Salut la compagnie !
@Straw, toujours un plaisir de te compter parmi mes fidèles.
Oui, il y a énormément de monde en été en Islande. On s'en rend compte sur tous les parkings (à quelques exceptions près sur lesquelles je reviendrais). Pendant le circuit, on a entendu parler Français tellement souvent qu'on se disait en guise de plaisanterie qu'il devait y avoir plus de Français que d'Islandais en Islande présentement.
Alors, il faut s'y faire. Le gouvernement Islandais se demande comment contenir la croissance quantitative du tourisme sans tuer la poule aux œufs d'or en même temps...
Il existe un mécanisme simple d'ajustement, qui s'appelle la régulation par les prix, d'ailleurs c'est déjà bien parti...
@Mandarina, merci de suivre ce carnet, c'est un plaisir pour moi.
Une petite leçon de géologie pour mieux comprendre la suite :
Ce croquis vous montre comment l'Islande se construit. Avec 105,000 km², c'est déjà un archipel plus étendu que l'Irlande. L'Islande grandit chaque année un petit peu, en moyenne elle pousse latéralement de 2 cm par an (1cm de chaque côté), et le centre se remplit de terres nouvelles au gré des éruptions volcaniques (en moyenne 1 tous les 2 ans). Il existe un point chaud _ actif depuis 20 millions d'années_ centré sur l'édifice du Bardharbunga au centre de l'île qui rajoute 4000 mètres d'élévation supplémentaire au rift médio-atlantique, multiplie son activité volcanique et crée de nouvelles terres en continu (ou presque). Comme le point chaud est centré sous le Rift, son mouvement relatif par rapport aux plaques océaniques est nul, ce qui fait que les édifices volcaniques s'accumulent toujours au même endroit, poussant les volcans plus anciens de part et d'autre. Le mécanisme est aléatoire et irrégulier, il y a des pauses, mais pour faire simple, on a une ceinture de volcanisme actif qui prend l'Islande en écharpe du nord au sud des iles Vestmann au sud-ouest (l'île de Surtsey est sortie des flots en 1963) à l'île de Grimsey au nord (qui est traversée par le cercle polaire). Les plus grands édifices volcaniques _ et les plus actifs- sont situés sur cette ligne, au sud, Katla, qui a l'histoire éruptive la plus violente et la plus destructive recensée depuis que les hommes ont colonisé l'Islande (depuis environ l'an 871 +/- 2 ans). Au centre, Grimsvötn et Bardharbunga qui ont les éruptions les plus fréquentes, et plus au nord, Askja et Krafla, dont les "feux" ont "brûlé" pour la dernière fois de 1975 à 1984 (9 phases éruptives tout de même).
les grands volcans centraux sont agités par de fréquents tremblements de terre et sont étroitement surveillés.
Plus à l'ouest, une branche secondaire du Rift _moins active_ passe par le Thingvellir et la péninsule de Reykjanes. Le champ géothermique de Geysir se trouve dans cette branche ouest du Rift.
Du fait de leur altitude, les grands volcans du centre et du sud sont recouverts par des calottes glaciaires, dont la principale est le
Vatnajökull, 8,400 km² (presque aussi grand que la Corse) qui recouvre les plus hauts sommets de l'archipel, le
Hvannadalshnukur (alt. 2110 m) près de la côte), mais aussi le
Grimsvötn et le
Bardharbunga. Tous ces sommets sont en fait des volcans actifs, comme le
Katla qui sommeille sous son glacier du
Myrdalsjökull. Les éruptions sous-glaciaires et les inondations éclair provoquées par la débâcle glaciaire consécutive (
Jökulhaup) sont les principaux risques naturels sur l'île.
Une conséquence de ces fréquentes éruptions, c'est d'abord que la côte sud est très peu peuplée, et même pratiquement inhabitée. Entre
Vik et
Höfn, on ne compte qu'une seule localité du doux nom de
Kirkjubaejarklaustur. D'immenses plaines de graviers volcanique complètement stériles, les "
sandurs" résultent de l'épanchement des "
jökulhaups" et occupent les creux entre les coulées de lave.
Ce sont ces paysages désolés que nous allons traverser.
Jour 5 : Dimanche 06 Août
La météo a été plutôt belle, avec de splendides éclaircies dans l'après-midi qui ont ensoleillé nos visites de glaciers. C'est pour moi le souvenir le plus fort de notre tour d'Islande.
Cette journée est consacrée à une étape de 307 km entre
Vik et
Höfn à travers le désert et la glace. La veille, j'ai réservé un tour en bateau sur un lagon glaciaire. Tous les tours sur le célèbre
Jökulsarlon étaient déjà complets, mais j'avais déjà connaissance de ma botte secrète, le
Fjallsarlon, un autre lagon plus petit qui s'élargit depuis 70 ans un peu plus à l'ouest. Je réserve donc un tour pour 14h, après estimation du temps nécessaire pour y parvenir.
Nous prenons un délicieux petit déjeuner au gîte sous un beau soleil. Nous déjeunons à la première heure (7h30) pour être sur la route dès 8h30, car nous minutons notre temps de route pour être bien à l'heure 20 minutes en avance pour le bateau.
Nous saluons prudemment le
Katla dont nous n'osons troubler le sommeil.
