Jour 24 - Jeudi 9 mai 2019
Ce matin, réveil au calme dans le petit
motel où j'ai passé une bonne nuit. Je remballe mes affaires assez tôt et le pare-brise de la
voiture est légèrement gelé. Encore une fois, je suis contente d'avoir choisi l'alternative
motel plutôt que le
camping ! Je mets le chauffage de la
voiture en marche pendant que je me ravitaille en glaçons pour la glacière (même s'il y en a à peine besoin vu les températures ˆˆ).
C'est bien emmitouflée que je prends la route, direction le Visitor Center de
Kanab pour la fameuse loterie pour
The Wave. En ayant 1 journée d'avance sur mon planning du roadtrip, je peux tenter le tirage sur 2 jours, chouette !
Arrivée sur place, je rentre dans la petite salle et m'inscris. La salle est bien pleine, on sent la tension générale. Les rangers commencent par nous faire un point météo : même si on gagne un permis, mieux vaut avoir un bon 4x4 et de l'expérience de conduite, ou partir avec un outfitter, car de la pluie est prévue... D'ailleurs pas sûre que le site reste accessible dans les prochains jours même avec le meilleur matériel sur roue. Bon... le ton est donné. Le tirage au sort commence, on applaudit les gagnants en espérant être le suivant sur la liste... Il n'en sera rien pour cette fois-ci. Pas grave, j'avoue qu'au vu de la météo, je n'ai pas dû y perdre grand-chose

. Je prends d'ailleurs la décision de ne pas retenter le lendemain, car la situation météorologique prévue ne cesse de se dégrader

. Ce sera pour un prochain voyage !
Lorsque je sors du Visitor Center, la pluie s'est invitée

. Ayant fait
Kodachrome la veille et toutes mes autres options impliquant d'emprunter des routes non goudronnées ou des slots canyons, je me retrouve sans programme définit

.
Au moins, ça me laisse le temps de trouver une solution pour ma carte mémoire. Je me rends au magasin photo repéré sur google la veille, et sur la porte se trouve une pancarte demandant d'appeler un numéro s'il n'y a personne dans le magasin. Malgré ma hantise du téléphone, je prends mon courage à deux mains (et même par les pieds. Ou plutôt devrais-je dire par les cornes ?), mais personne ne répond

. Bon, tant pis, je vais faire un petit tour dans les boutiques de la ville et reviendrai plus tard. Je flâne dans les différents magasins, mais j'en ai rapidement marre, c'est tout le temps la même chose et après avoir fait quelques petits achats, j'en ai assez vu (t'as vu Cessie, j'en ai rapidement marre de la "ville"

).
Je me rends à l'office de tourisme que j'explore de A à Z, à la fois par intérêt et pour me réchauffer

.
Trois petits tours et je m'en vais
Au bout d'un moment, je retourne au magasin de photo, toujours fermé, et toujours sans réponse à mes appels téléphoniques

.
Je commence alors à faire le tour des stations-services, des fois que des cartes mémoires seraient en vente dans l'une d'elles... mais non. Je finirai dans un petit supermarché bien sympathique, où je me ravitaillerai en donuts (de manière très raisonnable, nous en conviendrons

) pour me consoler de cette journée qui ne se présente pas sous les meilleurs augures. Rien non plus du côté multimédia/électronique... mais d'un seul coup, miracle, dans un bout de rayon vers les caisses se trouvent des cartes mémoires !!

