Jour 12 - Mercredi 27 Mars - Life-killer Death Valley
Trad.: La Vallée de la Mort qui tue la Vie.
Jour 12. Ce voyage commence un tout petit peu à sentir le sapin et pourtant nous ne sommes pas encore à Yosemite, curieux.
C'en est cette fois fini de Las Vegas et de ses affres. Avant de partir, nous avons pris le soin de ressortir nos valeurs morales du mini-bar, où nous les avions laissées en pension, pour goûter pleinement aux voluptés de l'étape. Il est plus que temps de nous en remettre à de plus nobles occupations.
Le trajet du jour est relativement tranquille. Un peu moins de 150 miles, un peu plus de 2h de route pour rejoindre les suffocantes chaleurs de
Death Valley NP. Encore qu'à cette période de l'année, les températures doivent y être très supportables.
La route ne nous laisse pas un souvenir impérissable, puisque précisément, nous n’en avons aucun souvenir (CQFD). Nous arrivons à DV par la
CA190, côté Est. C'est donc tout naturellement que nous inaugurons la visite par le panorama de
Dante's View, qui se situe aux confins d’une longue route sinueuse et pentue partant de la CA190, à l’entrée du parc.
Le dernier kilomètre il est vrai, soumet les moteurs à rude épreuve, mais nous nous réjouissons néanmoins de ne pas être perchés sur des vélos. En haut, un grand parking à l’orée duquel se dévoile une vaste étendue de vide blanchâtre et salé. Dit comme ça, ça a l’air sordide, mais c’est superbe.
J’invite fortement ceux et celles qui s’y rendraient à emprunter à pied le petit chemin qui part se perdre dans les hauteurs, où vous trouverez le recueillement qui s’impose en ces lieux. Attention à bien vous chausser car le terrain est très caillasseux (nos petits escarpins n’ont pas apprécié) et à vous aventurer prudemment vers les rochers au-delà desquels tout n’est que précipice.
Ce point de vue a-t-il été dénommé ainsi en référence à la vision que Dante Alighieri, dans sa
Divine Comédie, aurait pu avoir des cercles infernaux ? Si oui, me voilà rassuré car la vue est plutôt sympa et ma foi…lumineuse. Si la terre n’y était pas si désolée, j’y associerais même plutôt le Paradis. Bref.
Dante’s View nécessite un léger détour par rapport à la route principale, mais c’est un
must, et l’une des rares occasions de dominer la vallée, alors n’hésitez pas.
Retour sur ladite route principale. En bons
optimisators que nous sommes, nous laissons
Zabriskie Point sur le côté, préférant le réserver pour le coucher de soleil. Il est aux alentours de midi et la chaleur est déjà manifeste. Nous décidons de faire le
check-in tout de suite pour être débarrassés. L’hôtel du jour est le
Furnace Creek Ranch (
lien Tripadvisor), à ne pas confondre avec le Furnance Creek
Inn qui se trouve quelques kilomètres plus tôt. Apparemment, les deux établissements marchent ensemble.
Furnace Creek Ranch
328 Greenland Rch Rd Death Valley, CA 92328, États-Unis
+1 760-786-2345
Les 193 € par nuitée matraquent un peu, mais ce n'est pas très étonnant vu le choix très limité d'hébergements dans le coin.
Est-ce parce qu’on y est arrivé à l’heure de la sieste, ou est-ce du à la période ? Ici le calme règne, l’atmosphère est si paisible...Quelques personnes discutent ça et là, une poignée d’enfants s’esbaudit aux agrès. Au fond du ranch, une écurie accueille une quinzaine de chevaux qui n’attendent que vous pour une ballade. Comme d’hab, nous n’avons pas le temps, mais l’envie nous taraude méchamment, d’autant qu’ils proposent des sorties pour le coucher de soleil.
Les chambres sont décorées avec sobriété et n’ont pas de charme particulier. En revanche, si comme pour nous on vous en laisse le choix, préférez le rez-de-chaussée. Vous pourrez ainsi bénéficier d’une petite terrasse équipée d’un
rockin’ chair. Mais je vous mets en garde, ne vous y asseyez pas si vous avez des plans pour la journée, car le fauteuil vous balancera irréversiblement entre Charybde et Sylla et vous endormira à qui mieux mieux. J’ai testé : c’est fatal !
14h. Direction
Badwater Road, grand classique de Death Valley. Compter trois heures pour l’aller-retour jusqu’au «
basin », en s’arrêtant aux différents points d’intérêts, à savoir a minima :
Golden Canyon, Devil’s Golf Course et Artist’s Drive.
La première étape pour nous est le
Golden Canyon, dont je dirais qu’il cache bien son jeu, tant il recèle un intérêt insoupçonné. D’un premier abord « sympa mais pas ouf », la randonnée d’une heure trente environ révèle sa richesse lorsque vous vous éloignez du chemin principal, et grimpez sur les monticules de pierre jaune. D’autres sentiers, de fortune, y sont tracés, et offrent des panoramas proprement lunaires, et des sensations vraies.
