Jour 19 – 4 mai
Après une petite absence dans mes posts

suite à un
mariage le week-end dernier et la priorité mise sur le tri des photos, je vous livre la suite
Je vous avais laissé perdus dans la nuit étoilée de The
Needles...
Il est à peine 6 heures lorsque je décide de sortir de la tente après la nuit inconfortable que j’ai passée. En sortant, je comprends pourquoi j’ai eu froid, le pare-brise est quasiment gelé

! Le soleil est en train de se lever, illuminant l’horizon de ses teintes jaunes et orangées, que c’est beau…
L'orangée matinale
Ce paysage au réveil, ça te tente ?
Je replie la tente et range mes affaires dans le coffre, avant de me réfugier dans la
voiture pour me protéger du froid matinal. Le petit-déjeuner ne sera pas pour tout de suite !
Arrivée à la sortie du
camping, j'hésite entre retourner à
Needles ou continuer vers Island in the sky comme prévu. Je suis comme ça, quand je me sens bien dans un endroit, j’ai envie d’en explorer les moindres recoins et j’appréhende d’aller vers la nouveauté. Peur d’être déçue, de faire le ‘’mauvais’’ choix. Finalement, je prends quand même la deuxième option. Après tout, ce n'est pas pour rien que j'ai voulu redonner une réelle chance à cette partie du parc. Il y a deux ans, nous n'y étions passé que très rapidement, et outre le sentiment de trop peu, je n'avais pas eu un souvenir mémorable du paysage. Cette année, en ayant plus le temps, j’avais décidé d’y consacrer une journée pour me refaire une opinion du lieu.
Mini arrêt, tout est encore fermé.
Hors piste
Universal Studios de campagne
Le'z'arts du coin
J'arrive au Visitor Center un peu après 9 h et regarde les randonnées recommandées. Au départ, j'avais prévu de faire False Kiva, mais comme le site a été grillagé à la suite du vandalisme, je préfère privilégier d'autres randonnées. J’en profite également pour faire valider mon carnet de Junior Ranger, le Ranger qui m’accueille est très sympathique. Il me dit que je suis la première de la journée et vérifie mon travail. Il est étonné de voir que j’ai tout rempli… je pense que certaines personnes adultes qui le font ne se prêtent pas forcément au jeu. Je prête serment et récolte le badge, mon tout premier ! Un fait un high-five, je tamponne mon carnet et quitte le VC. Je suis trop contente.
Je regagne la
voiture et débute la route empruntée il y a deux ans. Cette fois-ci, je ne trace pas uniquement vers Mesa Arch (de toute façon le soleil est levé depuis longtemps), mais je m'arrête à White Domes overlook. L’idée est d’y prendre mon petit-déjeuner sur les tables prévues à cet effet (ou pour tout autre repas of course). Finalement, je ne reste pas sur les tables mais prends mes céréales et vais m'asseoir au bord du canyon. Je contemple la vue, et ne mange d'ailleurs quasiment rien, l'émotion est trop grande.
Je suis seule, hormis les premiers chipmunks du voyage qui me tournent autour. Sans doute pensent-ils pouvoir profiter de mon petit-déjeuner resté quasi intact. Je reste assise de longues minutes, laissant mon regard balayer l’horizon au gré des reliefs. Ce paysage torturé est magnifique, mes yeux glissent le long des parois rocheuses, laissés en chute libre par un pic de falaise et remontant aussitôt sur le long du prochain mur de pierre vertigineux. J’ai l’impression de faire partie de ce lieu tant je m’en imprègne.
Chipmunk qui ne chipera rien du tout
Je suis loin d’être la première à avoir profité de cet endroit. En effet,
en mai 1869 le célèbre major John Wesley Powell s’est lancé dans une mission qui n’était pas des moindres : celle d’explorer les canyons inconnus et les eaux du Colorado et de la Green River. Ce professeur de géologie et vétéran de la guerre civile commença le voyage avec neuf cavaliers novices et quatre bateaux en vois. Trois mois plus tard, le voyage se termina, avec deux bateaux, six hommes et une connaissance détaillée de ce paysage unique qui attira ensuite une attention nationale.
