J'ai bien suivi HP, ça a rythmé mon enfance/adolescence. Je suis donc bien familière avec le concept de horcruxes, et je sais aussi pourquoi ça pourrait t'être utile de savoir quel serait mon horcruxe. D'où monstseiya a écrit : ↑05 avr. 2020, 19:17 si tu as suivi Harry Potter Voldemort a crée des horcruxes, ce sont des parties de son ame dissimulées dans des objets ou des êtres vivants, comme ça s'il moeurt il peu revivre.
Et comme tu as laissé une partie de ton ame au gd canyon je te demandais dans quoi ??![]()
Rock the Blues Away
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- Siana
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Re: Rock the Blues Away
Anaïs
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Les classiques de l'Ouest en 3 semaines pour un premier road trip entre amies : 3 semaines dans l'Ouest - L'aventure en camping - Septembre 2017
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Dolomites septembre 2022 : Au pays de la Fiat Panda et du poker routier
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Re: Rock the Blues Away
Il se passe des trucs bizarre sur ce carnet avec les horcruxe
Bravo pour la remontée
Quelle performance! Rien que d'imaginer j'ai mal aux jambes et ça me semble impossible
Finalement on dirait que ça c'est très bien passé, à part en toute fin de journée à Desert Tower avec les jambes flageolantes.
En tout cas la perspective est vraiment différente dans le canyon. C'est fou car il est tellement immense qu'au final qu'on soit en haut ou en bas impossible de saisir cette immensité. Sans doute ça qui le rend si extraordinaire
Faut vraiment que j'y retourne un jour te que je fasses un bout de la descente
Le suspense pour la fin de journée, grrr
J'espère que ce n'est rien de grave
Bravo pour la remontée
Quelle performance! Rien que d'imaginer j'ai mal aux jambes et ça me semble impossible
Finalement on dirait que ça c'est très bien passé, à part en toute fin de journée à Desert Tower avec les jambes flageolantes.
En tout cas la perspective est vraiment différente dans le canyon. C'est fou car il est tellement immense qu'au final qu'on soit en haut ou en bas impossible de saisir cette immensité. Sans doute ça qui le rend si extraordinaire
Le suspense pour la fin de journée, grrr
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Le Grand Cercle pour un premier voyage aux USA
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La Floride (et les Bahamas), pour le rêve américain !
Chicago et Yellowstone, pour un retour dans l'Ouest
La Nouvelle-Angleterre pour un retour dans l'Est !
Californie et Arizona, pour 5 semaines de découverte!
Around the world : Sud-Est Angleterre, Escapade italienne
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Re: Rock the Blues Away
D'un challenge réussi on ressort toujours plus fort.
Bravo.
Jean-Luc
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Carnet de voyage : Sea, Rocks and drug - The last, ou pas!
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isadesmontagnes
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Re: Rock the Blues Away
Quelle remontée et quel récit ! Je n'ai pas commenté de suite, il fallait que je reprenne mon souffle ...
Un grand bravo et un grand merci aussi de nous avoir emmener avec toi pour cette magnifique étape à travers ce carnet !

Un grand bravo et un grand merci aussi de nous avoir emmener avec toi pour cette magnifique étape à travers ce carnet !
Re: Rock the Blues Away
À nouveau un très beau récit
J’imagine que tu n’es pas prête d’oublier cette expérience hors du commun, descendre au fond du Grand Canyon ! C’est pas rien quand même et en solo en plus !!! Vraiment un grand, grand bravo à toi
J’imagine que tu n’es pas prête d’oublier cette expérience hors du commun, descendre au fond du Grand Canyon ! C’est pas rien quand même et en solo en plus !!! Vraiment un grand, grand bravo à toi
Michelle
Carnet de voyage 2014 : 1er Roadtrip : à l'Ouest en RV
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Re: Rock the Blues Away
J'adore comment tu racontes ton expérience
Donc bravo et bravo aussi pour les photos
2011 Boucle LA-LA
2016 New York - Washington, D.C.
2018 Miami
2019 Boucle Denver-Denver
Octobre 2024 Air show-Air chaud
En 2026 ce sera Roches rouges, Adobes et Aigles de fer
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micahbzh
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Re: Rock the Blues Away
5h40 pour la remontée, c'est une bonne moyenne 
Parcs de l'Ouest : Carnet 2013
Grand Teton/Yellowstone/Glacier : Carnet 2015
Chicago 2018 : Chicago 2018
Parcs de l'Ouest : Carnet 2019
Ouest 2022 : Carnet 2022
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Chicago 2018 : Chicago 2018
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Re: Rock the Blues Away
Hello Anais,
J'étais tranquillement resté assis en haut pour attendre ton retour
Ben j'ai bien fait. Parce que rien qu'à te lire je suis fatigué
Tu as fait une superbe rando dans ces paysages magnifiques, et quel bel exploit physique
Et en plus ton récit pour nous faire partager ton ressenti et tes émotions est tout simplement génial. On partage vraiment tes sensations
Je crois qu'après cela tu pourras souvent te dire que tu es capable de bien plus de choses que tu ne pourrais le penser
Je ne peux pas trop t'aider pour la constitution du sac à dos plus léger. Car je suis malheureusement du genre à ne pas savoir partir léger
Donc si tu écoutais mes conseils tu partirais encore plus chargée

J'étais tranquillement resté assis en haut pour attendre ton retour
Tu as fait une superbe rando dans ces paysages magnifiques, et quel bel exploit physique
Et en plus ton récit pour nous faire partager ton ressenti et tes émotions est tout simplement génial. On partage vraiment tes sensations
Je crois qu'après cela tu pourras souvent te dire que tu es capable de bien plus de choses que tu ne pourrais le penser
Je ne peux pas trop t'aider pour la constitution du sac à dos plus léger. Car je suis malheureusement du genre à ne pas savoir partir léger
Donc si tu écoutais mes conseils tu partirais encore plus chargée
USA
Septembre 2014 : de LA à LA via Moab et SF : le carnet
Septembre 2016 : NY et sa petite boucle dans l'Est : le carnet
Juillet 2017 : de Los Angeles à Denver via Yellowstone : 33 jours, 7500 km, 9 états : le carnet
Septembre 2018 : NY et Washington
Septembre 2022 : de Denver à Denver par le sud (Colorado et Nouveau-Mexique)
Mars/Avril 2023 : de LA à LA par le sud (Arizona et Californie)
Juillet/Août 2026 : à venir : de Denver à Salt Lake City via Glacier NP
Projet Août/septembre 2027 : de SF à SF par les états de Californie nord, Oregon, Washington
Autres pays
Avril 2018 : Hollande : 5 jours au pays des tulipes
Juin 2018 : le tour de l'Islande
Mars 2019 : l'Indochine (Vietnam + Cambodge + Laos)
Septembre 2019 : La Russie (Moscou, l'Anneau d'or, Saint-Pétersbourg)
Novembre 2022 : Les Canaries : Lanzarote et Fuerteventura
Août/Septembre 2024 : Le Vietnam nord
Mai/juin 2026 : La Polynésie (Tahiti, Maupiti, Raiatea, Tahaa, Huahine, Bora Bora, Moorea)
Projet 2028 : en réflexion : le Canada Est (Acadie, Gaspésie, ...)
