Rock the Blues Away
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nathie83
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Re: Rock the Blues Away
J’ai repris ton carnet avec plaisir, me laissant porter par tes mots et tes photos. Tu as une faculté pour nous donner l’impression d’être à tes côtés... c’est impressionnant !
Je pense que ce Grand Canyon t’a sacrément aidée à avancer. C’est incroyable, rétrospectivement, comme cette journée t’a fait te surpasser à tous les niveaux ! C’est clairement une étape dans ta vie.
Je te remercie de l’avoir partagée avec nous...Un mélange de pudeur et de force. Une leçon aussi.
Je pense que ce Grand Canyon t’a sacrément aidée à avancer. C’est incroyable, rétrospectivement, comme cette journée t’a fait te surpasser à tous les niveaux ! C’est clairement une étape dans ta vie.
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Nathalie
Carpe diem
Février 2015, Un rêve éveillé: la découverte de l'Ouest
Juin 2019 : un voyage pour les enfants...et les grands ! NY-Washington-Floride
Carpe diem
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- Siana
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Re: Rock the Blues Away
Pas encore de nouvel épisode aujourd'hui. Je prends une petite pause car la motivation n'est plus là pour l'instant, suite à plusieurs évènements compliqués depuis la semaine dernière.
Je prends quand même le temps de répondre à vos derniers commentaires :
Salut Ari,Cover a écrit : ↑13 avr. 2020, 08:33 Salut Anaïs,
Vu que j'ai maintenant beaucoup plus de temps à passer sur le forum (Mercicoronavirus ), j'ai repris la lecture de certains carnets dont le tien
![]()
D'abord je tiens à te féliciter pour ton récit, toujours juste et captivant, tes photos magnifiques mais surtout pour ton parcours à lui tout seul. Quel courage de partir seul pendant 50 jours et faire des étapes aussi magnifiques que le Grand Canyon. Merci de nous faire rêver devant ces paysages somptueuxque je verrais malheureusement qu'en te lisant parce que je n'ai ni la force ni le le courage des les parcourir par moi même (non que je souffre dune quelconque maladie à part la flemmite aiguë - qui est une maladie professionnelle reconnue dans le sud de la France
)
Quant à l'épisode du jeune homme, je suis vraiment désolé pour toi que quelques énergumènes du sexe masculin considèrent encore qu'une jeune fille toute seule est une "proie" en puissance et que, bien protégé au milieu de sa foule de copains, ils se sentent forts alors qu'en réalité ce sont eux les faibles.![]()
Je te souhaite que cette expérience avec Anna te donne l'envie de fonder ta propre famille, mais ... après le confinement parce que se confiner avec des enfants c'est(Bon j'exagère à peine, les miens ont 22 et 16 ans donc j'arrive encore à les occuper tant qu'Internet fonctionne
)
Bon courage à toi pour le boulot et on attends la suite.
Ari
Merci pour ton commentaire. La flemmite devrait entrer dans les diagnostiques officiels je trouve. J'en souffre pas mal en ce moment !
Pas sûre que l'expérience avec Anna me donne envie de fonder ma propre famille, j'aime pas trop les enfants et je ne me vois absolument pas en avoir un jour. A 22 et 16 ans, comme tu dis, avec Internet ça devrait aller
Coucou Véro,cyrabele a écrit : ↑13 avr. 2020, 09:35 Salut Anaïs,
Pas envie, cette fois, de commenter ton long post. Juste te dire que j'ai été touchée et te remercier pour la confiance que tu nous accordes. Comme l'a déjà dit Joëlle, ce forum est une belle et grande famille. On est différents mais tous bienveillants et ça fait du bien...
Bises
Véro
C'est sûr que ce forum apporte de bien beaux échanges
Salut,Indiana75 a écrit : ↑13 avr. 2020, 10:02 Coucou Anaïs,
Merci pour ce partage d'émotions, profond et sincère. Comme beaucoup ici, cela m'a touché.
Je ne vais pas appuyer sur l'épisode malheureux du GC, mais je vais surtout retenir que tu as eu la présence d'esprit de savoir te faire aider à ce moment-là.
Et tu t'es tournée vers la personne idéale pour cela (grâce à Cessie aussi <3).
