Jour 15 – 30 avril
Je me réveille en douceur ce matin et vois que le temps ne s’est pas amélioré depuis hier soir. Quelques éclaircies au loin, je décide donc de prendre mon temps et d’aviser le programme du jour en fonction de l’évolution de la météo. Pour l’heure, je rejoins Alice dans la cuisine pour partager un petit café. Nous discutons un peu de la suite de mon voyage et elle me parlera de yoga, dont elle est instructrice, et des voyages qu’elle a pu faire sur ce thème. Je prends plaisir à ces moments d’échanges, même brefs.
Je quitte son appartement en début de matinée et décide d’aller faire quelques courses. Lorsque je ressors du supermarché, la pluie est toujours battante, je décide donc à regret de tirer un trait sur la visite de Taos Pueblos. Pour être trempée et transie de froid, ce n’est pas la peine.
Je prends finalement la route en direction du Rio Grande Gorge Bridge. J’y arrive en quelques minutes, et lorsque je sors de la
voiture, je suis déjà glacée. Il fait humide, le vent souffle assez fort… mais quelques éclaircies percent, ouf !
Je me dirige vers le pont, qui offre une magnifique vue au-dessus du Rio Grande.
Ce pont est le 5ème plus haut des USA, culminant à 198 m de haut et composé d’une seule arche métallique de 388 m. Malheureusement, je pense qu’il est également le lieu d’adieu de nombreuses personnes ayant fait le dur choix de mettre fin à leurs jours. Il y a effectivement de nombreuses bornes d’appel d’urgence vers une ligne d’écoute.
Je prends quelques clichés et retourne dans la chaleur de la
voiture.
Sur le pont.... Non, je n'y danserai pas
Gorge profonde
Direction un nouvel Etat, j’ai nommé le Colorado. Je n’y ferai qu’une petite incursion tout au sud, afin de découvrir le prometteur parc de
Great Sand Dunes.
Créé en 2004, ce parc recense les plus hautes dunes de sable de l’Amérique du Nord, au centre d’un paysage diversifié d’étendues herbeuses, de forêts de conifères, de lacs alpins et de toundra. A l’origine, en 1932, c’était un National Monument de 143 km². Aujourd’hui, le parc national couvre 434 km² et la National Preserve 169 km². Les dunes couvrent quant à elle 78 km² de la surface du parc. Le sommet de la plus haute, Star Dune, culmine à 210 mètres. Il y a donc de quoi faire !
Logées contre la chaîne de montagnes Sangre de Cristo, ces dunes proviennent de l'accumulation de sable issu des montagnes de San Juan et de Sangre de Cristo. Le sable a été apporté par les vents et les torrents issus de la fonte des neiges.
Pour ce qui est des animaux que l’on peut rencontrer, on retrouve des mouflons (bighorn sheeps), des bobcats, des ours noirs, des castors ou encore des cerfs. Spoiler alert : je n’en verrai aucun.
J’arrive à l’entrée du parc vers 13h20 et m’arrête en premier lieu au Visitor Center, avant d’aller me garer sur le parking des dunes. Il y a des tables de pique-nique, mais il fait bien trop froid et le vent rendrait la manœuvre périlleuse. Je décide donc de manger rapidement dans la
voiture avant de partir à l’assaut des dunes. Le temps étant plus que mitigé, je me fixe simplement comme objectif de profiter autant que possible du parc, sans prendre de risques.
J’arrive devant Medano Creek qui a un bon débit. Je passe plusieurs minutes à regarder le courant se créer et disparaître, le flot de cette rivière est assez poétique, puisqu’il change sans arrêt en fonction des déplacements de sable.
Je pose un pied dans l’eau, et j’ai l’impression qu’il se fait attaquer par des centaines d’aiguilles qui viennent transpercer ma peau. L’eau est gelée ! J’essayerai de traverser le plus rapidement possible, et marchant dans les endroits les moins profonds, ce qui n’est pas toujours évident. Heureusement que c’est du sable en dessous et pas des roches, qui rendraient le risque de glissade bien plus important… bonjour l’hypothermie !
Je suis soulagée lorsque j’arrive de l’autre côté de la rive ! D’ailleurs, beaucoup de gens choisissent de ne même pas traverser. Je le conçois, même si c’est un peu dommage. Les pieds se réchauffent finalement assez vite lorsque l’on recommence à marcher. Cette fois-ci, pas de marche pieds-nus comme à White Sand dunes. Vous l’aurez compris, ce n’est pas parce que le sable est si chaud que je risquerais de m’y brûler la plante des pieds, mais parce qu’il fait cette fois-ci trop froid !
Si des gens viennent en vélo, puis nagent à travers Medano Creek, en ensuite courent le long des lignes de sable... Est-ce qu'on peut dire qu'ils font un Strie-athlon ?
Je débute la montée, qui bien qu’elle soit physique, est rendue légèrement plus aisée par l’humidité du sable, qui est donc plus compact. Je ne glisse que d’une trentaine de centimètres à chaque pas. Je n’ai pas encore beaucoup progressé lorsque le vent prend de l’ampleur et qu’il commence à pleuvoir. A ma gauche, le ciel qui était dégagé s’éloigne, et tout autour de gros nuages gris nous surplombent. Les montagnes avoisinantes sont régulièrement prises dans la brume et je peine à garder mes yeux ouverts, tant le sable porté par le vent est violent. Je croise un seul autre couple sur la dune, en train de redescendre, qui me souhaite bon courage pour la montée. On est qu’à deux mètres les uns des autres, et pourtant on peine à s’entendre. Inutile de préciser que nous ne tenterons même pas d’établir la conversation. Je me retrouve seule en hauteur, avec uniquement une autre personne sur la dune opposée. J’en profiterai pour prendre quelques clichés.
Premier plan, second plan et arrière plan. Plus communément appelé plan à 3
Bien que la météo ne soit pas idéale pour randonner, j’adore l’ambiance que cela confère au parc. Les contrastes dans le sable sont exceptionnels, entre les zones noircies par l’eau de pluie et les zones où tombe un rayon de soleil. Que dire des montagnes enneigées à l’arrière-plan ! Je suis seule, entourée des éléments, et je me lâche en poussant hurlement. Il reste timide, n’ayant pas l’habitude de faire ça, mais ça fait du bien !
Pour l’heure, le vent est tel que j’ai parfois de mal à me tenir droite sans être déséquilibrée, la pluie est de plus en plus forte, et est maintenant accompagnée de grêlons. Je prends donc la décision de faire demi-tour plutôt que de continuer, d’autant plus que je suis gelée, malgré mes couches de vêtements. Cette ascension de dune a déjà été super, c’est exceptionnel d’arriver en haut de la dune et de voir les paysages s’étendre à perte de vue.
La descente est beaucoup plus rapide, en seulement quelques minutes je suis en bas. Alors que j’arrive à nouveau à hauteur de Medano creek, le soleil refait son apparition, comme pour me narguer. Ce n’est pas bien grave, j’ai déjà beaucoup aimé ce que j’ai pu faire du parc, et je crois qu’au final les randonnées dans le sable, ce n’est pas pour moi, trop frustrant à mon goût de ne pas réussir à avancer.
Je me déchausse pour retraverser la rivière et je serre les dents jusqu’à ce que j’arrive de l’autre côté. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est revigorant !
Je retourne à la
voiture pour chercher le trépied pour faire quelques poses longues le long de la rivière. En revanche, je n’aurai pas le courage de la retraverser ou de me mettre au milieu de celle-ci comme je l’avais initialement prévu.
A 17h, alors que le soleil est revenu et ‘’tape’’ sur la
voiture, il ne fait que 14 degrés… Je ne sais pas à quel point la température était descendue pendant la tempête de grêle, mais malgré mes couches de vêtements le vent froid me donnait bien froid.
Pour l’heure, je reprends la route, en direction d’un nouveau AirBnb. Je suis encore une fois bien contente de dormir en intérieur pour la nuit ! Pour ce soir, je dispose d’un étage d’une maison, avec une entrée séparée. Il y a 3 chambres, mais j’ai l’impression d’être la seule à en avoir louée une pour la nuit car je n’entendrai personne jusqu’à mon départ le lendemain. J’entre dans la maison et ma chambre par une serrure à code, je ne rencontrerai pas les hôtes. C’est sympa aussi, ça permet d’être tranquille et de se mettre à l’aise même dans les espaces communs, ce que j’ai souvent du mal à faire même sur invitation des hôtes lorsque je partage leur cuisine par exemple. Il y a une petite kitchenette toute équipée, ainsi que de quoi faire du café, des fruits, du pain, des aliments secs, ou encore du beurre, des confitures etc… dans le frigo. Nous sommes libres de nous servir comme nous le souhaitons pour la durée du séjour, il est simplement demandé de ne pas tout embarquer quand on repart.
Le chauffage n’est plus allumé, mais l’hôte a gentiment déposé un radiateur électrique dans ma chambre et m’avait envoyé un message en me disant de ne pas hésiter à l’allumer si besoin. Il y a également plusieurs couvertures à disposition, ainsi que des serviettes de douche. Bref, tout est fourni. Je profite de cette soirée en solitaire pour donner des nouvelles en France et discuter un peu avec des amies. Le radiateur électrique me servira bien ! Au départ, je ne voulais pas l’allumer (je préfère autant que possible essayer d’économiser l’énergie), mais même en ayant rajouté deux couvertures sur le lit, je n’ai pas réussi à me réchauffer. Du coup, difficile de m’endormir avec des pieds gelés et j’ai capitulé. Le restant de la nuit sera bien plus confortable !