Les liens d'accès directs sont désactivés mais mes roadbooks peuvent être mis à disposition : me contacter par message privé ou me laisser un message ici viewtopic.php?t=14934
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- Siana
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Re: Rock the Blues Away
Je suis bien d'accord, je me méfie de Jérôme de maintenant en tout cas !Lorax a écrit : ↑05 avr. 2020, 19:52 Il se passe des trucs bizarre sur ce carnet avec les horcruxe![]()
Bravo pour la remontée![]()
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Quelle performance! Rien que d'imaginer j'ai mal aux jambes et ça me semble impossible![]()
Finalement on dirait que ça c'est très bien passé, à part en toute fin de journée à Desert Tower avec les jambes flageolantes.
En tout cas la perspective est vraiment différente dans le canyon. C'est fou car il est tellement immense qu'au final qu'on soit en haut ou en bas impossible de saisir cette immensité. Sans doute ça qui le rend si extraordinaireFaut vraiment que j'y retourne un jour te que je fasses un bout de la descente
![]()
Le suspense pour la fin de journée, grrr
J'espère que ce n'est rien de grave![]()
Ce n'est pas impossible, loin de là ! J'étais en haut avant 11h, alors que j'aurais pu faire assez de pauses pour arriver plusieurs heures plus tard ! Après, il est certain qu'il ne faille pas sous-estimer cette randonnée, car il faut quand même avoir une certaine résistance physique.
C'est vrai qu'on pourrait le découper en plusieurs parties, tellement il est immense et différent selon la perspective de laquelle on l'observe.
Le suspens va prendre fin, la suite arrive !!
Tout à fait
Merci à toi Isabelle ! J'ai moi aussi repris mon souffle et je suis prête à vous livrer la suite du voyage.isadesmontagnes a écrit : ↑05 avr. 2020, 22:53 Quelle remontée et quel récit ! Je n'ai pas commenté de suite, il fallait que je reprenne mon souffle ...![]()
Un grand bravo et un grand merci aussi de nous avoir emmener avec toi pour cette magnifique étape à travers ce carnet !
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Coucou Mimi,mimi3365 a écrit : ↑06 avr. 2020, 18:27 À nouveau un très beau récit![]()
J’imagine que tu n’es pas prête d’oublier cette expérience hors du commun, descendre au fond du Grand Canyon ! C’est pas rien quand même et en solo en plus !!! Vraiment un grand, grand bravo à toi![]()
Effectivement, cela reste encore aujourd'hui le plus beau moment de mon roadtrip ! J'ai hâte de pouvoir remettre le couvert, je dois bien l'avouer ! Je le referai pour sûr en solo, car l'expérience en est décuplé et j'avoue que j'ai très égoïstement envie de revivre ce moment pour moi seule.
Merci beaucoup ! Techniquement, même si c'était effectivement deux chemins différents, je ne suis pas passé d'un côté à l'autre. Cela dit, c'est prévu (si tout va bien), pour l'année prochaine de faire Rive Nord > Rive Sud
Oui, j'aurais pu faire largement pire c'est sûr ! Pour une première, je suis assez satisfaite de moi
Haha, j'espère que tu as récupéré depuis !HPR38 a écrit : ↑06 avr. 2020, 23:43 Hello Anais,
J'étais tranquillement resté assis en haut pour attendre ton retourBen j'ai bien fait. Parce que rien qu'à te lire je suis fatigué
![]()
Tu as fait une superbe rando dans ces paysages magnifiques, et quel bel exploit physique![]()
Et en plus ton récit pour nous faire partager ton ressenti et tes émotions est tout simplement génial. On partage vraiment tes sensations![]()
Je crois qu'après cela tu pourras souvent te dire que tu es capable de bien plus de choses que tu ne pourrais le penser
Je ne peux pas trop t'aider pour la constitution du sac à dos plus léger. Car je suis malheureusement du genre à ne pas savoir partir léger![]()
Donc si tu écoutais mes conseils tu partirais encore plus chargée![]()
![]()
J'ai l'impression d'avoir plus fatigué les lecteurs que moi-même durant cette randonnée haha. J'espère ne pas vous avoir laissé entendre qu'elle était infaisable, ou plus difficile qu'elle ne l'est en réalité, bien qu'il ne soit pas question de la sous-estimer.
C'est vrai qu'encore aujourd'hui, dans les moments de doute je me rappelle ces moments et je me dis "est-ce que tu aurais vraiment pensé réussir à faire ça ?" "Non." "Alors là aussi si tu essayes tu y arriveras peut-être".
Je me renseignerai pour la constitution d'un bon sac de backpacker lorsqu'il sera question de repartir, pour l'instant, ça serait trop frustrant !
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Re: Rock the Blues Away
Jour 28 – Lundi 13 mai 2019
Le récit du jour sera un peu différent. Ce sera une parenthèse dans le récit, un moment plus personnel. J'ai hésité avant d'en parler, et puis finalement ce moment a fait partie intégrante du roadtrip, même s'il est plus largement inscrit dans ma vie entière. Je vous le partage ici, en me livrant à vous tout en gardant une certaine distance. Pas de photos, pas de jeux de mots. Pour celles et ceux qui préfèrent attendre la suite du voyage et sauter cette parenthèse, je vous donne rdv sur le prochain post.
P.S : J'ai rapidement corrigé les fautes de syntaxe au correcteur automatique mais n'ai pas eu envie de relire le texte, je m'excuse donc à l'avance pour les erreurs qui sont potentiellement présentes dans le texte.
Je vous avais laissé après le récit de ce qui a été pour moi le moment le plus épique du séjour. Ne vous inquiétez pas, il y aura quand même encore de très bons moments par la suite
.