Lorsqu’ils entrèrent pour la première fois dans la nature sauvage, Powell écrivit dans son journal ‘’Que trouverons-nous ?’’, il décrivit, en parlant de la section de la rivière qui passe en contrebas ‘’une grande région bizarre’’ de roches nues avec ‘’des buttes en forme de cathédrales, hautes de plusieurs centaines de mètres, des falaises qui ne peuvent être escaladées, et des murs de canyons qui rapetissent la rivière à une taille insignifiante’’.
Le voyage de Powell ouvrit un monde d’aventure et de découverte scientifique qui continue encore aujourd’hui. Bien que les bateaux soient maintenant plus sécurisés, le paysage a très peu changé depuis 1869.
Je m'arrache avec difficulté de cette vue, il serait quand même bien de visiter d’autres endroits du parc ! C’est marrant, je suis déjà plus emballée qu’il y a deux ans alors que je n’ai fait qu’un point de vue. Sans doute grâce à la perspective de pouvoir en découvrir plus.
Je me rends à Grand View point overlook. Là, je fais la petite randonnée proposée, sur un sentier au bord du canyon si reconnaissable parmi les autres, pour sa forme en patte de dinosaure. Le sentier est fait de telle sorte que l'on découvre de plus en plus l’aspect si surprenant des reliefs. La perspective change à chaque pas, je suis hypnotisée par la complexité des formes qui se déroulent sous mes yeux.
Au bout du trail, on découvre l'autre côté du canyon, et pendant un instant, j'ai le tournis. Gauche droite, droite gauche, mes yeux ne savent pas où fixer leur attention. C'est incroyable de voir deux panoramas si différents, et pourtant côte à côte. Je mitraille, avec mon appareil et avec mon regard.
Bas les pattes
Je contourne un bloc rocheux et me retrouve avec un paysage rien que pour moi
Il y en a une qui s'est perdue en allant à Arches NP
Vue mortelle (moi aussi je veux bien me dessécher ici)
ça va, il ne fait pas trop d'ombre au paysage
L'heure tourne, je fais demi-tour.
Contemplateur solitaire
Petit arrêt rapide à Buck Canyon overlook
Direction ensuite Murphy Point overlook. La randonnée est un peu plus longue, mais la récompense au bout.... Les mots me manquent.
Teaser.... On patiente
Non, toujours pas.... Quoi ? C'est mal ? ...
T'aimes pas les malte(a)sers ?
À ce moment-là, je me dis que la beauté de la nature surpasse toutes les horreurs que l'on peut (s’) infliger en tant qu'être humain. Certains humains détruisent sans compter et sans remords, on entend chaque jour le récit de nouvelles atrocités aux quatre coins de monde. Des terres détruites, pillées, des humains torturés, tués, rejetés, des animaux chassés jusqu’à l’extinction… Et pourtant, en voyant ce paysage je me sens en paix. Nous finirons pour nous auto-détruire, mais la nature, elle, nous survivra.
Je me sens si petite, et pourtant si grande. Je suis une infime partie d’un univers dont on ne connaît qu’une fraction presque insignifiante, et en parallèle des millions de cellules et processus complexes s’actionnent en moi à chaque seconde pour me permettre d’être à cet endroit aujourd’hui. J’existe, à mon humble échelle, et autant faire de mon mieux pour que ma présence soit la plus positive possible.
Je me sens profondément reconnaissante de pouvoir vivre cet instant, et découvrir cette merveille du monde. C'est magnifique, magique, époustouflant. Je suis littéralement bouche bée. Sur la droite, on voit la White Rim, tandis que sur la gauche, on aperçoit The Maze, qui se laisse deviner et qui pourtant nous nargue de ses secrets. Durant cette promenade, j'ai les larmes qui me montent plus souvent qu’en cas d’allergie au pollen (bon ça je n'en sais rien, je ne suis pas allergique

). C'est presque trop.
A-maze-ing
Vue renversante
La relève est assurée
Si lui arrive à pousser entre deux blocs géants de roche, dans un désert sec... peut-être que nous aussi on peut grandir quand notre environnement n'est parfois pas optimal ?
Vu les courants, vaut mieux Col(ler au)rado
A bientôt pour le chemin du retour, et la suite de la journée...
