Jour 43 - Mardi 28 mai (suite)
(petite pensée à David pour M83)
Je reprends le volant, mais suis rapidement arrêtée par une nouvelle brigade animale qui a décidé de réguler le trafic dans la zone. Le petit troupeau passe entre les voitures, vérifiant sans doute que chacun porte bien la ceinture de sécurité et ne soit pas hors la loi. Je me tiens à carreau pendant l’inspection de mon véhicule, ne souhaitant pas que celui-ci se fasse immobiliser pour le restant du voyage. Heureusement pour moi, M. Bison semble satisfait de ce qu’il voit et s’éloigne tranquillement, me laissant redémarrer

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Ceux-là ne portent pas de pantalons. Ils ne doivent pas être des bisons très futés
Une p'tite blague, allez, b'isons la glace !
Ok j'ai rien dit, je ne cherche pas à faire un outrage à agent. J'ai pas les moyens de payer une amende, et j'aime pas trop la B(o)uf à l'eau
Bon, je me tais
Je reprends ainsi la route, capturant au passage les entrelacs de la rivière et un club de pronghorn se promenant tranquillement au loin.
Encore une fois, mon prochain arrêt arrivera rapidement, n’ayant pas roulé plus de dix minutes avant d’être stoppée par ma curiosité. Les personnes présentes sont moins nombreuses que lors de mes arrêts précédents, mais l’intérêt n’en est pas moins marqué. Tout au loin, je peux voir un élan qui broute tranquillement sur un flan de colline. J’entends des gens dire ‘’he’s hidden by the trees’’ et je ne comprends pas trop, on le voit plutôt bien même à cette distance.
Ce qu'il est lent
J’observe en silence et ne tarde pas à comprendre pourquoi les gens présents disaient cela. En effet, un ‘’petit’’ bébé sort de derrière les arbres pour rejoindre sa mère qui veille sur lui d’un œil plus ou moins attentif. Encore une fois, je mesure ma chance incroyable de pouvoir observer une telle diversité animalière

. J’apprécie chacune de ces rencontres, qu’elle soit rare ou commune, à proximité (relative) ou à distance. Chacun de ces instants est pour moi un véritable privilège dont je mesure toute la préciosité

.
Vous croyez que les bébés sont promenés dans les landaus ?
Après toutes ces rencontres remplies d’émotion, ma prochaine quête est bien moins glamour, mais n’en est pas moins naturelle. Oui, je cherche des toilettes