Néanmoins, j'ai d'abord rencontré un accroc qui aurait pu me faire prendre la décision de mettre fin au voyage.
Comme expliqué dans le post précédent, mon dernier objectif de l'après-midi est de trouver un petit coin sympa et facile d'accès pour le coucher de soleil de ce soir. Alors que je me promène le long de la RIM, je me fais aborder par un jeune-homme qui devait avoir mon âge environ. D'abord assez sympathique, on entame la discussion comme cela se fait si bien ici. Il m'explique qu'il est avec un groupe d'amis et qu'ils sont venus pour la journée. Ils n'habitent pas très loin et voulaient profiter du parc. Il me demande à son tour d'où je viens et ce que je fais ici. Je lui raconte donc mon roadtrip dans les grandes lignes et lui dit que moi aussi, j'adore ce parc, que je viens d'en faire la randonnée au fond et que je campe sur place durant plusieurs jours. Il m'offre alors de repartir avec son groupe d'amis pour ne pas avoir à dormir en camping. Je lui réponds gentiment que non, je ne suis pas intéressée, que j'ai envie de profiter du canyon. Son attitude change un peu, il se montre plus tactile et insiste, en me disant que quand même, ce n'est pas super safe de rester seule en tant que femme, etc... Je lui réponds un peu plus fermement que je ne suis pas intéressée, et il finit par comprendre et s'en aller. Un peu énervée, je décide de m'éloigner et de continuer ma recherche. Un peu plus tard, et plus loin sur la RIM, je recroise ce même jeune homme qui est maintenant avec son groupe d'amis. Il m'accoste et me présente à eux, me redisant que je devrais rentrer avec eux, qu'on s'amuserait bien, et que je ne devrais vraiment pas rester toute seule. Ses amis restent en retrait, se contentent de me saluer, mais sans plus. Je commence à me sentir mal dans cette situation, d'autant plus qu'il recommence à se montrer trop tactile à mon goût. Je lui dis plus fermement encore que je lui ai déjà dit non deux fois et que je ne reviendrai pas sur ma décision, que ce n'était pas la peine d'insister. Il me dit d'accord, qu'il ne faisait que proposer, et je décide de m'éloigner sans qu'il ne me pose de problème.
La situation m'a vraiment mise mal à l'aise, et avec la fatigue de la journée, je décide d'aller planter ma tente au camping, de me détendre, et de ressortir en free-style pour le coucher de soleil du soir.
J'arrive sans souci au camping, je fais le check-in et prends place à mon emplacement pour les prochains jours. Ce que je suis contente d'être ici ! J'avais vraiment bien aimé ce camping la première fois, et il est bien agréable d'être dans les bois, à quelques mètres seulement du canyon. N'étant pas motivée à déjà monter la tente, je me contente de sortir quelques affaires, ainsi que mon petit journal pour pouvoir mettre en mots mes aventures des derniers jours. Alors que je m'installe à peine, je vois une voiture s'approcher lentement du coin de l'œil et regarde donc dans sa direction. Je vois que c'est le groupe d'amis de tout à l'heure, et le jeune-homme qui s'était montré très insistant me fait un signe de la main. En une demi-seconde, je prends peur et je décide de remballer mes affaires et de partir de mon emplacement de camping. Je roule jusqu'au petit supermarché et j'essaye de me calmer, de me raisonner. Malgré toutes les hypothèses que j'essaye de trouver, je ne m'explique pas ce qu'ils seraient venus faire dans le camping. Il m'a dit lui-même il y a à peine plus d'une heure avant qu'il était là pour la journée, qu'il n'habitait pas loin et repartait le soir-même. Que seraient-ils venus faire au camping. Et surtout, comment ont-ils trouvé si rapidement mon emplacement alors que je venais d'arriver il y a à peine quelques minutes ? En plus, j'ai fait la bêtise de lui dire que je serai sur place plusieurs jours. Pour la première fois du séjour, je ne me sens vraiment pas en sécurité et je n'ai qu'une envie, c'est de quitter le camping et le parc. Je me sens totalement démunie, je ne sais absolument pas quoi faire et je n'arrive pas à me calmer. La première personne à laquelle je pense est Anna, mon hôte Airbnb du début du séjour (lorsque j'étais dans le coin de Holbrook pour deux nuits) et avec qui on échange régulièrement des nouvelles quant à la suite de mon aventure depuis que j'ai quitté sa maison. Elle m'avait proposé de la contacter en cas de souci. Sur le moment, je m'étais dit que c'était une simple proposition, et que l’on n’allait sûrement jamais se revoir. Néanmoins, le fait que durant ces dernières semaines nous ayons continué à nous parler régulièrement et à apprendre à nous connaître, je me sens suffisamment à l'aise pour me saisir de sa proposition et lui envoyer un message. C'est le seul endroit du parc ayant du wifi, et je n'ose pas redémarrer la voiture avant d'avoir sa réponse - ne sachant où et quand je trouverai du réseau - malgré ma hâte de pouvoir partir.
Malheureusement, ni elle ni son mari ne sont en ligne, et je ne sais pas pourquoi, mais mon téléphone ne veut pas envoyer de sms ni passer d'appels. Je me sens complètement désemparée, et cette fois-ci, je me sens incapable de gérer la situation et de réfléchir posément, ce sont les émotions qui prennent le dessus. Heureusement, alors que je suis sur la conversation messenger, illuminant mon téléphone toutes les 30 secondes pour voir si Anna se connecte, je vois que Cessie est en ligne. Je prends sur moi, et malgré ma peur de déranger, je lui envoie un message pour lui expliquer la situation dans laquelle je me trouve. Adorable qu'elle est, elle me propose d'envoyer pour moi un sms à Anna. Soulagée, j'accepte et rédige donc rapidement un message à transférer à Anna. Moins d'une minute après, je vois Anna qui se connecte à messenger et qui me dit qu'il n'y a aucun souci, me demandant simplement vers quelle heure je pense arriver.
J'en ai les larmes aux yeux de soulagement. Je lui réponds à la va-vite en la remerciant et en lui disant que je pars tout de suite et que j'en ai pour 2h30 de route. Je remercie chaudement Cessie. Et d'ailleurs, j'en profite pour le faire encore une fois ici : merci beaucoup. Même en écrivant ces mots et en allant beaucoup mieux par rapport à la situation, je ressens encore l'angoisse de ce moment, et tu m'as vraiment sauvé la mise sur ce coup-là. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans ton intervention !!