Tu as bien été entourée pendant ces quelques jours, Anna semble une personne assez extraordinaire ! ce genre de rencontres marque à vie je pense![]()
Je suis ravie de lire qu'aujourd'hui tu vas mieux ! et surtout que tu comptes repartir, et seule à nouveau !![]()
Cela prouve que ce mauvais passage est bien derrière toi !
J'ai hâte de suivre la suite de tes aventures, que ce soit pour te lire, ou admirer tes belles photos !![]()
Merci encore pour tout ça !
C'est sûr que j'ai eu de la chance d'avoir des personnes sur qui m'appuyer pour me sortir de cette situation délicate. Anna aura toujours une place particulière dans mon cœur, j'ai beaucoup appris auprès d'elle - et par elle à distance. Parfois, on a des rencontres comme ça, qui marquent en peu de temps, et ça fait du bien !
Hello,licare a écrit : ↑13 avr. 2020, 10:49 Coucou Anaïs,
Je ne suis pas très douée pour commenter cette dernière "étape", très personnelle... mais que tu as su partager de façon si "universelle"... je dirais "hélas" concernant le début de l'épisode (quelle bande de c...) et heureusement pour sa résolution ( merci Cessie, merci Anna, you did it
![]()
).
À bientôt pour la suite de ce beau récit de voyage![]()
Je pense que malheureusement, ce récit a pu faire résonner des choses pour plusieurs personnes... Quand on voit les statistiques... Et des évènements comme ceux-là peuvent facilement renvoyer à d'autres, plus difficiles à gérer, je suis donc extrêmement reconnaissante d'avoir eu des personnes positives autour de moi à ce moment-là !
MurielPingouin a écrit : ↑13 avr. 2020, 11:09Anaïs
Je suis désolée pour toi de cet incident déplorable, qui t'a apporté autant de souffrancemais quel soulagement d'avoir pu compter sur ton amie (et Cessie) pour t'aider à le surmonter. et quel plaisir de lire que tout ça est derrière toi maintenant!
Et je te remercie de ce partage sans filtre que tu nous offres![]()
Tes mots et tes photos de ta rando dans le GC sont magnifiques, quelle expérience fabuleuse![]()
Bien que difficile pendant un temps, cette expérience m'a au final permis d'avancer. J'ai hâte de pouvoir retourner au Grand Canyon, et refaire une randonnée similaire.
Salut Valérie,valerie49 a écrit : ↑13 avr. 2020, 15:14Anaïs
Je suis une amoureuse du Grand Canyon et je le reconnais à peine vu d'en basJe t'envie d'avoir fait cette belle et courageuse remontée
![]()
![]()
C'est clair que d'en bas, il est très différent ! Je lui trouve d'ailleurs un petit air de Zion.
nathie83 a écrit : ↑14 avr. 2020, 18:14 J’ai repris ton carnet avec plaisir, me laissant porter par tes mots et tes photos. Tu as une faculté pour nous donner l’impression d’être à tes côtés... c’est impressionnant !
Je pense que ce Grand Canyon t’a sacrément aidée à avancer. C’est incroyable, rétrospectivement, comme cette journée t’a fait te surpasser à tous les niveaux ! C’est clairement une étape dans ta vie.
Je te remercie de l’avoir partagée avec nous...Un mélange de pudeur et de force. Une leçon aussi.
Je suis ravie d'avoir pu te faire voyager un peu à mes côtés
Comme tu dis, cette étape m'a énormément aidée à avancer. C'est souvent dans les moments les plus difficiles qu'on en apprend le plus sur nous, la vie, nos ressources.... J'en ressort grandie, avec des nouvelles armes.
Anaïs
USA :
Les classiques de l'Ouest en 3 semaines pour un premier road trip entre amies : 3 semaines dans l'Ouest - L'aventure en camping - Septembre 2017
51 jours en solo dans l'Ouest : Rock the Blues Away
Around the world :
Dolomites septembre 2022 : Au pays de la Fiat Panda et du poker routier
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GingerBread
Re: Rock the Blues Away
Anaïs,
Le courage dont tu fais preuve, aussi bien en faisant ce roadtrip qu'en confiant ici une tranche de vie douloureuse, est admirable.
Je n'ai pas grand chose à ajouter.
Prends soin de toi.
Le courage dont tu fais preuve, aussi bien en faisant ce roadtrip qu'en confiant ici une tranche de vie douloureuse, est admirable.
Je n'ai pas grand chose à ajouter.
Prends soin de toi.
Re: Rock the Blues Away
Je peux le dire?
Heureusement que ça t'a permis d'avancer....
Sinon tu serais encore au fond du Grand Canyon!