Au programme des visites, nous faisons un arrêt dans le village de
Vik pour voir sa filature de laine.
http://www.icewear.is/
La marque
Icewear est très recommandable, nous en avons ramené des lainages ou des coupe-vents en cadeaux pour toute la famille. C'est à la fois nordique, design et moderne, beaucoup mieux à mon humble avis que les autres magasins de lainages que j'ai visité en Islande, car beaucoup plus mettable en dehors des temps de grand froid.
Ensuite, nous faisons des petits arrêts photo et découverte dans les
sandurs du sud.
Les amoncellements de cairns du site de
Laufskalar commémorent le souvenir d'une grande ferme viking des premiers temps de la colonisation humaine qui a été engloutie par les grandes éruptions du
Katla au Moyen Age et dont il ne reste rien. Les voyageurs qui traversent les "sandurs" avaient l'habitude d'édifier un cairn en ce lieu pour s'attirer de la chance durant leur dangereux voyage.
Les grands glaciers ne sont jamais bien loin sur les montagnes.
En dehors des
sandurs, les anciennes coulées de lave offrent un paysage fantastique de blocs moussus aux formes biscornues, impossible de rien cultiver avec autant de caillasse.
On parvient éventuellement à l'ombre du
Vatnajökull. La rivière
Skeidhara a connu un
Jökulhaup majeur en septembre 1996 qui a emporté le pont de la route n°1. Les vestiges de celui-ci sont devenu un monument de bord de route.
On jouit de là d'une vue grandiose sur les langues glaciaires qui dévalent du massif.
Nous faisons un arrêt déjeuner (pas le temps de faire des courses et de préparer un pique-nique, d'autant que c'est dimanche et que les magasins ne courent pas les rues) au centre d'accueil du parc national à
Skaftafell, où l'on sert une délicieuse soupe d'agneau. Que les végétariens se rassurent, il y a aussi de la très bonne soupe de légume. On mange la soupe avec des pains délicieux et du beurre, tout simplement, c'est excellent et très roboratif.
Comme on n'a pas le temps d'aller voir la célèbre cascade
Svartifoss, les enfants se contentent de courir à la terminaison du glacier pendant que nous restons les attendre au centre d'accueil, ensuite en route pour arriver pile à l'heure à notre rendez-vous de la journée.
Le
Fjallsarlon est, avec le tour en bateau, le clou du voyage, jugez-en vous-même.
L'excursion est relativement onéreuse 195 € pour 3 adultes et 1 enfant (1/2 tarif), mais la prestation est irréprochable, la sécurité maximale avec les tenues isothermes fournies et le lac pro-glaciaire parfaitement calme. Nous avons été gâté par une belle météo, ce qui ne gâche rien. Je ne résiste pas au plaisir de vous en mettre une petite dernière, même si vous ne payez pas le tour en bateau pour approcher les icebergs et le front de glace vive sur l'eau, vous pouvez randonner gratuitement sur la moraine frontale et admirer la spectaculaire vue sur le lac et les glaciers.
Peu après cette première apogée, nous entreprenons une petite randonnée sur la rive ouest du
Jökulsarlon (merci pour les bons conseils du
Routard). C'est magnifique et assez différent du
Fjallsarlon. Contrairement au précédent, le
Jökulsarlon est une lagune qui communique avec la mer, et a des eaux saumâtres, ce qui change les couleurs.
Les deux expériences sont donc complémentaires. Mais comme le
Jökulsarlon est beaucoup plus étendu, je ne sais pas si les tours en zodiac arrivent jusqu'au front de glace vive au fond du lagon. De toute façon, il fallait réserver plus d'un jour à l'avance pour le savoir, car pour nous, tout était complet la veille pour le lendemain.
En tout état de cause, la marche sur la rive occidentale est très agréable et les paysages sont simplement magnifiques, et ça, c'est gratuit !
Après cette orgie visuelle, nous reprenons la route et arrivons à Höfn le soir un peu avant 18h. Étape au gîte
Nyibaer Guesthouse, qui n'a pas de cuisine pour les clients, mais nous extorque tout de même 417 € pour des chambres exiguës. Un mauvais rapport qualité-prix que je ne recommande pas. Il faut reconnaître que la concurrence n'est pas féroce dans le Sud, et les quelques hébergements en profitent bien.
Dîner au restaurant à
Höfn. On se rend au
"Humarhöfnin", l'adresse recommandée par le
Routard (juste en face du gîte). Mais j'ai eu beau pousser les irréductibles Gaulois à se bouger le cul pour "arriver tôt" comme le recommande le Routard, 18h30 c'est trop tard. Tout est complet. On pousse un peu plus loin, et on trouve une table au
"Nyhöfn Nordic Bistro" juste à côté. Cet établissement occupe une belle maison danoise du 19e siècle. C'est très coquet, les recettes et les tarifs sont les mêmes que dans la maison d'à côté. On a bien fait d'arriver assez tôt, car tout est complet à 19h. C''est très fin (désolé, pas de photos, je hais la "porn food"

). La langoustine fraîchement pêchée est la spécialité du coin.
Höfn en est le principal port de pêche d'Islande. Côté tarifs, on s'en tire pour 200 € pour 3 entrées, 4 plats 3 desserts et 2 bières, ce qui est assez raisonnable. Bon rapport qualité-prix. Ce sera le seul "restau" digne de ce nom de la tournée (mais on n'avait pas vraiment le choix).
à suivre...