Jour 8 – Vendredi 16 septembre 2022
Le programme du jour aura été indéterminé jusqu’à la dernière minute. Entre la météo capricieuse, la crainte de me retrouver sur une autoroute de monde, le coût de la visite, j’étais franchement mitigée.
Finalement, je suis de toute façon réveillée tôt, et même en comptant l’heure de trajet qui m’attend, je devrais arriver sur place pas trop tard. La météo est très brumeuse, on n’y voit pas grand-chose, c’est donc un gros coup de poker que je joue. Le couple croisé l’avant-veille m’avait prévenue qu’en arrivant à la barrière à 7h30 ils avaient déjà dû patienter une bonne demi-heure pour entrer sur la route menant aux fameuses Tre Cime. Allez, let’s go, je verrai ce qu’il en est.
Peu avant 7 heures, j’arrive sur la route d’approche. Il n’y a personne devant moi pour l’instant. J’arrive à la barrière de péage, toujours seule ! Soit j’ai de la chance, soit les prévisions météo en auront dissuadé quelques-uns et je ne vais rien voir une fois en haut. La brume est encore assez présente, mais ça semble quand même correct, je décide donc de m’acquitter des 30€ d’entrée et monte.
Tout au long de la montée en
voiture, je me dirai que je suis bien contente de ne pas faire le trajet à pied, car même en
voiture ça grimpe fortement. Au bout d’un moment, obligée de m’arrêter sur un petit parking au bord de la route pour profiter du spectacle. A ce moment, je me dis que j’ai pris la bonne décision en venant. Le spectacle de la nature est sublime.
Sous mes yeux, c’est un dégradé de violets qui se dessine, avec des points de jaune orangé qui transpercent progressivement l’horizon. Le tout soutenu par un nuage de brume et souligné par les pics montagneux. Je prends quelques clichés, et surtout, je profite. Tout est calme, à l’extérieur comme à l’intérieur de moi. Le froid ralenti tout, le temps étant comme suspendu, gelé dans l’instant. Je respire, doucement, profondément, entièrement. Les larmes coulent sur mes joues, des sillons glacés par la caresse du vent. L’air que j’expire reste suspendu quelques secondes l’air avant de disparaître, se mêlant au paysage. Tout n’est qu’un.
J’effectue le restant de la route et profite du paysage une fois arrivée en haut.
J’ai prévu de faire la boucle autour des Tre Cime. Deux options : partir sur la droite, le grand chemin officiel ce qui me permettrait d’en profiter sans trop de monde, ou partir sur la gauche ce qui me ferait arriver sur la partie la plus populaire en fin de matinée et devoir affronter la foule. J’hésite quelques instants, et décide finalement de partir sur la gauche. Tant pis si pour l’instant à droite il n’y a pas grand monde, à gauche, je vois qu’il n’y a quasi personne. En effet, seul un couple est devant moi, que je laisse partir pour être distancée. Cela me permettra d’être absolument seule pendant tout le début de la randonnée.
En plus, j’ai une vue dégagée sur le soleil qui monte progressivement dans le ciel. Je débute ‘’vraiment’’ la randonnée aux alentours de 7h30. Bon, sur toute la première partie, je m’arrêterai très régulièrement pour profiter du paysage.
Je marche, plongée dans l’instant présent, me laissant porter par le mouvement. J’arrive sur le flanc des Tre Cime, et plusieurs choix s’offrent à moi : continuer sur le sentier officiel qui descend vers Malga Langalm, ou prendre le sentier qui longe le pied des Tre Cime. J’opte pour la première option, cela rallonge le parcours, mais c’est celui qui m’attire le plus.
J’ai un peu de mal, mon genou refait des siennes et je n’en suis pas encore à la moitié de la randonnée, mais je n’ai pas envie de rebrousser chemin. En plus, le chemin va bientôt monter, ce qui ira mieux.
J’arrive à Malga Langalm, je suis toujours seule.
Quelle chance et privilège de pouvoir profiter de ce lieu en complète solitude. Je dépasse le refuge et prends la direction du Refuge Locatelli, le point d’étape principal de la randonnée. Sur le chemin, je croise tout un groupe de jeunes ados qui sont en train de monter.