- Glll2015
- Bison fougueux

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Re: Rock the Blues Away
Hello Anaïs
C'est une citation que j'aime beaucoup et qui m'accompagne souvent.
Alors ce matin, en pensant à tes diverses remarques et partages , j'avais envie de te la donner en retour.
Vous êtes bon lorsque que vous marchez fermement vers votre but d'un pas intrépide.
Pourtant, vous n'êtes pas mauvais lorsque vous y allez en boitant.
Même ceux qui boitent ne vont pas en arrière.
Gibran Khalil Gibran
Bonne route à toi
C'est une citation que j'aime beaucoup et qui m'accompagne souvent.
Alors ce matin, en pensant à tes diverses remarques et partages , j'avais envie de te la donner en retour.
Vous êtes bon lorsque que vous marchez fermement vers votre but d'un pas intrépide.
Pourtant, vous n'êtes pas mauvais lorsque vous y allez en boitant.
Même ceux qui boitent ne vont pas en arrière.
Gibran Khalil Gibran
Bonne route à toi
Gilles
2019, un voyage pour se faire plaisir
USA 2017, 40 jours de LA à NOLA
West 2015, encore autrement
Anniversaire sous les arches : juillet 2012
2007, notre premier voyage sans carnet
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- Siana
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Re: Rock the Blues Away
Merci NellGingerBread a écrit : ↑27 avr. 2020, 09:29 Anaïs,
Le courage dont tu fais preuve, aussi bien en faisant ce roadtrip qu'en confiant ici une tranche de vie douloureuse, est admirable.
Je n'ai pas grand chose à ajouter.
Prends soin de toi.
Serait-ce vraiment si terrible que ça cela dit ?bison84 a écrit : ↑27 avr. 2020, 10:22Je peux le dire?![]()
Heureusement que ça t'a permis d'avancer....
Sinon tu serais encore au fond du Grand Canyon!![]()
![]()
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Hello Gilles,Glll2015 a écrit : ↑27 avr. 2020, 10:39 Hello Anaïs
C'est une citation que j'aime beaucoup et qui m'accompagne souvent.
Alors ce matin, en pensant à tes diverses remarques et partages , j'avais envie de te la donner en retour.
Vous êtes bon lorsque que vous marchez fermement vers votre but d'un pas intrépide.
Pourtant, vous n'êtes pas mauvais lorsque vous y allez en boitant.
Même ceux qui boitent ne vont pas en arrière.
Gibran Khalil Gibran
Bonne route à toi
Très belle citation que j'aime beaucoup, merci du partage !
J'ai tout un document de plusieurs dizaines de pages où je mets régulièrement des citations que je croise et qui m'inspirent. La tienne va rejoindre le lot
Anaïs
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Re: Rock the Blues Away
Jour 30 – Mercredi 15 mai 2019
Encore lui, mais il sort ses versions acoustiques en ce moment et je suis fan
Un dernier épisode assez émotionnel et personnel, après ça, on repart sur une majorité de récit roadtripien
Je reste encore quelques instants sur le parking du temple, jusqu'à ce qu'Anna disparaisse de ma vue.

Cette fois-ci, je monte dans ma voiture et prends définitivement la route du départ vers la Rive Nord du Grand Canyon, située à un peu plus de 5 heures de route de là. Mes émotions forment une pelote emmêlée d'anxiété, de peur, de hâte, de reconnaissance et d'amour.
Je n'ai pas de plan précis pour la visite de cette partie du canyon, j'ai décidé de ne rien m'imposer afin de pouvoir vivre avec mes émotions et agir en conséquence. Vais-je y rester ou faire demi-tour une fois arrivée ? Aurais-je l'envie de randonner ?
Le long de la route, je fais une première pause rapide à Gray Moutain, un tout petit village en bordure duquel se trouve un vieux motel abandonné avec de très sympathiques murals.


J'hésite à aller explorer l'intérieur du motel, j'aime bien l'urbex, mais là, je suis dans un lieu inconnu, je ne sais pas si certaines chambres sont squattées ou non, et surtout je suis seule. Pas les meilleures conditions pour faire de l'exploration donc
. L'urbex, c'est certes une aventure, mais ça se prépare un minimum en amont, car ce n'est jamais sans risque. Je me contenterai donc de l'extérieur, en gardant l'idée d'un futur roadtrip axé sur l'urbex aux US (ils ont quand même des lieux qui donnent sacrément envie !!).

Les allemands diront Tanke-schön




Je remonte dans ma voiture, et file en ligne droite jusqu'à Navajo Bridge.
L'accès au pont est gratuit et offre de jolies possibilités de photographie. Les couleurs sont sublimes, et le métal géométrique du pont ressort à merveille dans cet environnement
.

