Day 9 : Hurricane - Coyotte Butte South (Cottonwood Area ...) - Bryce Canyon ou la mort aux trousses
J'arrive à mon dernier jour dans la région. Mon programme était assez libre pour ce jour là. Après avoir envisagé la West RIm de
Zion, je me dis que c'est peut être jouable pour l'autre partie de CBS. La partie de Paw Hole et la ballade d'hier dans
White Pocket m'ont bien motivé. Je suis en manque de roches !! Et surtout, j'ai vraiment envie de découvrir ce coin que je n'ai jamais vu et qui m'a l'air magnifique.
Direction
Kanab. J'ai prévue une journée avec un plan B le lendemain si j'ai le permis à
The Wave. Ma ranger favorite est de retour (on se connait bien maintenant, j'hésite encore à me marier avec elle pour avoir un permit illimité

pas sûr que ce plan marche vraiment). Il n'y pas grand monde (22 numéros !!!), j'ai le numéro 5. Le 4 et le 6 sortent! Dégouté et là je comprends que cette fois, ça ne sera pas pour moi. Dans la foulée, je demande s'il reste des permits pour CBS. Aucun problème, pour demain et pour aujourd'hui. Allez go, j'en prend un pour le jour même, sans trop réfléchir. Parce que là ça va être une autre paire de manche pour gagner le site. Pour plaisanter, je dis à la ranger que si je ne reviens pas, c'est qu'il y'a un problème ... La météo s'annonce bonne et on verra pour l'état de la piste.
Bucksin Gulch est infranchissable donc j'opte comme hier par l'arrivée sud. C'est un peu plus long sur le papier mais je vais déjà faire assez de piste donc mollo.
Après la 89A, c'est l'arrivée sur la House Rock Valley Road. Les conditions sont parfaites et ça roule bien.
Je remets le plan des Vermillions Cliffs pour bien visualiser la suite
Cette fois je ne bifurque pas à Lone tree mais un peu avant à la 1017. C'est celle que nous avons emprunté hier et elle était parfaitement roulante. J'arrive à l'embranchement avec la 1081, celle qui mène à Cottonwood.
Je ne suis pas rassuré au début mais les doutes se lèvent rapidement. Peut être que la pluie des derniers jours a tassé le sable, en tout cas celui ci ne sera pas un problème. Surtout que par cette route, on évite les montées et descentes qui rendent la circulation difficile et quasi impraticable en
voiture normale.
Je suis conscient des risques que je prend (1000 $ le dépannage dans le coin) et je me promets d'arrêter dès que ça devient trop. Pas mal de passages avec des rochers mais ça passe plutôt bien. Le truc c'est de rouler doucement sans s'arrêter. Je commence même à me marrer avec mon 4/4 improvisé.
Le chemin est assez long car je conduis tout de même prudemment et doucement. Je passe la première barrière, puis la 2ème. Hé, on dirait que je me rapproche du site. Il me reste environ 2 miles, qu'est ce que je fais ? A pied ou je continue. Je continue, continue, passe le site de Poverty Flat, vieux ranch abandonné, suis un peu inquiet car ça descend et après quelques lacets, me voilà au parking

Yes, je l'ai fait !!
Je suis tout content, à moi le site, en plus il n'y a personne. Je m'équipe et c'est parti.
Oui, c'est parti sauf que d'un coup je sens une grosse goutte d'eau. Je lève les yeux et vois au dessus de ma tête le nuage le plus noir que j'ai jamais vu. C'est quoi ce truc? D'abord c'était pas prévu et ensuite, il était pas là y'a 10 minutes. Je regagne la
voiture en sprintant et la pluie commence à tomber plus fortement. Le tonnerre gronde et je vois mon premier éclair. Je m'engouffre dans la
voiture et me rend compte que celle ci est presque à découvert près d'un arbre. J'ai toujours entendu que la
voiture était l'endroit le plus safe mais je ne suis pas rassuré.
Je décide de quitter le parking pendant que les éclairs zèbrent de plus en plus. Je conduis les essuis glace à fond, il fait presque nuit, je commence un peu à paniquer (trouillomètre à 50%). Je passe Poverty Flat qui a une ancienne éolienne, pas l'idéal non plus. J'arrive à la barrière, j'ose pas sortir (trouillomètre à 70%). J'essaye de calculer ou est l'épicentre de ce foutu orage. Car près d'une barrière métallique, c'est pas l'idéal. Je trouve le "courage" d'ouvrir la barrière, ça tonne et gronde, je vais le plus vite possible, j'ai le coeur qui bat à une vitesse folle (trouillomètre à 80%).
Je passe enfin cette foutue barrière et arrête la
voiture un peu plus loin. Et là l'orage se déchaîne, la foudre ne tombe pas loin, c'est le déluge. Je ne suis pas trop du genre froussard mais là, je suis terrorisé (plus de trouillomètre). Je me met sur la plage arrière, la tête dans ma vest et j'attends. J'ai pas pleuré, je vous jure, mais je me parle à moi même. Je ne veux pas finir roti ici. L'orage reste près de 3/4h avec des éclairs tous les 30s / minute, c'est juste l'horreur.
Ca se calme un peu, je suis claqué nerveusement et j'ose pas sortir. Il semblerait qu'il s'éloigne. Après de longues minutes d'hésitation, je décide de sortir de la
voiture. Je suis en suée et tremblant. Il est clair que je ne visiterai pas CBS. Je n'ai qu'une envie, partir.
Je remonte la piste qui pour le coup est assez roulante, le sable ayant été tassé. Il y'a juste les cailloux à éviter. Et là, nouveau drame. La pluie a provoqué une mare géante qui déborde la piste. Impossible de la franchir. Je me dis que je suis bon pour passer la nuit ici. Je prends une branche pour mesurer la profondeur, il est clair que ça passe pas. En plus le fond doit être bien boueux/vaseux. De l'eau s'écoule des deux côtés. Bref c'est bien la merde. Même sur les côtés hors pistes ca passera pas. Mais le pire reste à venir. Au loin, j'aperçois un 2nd nuage bien noir. La 2ème vague arrive. Et il est hors de question de revivre ce que j'ai vécu.
Je démarre la
voiture, m'installe. Je ne peux pas y aller, je risque de rester coincé. J'essaye sur le côté, ça patine. Demi-tout, mon coeur rebat encore plus fort. J'arrête la
voiture et je sors. Mon regard se porte en alternance sur la mare, le nuage, a mare, le nuage. J'hésite. Et je tente le coup (ce qui rétrospectivement était un peu fou. Je me vois encore bloqué" au milieu d'une mare en plein orage...). Un peu d'élan et comme dit le conseil, ne jamais s'arrêter. Le début passe bien et d'un coup ça mouline à l'arrière. J'enfonce l'accélérateur, y'a de la boue partout, je sens la
voiture qui s'enfonce, et ça passe. Ca faisait longtemps que je n'avais pas ressenti une telle joie.
200m plus loin, rebellote. Je m'arrête, vois le nuage au loin. Je n'ai pas le temps de faire le test et ça passe ! Je suis terrifié et continue la piste, enquêtant les mares et les cailloux sans m'arrêter. Peut être que je vais crever un pneu mais il faut que je me barre d'ici. Je monte jusqu'à un bon 40miles par ailleurs, c'est n'importe quoi, je sens les cailloux, la boue vole en éclat mais et je ne sais toujours pas comment, j'arrive à gagner la partie plus roulante. La suite sera un jeu d'enfant mais je suis loin de ralentir.
Il me reste la dernière ligne droite pour sortir des Vermilions Cliffs et l'orage est là. La foudre tombe mais je me sens invisible. Enfin la 89A, j'ai cru que je n'y arriverai jamais. Je crie ma joie mais ne m'arrête pas. Après les quelques lacets, le ciel est moins orageux Je m'arrête à l'overlook pour observer l'apocalype de loin, content de ne plus y être. C'est assez magnifique de loin et ce sont les seules photos que je ferai. Croyez moi, je n'avais aucune envie d'en prendre avant.
La foudre tombera à cette endroit précisément. J'apprendrai par la suite que la 89A a été en partie détruite et fermée à la circulation. Je n'ai pas envie de m'éterniser et file le plus vite possible. Je récupère peu à peu mes esprits et m'enverrai un énorme Coca à Jacob Lake. Puis direction
Kanab et le BLM. Je ne peux m'empêcher de dire à la ranger que c'était la folie là bas. Et pourquoi le risque d'orage n'était pas prévu. La météo n'est pas une science exacte ! Ouais tu m'étonne.
Plus jamais ça. Du coup je comprend les aventures de Kalista. C'était moins les flash flood en direct que le fait d'être seul à traverser des obstacles sous la foudre. Ca permet de relativiser pas mal de chose et je suis vraiment content de m'en être sorti. Ca a été un véritable traumatisme pour le reste du séjour, la moindre vue d'un nuage un peu menaçant et je faisais demi-tour. Encore maintenant j'en rêve encore et je sais que la crainte des pages va rester encore un peu.
Et du coup que faire ? J'avais prévu le
camping de
Kodachrome mais hors de question. Du coup j'opte pour
Bryce en cette fin de journée. Bon c'est pas lui qui va me remonter entièrement le moral mais au moins il fait beau et mieux vaut ne pas rester sur cette dernière expérience.
La température est plutôt fraîche et le ciel un peu couvert. Mais ça me change les idées en attendant le lendemain.
Je décide de rouler un peu, n'ayant aucune envie de passer la nuit à
Bryce; Je découvre
Panguitch que je trouve assez sympa. Pas trop envie de manger mais je me force un peu en me disant que demain est un autre jour. Je suis quand même déçu pour CBS, mais tellement heureux de m'en être sorti. Et puis, je ne lâcherai rien!