Etape un peu plus rude : entre les deux refuges il y a une grosse descente… puis, forcément, remontée. Ils soufflent, certains ne semblent pas très en forme et ont franchement l’air de galérer. Moi, je suis pour l’instant dans la partie ‘’descente’’, qui me fait serrer les dents pour mon genou. Heureusement, j’arrive rapidement en bas et débute la remontée. Ça grimpe bien, mais cela a le mérite de nous faire avancer rapidement vers le but.
La météo est encore une fois très changeante : un coup, nous sommes dans une épaisse brume, un coup, c’est ciel bleu. Les températures varient énormément : j’alterne entre t-shirt et ajout du sweat et coupe-vent.
J’atteins le refuge un peu avant 9h30, et retrouve un peu de monde. Je suis quand même étonnée de ne pas voir plus de foule que ça. Tant mieux !
Je fais, en bonne touriste, le petit crochet par les fameuses cavités rocheuses pour prendre ‘’LA’’ photo du lieu.
Un couple de personnes d’apparences asiatiques est présent, et en me voyant arriver, ils me disent terminer rapidement leurs clichés pour me laisser la place. En 30 secondes, le champ est libre. (J’indique rarement les nationalités des personnes que je croise, mais les personnes asiatiques ont tendance à s’en prendre tellement plein la face sur ce forum, que j’avais envie de souligner que ce n’est pas la peine de faire des généralités racistes)
Je prends quelques clichés et redescends à mon tour, prudemment, car le sentier est très pentu et rocailleux.
Je fais un petit crochet par les lacs présents juste à côté des Tre Cime, mais ne m’aventurerai pas très loin, car la météo se couvre sacrément et que la fatigue se fait déjà ressentir.
J’entame la portion de la randonnée la plus prisée, et y trouve ainsi de plus en plus de monde. Les Tre Cime seront prises dans la brume totale pendant une bonne vingtaine de minutes. J’entendrai des gens râler de ne pas pouvoir profiter du panorama. Un maître-mot ici : la patience.
En effet, il suffira de quelques minutes de plus pour retrouver un ciel bien plus dégagé.
La vue est quand même moins époustouflante je trouve, on est plus encaissé dans les montagnes. Le panorama s’ouvre un peu sur l’un des côtés sur la fin (ou le début), de l’autre, nous sommes quasi au pied des Tre Cimes.
Je refais un mini-crochet pour quitter le chemin principal et trouve un endroit caché pour répondre à un besoin naturel, et dans le même coup pour avoir une vue sympathique du reflet des cimes dans un petit lac.
Je retrouve le point de départ vers 11h30 et décide d’allouer encore un peu d’énergie à l’aller-retour pour le panorama de Cadini di Misurina.
La première partie de la montée est assez intuitive, cependant lorsqu’on arrive sur la fin, il faut faire bien attention au sentier que l’on veut prendre. L’officiel n’est pas toujours bien indiqué, et il y a de nombreux passages qui se dessinent au sol, plus ou moins dangereux (à flanc de falaise, avec des petits cailloux glissants ; un dérapage est vite arrivé). J’opterai pour un demi-tour à deux reprises pour choisir une approche plus sécurisée.
Pour le dernier tronçon, il y a l’option d’aller au bout d’un petit promontoire ou de continuer sur la droite et trouver un espace plus grand et plus ouvert. J’opterai pour cette seconde option, un peu trop de monde sur le sentier étroit de la première.
Je resterai en haut de nombreuses minutes et en profiterai pour manger mon repas. Il y a une vingtaine de personnes à proximité immédiate, le plus embêtant étant les drones qui ajoutent de la pollution sonore. En plus, une personne fera partir le sien pour faire le tour de Tre Cime, où le vol de drones est interdit. Pas cool…
J’observe le ballet de nuages qui engloutissent en quelques secondes les pics rocheux, avant de laisser réapparaître, dans un duo dansé majestueux.
Je finis par quitter les lieux en début d’après-midi, fatiguée et heureuse de mon coup de poker de ce matin.
Je retrouve ma chambre vers 15h30, il est encore tôt. Je me remotive à sortir dans la petite ville où j’ai mangé la glace il y a deux jours de cela, avec l’intention d’y manger une pizza. Néanmoins, le cœur n’y est pas et je me contenterai de faire quelques courses, et chercherai finalement une pizza à emporter dans le village de mon AirBnb.
Demain, dernier jour plein sur place, avec un programme indéfini qui suivra la météo.