Je redémarre donc directement, sans même prendre le temps de programmer le GPS et je prends la direction de la sortie du parc. Je dois prendre sur moi pour ne pas faire un excès de vitesse tellement j'ai hâte de pouvoir partir. Lorsque, plusieurs minutes plus tard, j'atteins la sortie, je me gare tout de même sur le côté de la route pour prendre le temps d'entrer l'adresse d'Anna dans le GPS. Je filerai tout droit pendant les plus de deux prochaines heures, mes mains crispées sur le volant.
J'arrive chez Anna de nuit, totalement épuisée et au bord de la crise de nerf. Je prends le temps de respirer un peu en me disant que ça y est, je suis en sécurité, avant d'aller sonner, car je ne veux pas non plus fondre en larmes devant elle.
Par la fenêtre, je vois que ses enfants sont encore réveillés, je suis soulagée de me dire que je ne risque pas de les réveiller en sonnant. J'appuie sur la sonnette et Anna m'ouvre quelques secondes plus tard. Elle m'accueille avec un grand sourire et me demande simplement de quoi j'ai besoin. Elle me dit qu'elle m'a mis de la nourriture de côté si j'ai faim, ou que je peux les rejoindre dans leur salon en bas, car ils regardent un film en famille. Je la remercie et lui dit que j'ai surtout envie de prendre une douche. Elle acquiesce. Elle me dit qu'ils ont aménagé le bureau pour que je puisse y dormir, car la chambre d'amis est déjà prise par sa belle-sœur venue passer quelques jours sur place. Je suis extrêmement touchée par sa générosité de m'accueillir comme ça à la dernière minute alors qu'en plus, elle a déjà de la visite. Elle me dit que je connais le chemin de la salle de bain, et de faire comme chez moi, qu'ils sont en bas en cas de besoin. Je pose mes affaires et prends le nécessaire pour la douche. Je me frotte, déjà parce que c'est bien nécessaire après les efforts physiques des deux derniers jours, mais surtout pour essayer de faire disparaître toute l'anxiété qui s'est emparée de moi. Au bout de quelques minutes, je suis propre, pour la tension, on verra à un autre moment pour s'en débarrasser, car pour l'instant elle me colle bien dessus. N'ayant pas envie d'imposer mon état à toute la petite famille, et de m'incruster dans leur soirée familiale, je préfère m'asseoir dans la chambre pour essayer de m'apaiser.
Une fois les enfants couchés, Anna vient me voir pour me demander si j’ai envie de lui parler de ce qui s’est passé. Je lui raconte rapidement, et je la remercie d’avoir accepté si rapidement que je vienne chez elle, car en réalité, ce n’est pas tant ce qui s’est passé ce jour-là qui a été difficile à vivre, mais les souvenirs que cela a ravivé et qui ont déclenché cette grosse angoisse. Elle me répond que c’est elle qui est contente que j’ai pensé à les appeler, et qu’elle est là si j’ai besoin de quoi que ce soit.
La nuit ne sera pas forcément géniale, j’ai du mal à m’endormir et mon corps a du mal à se détendre. J’ai des spasmes musculaires qui me prennent une bonne partie de la nuit et qui m’envoient des décharges électriques me réveillant en sursaut de mes moments de somnolence. Néanmoins, je commence tout de même à m’apaiser me sentant en sécurité chez Anna. Ce matin, elle me propose que l’on passe la journée ensemble. Elle a un programme à tenir, mais si j’en ai envie, je peux l’accompagner dans ses diverses tâches. J’accepte avec plaisir, cela me permettra à la fois de voir un peu à quoi ressemble la vie de famille d’une maman impliquée à fond pour ses enfants. En plus, je dois bien avouer que je n’ai pas envie de passer la journée toute seule, confrontée à toutes les pensées qui se bousculent dans ma tête.
Je ne me souviens plus exactement du déroulé des prochaines journées, je n’ai pas pris beaucoup de photos, car j’ai surtout partagé des moments en famille qui m’ont fait énormément de bien.
Anna est une personne exceptionnelle, qui pourrait être ma grande sœur, et dont la personnalité m’a beaucoup touchée. Dès mon premier séjour chez elle et sa famille, je me suis sentie bien. Non seulement, nous partageons certaines valeurs et un mode de vie qui sont importants à nos yeux, mais je pense que nous nous sommes senties suffisamment en confiance l’une vis-à-vis de l’autre pour pouvoir partager des moments de notre passé qui ont défini qui nous sommes aujourd’hui. Son histoire lui est propre et je ne la partagerai pas ici, mais sa douceur m’a permis de changer le schéma de la mienne.
Il est vrai qu’après ce qui s’est passé au Grand Canyon, j’aurais pu simplement avertir un Ranger du camping de ce qui s’était passé – mais cela n’aurait pas forcément garantit ma sécurité. J’aurais toutefois pu très facilement trouver un autre point de chute pour passer les prochaines nuits en sécurité du potentiel danger que pouvait représenter ce jeune-homme. Néanmoins, et c’est ce que j’ai pu dire à Anna, je n’aurais pas été en sécurité vis-à-vis de moi-même. Car même après plusieurs années, généralement ma manière de faire avec ces sortes de flash-backs est généralement de les ignorer jusqu’à ce qu’ils prennent le dessus et ensuite évacuer en m’en prenant à moi-même. Pour plein de raisons, je n’avais pas envie de réagir de cette manière cette fois-ci. La principale étant sans doute que pour la première fois de ma vie, je sentais que je pouvais avoir un point de référence sécurisant vers qui me tourner. Je savais qu’en allant chez Anna, je serai dans un environnement sain et aimant, que leur bienveillance à tous me permettrait de me poser, et surtout que jamais je ne serais capable d’apporter du négatif dans cette maison. Qu’au sein de cette famille, j’arriverai à ne pas réagir de manière destructrice envers mon corps.
