans leur élément. Ici, leur habitat est suffisamment respecté pour qu’ils puissent même chasser à proximité (relative) des routes, sans être dérangés par l’humain. Nous, humains, ne sommes que des visiteurs de passage, autorisés à fouler une infime partie de leur terrain, mais les maîtres des lieux se sont eux. Pas de barrières, de cages ou de ‘’soigneurs’’ ici ; la vie sauvage est laissée à la vie sauvage. Observer les animaux est un privilège, pas une attraction malsaine de voyeurisme aux dépens du bien-être animal. Pas de faux-semblant non plus ici. La réintroduction des loups dans la région en 1995 n’a pas été un prétexte pour faire de la zone une prison déguisée sous le nom d’un énième ‘’sanctuaire animal’’. Nul ne cherche ici à domestiquer des animaux sous couvert de vouloir les ‘’sauver’’ ou les ‘’soigner’’. Les lois de la nature dominent, l’environnement restant très majoritairement sauvage et préservé de l’Homme, bien que la présence de routes et le fait que je puisse être là à cet instant reste un empiétement sur la nature sauvage.