Voire quelques sueurs froides,
glups.
Euh, oui bon, là OK je simule, je voulais simplement faire le mort dans la Vallée de la Mort – blague désopilante.
Mais j’ai réellement eu peur lorsque je me suis fait une petite crise de tétanie alors que je marchais sur une crête. C’est très bizarre. Je ne me pensais pas sujet au vertige, et le parcours ne me paraissait pas non plus spécialement périlleux. Mais rien à faire, je ne parvenais plus à avancer, et j’ai du parcourir une cinquantaine de mètres en position assise, en m’aidant de mes mains. La honte.
J’ai alors repensé à cette pauvre dame que nous avions croisée à Zion, et qui pleurait dans les bras de ses copines parce qu’elle avait peur. Et j’ai ressenti beaucoup de compassion.
Lucile, elle, gérait la situation avec sérénité, voire un soupçon d’insolence.
Nous gardons - malgré ma légère déconvenue - un souvenir magnifique de
Golden Canyon et de son désert de pyramides.
Ensuite nous nous sommes rendus au
Devil's Golf Course, une ancienne mer asséchée. Logiquement, c’est un arrêt plutôt rapide car vous n’y aurez pas une grande liberté de mouvement, à moins d’avoir des penchants pour l’automutilation. Les amas de sel (c’est bien du sel, nous avons goûté !) sont tranchants comme des lames de rasoir !
L’endroit est assez photogénique.
Nous poursuivons jusqu’à
Badwater Basin, qui est le point le plus bas des Etats-Unis, à quelques 90m sous le niveau de la mer. Ce site est un incontournable, mais plus pour ce qu’il représente que pour son esthétique à proprement parler. Pour ma part, je suis un peu resté sur ma faim, et à la rigueur, le voir depuis les hauteurs de Dante’s View était autant, voire bien plus impressionnant.
Pour compenser ma frustration, je me suis senti obligé de refaire une deuxième fois ma blague du mort dans la Vallée de la Mort, histoire que tout le monde ait bien compris.
Sur le retour, rapide crochet par
Artist’s Drive, une petite boucle de quelques kilomètres menant à un point de vue intéressant arborant de jolies teintes pastel roses, jaunes et vertes, d’où l’allégorie du peintre dont son nom hérite (
« Artist’s Palette »).
OK pour la région de
Badwater, nous avons vu l’essentiel.
Avant la fin de journée, nous voulons encore aller voir les fameuses
Mesquite Flat Sand Dunes, qui sont situées de l’autre côté en direction de
Stovepipe Wells, et bien sûr, le
sunset à
Zabriskie. De retour à l'embranchement principal, nous faisons une courte halte au ranch puis repartons vers le sable.
En route, nous bifurquons à gauche au niveau du
Salt Creek Interpretative Trail. Il s’agit ici d’emprunter une piste sur un ou deux miles, qui aboutit à une promenade le long d’un cours d’eau. Sur le papier, rien d’extraordinaire, mais la tiède atmosphère de fin de soleil la sublime véritablement. Et puis, vous aurez le loisir d’y observer des
pupfishes, dernière espèce de poisson ayant survécu aux draconiennes conditions de la vallée quasi-tarie. Il reste si peu d’eau à certains endroits que ces pauvres bêtes se retrouvent parfois prises au piège dans des flaques…pas cool.
Un quart d’heure plus tard, nous voici arrivés aux dunes, et notre première réaction est la suivante :
« Waouh !...Mais qu’est-ce qu’elles foutent ici ces dunes ?! » Encore une illustration supplémentaire de l’extrême diversité géographique de l’ouest américain, c’est prodigieux. Comme il est agréable de faire tomber les chaussures et de courir pieds nus dans le sable doux...Nous nous posons quelques minutes, absorbant le silence et la quiétude ambiants...
C’est néanmoins un peu à la hâte que nous sommes contraints de repartir, car le soleil décline très vite, et nous avons quelque peu sous-estimé le temps de trajet qui nous sépare de
Zabriskie. Je ne suis pas très fier de confesser que durant les trente minutes qui vont suivre, les limites de vitesse seront à nos yeux ce que la déontologie est à la politique : une blague.
Nous arrivons in extremis (j’ai l’impression que c’est le grand Destin de nos couchers de soleil durant ces vacances…on les voit toujours à l’arrache !) au point « Z » et nous pâmons devant la magnificence des zébrures sur ces vallons dorés.
Rien à ajouter.
Gorgés des splendeurs du parc, nous revenons tout heureux au ranch, et dînons au
Corkscrew Saloon (ou au
49'er Cafe, je ne me rappelle plus lequel c'est, bref, celui qui fait genre bar à néons typiquement US), sans doute le plus frugal des trois ou quatre restaurants de l’établissement, mais en tous cas super sympa, bon marché et typique.
Pour le dessert, nous achetons une glace à la boutique, que nous dégustons
(la glace, pas la boutique) sur le parvis, au coin d’un feu, sous un ciel dégagé et garni d’étoiles. C’est par-fait.
La nuit fut bonne.