Mercredi 11 août 1993 : Sam Houston Jones State Park, Louisiana

les roadtrippeurs !
Je vous ai laissés après une dernière journée et une dernière soirée à New Orleans, passées sans Erwin qui m'avait lâchement abandonnée depuis le matin... Ne regrettant nullement son absence, j'avais passé une excellente journée dans cette ville pour laquelle j'avais eu un véritable coup de coeur - et dans laquelle je me promis de retourner un jour !
Ce matin, j'émerge vers neuf heures et vais réveiller Erwin dans sa chambre. Mon Teuton favori aurait bien continué à cuver son alcool de la veille au soir (hé oui, lui aussi avait écumé les booze-joints du French Quarter, mais il avait été bien moins raisonnable que moi quant à la quantité d'alcool qu'il avait ingérée

), mais nous avons de la route à faire, aujourd'hui ! La matinée se passe à gérer le quotidien banal d'un roadtrippeur en partance pour de nouveaux horizons : lessive, séchage du linge, bouclage des sacs à dos, check-out, chargement dans la voiture, approvisionnement... rien de bien intéressant.
Le highlight de notre matinée, ce sont les courses au supermarché. Dixit mon carnet : "Le supermarché était dans un quartier bien craignos, plein de blacks chelous"...
A ce stade, je me dois de faire deux disclaimers :
- Et d'un: ne vous moquez pas de ma façon de m'exprimer, je vous rappelle que j'avais 22 ans à l'époque et que j'écrivais alors à moi-même, dans un journal intime qui n'avait pas vocation à être lu...

- Et de deux : ne voyez dans cette remarque aucun racisme de ma part. Au contraire, pendant mes études à la fac, je me suis spécialisée dans l'étude de l'histoire et de la culture afro-américaines. Ma remarque était donc une simple constatation de ce que j'avais observé ce matin-là. Un supermarché dans un quartier laissé à l'abandon, peuplé de jeunes noirs désoeuvrés, ce même quartier par lequel nous étions arrivés trois jours auparavant et qui m'avait déjà fait un peu peur...
Une fois nos courses faites, nous prenons la route vers 13h30, direction Baton Rouge... Nous ne tardons pas à longer les rives du Mississippi.
Credit image : Antioch On The Mississippi by Werner Pipkorn
Connaissez-vous l'origine du nom de ce fleuve mythique ? Petit cours d'histoire de la langue : bien avant l'arrivée des premiers européens, une partie de l'Amérique du Nord était peuplée par les Anishinaabe (le "peuple des origines"). Dans leur langue, qui appartient au groupe linguistique algonquien, "Misi-ziibi" signifie "Père des Eaux" ou encore "Grand Fleuve" (je préfère la première version, bien plus imagée). C'est ainsi qu'ils nommaient le fleuve. Les explorateurs français de la région ont francisé ce terme : "Messipi". Et les anglais ont fait un mix de tout ça, ce qui a donné "Mississippi".
C'est comme ça qu'une langue évolue, à force de rencontres, de brassages, d'emprunts... Cela fait partie des ces choses absoluments inutiles dans la vie que j'ai apprises lors de mes études d'anglais à la fac... Hé oui, j'ai pris des cours d'histoire de la langue américaine, si, si, je vous jure, ça existe et ce sont des gens très sérieux qui enseignent ce genre de discipline !!! Et perso, je trouvais ça absolument passionnant !!! (Accessoirement, on passe pour quelqu'un de très cultivé quand on arrive à caser ça dans une conversation

).
Bref, environ 1h30 après notre départ de la Nouvelle Orléans, nous arrivons à destination, sur les rives du mythique Mississippi. Quelqu'un devine t'il où nous sommes ?
Credit image : Nottoway Plantation - Brad Thompson Fine Art
Cette belle demeure de style Renaissance Grecque et Italienne vous dit-elle quelque chose ? Hé oui, il s'agit de Nottaway Plantation. Je suis très excitée car depuis toute petite, nourrie aux images romanesques d'Autant en Emporte le Vent, je rêve de me trouver sur une vraie plantation Sudiste... et je vais être gâtée !!!
Credit photo : blog.tourlouisiana.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Nous nous acquittons de 8$ chacun pour une visite guidée. Par curiosité, je viens de vérifier le prix de la visite de nos jours : l'inflation a fait son oeuvre, là comme ailleurs, et aujourd'hui, il nous en coûterait 20$ pour la même visite.
Nottaway est la plus grande demeure au Sud du Mississippi à dater de la période précédant la guerre de Sécession. Sa construction débuta au début des années 1850 et fut achevée en 1859. Mise à l'épreuve des siècles, la plantation a bénéficié d'importants travaux de rénovation qui lui permettent désormais de dévoiler sa grandeur retrouvée aux yeux des visiteurs ébahis...
Petite anecdote pour les fans du cinéma d'avant-guerre : cette demeure avait été choisie par Victor Fleming, le réalisateur d'Autant en Emporte le Vent, pour être utilisée pour les scènes représentant Tara, la maison si chère au coeur de Scarlett O'Hara. Cependant, le propriétaire de Nottaway refusa l'offre qui lui avait été faite... Dommage, me direz-vous... mais cela n'a finalement pas empêché Nottaway de faire son bonhomme de chemin vers la postérité.
Nous entamons la visite de la maison. Nous visitons les différentes chambres de la "Mansion", la maison principale :
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Voici la Master Suite :
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Nous passons par la salle à manger.
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Les plafonds étant dotés de moulures et de chandeliers tous plus magnifiques les uns que les autres, une partie de la visite se passe le nez en l'air :
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Bien évidemment, pour la bourgeoisie du Vieux Sud, la culture faisait partie intégrante de l'éduction des enfants, et notamment l'éducation musicale... nous voici donc dans le "Music Room" où pianos et harpe se donnaient la réplique lors de concerts improvisés.
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
A ce stade de mon récit, je me dois encore de faire un petit apparté cinématographique. Pour ceux d'entre vous qui ont vu Autant en Emporte le Vent, vous souvenez-vous de cette scène mythique où Scarlett (hé oui, encore elle !), démunie par la guerre civile qui s'éternise, demande à Mama de décrocher des rideaux pour lui faire une robe ?
Mama n'est pas franchement emballée par l'idée, mais ce que Scarlett veux, Mama fait (en râlant, soit, mais elle fait