. J’essaye de repérer sur le plan à quel niveau de la route je me situe, mais ce n’est pas chose aisée puisque je n’ai pas prêté attention aux lieux exacts des différents arrêts. De toute façon, le plan procuré par le parc n’indique pas forcément les endroits où il y a des toilettes. Je décide donc de tracer la route et de m’arrêter dès que je trouve un vrai parking. A savoir que cette partie du parc n’ayant pas forcément beaucoup de points d’attractions ou de départ de balades, les zones de véritable parking sont assez rares. Par chance, je trouverai mon bonheur quelques miles plus loin. Le parking est quasiment vide, peu de gens s’arrêtent à cet endroit du parc, souvent des pêcheurs ou des randonneurs téméraires ; ou alors ceux qui comme moi ont besoin de faire la petite pause pipi. Alors que j’attends que les toilettes se libèrent, un homme m’aborde pour me demander si j’ai des jumelles. Je lui dis que non, j’ai juste le zoom de mon appareil photo. Il me tend alors une petite paire de jumelles (qui sont toutes riquiqui par rapport aux véritables lunettes télescopiques sur trépied) et me dit de ‘’look for the bright white sport in the
Rocky Mountain ahead’’. Je le remercie et débute mon exploration du flanc rocheux. Je ne tarde pas à repérer ce qu’il souhaitait me montrer : une chèvre des montagnes ! La tâche blanche se dessine au sommet d’un rocher, absolument pas déphasée par le vide en dessous de ses sabots. Même de si loin, je la trouve impressionnante et magnifique, c'est qu'elle a l'air immense ! Je redonne les jumelles au monsieur en le remerciant chaleureusement du prêt, puis me dirige vers les toilettes qui viennent d’être libérés par sa femme. Je leur souhaite bonne route avant qu’ils ne quittent le parking.
Il est un peu plus de 10 heures, j’ai le choix entre continuer ma route vers l’entrée Nord-est du parc ou rebrousser chemin pour revenir sur mes pas. Je décide de poursuivre encore un peu.
Néanmoins, les arbres se font de plus en plus présents au bord de la route, rendant le repérage animalier bien plus difficile, et les bas-côtés ne sont pas aménagés pour pouvoir s’y arrêter en toute sécurité. Je ne tarde donc pas à faire demi-tour, même si le paysage est bien plaisant.
Je retrouve rapidement la vallée, et fait une petite pause simplement pour le plaisir des yeux face à la beauté du paysage. Un sentier de randonnée passe par là, et je sens le désir teinté de promesse étinceler au creux de mon ventre : un jour, je reviendrai pour partir à pied à la découverte de ce lieu magnifique.
Lui, je l'ai appelé Malabar. Parce que quand y'a Lamar, y'a Malabar
J’avance sur de nombreux kilomètres sans aucune pause animalière cette fois-ci. J’avance beaucoup plus vite ainsi. Toutefois, après une trentaine de minutes, j’arrive à un nouveau point d’intérêt des photographes. Je me gare sagement et m’avance pour m’enquérir de l’attraction animalière. On m’indique un aigle qui vole tranquillement dans les airs à quelques mètres de là. Je suis des yeux ses figures de voltige vertigineuses, le laissant emporter mon esprit au gré des courants d’air chatouillant ses ailes.
Après quelques minutes à me laisser portée par le vent, un des moments le plus riche en émotion du voyage va me rappeler à la réalité. Alors que l’aigle poursuit son vol dans le ciel, impassible, j’entends au loin une meute de loup hurler, se préparant sans doute à la chasse. Je suis prise de frissons, ce son me touchant au plus profond de mon être. Un sentiment indescriptible s’empare de moi, je sens le sang pulser dans mes veines et suis en alerte, comme si je m’apprêtais à les rejoindre dans leur course folle. J’en suis émue aux larmes, alors que les hurlements vertigineux reprennent une seconde fois. J’imagine les loups de la meute se réunir stratégiquement, et les proies de la vallée tendre l’oreille, maintenant encore plus attentives au moindre mouvement pouvant indiquer la présence d’un prédateur.
Nous sommes quelques-uns à scruter le flan de la montagne opposé, en direction des hurlements entendus qui semblaient tous proches. Nous n’apercevrons pas les loups, mais cela ne fait qu’ajouter à la magie auditive du moment et laisse toute sa place à l’imaginaire. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais je retrouve toute secouée et j’ai besoin de m’asseoir tranquillement dans ma
voiture, au calme, afin de reprendre mes esprits.
Quel moment exceptionnel, que je peine grandement à retranscrire par des mots.
Je reprends doucement pied avec la réalité et décide de poursuivre ma route pour quitter progressivement la vallée. Je ne résiste pas à immortaliser encore une fois quelques bisons qui paissent non loin de la route.
A quelques mètres de là, un petit troupeau de pronghorns bien dégarnis se repose à l’ombre des arbres. Ils sont assez drôles à voir, vêtus de leurs habits de la collection printemps 2019.
Ce sera ma dernière rencontre animale dans la Lamar Valley puisque j’arrive à Tower Junction sans nouvel arrêt. Je prends la direction Nord-ouest, ma prochaine étape étant le secteur des Mammoth Terraces. Néanmoins, je fais un petit détour sur la route pour jeter un œil à Petrified Tree.
Il y a cinquante millions d'années, les volcans Absaroka qui délimitent les frontières du parc à l’Est et au Nord étaient actifs, séparément du plateau volcanique de Yellowstone. Leur chaleur a fait fondre la neige sur les sommets, et a envoyé la coulée de boue résultante dans la vallée, formant un lahar : un mélange de boue, de débris, de cendres et de roche volcanique. Ces lahars recouvrirent le paysage de la chaîne Nord de Yellowstone, y compris les plantes et les arbres qui vivaient à l'époque.
Les arbres qui vivent aujourd'hui dans le parc, tels que l'épicéa, le sapin et l'aulne, ont été enterrés avec des arbres qui ne sont pas adaptés au climat moderne de Yellowstone, tels que le séquoia, le magnolia et l'érable. Les souches, les feuilles, et même le pollen et le sol ont également été recouverts et pétrifiés au cours de ce processus, ce qui a donné lieu à un étonnant témoignage de la vie à Yellowstone au cours de cette période de l'éocène.
Le processus de pétrification retrouvé ici est unique, car il a préservé la matière organique et les cellules du bois dans les minéraux. Dans d'autres forêts de bois pétrifié célèbres, comme en Arizona à Petrified Forest par exemple, les minéraux ont remplacé les cellules. Ici, les arbres ont été couverts de débris, puis les eaux souterraines riches en silice et en calcite provenant des cendres volcaniques se sont infiltrées pour boucher l’approvisionnement en eau des arbres, entraînant le processus de pétrification.
Bien que cette explication soit intéressante et permette de comprendre un peu mieux l’origine de ce tronc se dressant solitairement dans la vallée, je dois bien avouer que visuellement parlant, il fait pâle figure par rapport à certains spécimens d’
Arizona. Bref, cet arrêt n’est largement pas nécessaire lors d’un passage à
Yellowstone, surtout si vous avez déjà vu d’autres spécimens similaires.
Cependant, les quelques minutes consacrées à ce détour s’avéreront profitables sur mon timing quelques minutes plus tard, puisqu’encore une fois, la chance sera de mon côté : un petit ours noir fait son apparition sur un flan de colline.
Voilà une très jolie manière de clore cette matinée et ma très riche exploration de la partie Est du parc

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