J4: 30 juillet
Au-dessous du volcan
Réveillés de bon matin (pour une fois), nous testons le petit déjeuner du Super 8 . Correct (il y a même des yaourts Yoplait!) et la machine à pâte à gaufres amuse beaucoup les enfants.
Ensuite, nous partons pour notre premier shopping chez Safeway pour acheter les produits frais nécessaires à nos deux jours de camping (et nous serons locavores ou nous ne serons pas : fromage et yaourts Tillamook, pain cuit à Portland. En revanche zéro pointé pour les légumes bio : tous proviennent du Mexique.)
Nous comprendrons trop tard que la carte du magasin permet de substantielles économies et surtout qu'elle est gratuite et qu'il n'y a aucune formalités à faire. Tant pis, ce sera pour les prochaines courses. (Nous n'avions pas ciblé de chaîne de supermarché en particulier, mais j'avais remarqué les retours positifs sur Safeway dans les carnets. Ma préférence allait plutôt à Trader Joe's ou à Whole Earth mais il y en a peu hors de la région de Seattle dans l'état de Washington, et le fait d'avoir une petite glacière nous limite un peu au plan logistique).
La première étape prévue est le Visitor Center de Silver Lake, le premier des Visitor Centers qui jalonnent la route montant au Johnston Ridge Observatory. Nous voulons y voir les explications sur l'explosion du volcan en 1980 avant de repartir plein nord vers la route 12 pour contourner le volcan de ce côté et rejoindre Windy Ridge, seul point d'accès qui permet de voir le cratère du côté qui s'est effondré pendant l'explosion. J'ai repéré le trail qui mène au sommet de la crête et qui offre des vues spectaculaires, en plus c'est du bon côté pour notre camping, et cela permet de repérer le point de départ de la rando prévue pour lundi, le Mount Margaret (11 miles, vues imprenables sur les Monts St Helens, Rainier et Adams).
Le soleil brille, les dieux sont avec nous et moins d'une heure après avoir quitté Kelso nous nous garons sur le parking déjà bien rempli du Visitor Center.
Las, une charmante ranger nous apprend que la route de Windy Ridge est fermée pour cause d'éboulements et autres glissements de terrain (le printemps a été très pluvieux). Donc notre planning est à revoir complètement.
Bonne nouvelle, le camping d'Iron Creek se situe avant la portion de route fermée. Nous voilà donc partis, sur les conseils de la ranger, vers Johnston Ridge (1h30 de route environ, en comptant quelques arrêts photos; cela grimpe, il y a des camping-cars et cela tourne pas mal vers la fin). Elle nous conseille des randos pour demain en nous disant de passer au Ranger center de Randle (à 15km du camping) pour vérifier la situation sur le terrain.

St Helens et Rainier vus de la route d'approche
Beaucoup de roadtrippers ont déjà rappelé les circonstances de l'explosion du Mt St Helens dans d'autres carnets, je n'y reviens pas. En revanche, je ne crois pas avoir lu de remarques sur la reprise de la végétation bientôt quarante ans après l'explosion. Il faut savoir que toute la région, fort boisée, est exploitée à des fins commerciales par un grand groupe d'exploitation forestière, sauf évidemment les parties (plus proches du cratère) qui relèvent des forêts de l'Etat de Washington et font désormais partie du site du National Monument.
La différence est criante : le premier étage de la forêt a été dégagé des arbres morts et replanté très vite en sapins Douglas. Le deuxième étage a été laissé aux bons soins de Dame Nature. Cette dernière n'est pas pressée et les flancs des sommets environnants sont ponctués de fûts argentés, dépourvus de cîmes, soit dressés vers le ciel, soit couchés en travers des pentes. La végétation est plus variée, sapins et feuillus se mélangeant au gré des semis spontanés, mais il reste encore d'immenses étendues dont on se demande si elles seront reboisées un jour. L'ensemble n'est pas joli ou pittoresque mais tout simplement saisissant.
Ce qui est amusant aussi, c'est la lecture des panneaux explicatifs financés par l'industrie forestière pour justifier leur choix d'un reboisement aussi précoce ("intérêt public, ne pas laisser les sols s'appauvrir, réactivité et dynamisme") par opposition à l'approche beaucoup plus "organique" du Forest Service!
Arrivés au bout de la route, sur un immense parking à moitié plein (il est 12h), nous commençons par l'essentiel : un pique-nique, sur l'une des rares tables en bordure du parking . Zéro ombre mais vue sur la montagne (pas le volcan, qu'un repli de terrain masque).
Nous rejoignons ensuite le Visitor Center où nous nous acquittons du droit de 8$ (par adulte) indispensable pour pouvoir le visiter et surtout emprunter les sentiers qui en partent.
Le centre lui-même vaut la visite : il y a plein d'explications très bien faites sur l'éruption, ses différentes phases, son impact; des témoignages poignants de ceux qui ont survécu de justesse (il y avait tout de même de sacrés inconscients dans le lot…). Le bâtiment est une vraie réussite, très bien intégré au paysage.
Vous vous souvenez que je voulais faire le trail de Windy Ridge. C'était à la fois pour voir le cratère et pour le Spirit Lake dont la surface est jonchée de troncs gris argent depuis l'explosion.
Il est toutefois possible d'apercevoir ce dernier en suivant le Boundary Trail jusqu'à Harry's Ridge (soit 8 miles A-R). C'est un chemin de crête qui n'a pas l'air bien difficile,

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mais il fait très chaud… donc le remplissage des gourdes est impératif, ainsi que le tartinage d'écran total et un chapeau. C'est là que l'on s'aperçoit que Princesse a laissé le sien… à la maison.
24$ plus tard (made in China sans aucun doute mais le produit de la vente est au bénéfice des Parcs nationaux, on aura fait notre BA), elle arbore une très chic casquette kaki siglée 'Mt St Helens'. Pourvu que cela la motive pour avancer…
Et les vues du cratère puis du lac qui s'offrent à nous au fur et à mesure de la montée justifient tous nos efforts. (Nous croiserons en chemin une jeune femme très sportive en fauteuil roulant "tout terrain" accompagné de son mari et de ses jeunes enfants, un groupe de copines de Portland dont l'une, en lycra rose, encouragera Princesse d'une belle voix de basse. Commentaire de la demoiselle : "Ben quoi, c'est un trans qui n'a pas commencé son traitement." Les parents, moins "éclairés" qu'ils ne pensaient l'être, en sont restés sans voix avant de pouffer de rire face à l'incongruité de la situation. Ce n'est pas une randonnée difficile mais il y a du monde et quand il fait beau, il fait très chaud!).
Le retour se fait assez vite (en descente) et nous quittons le parking vers 16h30 (de mémoire) pour deux bonnes heures de route jusqu'à notre camping, distant de moins de 25 miles à vol d'oiseau : entre l'éruption et l'absence de routes secondaires et d'ouvrages d'art, c'est un détour de près de 100km que nous devons faire pour rejoindre l'Iron Creek Campground, situé sur la route de Windy Ridge.
Nous y arrivons au crépuscule, dans une forêt dont la densité est digne de celles des contes des frères Grimm. Les emplacements sont vastes et propres, mais l'ensemble est un peu "spooky" comme on dit en anglais.
Heureusement, Superpio nous fabrique une belle flambée et nous sommes armés .... pour cingler la nuit de traits lumineux. Zorro ou Luke Skywalker : en décidera lecteur le!