Tu peux tourner la tête à gauche ou droite, pas besoin de choisir


Aux US, les pontponts ça ressemble à autre chose que chez nous

Sur le parking, plusieurs petits stands de vente tenus par des natifs sont dressés. Ce sont majoritairement de vieilles dames qui créent des bijoux sur place. L'une d'elles engage la conversation, elle est vraiment très sympathique. Je suis à deux doigts de craquer pour un joli petit bijou - qui en plus est à un tarif très raisonnable - mais ayant déjà dû augmenter mon budget voyage de manière assez conséquente à cause de la météo et des nombreux AirBnb non prévus, je fais attention à mes dépenses. Je repars donc avec le précieux souvenir de cette rencontre éphémère et entame la dernière partie de route.
Alors que j'approche du parc, je traverse des étendues d'arbres calcinés, rappelant l'un des plus gros incendies de la région il y a quelques années. De la neige borde encore la route, le parc vient d'ailleurs de rouvrir aujourd'hui même. Je sais par un ranger de la rive opposée que la semaine passée, le parc était encore totalement sous la neige. Je suis étonnée de voir à quel point celle-ci a déjà disparu.
J'entre dans l'enceinte du parc en fin d'après-midi et vais directement sur le parking du Visitor Center. De là, à travers les arbres, on a droit à notre premier coup d'œil sur les roches du canyon. Je m'approche timidement, je ne sais pas si je suis prête à me replonger totalement dans cet environnement.


Je prends quelques photos. La météo est chargée, le vent souffle et il fait froid. J'adopte une approche progressive et décide pour l'instant de battre un peu en retraite avant d'aller découvrir réellement cette rive nord.
Je me rends jusqu'au Visitor Center, que je prends le temps de visiter dans ses moindres recoins. Il est assez petit, mais très bien fait, comme tous les VC des parcs nationaux. J'attends patiemment qu'un ranger soit disponible pour demander mon carnet de Junior ranger. Tout le monde est bien occupé, et un flot de visiteurs ne cesse d'entrer pour s'enquérir de la situation. En effet, le parc fait face à un problème : une panne générale d'électricité. Malgré les essais et travaux des dernières semaines, un problème est survenu et le parc sera plongé dans le noir ce soir. Je trouve que cela confère une atmosphère particulière au lieu. Alors que dehors, il fait encore jour, les gens commencent déjà à fonctionner au ralenti, à murmurer. C'est marrant comme les ténèbres peuvent procurer un mélange de calme et d'angoisse en nous. Finalement, les circonstances sont en accord avec mon état interne.
En fin de journée, pour le coucher de soleil, je décide tout de même de rejoindre l'arrière des bâtiments et de découvrir enfin ce nouvel aspect du Grand Canyon. Je trouve que les lodges et cabines sont très bien faits et s'intègrent à merveille dans l'environnement.
J'entame mes premiers pas sur le Bright Angel Point trail. C'est magnifique.

Je frissonne, de froid et d'émotion. Je suis tiraillée entre l'envie de rebrousser chemin parce que s'en est presque trop, et celle de ne plus jamais quitter cet endroit qui garde sa place si spéciale dans mon cœur.

Les couleurs de cette fin de journée chargée en nuages sont magnifiques. Une atmosphère de tempête m'enveloppe toute entière. Je me sens à la fois oppressée et libre. Je suis obligée de faire une pause et de m'asseoir sur un rocher à quelques mètres du bord. Mes larmes se mettent à couler en un flot continu le long de mes joues. Des sanglots s'échappent de ma gorge. Je n'arrive pas à saisir cette émotion, à la comprendre ou à la soumettre à la raison. Alors, je la laisse simplement s'exprimer.

Trigger warning : suicide

Je ferme les yeux, je suis transie de froid et mon visage pique à l'endroit où le vent rencontre les coulées salées de mes larmes. Je me concentre sur les odeurs, les bruits, la sensation de la roche sous mes doigts et le poids du collier de l'arbre de vie près de mon cœur. Je respire à plein poumons, goûte au sel emprisonné dans le recoin de mes lèvres. Je rouvre les yeux et me concentre sur le paysage qui s'étend à perte de vue. Les changements subtils de couleurs en fonction du mouvement des nuages et la lente descente du soleil.