Enfin, deux... Je m'empresse d'en prendre une. Le tarif n'est pas donné, mais pas le choix si je veux continuer à immortaliser mes aventures.
Homer (je ne suis pas barge, mais j'adore imiter Marge c'est vrai, c'est pas que pour la légende)
Je retourne à ma
voiture et démarre mon orgie de donuts qui durera quelques jours, le temps de réussir à tout manger ! Je dois doucement acquérir le gène américain, ou alors c'est le besoin de sucre-réconfort qui fait que j'apprécie cette malbouffe, car je ne suis habituellement pas si fan de donuts. Je profite d'une très légère éclaircie dans le ciel pour prendre la direction de
Toadstool Hoodoos à quelques miles de là.
On y retrouve des formations rocheuses de Hoodoos, ou champignons, ainsi que des roches colorées avec des couches majoritairement blanches ou brunes/rouges pour les rimrocks, ou jaunes, rouges et violacées le long de la Paria river. Le Hoodoo le plus photographié de la région est surnommé E.T. ou Red Toadstool, au bord d’un ravin. Ces formations sont créées grâce à la superposition entre une pierre dure et, au-dessus, une couche de roche plus tendre qui va s’user avec le temps.
Une légende Paiute dit que ces hoodoos sont des humains qui ont été pétrifié par des coyotes à la suite de leurs méchancetés.
Le sentier qui mène au site est déjà très sympathique.
Je me rapproche du but.
Je profite que la météo soit un peu plus clémente pour profiter pleinement des lieux, explorant les alentours de droite à gauche et profitant des paysages qui s'offrent à ceux qui grimpent légèrement.
Plusieurs personnes sont présentes sur le site et il faut parfois attendre pour avoir une photo sans personne dessus. J'imagine que je ne suis pas la seule à m'être "rabattue" sur cette option ce matin. En tous cas, c'est un beau lot de consolation, car les textures et les variations de couleur font plaisir à la rétine. De quoi remonter le moral et apprécier cette journée, qui n'est finalement pas si gâchée que ça.
Cessie, voici un E.T. qui ne me fait pas peur !
Et toi, t'es plutôt dur hoodoo ?
Une "Arche, il pèle
" de beauté
Il aurait pas phallus faire monter la température.
Coucou hoodoo
Ce visiteur tombait à pic
Les cousins des Gobelins
Paires, et fils
Il n'y a pas que la taille qui compte.
Je resterai environ 1h30 sur le site avant de regagner la
voiture.
Le ciel commence à se dégager à l'horizon et dans un élan d'espoir, je m'imagine me rendre à
Edmaier's Secret. Cependant, je sais que le temps peut changer rapidement et que les prévisions pour la journée ne sont pas bonnes. Vu la longueur de la randonnée, il serait trop difficile de pouvoir faire demi-tour à temps en cas de grosse pluie et je ne tiens pas à me retrouver coincée devant un wash.
Sur le chemin du retour vers
Kanab, le ciel recommence à se charger de nuages, mais les plus sombres sont encore à une distance raisonnable. Je me décide donc à faire le petit détour sur la piste du
Paria Movie Set, en sachant que si le risque d'averse se fait trop pressant, je pourrai rapidement faire demi-tour.
La vallée de la Paria River a été utilisée depuis 4000 avant J-C en tant que corridor de voyage. Ce n’est toutefois qu’à partir de l’an 1000 que les premiers fermiers Puebloans tentent d’exploiter le fond du canyon. En 1776 les premiers européens arrivent dans la région. Jusqu’à 1882, la petite ville de Pahreah s’agrandit. Néanmoins, en 1883 une inondation contraint les habitants à abandonner la ville. Jusqu’en 1950, seules quelques familles vivent en dent de scie dans la région. Des équipes de tournage commencent à arriver sur les lieux pour tourner des séquences dans cet environnement magnifique. Le Paria Movie Set est construit en 1962 et fut utilisé jusqu’en 1999 (une partie a été détruite par des flash floods en 1998). Dans les années 2000, le plateau de tournage déménage.
Je commence donc la descente et me rapproche de ces exceptionnelles roches colorées. Les paysages sont absolument magnifiques ! Plus j'avance, et plus j'aurais apprécié d'avoir un 4x4 pour m'amuser un peu sur la piste en continuant plus loin. Néanmoins, au volant de ma petite
voiture, je reste vigilante avec le nez sur la piste, mais aussi dans les airs pour surveiller la progression des nuages.
Et si, c'est clair!
J'arrive à destination du movie set. Il faut savoir qu'il n'en reste plus grand chose aujourd'hui, le lieu ayant été vandalisé puis détruit. Je le savais avant d'y arriver, mais le passage vaut le coup rien que pour l'environnement ! En continuant plus loin sur la piste (ce que je ne ferai pas vu son état, et à pied cela me semble trop risqué vu la météo), on peut trouver un cimetière de pionniers ainsi que les ruines de la ville de Pahreah.
Le vent se lève et les nuages se rapprochent de plus en plus, le signal est donné pour quitter les lieux et regagner le centre de
Kanab. Je suis ravie d'avoir fait ce petit détour qui m'a permis de faire passer agréablement le temps.
Les options pour la suite de la journée ne sont pas nombreuses, d'autant plus que la pluie et le vent sont à nouveau de la fête. J'opte pour la visite guidée de
Kanab Heritage House museum. Je suis la seule durant cette visite guidée gratuite, et c'est bien dommage que je n'avais rien préparé sur ma venue et n'ait donc pas de question sur le lieu. Ma guide, Emily, me relate l'histoire de la maison et de ses différents propriétaires. La demeure est très belle, et certains meubles sont d'origine et ont à peine été restauré. On se croirait vraiment dans un musée, plus que dans un musée, impression dont je ferai part à ma sympathique guide. Certaines pièces me font penser à l'ancienne maison de mes grands-parents, Emily est très contente du compliment en disant que l'équipe travaille justement à garder les lieux authentiques.