)... Et voici donc notre Scarlett, parée de sa nouvelle robe, qui se rend à Atlanta pour tenter d'emprunter à Rhett Buttler l'argent dont elle a cruellement besoin...
Figurez-vous donc, chers amis roadtrippeurs, que dans le "smoking room", la salle où les hommes se réunissaient pour fumer, se trouve la réplique exacte des rideaux que Scarlett utilise pour sa robe... Autant vous dire que je suis ravie !!!
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Une autre merveille nous attend : le White Ballroom, symbole onirique du faste des réceptions données par les propriétaires terriens du Vieux Sud.
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Imaginez les grandes fêtes qui se donnaient là, à la grande époque : c'était évidemment l'occasion de conclure des contrats, de faire des affaires, de s'échanger biens, conseils et (pourquoi pas) esclaves, de conclure des unions destinées à renforcer le pouvoir des quelques familles dominantes...
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Le blanc, symbole de pureté, cache évidemment une réalité bien sombre que nous connaissons tous... Quand on visite une plantation, on est conquis par la beauté et par le romatisme des lieux, mais il faut se souvenir que la prospérité des propriétaires terriens du Vieux Sud s'est faite sur le dos des dizaines de milliers d'esclaves noirs qui trimaient du matin au soir, bien souvent brutalisés par un contremaître odieux...
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
A l'extérieur de la salle de bal, se trouve un porche qui invite à la langueur et à la contemplation avec sa vue sur le Mississippi :
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Nottaway est composée de plusieurs ailes. Nous nous dirigeons maintenant vers l'aile des garçons, "the Boys' Wing"...
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Et voici une des chambres de l'aile des garçons. Très joli, là encore !...
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
La visite se poursuit à l'extérieur. Là encore, on est vraiment dans le typisme de l'architecture du Vieux Sud :
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Nottaway est dotée de jardins très agréables.
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Tout invite à la flânerie.
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Les propriétaires de Nottaway et des autres plantations du Vieux Sud avaient vraiment la belle vie...
Credit photo : nottoway.com / Retouche "painting-like" : lgk31
On ne peut évidemment pas en dire autant des qui sont à l'origine de leur fortune. Mon regret par rapport à cette visite est de ne pas avoir pu visiter les slaves quarters... C'est comme si on avait voulu occulter cette partie sombre de l'histoire de la région pour n'en garder que le positif... Et le devoir de mémoire, alors ?...
Vers 17h, nous quittons Nottaway Plantation. Environ 3h plus tard, nous nous arrêtons pour la nuit au Sam Houston Jones State Park. Ce parc est sublime : construit aux confluents d'un lac et de deux rivières, il est à l'image des swamps du Vieux Sud tels qu'on se les imagine...
Credit photo : anonyme / Retouche "painting-like" : lgk31
Entre les arbres qui poussent dans l'eau et toute une faune qui s'ébat joyeusement, l'endroit est enchanteur...
Credit photo : anonyme / Retouche "painting-like" : lgk31
Je déchante assez rapidement par rapport à la faune quand je commence à me faire littéralement dévorer par les moustiques, qui, à cette heure crépusculaire, sont très actifs !!!
Erwin et moi plantons notre tente pour la nuit, et à 21h30 nous nous couchons sans demander notre reste...
Je ne peux pas vous quitter sans vous parler un peu des relations entre Erwin et moi... j'ai globalement de plus en plus de mal à supporter mon compagnon, notamment après le coup qu'il m'a fait la veille à la Nouvelle Orléans. Vous l'aurez compris, ces sentiments sont évidemment réciproques... Mais nous avons le pays entier à traverser ensemble, et il reste encore quelques semaines avant notre séparation prévue à San Francisco : nous allons devoir mettre de l'eau dans notre vin... y parviendrons-nous ??? C'est ce que vous saurez dans les prochains épisodes, si vous continuez à me lire !