Lentement, je me lève. J'esquisse un sourire, et continue ma route sur ce petit sentier bordant le précipice. Je suis calme et apaisée. Le canyon m'accompagne dans cet entre-deux, me murmurant qu'il est là pour moi. Qu'il a tout enduré, lui aussi, et que peu importe où mon esprit va, il sera prêt à m'accueillir.


Je regarde le soleil disparaître progressivement à l'horizon. Je fais attention à éviter les petits groupes de personnes présents, j'ai besoin de ma solitude ce soir. Je n'ai pas envie de partager ce moment, d'échanger des banalités. Je suis seule face à moi-même, le canyon mon confident. Ce soir, je suis heureuse et reconnaissante de ma décision d'y revenir.





Je regagne le Grand Canyon Lodge qui plonge progressivement dans l'obscurité. Quelques bougies ont été placées sur les tables du restaurant et les check-ins se font à la lueur des lampes torches et flashs de téléphones. J'adore cette ambiance, mais il y a trop de monde dans le lobby, je décide donc de regagner ma voiture.
Initialement, j'avais réservé un emplacement de camping... mais je ne me sens pas encore de retourner dans un camping. Je décide donc de sortir de l'enceinte immédiate du parc. J'ai repéré plus tôt dans la journée, un emplacement recensé dans park4night, un peu à l'abri de la route, dans la forêt. Je décide de m'y rendre et de voir ce que ça donne. J'arrive aux coordonnées GPS indiquées, je ne sais pas au final si c'est vraiment autorisé ou pas, mais je suis cachée de la circulation alors je tente le coup. Ce soir, je dormirai à l'abri dans ma voiture. Sans nul doute plus inconfortable que la tente, mais j'ai besoin des quatre portes de l'habitacle qui me procurent un sentiment de protection plus important. Je m'installe comme je peux sur la banquette arrière, mon matelas gonflable en place.
Bonne nuit.
Encore lui, mais il sort ses versions acoustiques en ce moment et je suis fan
Un dernier épisode assez émotionnel et personnel, après ça, on repart sur une majorité de récit roadtripien
Je reste encore quelques instants sur le parking du temple, jusqu'à ce qu'Anna disparaisse de ma vue.

Cette fois-ci, je monte dans ma voiture et prends définitivement la route du départ vers la Rive Nord du Grand Canyon, située à un peu plus de 5 heures de route de là. Mes émotions forment une pelote emmêlée d'anxiété, de peur, de hâte, de reconnaissance et d'amour.
Je n'ai pas de plan précis pour la visite de cette partie du canyon, j'ai décidé de ne rien m'imposer afin de pouvoir vivre avec mes émotions et agir en conséquence. Vais-je y rester ou faire demi-tour une fois arrivée ? Aurais-je l'envie de randonner ?
Le long de la route, je fais une première pause rapide à Gray Moutain, un tout petit village en bordure duquel se trouve un vieux motel abandonné avec de très sympathiques murals.


J'hésite à aller explorer l'intérieur du motel, j'aime bien l'urbex, mais là, je suis dans un lieu inconnu, je ne sais pas si certaines chambres sont squattées ou non, et surtout je suis seule. Pas les meilleures conditions pour faire de l'exploration donc

Les allemands diront Tanke-schön




Je remonte dans ma voiture, et file en ligne droite jusqu'à Navajo Bridge.
L'accès au pont est gratuit et offre de jolies possibilités de photographie. Les couleurs sont sublimes, et le métal géométrique du pont ressort à merveille dans cet environnement

Tu peux tourner la tête à gauche ou droite, pas besoin de choisir


Aux US, les pontponts ça ressemble à autre chose que chez nous

Sur le parking, plusieurs petits stands de vente tenus par des natifs sont dressés. Ce sont majoritairement de vieilles dames qui créent des bijoux sur place. L'une d'elles engage la conversation, elle est vraiment très sympathique. Je suis à deux doigts de craquer pour un joli petit bijou - qui en plus est à un tarif très raisonnable - mais ayant déjà dû augmenter mon budget voyage de manière assez conséquente à cause de la météo et des nombreux AirBnb non prévus, je fais attention à mes dépenses. Je repars donc avec le précieux souvenir de cette rencontre éphémère et entame la dernière partie de route.
Alors que j'approche du parc, je traverse des étendues d'arbres calcinés, rappelant l'un des plus gros incendies de la région il y a quelques années. De la neige borde encore la route, le parc vient d'ailleurs de rouvrir aujourd'hui même. Je sais par un ranger de la rive opposée que la semaine passée, le parc était encore totalement sous la neige. Je suis étonnée de voir à quel point celle-ci a déjà disparu.
J'entre dans l'enceinte du parc en fin d'après-midi et vais directement sur le parking du Visitor Center. De là, à travers les arbres, on a droit à notre premier coup d'œil sur les roches du canyon. Je m'approche timidement, je ne sais pas si je suis prête à me replonger totalement dans cet environnement.