Kanab tient son nom des Paiutes et signifie "place of the willows".
Par le passé, les tentatives de colonisation de Kanab ont dû s'y reprendre à plusieurs fois avant d'aboutir. En 1864, des pionniers s'y installèrent quand Fort Kanab fut construit sur la rive est de la rivière, pour se défendre contre les natifs et pour servir de base à l'exploration de la région. En 1866, les natifs furent vainqueurs de leurs attaques et forcèrent l'abandon du fort. En 1870, dix familles emménagèrent dans le fort et commencèrent à construire la ville actuelle. Brigham Young visita la région et commença à superviser les plans de la ville. Pendant de nombreuses années, Kanab resta l'une des villes les plus isolées de la nation, coupée du reste du monde par le Colorado, de profonds canyons, et des dunes de sable.
En 1885, Henry Bowman arriva dans la ville avec sa femme Mary. Ce professeur et marchant investit ses richesses dans la construction de la maison que l'on visite aujourd'hui. La construction se fit entre 1892 et 1894 et fut appelée la première maison moderne de la région. Toutes les autres maisons étant assez simples pour l'époque. Il a fait venir un architecte, qui a construit ce manoir victorien, contrastant avec les autres habitations de Kanab, dont aucune ne se tenait sur 2 étages. Il n'y vécut finalement que 2 ans, avant de revendre la propriété à Thomas Chamberlain.
Thomas a eu une première femme, Elinor A. Hoyt, avec qui il a eu 7 enfants. Elinor vivait avec lui dans la maison, où ils eurent un 8ème enfant. En parallèle, Thomas avait 5 autres femmes, pour un total de 55 enfants (rien que ça). Toutes ces autres femmes et enfants habitaient non loin de l'usine, car la polygamie n'était plus vraiment légale à l'époque. Chamberlain était le leader des Mormons' United Order.
Elinor était donc la seule femme qui pouvait se montrer officiellement avec Thomas, le premier mariage étant considéré comme le "mariage d'amour" (les autres servant à ???). Pendant les périodes d'école, les enfants étaient sur place pour recevoir leur éducation. Hormis durant l'hiver, ils dormaient dehors dans le jardin. Lorsqu'il faisait trop froid, ils dormaient à l'étage, dans une grange aménagée. Pour un peu plus d'intimité, les filles avaient leur chambre privée de 3 lits.
Durant la guerre, beaucoup de gens utilisaient les journaux pour l'isolation des maisons. On en retrouve d'ailleurs encore sur l'un des murs.
Chamberlain a fait 5 mois de prison et a eu une amende pour polygamie.
En 1911, Mary Woolley Chamberlain (la 6ème femme de Thomas) fut élu maire de la ville, et le Conseil municipal fut le premier à être composé uniquement de femmes.
A la fin de la visite, il y a une petite urne pour faire un don, ce que je ne manquerai pas de faire, vu la visite agréable que je viens de faire. Je remercie chaleureusement Emily, avant d'aller découvrir l'extérieur de la bâtisse.
Une visite de l’extérieur, en autonomie, est également possible et nous donne quelques informations supplémentaires.
En premier lieu (photo ci-dessous), on peut remarquer les ornements très fins du toit du porche en forme de petites molécules, ainsi que la représentation du soleil couchant. Néanmoins, on retient plus particulièrement les ruches d’abeilles sculptées dans les poteaux du porche : cette conception de ruche a en effet un symbolisme particulier puisque la ruche a été officiellement adoptée, en 1847, en tant qu’emblème officielle des qualités de l’industrie et de l’auto-suffisance, des vertus reconnues par les premiers colons mormons de la région.
Le sous-toit de la photo ci-dessous est décoré de pierres colorées et de verre incrusté dans le plâtre. Le soleil levant représenterait la résurrection. Toutes les fenêtres en verre sont d’origine, y compris le joli verre coloré de rose. Le motif en bois représente quant à lui le tissage, représentant l’industrie de la laine de l’époque.
Edwin Ford a fabriqué la brique rouge utilisée pour la construction de la maison localement, dans une propriété au sud de
Kanab. Les briques étaient mises à feu pendant 10 jours, puis les plus belles étaient sélectionnées pour les murs extérieurs. Elles étaient ensuite teintées de rouge pour avoir une couleur uniforme.
Il me reste un peu de temps, je me décide donc pour
Dinosaur tracks. Après avoir marché dans les pas de nos ancêtres humains, ça me semble sympa de remonter encore "un peu" plus dans le temps.
Je me gare sur le parking quasi désert, une seule autre
voiture présente. En même temps, il ne fait pas très beau et le site ne doit pas être l'endroit le plus populaire de la région. D'ailleurs, ça se voit, le sentier n'est pas entretenu et il est difficile de se repérer. La pente est raide, sur des cailloux qui roulent sous nos pas, et des cairns difficilement repérables. Je me demande même si je suis au bon endroit, c'est dire ! J'arrive tant bien que mal sur le plateau et découvre quelques empreintes. Certaines sont indiquées par des cairns, on en repère d'autres à la vue, et sans doute qu'on en rate quelques-unes.
On en fait des pieds...
... et des mains
J'ai du mal à réaliser que ce sont réellement des pas de dinosaure que je peux voir et toucher. Il est difficile d'imaginer ces bêtes marcher dans cet environnement que je foule aujourd'hui à mon tour. J'ai un petit moment de recueillement particulier, en pensant aux millions d'années se trouvant face à moi à ce moment.
La vue n'est pas trop mal.