Anna et son mari m’ont fait comprendre que je pourrai rester autant de temps que j’en avais besoin, sans aucune question et pression de leur part. Anna m’a totalement inclus dans sa vie de famille, sans me forcer à participer à quoi que ce soit. On a pris le temps de discuter de nos vies, de tout et de rien, mais surtout nous nous sommes respectivement écoutées, sans jugement et sans reproches. J’ai participé à la vie communautaire dans laquelle le couple est très impliqué, j’ai passé du temps avec leurs enfants avec qui j’ai bien accroché (alors que je n’aime pas les enfants, des fois que vous auriez oublié). Pour la première fois de ma vie, j’ai vu ce que c’était d’être dans une famille aimante et soutenante. Cela m’a fait énormément de bien, car j’ai pu me poser et peut-être commencer à guérir. Cela a également ouvert une brèche, car je me suis rendu compte, de manière assez violente, de quoi j’avais manqué. Ce que c’était d’avoir une maman, qui aime sans condition, qui encourage, et qui soutient. Voir Anna et parler de sa perspective en tant que maman, m’a montré ce que le mot Famille voulait dire. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti le manque de ce concept, et je me suis sentie triste. J’ai fait tomber une façade de jeune femme indépendante et fière de s’en être sortie seule, pour admettre à moi-même que je n’étais pas forte, que je ressentais un énorme vide et un manque béant de cet amour.
En trois jours complets dans la famille, j’ai ri, j’ai partagé des moments forts, j’ai appris, j’ai appelé ma sœur pour lui dire à quel point je l’aime, j’ai regardé un film d’horreur avec du pop-corn ET des m&m’s au beurre de cacahuète, j’ai gouté à de la glace frit offerte par Anna, j’ai découvert que ça ne coutait presque rien de passer son permis. Mais surtout, j’ai grandi et j’ai laissé mes vulnérabilités se révéler à la surface. Je me suis mise à nue dans mes échanges avec Anna. Je lui ai parlé de ma vie, lui ai montré mes cicatrices, partagé mes craintes, et en retour, j’ai reçu de l’écoute, du partage et des encouragements.
J’ai pu réfléchir à la suite du voyage. Au depart, j’avais pensé y mettre un terme, annuler les réservations suivantes et rentrer en France.
Néanmoins, j’ai écarté cette idée, car je ne voulais pas me laisser gâcher le voyage pour une si petite expérience négative. Je savais que les conséquences seraient présentes que ce soit aux US ou en France, et au final continuer ce voyage me forcerai à avancer. Le second questionnement a concerné la suite immédiate du voyage. Il était hors de question pour moi de retourner au camping du grand-canyon que j’avais quitté quelques jours auparavant. Toutefois, la suite du roadbook prévoyait la partie Nord du Grand Canyon. J’ai longuement hésité, car ce canyon qui m’a apporté tant d’apaisement et de bonheur pendant les presque deux années écoulées, me provoquait maintenant un inconfort et de l’angoisse à chaque fois que j’y pensais. J’avais envie d’oublier. Et en même temps… Je n’étais pas prête à me séparer de cet endroit. J’ai donc pris la décision d’y retourner, et de tester. Au pire, je pourrais toujours trouver un plan B si une fois sur place, je ne me sentais pas d’y rester, mais j’avais envie de réessayer et de ne pas rester sur cette expérience négative.
Le matin de mon départ, je dis au revoir aux enfants et à Loren (le mari d’Anna), qui se rendent à l’école (Loren est prof, pas élève, je vous rassure). Je prends le petit-déjeuner avec Anna, et elle me dit qu’elle aimerait me donner quelque chose de la part de toute la famille. Avant mon départ, ils ont voulu me dédicacer une Bible Mormone pour m’accompagner dans la suite de mon voyage. Je suis très touchée par ce geste, car même si je ne suis pas croyante, je sais à quel point la religion est importante pour eux et que c’est un très beau cadeau qu’ils me font. Je la remercie chaleureusement, avant d’aller me préparer pour la route.
Avant de partir, je lui offre un souvenir que j’avais acheté quelques jours auparavant sur un petit stand. C’est un petit médaillon ‘’Raku’’ avec un arbre dessus. Quand j’ai refait ma valise avant de partir et que je l’ai vu dans ma pochette à souvenir, je savais qu’il était pour elle. D’une part, parce que les arbres ont une signification particulière pour nous deux, mais également parce que l’histoire de ce médaillon lui correspond bien. « Chaque Raku est fait à la main et est chauffé dans un four extérieur, puis est laissé à brûler dans une fosse avec des copeaux de bois. La majeure partie d’entre eux se brise et ne survit pas à cette combustion. Les médaillons survivants sont vendus, pour montrer que tout le monde ne survit pas à son ‘’épreuve du feu’’. Ceux qui le font cultivent la force et la beauté. ».
Elle est extrêmement touchée par ce cadeau, et ne veut pas l’accepter au depart, elle dit que je devrais le garder pour moi, car il me correspond tout autant. Je lui réplique que je ne sais pas pourquoi je l’ai acheté et que je ne comptais pas le garder pour moi-même, mais que maintenant ça faisait sens et qu’il était pour elle.
Elle me demande si j’ai encore quelques minutes avant de partir, et je lui dis que oui, je n’ai pas de timing pour la journée. Elle aimerait m’emmener voir le temple Mormon, qui offre également une jolie vue sur le paysage alentour. On prend deux voitures, car on se quittera là-bas. Arrivées sur place, le bâtiment est effectivement magnifique, et on s’assoit sur un banc. On sait que c’est le moment du dernier au revoir et l’émotion est palpable. Je la remercie encore une fois, même si je sais que les mots ne suffisent pas à exprimer ma gratitude. Elle me dit que c’est elle et sa famille qui se sentent reconnaissants que je sois venue à eux dans ce moment difficile pour moi.
Elle souhaite à son tour m’offrir un petit cadeau plein de sens : elle me donne tout d’abord un petit médaillon où il est inscrit ‘’she believed she could, so she did’’. Elle me dit qu’elle en a offert un à chacune de ses filles pour leur rappeler leur force. Elle m’offre également un collier avec un arbre et un petit médaillon où il est inscrit ‘’live’’. J’ai les larmes aux yeux de toute la signification derrière ces cadeaux.
Ce que je retiendrai de ces derniers jours, c’est que pour chaque moment difficile, il y a des personnes extraordinaires qui sont prêtes à nous aider, nous épauler, nous soutenir et nous aider à nous relever. Que la vulnérabilité est une des plus grandes forces dont on peut faire preuve, et que le chemin de la guérison nécessite parfois de créer de nouvelles fondations.
Le récit du jour sera un peu différent. Ce sera une parenthèse dans le récit, un moment plus personnel. J'ai hésité avant d'en parler, et puis finalement ce moment a fait partie intégrante du roadtrip, même s'il est plus largement inscrit dans ma vie entière. Je vous le partage ici, en me livrant à vous tout en gardant une certaine distance. Pas de photos, pas de jeux de mots. Pour celles et ceux qui préfèrent attendre la suite du voyage et sauter cette parenthèse, je vous donne rdv sur le prochain post.