Je prends quelques photos. La météo est chargée, le vent souffle et il fait froid. J'adopte une approche progressive et décide pour l'instant de battre un peu en retraite avant d'aller découvrir réellement cette rive nord.
Je me rends jusqu'au Visitor Center, que je prends le temps de visiter dans ses moindres recoins. Il est assez petit, mais très bien fait, comme tous les VC des parcs nationaux. J'attends patiemment qu'un ranger soit disponible pour demander mon carnet de Junior ranger. Tout le monde est bien occupé, et un flot de visiteurs ne cesse d'entrer pour s'enquérir de la situation. En effet, le parc fait face à un problème : une panne générale d'électricité. Malgré les essais et travaux des dernières semaines, un problème est survenu et le parc sera plongé dans le noir ce soir. Je trouve que cela confère une atmosphère particulière au lieu. Alors que dehors, il fait encore jour, les gens commencent déjà à fonctionner au ralenti, à murmurer. C'est marrant comme les ténèbres peuvent procurer un mélange de calme et d'angoisse en nous. Finalement, les circonstances sont en accord avec mon état interne.
En fin de journée, pour le coucher de soleil, je décide tout de même de rejoindre l'arrière des bâtiments et de découvrir enfin ce nouvel aspect du Grand Canyon. Je trouve que les lodges et cabines sont très bien faits et s'intègrent à merveille dans l'environnement.
J'entame mes premiers pas sur le Bright Angel Point trail. C'est magnifique.

Je frissonne, de froid et d'émotion. Je suis tiraillée entre l'envie de rebrousser chemin parce que s'en est presque trop, et celle de ne plus jamais quitter cet endroit qui garde sa place si spéciale dans mon cœur.

Les couleurs de cette fin de journée chargée en nuages sont magnifiques. Une atmosphère de tempête m'enveloppe toute entière. Je me sens à la fois oppressée et libre. Je suis obligée de faire une pause et de m'asseoir sur un rocher à quelques mètres du bord. Mes larmes se mettent à couler en un flot continu le long de mes joues. Des sanglots s'échappent de ma gorge. Je n'arrive pas à saisir cette émotion, à la comprendre ou à la soumettre à la raison. Alors, je la laisse simplement s'exprimer.

Trigger warning : suicide
Spoiler
Pour la première fois, j'ai cette réalisation qui s'empare de moi, celle contre laquelle je me suis battue sans relâche, mettant tout à distance raisonnable. Je me sens brisée. J'ai toujours fait la fière, gardé cette façade, exprimé haut et fort à qui voulait bien l'entendre que j'étais indépendante, que je n'avais besoin de personne. J'ai l'impression de me prendre un tsunami en pleine face, d'être entraînée sous l'eau, que tout se passe en accéléré autour de moi et que je ne parviens plus à saisir aucun point de repère. Je suis dévastée. Pour la première fois, je ressens le manque. Le manque d'affection, de tendresse, d'être estimée, soutenue et encouragée. Je suis triste pour cette enfant qui trop tôt a appris à protéger les autres, à enfiler son armure en même temps que son manteau chaque matin en quittant la maison, parce que quoi qu'il arrive il fallait montrer que je faisais partie de cette famille parfaite. Cette enfant qui a compris très tôt que les émotions n'avaient pas leur place, que seules les actions comptaient et que les résultats n'étaient jamais assez bons. Qui a intégré qu'elle ne serait jamais assez bien, que le bonheur n'était qu'une histoire que l'on construisait pour les apparences, qu'être aimée était serait toujours conditionnel. Cette adolescente qui a accepté trop de choses de la mauvaise personne, et qui ne s'est rendu compte que bien plus tard que tout cela n'aurait pas dû arriver, et qui pourtant...
Les douleurs physiques, les cicatrices de ces coupures si souvent auto-infligées, et ce sentiment si lourd et envahissant que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Je suis assise ici, en face de ce qui est pour moi le plus beau lieu au monde. Je mesure toute ma chance, mes chances, et pourtant... là tout de suite, mon esprit fantasme sur un seul scénario : à quel point il serait facile et beau de faire quelques pas de plus, tout droit, en avant, garder son regard fixé sur l'horizon et faire le pas de trop. Se laisser tomber, voir défiler en vitesse accélérée strate après strate de roche. Peut-être voir une dernière fois le ciel. Un moment d'impact, et puis, plus rien. Enfin, le noir complet.
Je résiste de tout mon être contre cet idéal. Je me retiens de bouger, comme si le moindre mouvement serait le premier maillon de cette chaîne d'événements. Je sens le poids du collier qu'Anna m'a offert ce matin contre ma poitrine. J'ai l'impression qu'il pèse 5 kg et qu'il cherche à faire barrière entre moi et le bord du canyon. Mes larmes continuent de couler en pensant à toutes ces personnes qui sont entrées dans ma vie et qui ont été des piliers incroyables. Ces personnes qui m'ont acceptée telle que je suis. Qui m'ont dit et prouvé à tant de reprises qu'en réalité, non, l'amour n'était pas conditionnel. Que la perfection n'est pas attendue pour avoir le droit de rester en lien. Une partie de moi est presque en colère de tout ça. Tout serait tellement plus simple si je n'avais pas conscience du mal que je ferais à ces personnes à qui je tiens tant en allant au bout de mon idée. Avoir été de l'autre côté de cette barrière, celle du survivant au suicide d'un proche, je ne sais que trop bien à quel point c'est dévastateur. Qui suis-je pour infliger ça à quelqu'un d'autre ? Et pourtant... je suis fatiguée. Épuisée même.
Les douleurs physiques, les cicatrices de ces coupures si souvent auto-infligées, et ce sentiment si lourd et envahissant que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Je suis assise ici, en face de ce qui est pour moi le plus beau lieu au monde. Je mesure toute ma chance, mes chances, et pourtant... là tout de suite, mon esprit fantasme sur un seul scénario : à quel point il serait facile et beau de faire quelques pas de plus, tout droit, en avant, garder son regard fixé sur l'horizon et faire le pas de trop. Se laisser tomber, voir défiler en vitesse accélérée strate après strate de roche. Peut-être voir une dernière fois le ciel. Un moment d'impact, et puis, plus rien. Enfin, le noir complet.
Je résiste de tout mon être contre cet idéal. Je me retiens de bouger, comme si le moindre mouvement serait le premier maillon de cette chaîne d'événements. Je sens le poids du collier qu'Anna m'a offert ce matin contre ma poitrine. J'ai l'impression qu'il pèse 5 kg et qu'il cherche à faire barrière entre moi et le bord du canyon. Mes larmes continuent de couler en pensant à toutes ces personnes qui sont entrées dans ma vie et qui ont été des piliers incroyables. Ces personnes qui m'ont acceptée telle que je suis. Qui m'ont dit et prouvé à tant de reprises qu'en réalité, non, l'amour n'était pas conditionnel. Que la perfection n'est pas attendue pour avoir le droit de rester en lien. Une partie de moi est presque en colère de tout ça. Tout serait tellement plus simple si je n'avais pas conscience du mal que je ferais à ces personnes à qui je tiens tant en allant au bout de mon idée. Avoir été de l'autre côté de cette barrière, celle du survivant au suicide d'un proche, je ne sais que trop bien à quel point c'est dévastateur. Qui suis-je pour infliger ça à quelqu'un d'autre ? Et pourtant... je suis fatiguée. Épuisée même.

Je ferme les yeux, je suis transie de froid et mon visage pique à l'endroit où le vent rencontre les coulées salées de mes larmes. Je me concentre sur les odeurs, les bruits, la sensation de la roche sous mes doigts et le poids du collier de l'arbre de vie près de mon cœur. Je respire à plein poumons, goûte au sel emprisonné dans le recoin de mes lèvres. Je rouvre les yeux et me concentre sur le paysage qui s'étend à perte de vue. Les changements subtils de couleurs en fonction du mouvement des nuages et la lente descente du soleil.

Lentement, je me lève. J'esquisse un sourire, et continue ma route sur ce petit sentier bordant le précipice. Je suis calme et apaisée. Le canyon m'accompagne dans cet entre-deux, me murmurant qu'il est là pour moi. Qu'il a tout enduré, lui aussi, et que peu importe où mon esprit va, il sera prêt à m'accueillir.


Je regarde le soleil disparaître progressivement à l'horizon. Je fais attention à éviter les petits groupes de personnes présents, j'ai besoin de ma solitude ce soir. Je n'ai pas envie de partager ce moment, d'échanger des banalités. Je suis seule face à moi-même, le canyon mon confident. Ce soir, je suis heureuse et reconnaissante de ma décision d'y revenir.