[
La grisaille étant encore bien présente, je commence à redescendre en essayant d'emprunter un chemin moins chaotique. Néanmoins, à mi-chemin, je perds toute ressemblance de sentier et me résous donc à remonter pour reprendre le chemin inverse. Je range mon appareil photo dans le sac pour pouvoir m'aider de mes mains durant la descente, je ne suis pas très confiante sur ces cailloux et roches qui commencent à glisser sous les gouttes de pluie qui tombent à nouveau. J'accélère au maximum et arrive à la
voiture mouillée, mais entière.
Conclusion de la balade : à moins d'avoir un bon intérêt sur l'histoire et les dinosaures, je ne suis pas sûre que ça vaille le coup.
J'avais initialement prévu de me retenter
The Wave, ou faire une autre alternative du coin puis de me rendre à
Coral Pink Sand Dunes le lendemain, mais vu la météo, je n'ai plus envie de rester dans la région et je change mes plans. Je décide d'aller directement vers mon plus grand but du voyage : le
Grand Canyon. Cela fait plusieurs jours que je sens son approche, que j'y pense quasi continuellement, et je n'en peux plus d'attendre. La décision est prise, et cela me laissera une chance de plus de demander un permis de
camping !
Pour l'heure, direction un nouveau Airbnb, réservé en dernière minute ce matin. J'arrive dans une maison avec une hôtesse sympathique qui me montre la suite dont je dispose. En effet, j'ai droit à une chambre avec un coin table/chaises, ainsi que ma propre salle de bain (douche et immense baignoire). Je profite d'une douche brûlante pour me réchauffer de cette journée pluvieuse et me fait un petit plateau-télé (j'ai accès au salon, mais il y a des enfants et je n'aime pas ça). Je laisse quand même la porte entre-ouverte, car il y a un petit chien trop mignon qui vient de temps en temps me faire des câlins ! Je l'aurais bien emporté dans ma valise d'ailleurs...