P.S : J'ai rapidement corrigé les fautes de syntaxe au correcteur automatique mais n'ai pas eu envie de relire le texte, je m'excuse donc à l'avance pour les erreurs qui sont potentiellement présentes dans le texte.
Je vous avais laissé après le récit de ce qui a été pour moi le moment le plus épique du séjour. Ne vous inquiétez pas, il y aura quand même encore de très bons moments par la suite
Néanmoins, j'ai d'abord rencontré un accroc qui aurait pu me faire prendre la décision de mettre fin au voyage.
Comme expliqué dans le post précédent, mon dernier objectif de l'après-midi est de trouver un petit coin sympa et facile d'accès pour le coucher de soleil de ce soir. Alors que je me promène le long de la RIM, je me fais aborder par un jeune-homme qui devait avoir mon âge environ. D'abord assez sympathique, on entame la discussion comme cela se fait si bien ici. Il m'explique qu'il est avec un groupe d'amis et qu'ils sont venus pour la journée. Ils n'habitent pas très loin et voulaient profiter du parc. Il me demande à son tour d'où je viens et ce que je fais ici. Je lui raconte donc mon roadtrip dans les grandes lignes et lui dit que moi aussi, j'adore ce parc, que je viens d'en faire la randonnée au fond et que je campe sur place durant plusieurs jours. Il m'offre alors de repartir avec son groupe d'amis pour ne pas avoir à dormir en camping. Je lui réponds gentiment que non, je ne suis pas intéressée, que j'ai envie de profiter du canyon. Son attitude change un peu, il se montre plus tactile et insiste, en me disant que quand même, ce n'est pas super safe de rester seule en tant que femme, etc... Je lui réponds un peu plus fermement que je ne suis pas intéressée, et il finit par comprendre et s'en aller. Un peu énervée, je décide de m'éloigner et de continuer ma recherche. Un peu plus tard, et plus loin sur la RIM, je recroise ce même jeune homme qui est maintenant avec son groupe d'amis. Il m'accoste et me présente à eux, me redisant que je devrais rentrer avec eux, qu'on s'amuserait bien, et que je ne devrais vraiment pas rester toute seule. Ses amis restent en retrait, se contentent de me saluer, mais sans plus. Je commence à me sentir mal dans cette situation, d'autant plus qu'il recommence à se montrer trop tactile à mon goût. Je lui dis plus fermement encore que je lui ai déjà dit non deux fois et que je ne reviendrai pas sur ma décision, que ce n'était pas la peine d'insister. Il me dit d'accord, qu'il ne faisait que proposer, et je décide de m'éloigner sans qu'il ne me pose de problème.
La situation m'a vraiment mise mal à l'aise, et avec la fatigue de la journée, je décide d'aller planter ma tente au camping, de me détendre, et de ressortir en free-style pour le coucher de soleil du soir.
J'arrive sans souci au camping, je fais le check-in et prends place à mon emplacement pour les prochains jours. Ce que je suis contente d'être ici ! J'avais vraiment bien aimé ce camping la première fois, et il est bien agréable d'être dans les bois, à quelques mètres seulement du canyon. N'étant pas motivée à déjà monter la tente, je me contente de sortir quelques affaires, ainsi que mon petit journal pour pouvoir mettre en mots mes aventures des derniers jours. Alors que je m'installe à peine, je vois une voiture s'approcher lentement du coin de l'œil et regarde donc dans sa direction. Je vois que c'est le groupe d'amis de tout à l'heure, et le jeune-homme qui s'était montré très insistant me fait un signe de la main. En une demi-seconde, je prends peur et je décide de remballer mes affaires et de partir de mon emplacement de camping. Je roule jusqu'au petit supermarché et j'essaye de me calmer, de me raisonner. Malgré toutes les hypothèses que j'essaye de trouver, je ne m'explique pas ce qu'ils seraient venus faire dans le camping. Il m'a dit lui-même il y a à peine plus d'une heure avant qu'il était là pour la journée, qu'il n'habitait pas loin et repartait le soir-même. Que seraient-ils venus faire au camping. Et surtout, comment ont-ils trouvé si rapidement mon emplacement alors que je venais d'arriver il y a à peine quelques minutes ? En plus, j'ai fait la bêtise de lui dire que je serai sur place plusieurs jours. Pour la première fois du séjour, je ne me sens vraiment pas en sécurité et je n'ai qu'une envie, c'est de quitter le camping et le parc. Je me sens totalement démunie, je ne sais absolument pas quoi faire et je n'arrive pas à me calmer. La première personne à laquelle je pense est Anna, mon hôte Airbnb du début du séjour (lorsque j'étais dans le coin de Holbrook pour deux nuits) et avec qui on échange régulièrement des nouvelles quant à la suite de mon aventure depuis que j'ai quitté sa maison. Elle m'avait proposé de la contacter en cas de souci. Sur le moment, je m'étais dit que c'était une simple proposition, et que l’on n’allait sûrement jamais se revoir. Néanmoins, le fait que durant ces dernières semaines nous ayons continué à nous parler régulièrement et à apprendre à nous connaître, je me sens suffisamment à l'aise pour me saisir de sa proposition et lui envoyer un message. C'est le seul endroit du parc ayant du wifi, et je n'ose pas redémarrer la voiture avant d'avoir sa réponse - ne sachant où et quand je trouverai du réseau - malgré ma hâte de pouvoir partir.
Malheureusement, ni elle ni son mari ne sont en ligne, et je ne sais pas pourquoi, mais mon téléphone ne veut pas envoyer de sms ni passer d'appels. Je me sens complètement désemparée, et cette fois-ci, je me sens incapable de gérer la situation et de réfléchir posément, ce sont les émotions qui prennent le dessus. Heureusement, alors que je suis sur la conversation messenger, illuminant mon téléphone toutes les 30 secondes pour voir si Anna se connecte, je vois que Cessie est en ligne. Je prends sur moi, et malgré ma peur de déranger, je lui envoie un message pour lui expliquer la situation dans laquelle je me trouve. Adorable qu'elle est, elle me propose d'envoyer pour moi un sms à Anna. Soulagée, j'accepte et rédige donc rapidement un message à transférer à Anna. Moins d'une minute après, je vois Anna qui se connecte à messenger et qui me dit qu'il n'y a aucun souci, me demandant simplement vers quelle heure je pense arriver.
