Jour 21 - 6 mai (suite)
Je vous avais laissés à mon installation au
camping...
Je ne traîne pas trop, j’ai hâte de d’explorer le parc plus en profondeur.
Je prépare donc mon sac de randonnée, emporte une petite barre de céréales et pars à la découverte des alentours. Je traverse la route à l’entrée du parking et me retrouve au départ de la randonnée de Cohab Canyon.
A la fin des années 1800, la période n’était pas des plus propices pour les derniers polygames mormons de l’Utah. En effet, la loi Edmunds avait été approuvée, interdisant cette pratique, et des officiers fédéraux se rendaient régulièrement dans les coins reculés de l’état – tel que Fruita – afin de sanctionner la polygamie. Selon la légende, les polygames de la Fruita, afin d’échapper aux suspicions, cachaient leurs nombreuses femmes dans un canyon voisin. D’où le nom actuel de Cohab, pour cohabitation.
Que l’on croie ou non à cette légende, la randonnée à travers les
Arches, alcôves, et roches colorées est très agréable.
La randonnée démarre par une série de switchbacks, qui permettent de gagner en hauteur, et on surplombe rapidement le district historique.
En haut,
En bas
A gauche,
Eh non... encore à gauche
A droite
Arrivé en haut, le trail devient plat et on marche au cœur du canyon. Par endroits, on suit un wash où la végétation se fait plus présente.
Entrée de la cohabitation
Un petit détour sur la gauche permet d’atteindre un splendide point de vue sur la vallée en contrebas.
La randonnée continue dans le canyon, avant d'en sortir petit à petit. Il y a également une jonction avec le Frying Pan trail, qui permet de rejoindre Cassidy Arch et le Grand Wash trail. Néanmoins, je continue sur le trail initial, n'ayant pas l'énergie de rajouter plusieurs heures de randonnée
Au bout du trail, on arrive sur la route, que je traverse pour rejoindre le parking de Hickman bridge. Étant motivée, je décide de continuer sur ce dernier. Le paysage est plus ouvert et il y a des blocs rocheux noirs, parsemés parmi la verdure et les fleurs. C’est très joli

.
Le paysage s'est (t)ouvert, mais aussi rouge, orange et violet
Je commence à peiner un peu, la fatigue de la courte sans doute, d’autant plus que j’ai oublié de prendre un petit-déjeuner ce matin et que ça fait donc plusieurs heures que je randonne le ventre vide

. Arrivée au fameux pont, je m’octroie donc une petite pause et grignote une barre de céréales. Ça fait du bien ! J’en profite également pour compléter ce que je peux de mon carnet de Junior Ranger, et simplement profiter du paysage

.
Après ces quelques minutes de pause bien méritées, je m’approche de l’impressionnant pont rocheux.
C'est arch-y beau
Il est temps de continuer la m'Arch
Je prends le chemin du retour, en profitant de la vue dans l'entre sens. Les nuages sont très esthétiques.
Un temps nu, à jeux
J'arrive au parking assez rapidement, dans ce sens c'est plus rapide !
Il me semble que des navettes sont proposées, qui repartent au Visitor Center depuis le parking, mais je décide de refaire le Cohab canyon trail en sens inverse. Je ferai encore deux petites pauses sur ce chemin du retour, à la fois à cause de la fatigue, mais aussi pour profiter de cet environnement majestueux. Il y a un peu plus de passage que ce matin, mais le lieu reste très calme, ce qui est propice aux vagabondages de l'esprit.
''Will a lifetime be enough to heal my wounds?
In this landscape an answer is newly found.
As I watch blocks of rocks eroded by water,
I am sure that time does matter.
Let nature do its mending work
Your struggles are not left unheard".
(parfois, j'ai une âme de pouet)
Je serai de retour au
camping aux alentours de 14 heures et me préparerai des sandwichs pour avoir quelque chose de correct dans le ventre. Je traîne un peu, et suis observée par un habitant des lieux.
Il a fait coucou, mais il n'y avait pas de hibou
Je me remotive à bouger afin d’aller explorer les bâtiments historiques du parc.
La ferme de Gifford a été rénovée et réaménagée en tant que site d’exposition de la vie mormone dans la vallée de la Fruita. Ainsi, la maison illustre la nature plutôt spartiate, typique des maisons de ferme rurales de l’Utah des années 1900. En plus de la ferme, la propriété comprend une grange, un fumoir, des jardins, des pâturages et un environnement naturel époustouflant.
La maison d’origine a été construite par Calvin Pendleton en 1908. Il y a vécu pendant 8 ans avec sa famille. Au rez-de-chaussée, se trouvaient une salle principale/cuisine, ainsi que deux petites chambres. Pour accéder aux deux chambres à l’étage, il fallait emprunter une échelle extérieure.
Les seconds résidents ont été la famille Jorgensen, dont la fille épousa Dewey Gifford en 1923. Celui-ci racheta la propriété à son beau-père, et la famille y vécut pendant 41 ans. C’est lui qui a effectué des agrandissements, ainsi que la construction d’un petit motel pour les personnes visitant Capitol Reef.

