
JOUR 7
Retour à Montréal
De nouveau, CNN tourne en boucle sur l’écran de la salle du peti dej et les nouvelles ne sont pas bonnes. Même si ici au Canada très peu de cas sont recensés, Trudeau hésite encore à fermer les lieux publics, les bars et les restaurants et nous ne sommes pas sereins quant au bon déroulement du reste du programme. On s’adaptera, et pour l’instant on profite de notre dernier petit dej à Toronto.
On décolle vers 9h00 me semble t-il et après une loooooongue route, nous rendons notre Jeep vers 15h00 à l’agence du centre ville d’Alamo.
Agence choisie judicieusement pour son emplacement tout proche du Novotel où travaille « E » et où nous allons passer les deux nuits qui viennent.
Après le check in, petit tour au bar où nous nous retrouvons tous les quatre devant un verre.
Puis, nos filles partent de leur côté pour se faire une virée entre sœurs. Et nous, nous allons dîner en ville.
Voilà, pas de photos aujourd’hui, mais comme promis un petit épisode de la fiction.
Fiction

J’ai dormi un peu avant de prendre la route. Pas longtemps, juste 3h00. Janet est restée tout contre moi pendant ces 3 heures. Elle n’a rien dit, posé aucunes questions. C’est peu être mieux ainsi.
J’ai mis quelques affaires dans un sac, des tee shirt, un pantalon. Puis je suis allé dans la cuisine et j’ai attrapé une boite hermétique en plastique. Je l’aie fourrée dans le sac aussi.
Dans le salon, toujours assis sur le canapé, « l’organisation » buvait un café. Devant lui, la mallette attend ouverte. Il semble en admiration devant les 5 éprouvettes remplies de liquide jaune pisseux.
Je m’approche de lui.
-T’as dormi sur le canapé ?
-J’ai pas fermé l’œil… Comme d’habitude.
-Je prend la mallette et on y va, on a pas mal de route à faire.
Il ne répond pas. Il s’avance, ferme la mallette et me l’a tend. Je lui dis.
-Écoute « vieux », si ça tourne mal par ici, t’as un abri sous l’escalier. t’as une porte en acier pour l’accès.
-Je sais, je suis allé le voir déjà.
Janet aussi a préparé un petit sac en silence. Elle m’attend dans l’entrée.
Elle s’est assise au milieu dans le F150, entre Sean et moi, et l’électricité entre eux est palpable.
Sean avait chargé une caisse dans le pick-up. Dedans, un arsenal à faire frémir un régiment de fantassins de G.I..
Décidément, ce gars me rappelle quelqu’un.
-T’as quel âge ? Que je lui demande au Sean.
Il sursaute, perdu qu’il était dans ses pensées.
-28.
-Humm… Il t’a ramassé à ta sortie de prison « l’organisation » ?
-Non… Je n’étais pas un délinquant comme toi. J’étais juste militaire. Navy Seals pendant 8 ans.
-Pfuuuuit… Navy Seals à 20 ans… Pas mal. Et du jour au lendemain, tu te retrouves à bosser pour mon « vieux pote »… Là par contre, moins bien.
-Mouais… Dis donc, c’est pas la bonne route pour aller à Toronto.
-Qui t’a dit qu’on allait à Toronto… Par la route.
-Par avion c’est plus rapide, sûr.
-T’as gagné Sean the Seal…
T’aurais fait quoi toi si t’avais à choisir entre te cogner 5h00 de route ou 1h00 de vol ?
Un avion nous attend, un bimoteur, tu vois duquel je veux parler ?
Je laisse le pick-up un peu avant le hangar.
-Sean, reste avec Janet, je sors l’avion et vous me rejoignez. OK ?
J’écarte un peu le portail du hangar et la puanteur de la mort m’agresse. Sur le corps d’Andrei les mouches font leur boulot. Je suppose qu’il doit en être de même pour les deux cadavres du bureau.
Le Piper Cheyenne démarre du premier coup et après une manœuvre, je stoppe à côté du F150.
- Grimpez dans l’avion, je vais planquer le pick-up. N’oubliez pas la mallette. Sean, prends de quoi, au cas ou.
1/2 heure après, on survole le lac Ontario, une partie est gelée et reflète les rayons d’un soleil pâle.
-Sean, appelle la tour de contrôle de l’aéroport de Billy Bishop à Toronto. Demande leur de joindre le professeur Miller pour qu’il vienne nous récupérer et qu’il fasse le nécessaire pour que l’on puisse atterrir. Ça t’occupera comme ça, plutôt que de te tordre le cou à regarder Janet derrière.
Il sourit et s’exécute. Deux minutes après, il me dit que c’est OK et se retord de nouveau le cou.
Ouais, il me rappelle quelqu’un ce gars. Et on va voir tout de suite si je peux lui faire confiance.
-Janet s’il te plaît, regarde dans mon sac, j’ai pris 2 tee shirt et une boite hermétique. Tu les vois ?
-Oui.
Je me tourne vers Sean pour regarder sa réaction.
-Prends la mallette et sors une éprouvette Janet…
-Mais…
-Prends une éprouvette et enroule là dans les tee shirt. Après tu la mets dans la boite en plastique et tu trouves une cachette dans l’avion.
-T’es sûr ?
-Janet…
Sean lui, il sourit et me dit.
-Et la formule, elle ne serait pas dans une poche par hasard ?
Ce gars, il me rappelle de plus en plus quelqu’un...
Je pose le Piper et le parque dans un hangar. Tout est désert ici, même le tunnel qui relie l’aéroport à la ville. Vide, personne…
Miller nous attend dans un sas. De derrière sa vitre, il nous fait signe de nous diriger vers la sortie.
Un van nous attend. Je le vois monter devant et quelques secondes après, les portes arrière du van s’ouvrent. 2 gars en combinaison étanche sortent. L’un d’eux s’approche et avec un pulvérisateur nous asperge de liquide hydroalcoolique. L’autre veut me prendre la mallette des mains, mais je lui fais mon regard noir et il recule. On monte dans le van et les portes se referment et il démarre.
Séparé par une vitre, Miller se retourne.
Vous êtes Fortyseven n’est ce pas ? Qui sont les deux personnes qui sont avec vous ? Vous deviez venir seul.
Tu vois, Miller, c’est le genre de type que je prends en grippe de suite. Hautain, sûr de lui, pédant, tout dans son attitude et le ton de sa voix me déplaît. En général, moi qui suis « courtois et poli », devant de tel mec, j’ai tendance à devenir désagréable.
-Dis donc Miller, ça t’arracherait la gueule un petit bonjour ? Et les deux tourtereaux, ils faisaient du stop sur un nuage, alors je me suis arrêté. Ça te va comme réponse Miller ? D’ailleurs, qui me dit que tu es bien Miller ?
De l’autre côté de la vitre, il soutient mon regard, puis détourne les yeux. De sa poche, il sort une plaquette plastifiée avec son nom et sa photo dessus.
-Écoutez Mr Fortyseven, je suis obligé de prendre des mesures de sécurité et vous deviez être seul. Vos compagnons seront mis à l’isolement préventivement quand nous serons au laboratoire. Connaissant votre immunité vous viendrez avec moi. J’aurai besoin d’un échantillon de votre sang en plus des 5 éprouvettes…
-4… Nous avons eu un petit accident. Une éprouvette a été éjectée et s’est brisée. Pourquoi mon sang « doc » ? La formule ne vous suffit pas ?
-Peut-être que si, mais pour être certain du résultat, il me faudra un comparatif. Je suppose que le professeur Dovnîk s’est servi de votre sang pour concevoir l’antidote.
-N’en dites pas plus « doc », j’ai compris…
J’ai compris aussi pourquoi le professeur m’a dit « vous seul pouvez le faire ». Ces paroles prennent tout leur sens maintenant.
-Combien de temps pour arriver à un résultat correct « doc » ?
-Avec la formule et les éprouvettes, je dirai 2 à 3 jours. Pour la production, en envoyant les résultats à de nombreux laboratoires 2 jours de plus et…
Il s’interrompt, son portable sonne… Dans le rétro intérieur, je vois son visage faire la moue en voyant le numéro sur son téléphone. Il décroche et parle doucement. