Jeudi 12 août 1993 : San Antonio, Texas

les roadtrippeurs !
Lorsque j'ai mis ce carnet en pause, Erwin et moi avions quitté New Orleans dans une ambiance pour le moins tendue, et étions arrivés à Sam Houston Jones State Park, où nous avions planté notre tente et nous étions fait dévorer par les moustiques, dans une ambiance nullement détendue...
Le lendemain matin, en ce 12 août 1993, nous nous réveillons aux alentours de 8h30, côte à côte dans notre petite tente... Nous nous levons, préparons le café et faisons cuire du bacon.
Et là... c'est le drame... Erwin réalise que notre petit réchaud chauffe un peu trop fort et laisse des traces noires sur notre poêle... Pourquoi le drame, me demanderez-vous ? Car mon cher Teuton nous fait littéralement une crise d'angoisse, s'imaginant déjà mort d'une intoxication, ou pire, atteint d'une maladie incurable... Evidemment, tout mal peut trouver sa solution... En l'occurrence, il s'agit d'aller racheter du
burner fuel pour le réchaud... Mission de la journée ! Sachant que nous avons 350 miles à avaler dans la journée pour atteindre notre destination, San Antonio, je peux vous dire que je me serai personnellement bien passée d'avoir à faire les magasins...
Une fois notre gros problème (presque) résolu avec la promesse de lui trouver une issue dans la journée, nous pouvons passer à la douche, puis lever le camp. Vers 10h45, nous sommes prêts à quitter le camping... ou presque.
Mon cher Erwin, depuis plusieurs jours, tente de joindre un ami à lui qui doit le rejoindre à San Francisco, à peu près au moment où je vais reprendre mon avion pour Paris. Erwin et son pote doivent remonter plus au Nord en direction de Seattle à bord de la Hyundai. Erwin veut savoir si son copain a acheté son billet d'avion, afin de pouvoir planifier une rencontre à San Francisco. Sauf que... cela fait plusieurs jours que ledit pote se défausse. Aux dernières nouvelles datant de notre arrivée à la Nouvelle-Orléans, les billets d'avion n'étaient toujours pas achetés ! Erwin commence à être un peu stressé à l'idée d'avoir à finir ce roadtrip tout seul...
Nous nous arrêtons donc près d'une cabine téléphonique à la sortie du camping...
Ah, 1993... L'époque bénie des cabines téléphoniques !!!
Credit photo : turbosquid.com / Retouche "painting-like" : lgk31
Muni d'une quantité astronomique de quarters, Erwin passe donc son appel tandis que je patiente - ou devrais-je dire, que je cuis ? - dans la voiture... La conversation ne se passe pas bien. Je vois, et j'entends, Erwin s'énerver au téléphone... en allemand, vous imagignez un peu !?
Mon teuton revient contrarié. Décidément, entre le réchaud qui fait du charbon, et sa conversation téléphonique qui n'a visiblement pas tourné comme il le souhaitait, tout semble se liguer contre le pauvre Erwin... Manquerait plus que sa co-équipière française enfonce le couteau dans la plaie en lui faisant remarquer d'un air perfide que son pote n'a vraiment, mais vraiment pas l'air pressé de prendre ses billets d'avion, et ça serait le pompom ! Mais heureusement, ça n'est vraiment pas le genre de la maison !...
A 11h du matin passées, nous quittons enfin le camping. Nous nous arrêtons dans deux magasins pour tenter de trouver un autre type de
burner fuel que celui dans lequel nous avions investi au départ. Pas convaincue de la pertinence de cet achat, je vous avoue que je bous intérieurement alors que nous arpentons les rayons des magasins en quête d'un graal que nous ne trouvons pas... Car en terme de
burner fuel, Erwin l'allemand a depuis ce matin revu ses exigences à la hausse... et celles-ci sont devenues incompatibles avec ce que l'on trouve dans les rayons d'un supermarché texan. CQFD.
Vers 13h, nous nous arrêtons à un Popeye's pour déjeuner. On m'avait recommandé leur "cajun-style" food. Je commande des
shrimp nuggets et du coleslaw. Ca n'est pas de la grande gastronomie, c'est sûr, mais ça nourrit son roadtrippeur...
Credit photo : recherche Google / Retouche "painting-like" : lgk31
Nous reprenons la route, et c'est désormais moi qui conduit. Nous avons quitté la Louisiane et sommes désormais au Texas. Ce que je vois de cet état pour l'instant, ce sont de larges étendues plates, relativement dépourvues d'habitations... Quant à la végétation, il y a bien quelques arbres, mais elle est globalement assez basse. Nous croisons quelques ranchs, et voyons du bétail et des chevaux brouter, ici et là... Rien de transcendant, vous l'aurez compris.
Nous traversons la ville de Houston... Je la trouve très étendue, moche, industrielle...
Credit photo : Martin Jendrichowski, 1993 / Retouche "painting-like" : lgk31
J'ai quand même réussi à vous trouver une jolie photo du côté industriel de Houston...
Credit photo : recherche Google / Retouche "painting-like" : lgk31
Après cette longue journée de route, nous parvenons enfin à San Antonio vers 19h. Cette ville me donne une toute autre impression que Houston.
Dixit mon journal de bord : "San Antonio ressemble à tout sauf à une ville (du moins ce que j'en ai vu). C'est la campagne en ville. Très étendu, peu d'habitations..."
Mes impressions de l'époque étaient-elles correctes ? J'ai mené ma petite enquête afin d'en savoir plus...
J'ai tout d'abord retrouvé quelques images d'archives de San Antonio en 1993. Je commence par vous présenter le Backenridge Park Skyride, qui offrait une vue sur la Skyline de la ville... En service entre 1964 et 1999, ce téléphérique n'existe malheureusement plus désormais, mais cette photo est la preuve qu'à la recherche du camping où nous devions passer la nuit, nous ne sommes pas passés par le centre-ville, et n'avons donc pas vu les buildings du centre...
Credit photo : recherche Google, San Antonio Backenridge Park Skyride, June 93 / Retouche "painting-like" : lgk31
Voici également l'Alamodome en pleins travaux. Ce stade couvert ouvrit en 1993 et devint vite un bâtiment incontournable de la ville.
Credit photo : recherche Google / Retouche "painting-like" : lgk31
La ville était un poil plus urbanisée que ce que j'en avais vu, mais jusqu'ici, on peut penser que tout allait bien à San Antonio en 1993, et que mes parents n'avaient pas à s'inquiéter pour leur fille de 22 ans de passage dans cette ville du Texas, n'est-ce pas ?...
Hé bien, sachez que dans les années 1980, la criminalité augmenta fortement à San Antonio. En 1983, la ville pouvait se targuer d'avoir le 10ème plus fort taux d'homicides du Texas. Le nombre de mineurs arrêtés à San Antonio pour des crimes violents tripla entre 1987 et 1994. Quant au nombre de jeunes arrêtés pour port d'arme illégal, il doubla au cours de la même période... Rien que de très classique pour une ville américaine dans les années 90, me direz-vous...
Mais ça n'est pas tout ! En effet, au cours de l'année 1993, San Antonio acquit le triste sobriquet de "Drive-By City", en référence aux 1200 meurtres (ou tentatives de meurtre) par coups de feu tirés d'une voiture... soit 3,5 victimes par jour, tuées ou grièvement blessées de cette manière, dans cette seule ville !!!
San Antonio devint ainsi la capitale du "Drive-By" du Texas... La plupart des attaques avaient lieu dans les quartiers Est et Ouest de la ville, où la pauvreté rongeait toute tentative de cohésion sociale, et où les gangs rivaux régnaient en maîtres sur le traffic de drogue... et sur la destinée de la majorité de jeunes hispaniques et blacks désoeuvrés qui habitaient ces quartiers...
Ce mural, que l'on pouvait voir dans la ville en 1993, rendait hommage à Michael Marks, victime à 12 ans de la guerre des gangs par "Drive-By"...
Credit photo : recherche Google / Retouche "painting-like" : lgk31
Sympa, hein, la ville de San Antonio en 1993 !

L'impression de calme et de tranquilité que j'en ai eu en y arrivant était donc totalement trompeuse...
Après cette "minute-histoire", je vais vous quitter en vous disant qu'une fois notre tente installée, Erwin est allé faire trempette avec deux minettes dans la piscine du camping... pendant que je couchais mes impressions de cette journée de transition dans mon journal... Peu convaincue par ce que j'avais vu du Texas, j'étais pressée de pousser plus vers l'Ouest et d'arriver à El Paso, puis au Nouveau-Mexique !!!
Ce que je ne savais pas encore, c'est que le lendemain, un incident allait quelque peu contrarier mes projets, et que j'allais devoir réfréner mon impatience...