Vous noterez la voiture d'époque en arrière plan


La famille Gifford vivait de l’élevage de vaches laitières, de porcs, de moutons, de poulets et de canards. Le fumoir était utilisé pour conserver la viande, destinée à leur usage personnel et à la vente. De plus, Gifford travaillait également pour le State Road Department, puis pour le NPS pour compléter ses revenus. Les fruits récoltés dans les nombreux vergers étaient mis en bouteille ou séchés, puis conservés dans la cave sous le devant de la maison. Les produits secs, tels que les pommes de terre, étaient gardés dans la cave à l’arrière de la maison. Ce n’est qu’en 1948 que la maison a été équipée en électricité, et pendant longtemps, l'eau devait être acheminée manuellement depuis la rivière Fremont.
A l’époque, la famille se réunissait souvent avec d’autres résidents, dont les familles Chesnut et Mulford, pour des soirées chants, jeux, détente ou sport. Ces relations étaient importantes, et l’entraide vitale dans cette petite communauté isolée.
Les Gifford furent les derniers habitants de Fruita, jusqu’en 1969, date à laquelle ils ont vendu leur propriété au NPS.
Aujourd’hui, un petit magasin vend des anciens outils et du matériel de cuisine utilisés à l’époque par les mormons. On peut également y acheter une part de tarte – chose que je ne ferai pas (il n’y en avait plus quand je suis passée, et le lendemain matin, je n’y suis pas retournée).
Ancienne cabane Martin Smith. Un enregistrement audio peut être écouté sur place

Cet abri a été construit par le fermier Martin Smith vers 1925. Il était producteur de fruits, et occasionnellement forgeron. Smith est venu à Fruita après la Première Guerre mondiale en tant qu'homme de main pour 'Tine Oyler. Il a épousé la fille d'Oyler, Flora, et est resté à Fruita pendant de nombreuses années. Il a acheté le premier Ford V8, une ''real hot car'', et en 1940 il a acheté le premier tracteur : Power Horse. La machine à quatre roues motrices a été fabriquée par Eimco à SLC et conçue pour que les agriculteurs puissent la faire fonctionner avec leurs outils de l'époque lorsqu'ils étaient remorqués par les chevaux.
J’en profite également pour faire valider mon livret de Junior Ranger et récolter mon second badge du voyage !
Vers 18 heures, je reprends la
voiture pour aller profiter du coucher de soleil à quelques miles de là. Je croise un petit troupeau d’habitants du lieu qui broutent tranquillement sous l’œil attentif d'un(e) surveillant(e).
Je m’arrête d’abord à Gooseneck overlook, un très beau point de vue.
Malheureusement, le temps commence à se couvrir, le sunset semble être compromis… Je vais quand même à Sunset point avec mon reflex et le trépied, mais plus l’heure avance, plus le temps se couvre et le vent se lève au point que j’ai peur pour la stabilité de mon trépied.
Je commence à avoir froid, et avec la fatigue, je perds ma motivation à attendre une éventuelle éclaircie pour le sunset… d’autant plus que ce point de vue nécessite une courte marche de retour – qui se ferait donc dans la nuit.
Dans le même état de fatigue que moi
Je fais donc un compromis et décide d’aller à Observation Point pour le sunset. Sur le chemin du retour, je croise un petit groupe de gens qui me saluent d’un ‘’hi neighbour’’, sur le moment, je ne comprends pas, jusqu’à ce qu’ils me disent qu’ils sont à l’emplacement voisin au
camping. Effectivement ! (bon, je ne mettais quasiment jamais mes lunettes de vue pendant le roadtrip car je n’en ai pas vraiment besoin, mais j’ai du mal à distinguer tous les détails de loin, donc les visages…).
J’arrive à Observation point quelques minutes plus tard. Le point de vue est moins remarquable, mais au moins le parking est à quelques mètres. Le ciel ne se découvrira pas vraiment, pas de regrets donc. Je ferai quelques photos, profiterai de la quiétude des lieux, avant de regagner le
camping pour un repos plus que bienvenu !