J'en ai les larmes aux yeux de soulagement. Je lui réponds à la va-vite en la remerciant et en lui disant que je pars tout de suite et que j'en ai pour 2h30 de route. Je remercie chaudement Cessie. Et d'ailleurs, j'en profite pour le faire encore une fois ici : merci beaucoup. Même en écrivant ces mots et en allant beaucoup mieux par rapport à la situation, je ressens encore l'angoisse de ce moment, et tu m'as vraiment sauvé la mise sur ce coup-là. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans ton intervention !!
Je redémarre donc directement, sans même prendre le temps de programmer le GPS et je prends la direction de la sortie du parc. Je dois prendre sur moi pour ne pas faire un excès de vitesse tellement j'ai hâte de pouvoir partir. Lorsque, plusieurs minutes plus tard, j'atteins la sortie, je me gare tout de même sur le côté de la route pour prendre le temps d'entrer l'adresse d'Anna dans le GPS. Je filerai tout droit pendant les plus de deux prochaines heures, mes mains crispées sur le volant.
J'arrive chez Anna de nuit, totalement épuisée et au bord de la crise de nerf. Je prends le temps de respirer un peu en me disant que ça y est, je suis en sécurité, avant d'aller sonner, car je ne veux pas non plus fondre en larmes devant elle.
Par la fenêtre, je vois que ses enfants sont encore réveillés, je suis soulagée de me dire que je ne risque pas de les réveiller en sonnant. J'appuie sur la sonnette et Anna m'ouvre quelques secondes plus tard. Elle m'accueille avec un grand sourire et me demande simplement de quoi j'ai besoin. Elle me dit qu'elle m'a mis de la nourriture de côté si j'ai faim, ou que je peux les rejoindre dans leur salon en bas, car ils regardent un film en famille. Je la remercie et lui dit que j'ai surtout envie de prendre une douche. Elle acquiesce. Elle me dit qu'ils ont aménagé le bureau pour que je puisse y dormir, car la chambre d'amis est déjà prise par sa belle-sœur venue passer quelques jours sur place. Je suis extrêmement touchée par sa générosité de m'accueillir comme ça à la dernière minute alors qu'en plus, elle a déjà de la visite. Elle me dit que je connais le chemin de la salle de bain, et de faire comme chez moi, qu'ils sont en bas en cas de besoin. Je pose mes affaires et prends le nécessaire pour la douche. Je me frotte, déjà parce que c'est bien nécessaire après les efforts physiques des deux derniers jours, mais surtout pour essayer de faire disparaître toute l'anxiété qui s'est emparée de moi. Au bout de quelques minutes, je suis propre, pour la tension, on verra à un autre moment pour s'en débarrasser, car pour l'instant elle me colle bien dessus. N'ayant pas envie d'imposer mon état à toute la petite famille, et de m'incruster dans leur soirée familiale, je préfère m'asseoir dans la chambre pour essayer de m'apaiser.
Une fois les enfants couchés, Anna vient me voir pour me demander si j’ai envie de lui parler de ce qui s’est passé. Je lui raconte rapidement, et je la remercie d’avoir accepté si rapidement que je vienne chez elle, car en réalité, ce n’est pas tant ce qui s’est passé ce jour-là qui a été difficile à vivre, mais les souvenirs que cela a ravivé et qui ont déclenché cette grosse angoisse. Elle me répond que c’est elle qui est contente que j’ai pensé à les appeler, et qu’elle est là si j’ai besoin de quoi que ce soit.
La nuit ne sera pas forcément géniale, j’ai du mal à m’endormir et mon corps a du mal à se détendre. J’ai des spasmes musculaires qui me prennent une bonne partie de la nuit et qui m’envoient des décharges électriques me réveillant en sursaut de mes moments de somnolence. Néanmoins, je commence tout de même à m’apaiser me sentant en sécurité chez Anna. Ce matin, elle me propose que l’on passe la journée ensemble. Elle a un programme à tenir, mais si j’en ai envie, je peux l’accompagner dans ses diverses tâches. J’accepte avec plaisir, cela me permettra à la fois de voir un peu à quoi ressemble la vie de famille d’une maman impliquée à fond pour ses enfants. En plus, je dois bien avouer que je n’ai pas envie de passer la journée toute seule, confrontée à toutes les pensées qui se bousculent dans ma tête.
Je ne me souviens plus exactement du déroulé des prochaines journées, je n’ai pas pris beaucoup de photos, car j’ai surtout partagé des moments en famille qui m’ont fait énormément de bien.
Anna est une personne exceptionnelle, qui pourrait être ma grande sœur, et dont la personnalité m’a beaucoup touchée. Dès mon premier séjour chez elle et sa famille, je me suis sentie bien. Non seulement, nous partageons certaines valeurs et un mode de vie qui sont importants à nos yeux, mais je pense que nous nous sommes senties suffisamment en confiance l’une vis-à-vis de l’autre pour pouvoir partager des moments de notre passé qui ont défini qui nous sommes aujourd’hui. Son histoire lui est propre et je ne la partagerai pas ici, mais sa douceur m’a permis de changer le schéma de la mienne.
Il est vrai qu’après ce qui s’est passé au Grand Canyon, j’aurais pu simplement avertir un Ranger du camping de ce qui s’était passé – mais cela n’aurait pas forcément garantit ma sécurité. J’aurais toutefois pu très facilement trouver un autre point de chute pour passer les prochaines nuits en sécurité du potentiel danger que pouvait représenter ce jeune-homme. Néanmoins, et c’est ce que j’ai pu dire à Anna, je n’aurais pas été en sécurité vis-à-vis de moi-même. Car même après plusieurs années, généralement ma manière de faire avec ces sortes de flash-backs est généralement de les ignorer jusqu’à ce qu’ils prennent le dessus et ensuite évacuer en m’en prenant à moi-même. Pour plein de raisons, je n’avais pas envie de réagir de cette manière cette fois-ci. La principale étant sans doute que pour la première fois de ma vie, je sentais que je pouvais avoir un point de référence sécurisant vers qui me tourner. Je savais qu’en allant chez Anna, je serai dans un environnement sain et aimant, que leur bienveillance à tous me permettrait de me poser, et surtout que jamais je ne serais capable d’apporter du négatif dans cette maison. Qu’au sein de cette famille, j’arriverai à ne pas réagir de manière destructrice envers mon corps.