Je regagne le Grand Canyon Lodge qui plonge progressivement dans l'obscurité. Quelques bougies ont été placées sur les tables du restaurant et les check-ins se font à la lueur des lampes torches et flashs de téléphones. J'adore cette ambiance, mais il y a trop de monde dans le lobby, je décide donc de regagner ma voiture.
Initialement, j'avais réservé un emplacement de camping... mais je ne me sens pas encore de retourner dans un camping. Je décide donc de sortir de l'enceinte immédiate du parc. J'ai repéré plus tôt dans la journée, un emplacement recensé dans park4night, un peu à l'abri de la route, dans la forêt. Je décide de m'y rendre et de voir ce que ça donne. J'arrive aux coordonnées GPS indiquées, je ne sais pas au final si c'est vraiment autorisé ou pas, mais je suis cachée de la circulation alors je tente le coup. Ce soir, je dormirai à l'abri dans ma voiture. Sans nul doute plus inconfortable que la tente, mais j'ai besoin des quatre portes de l'habitacle qui me procurent un sentiment de protection plus important. Je m'installe comme je peux sur la banquette arrière, mon matelas gonflable en place.
Bonne nuit.
Anaïs
USA :
Les classiques de l'Ouest en 3 semaines pour un premier road trip entre amies : 3 semaines dans l'Ouest - L'aventure en camping - Septembre 2017
51 jours en solo dans l'Ouest : Rock the Blues Away
Around the world :
Dolomites septembre 2022 : Au pays de la Fiat Panda et du poker routier
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- Rana
- Chèvre des montagnes de Glacier NP
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- Inscription : 01 mai 2018, 09:34
- Localisation : Landes
Re: Rock the Blues Away
Sacrée journée chargée d'émotions... qui a fait remonter en toi de très douleureux souvenirs et j'en suis désoléee pour toi. Tu m'as beaucouo émue
2011 Boucle LA-LA
2016 New York - Washington, D.C.
2018 Miami
2019 Boucle Denver-Denver
Octobre 2024 Air show-Air chaud
En 2026 ce sera Roches rouges, Adobes et Aigles de fer
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Re: Rock the Blues Away
Camus disait : “Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre.”
La résilience vient de la compréhension que l'amour de la vie, avec tout ce qu'elle peut offrir - les rencontres, les émotions, les lieux... le Grand Canyon... - offrira toujours plus que de s'abandonner au désespoir.
Tes pleurs, face au Grand Canyon, me font penser à ce qu'un grand écrivain africain, Ahmadou Kourouma écrivait : “Il n'y a que le désert qui guérisse le désespoir : on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve.”
Le Grand Canyon, c'est un peu ton désert à toi...
La résilience vient de la compréhension que l'amour de la vie, avec tout ce qu'elle peut offrir - les rencontres, les émotions, les lieux... le Grand Canyon... - offrira toujours plus que de s'abandonner au désespoir.
Tes pleurs, face au Grand Canyon, me font penser à ce qu'un grand écrivain africain, Ahmadou Kourouma écrivait : “Il n'y a que le désert qui guérisse le désespoir : on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve.”
Le Grand Canyon, c'est un peu ton désert à toi...
Alain + Charlotte
Le monde est un livre, et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une Page - Saint-Augustin
Mes chaînes YouTube : Wanderlust Reports et Paris Top Tips
Grand Ouest américain - Été 2015
Escapade en Asie : Cambodge - Thaïlande - Hong-Kong - Hiver 2017
Blitz-carnet : Suisse - Italie - été 2018
Bali et Komodo - Hiver 2019
Des baleines aux gratte-ciel : à l'est, du nouveau ! - Été 2019
Straw - Pericles : Battle Japan !
La croisière s'amuse en Floride ! - Hiver 2020
Réunion de famille... non, en famille ! - Automne 2020
Kaléidoscope Bleu Grec - été 2021
Rome, Naples, Capri, la côte amalfitaine à la Toussaint
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Re: Rock the Blues Away
De bons moments bien remplis à tous les niveaux!
Tu avais anticipé en te confinant dans ta voiture?
Tu arrives à te ressaisir et à redémarrer sur une note positive....
bravo!
J'attends la suite!
Tu avais anticipé en te confinant dans ta voiture?
Tu arrives à te ressaisir et à redémarrer sur une note positive....
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