Anna et son mari m’ont fait comprendre que je pourrai rester autant de temps que j’en avais besoin, sans aucune question et pression de leur part. Anna m’a totalement inclus dans sa vie de famille, sans me forcer à participer à quoi que ce soit. On a pris le temps de discuter de nos vies, de tout et de rien, mais surtout nous nous sommes respectivement écoutées, sans jugement et sans reproches. J’ai participé à la vie communautaire dans laquelle le couple est très impliqué, j’ai passé du temps avec leurs enfants avec qui j’ai bien accroché (alors que je n’aime pas les enfants, des fois que vous auriez oublié). Pour la première fois de ma vie, j’ai vu ce que c’était d’être dans une famille aimante et soutenante. Cela m’a fait énormément de bien, car j’ai pu me poser et peut-être commencer à guérir. Cela a également ouvert une brèche, car je me suis rendu compte, de manière assez violente, de quoi j’avais manqué. Ce que c’était d’avoir une maman, qui aime sans condition, qui encourage, et qui soutient. Voir Anna et parler de sa perspective en tant que maman, m’a montré ce que le mot Famille voulait dire. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti le manque de ce concept, et je me suis sentie triste. J’ai fait tomber une façade de jeune femme indépendante et fière de s’en être sortie seule, pour admettre à moi-même que je n’étais pas forte, que je ressentais un énorme vide et un manque béant de cet amour.
En trois jours complets dans la famille, j’ai ri, j’ai partagé des moments forts, j’ai appris, j’ai appelé ma sœur pour lui dire à quel point je l’aime, j’ai regardé un film d’horreur avec du pop-corn ET des m&m’s au beurre de cacahuète, j’ai gouté à de la glace frit offerte par Anna, j’ai découvert que ça ne coutait presque rien de passer son permis. Mais surtout, j’ai grandi et j’ai laissé mes vulnérabilités se révéler à la surface. Je me suis mise à nue dans mes échanges avec Anna. Je lui ai parlé de ma vie, lui ai montré mes cicatrices, partagé mes craintes, et en retour, j’ai reçu de l’écoute, du partage et des encouragements.
J’ai pu réfléchir à la suite du voyage. Au depart, j’avais pensé y mettre un terme, annuler les réservations suivantes et rentrer en France.
Néanmoins, j’ai écarté cette idée, car je ne voulais pas me laisser gâcher le voyage pour une si petite expérience négative. Je savais que les conséquences seraient présentes que ce soit aux US ou en France, et au final continuer ce voyage me forcerai à avancer. Le second questionnement a concerné la suite immédiate du voyage. Il était hors de question pour moi de retourner au camping du grand-canyon que j’avais quitté quelques jours auparavant. Toutefois, la suite du roadbook prévoyait la partie Nord du Grand Canyon. J’ai longuement hésité, car ce canyon qui m’a apporté tant d’apaisement et de bonheur pendant les presque deux années écoulées, me provoquait maintenant un inconfort et de l’angoisse à chaque fois que j’y pensais. J’avais envie d’oublier. Et en même temps… Je n’étais pas prête à me séparer de cet endroit. J’ai donc pris la décision d’y retourner, et de tester. Au pire, je pourrais toujours trouver un plan B si une fois sur place, je ne me sentais pas d’y rester, mais j’avais envie de réessayer et de ne pas rester sur cette expérience négative.
Le matin de mon départ, je dis au revoir aux enfants et à Loren (le mari d’Anna), qui se rendent à l’école (Loren est prof, pas élève, je vous rassure). Je prends le petit-déjeuner avec Anna, et elle me dit qu’elle aimerait me donner quelque chose de la part de toute la famille. Avant mon départ, ils ont voulu me dédicacer une Bible Mormone pour m’accompagner dans la suite de mon voyage. Je suis très touchée par ce geste, car même si je ne suis pas croyante, je sais à quel point la religion est importante pour eux et que c’est un très beau cadeau qu’ils me font. Je la remercie chaleureusement, avant d’aller me préparer pour la route.
Avant de partir, je lui offre un souvenir que j’avais acheté quelques jours auparavant sur un petit stand. C’est un petit médaillon ‘’Raku’’ avec un arbre dessus. Quand j’ai refait ma valise avant de partir et que je l’ai vu dans ma pochette à souvenir, je savais qu’il était pour elle. D’une part, parce que les arbres ont une signification particulière pour nous deux, mais également parce que l’histoire de ce médaillon lui correspond bien. « Chaque Raku est fait à la main et est chauffé dans un four extérieur, puis est laissé à brûler dans une fosse avec des copeaux de bois. La majeure partie d’entre eux se brise et ne survit pas à cette combustion. Les médaillons survivants sont vendus, pour montrer que tout le monde ne survit pas à son ‘’épreuve du feu’’. Ceux qui le font cultivent la force et la beauté. ».
Elle est extrêmement touchée par ce cadeau, et ne veut pas l’accepter au depart, elle dit que je devrais le garder pour moi, car il me correspond tout autant. Je lui réplique que je ne sais pas pourquoi je l’ai acheté et que je ne comptais pas le garder pour moi-même, mais que maintenant ça faisait sens et qu’il était pour elle.
Elle me demande si j’ai encore quelques minutes avant de partir, et je lui dis que oui, je n’ai pas de timing pour la journée. Elle aimerait m’emmener voir le temple Mormon, qui offre également une jolie vue sur le paysage alentour. On prend deux voitures, car on se quittera là-bas. Arrivées sur place, le bâtiment est effectivement magnifique, et on s’assoit sur un banc. On sait que c’est le moment du dernier au revoir et l’émotion est palpable. Je la remercie encore une fois, même si je sais que les mots ne suffisent pas à exprimer ma gratitude. Elle me dit que c’est elle et sa famille qui se sentent reconnaissants que je sois venue à eux dans ce moment difficile pour moi.
Elle souhaite à son tour m’offrir un petit cadeau plein de sens : elle me donne tout d’abord un petit médaillon où il est inscrit ‘’she believed she could, so she did’’. Elle me dit qu’elle en a offert un à chacune de ses filles pour leur rappeler leur force. Elle m’offre également un collier avec un arbre et un petit médaillon où il est inscrit ‘’live’’. J’ai les larmes aux yeux de toute la signification derrière ces cadeaux.
Ce que je retiendrai de ces derniers jours, c’est que pour chaque moment difficile, il y a des personnes extraordinaires qui sont prêtes à nous aider, nous épauler, nous soutenir et nous aider à nous relever. Que la vulnérabilité est une des plus grandes forces dont on peut faire preuve, et que le chemin de la guérison nécessite parfois de créer de nouvelles fondations.
Anaïs
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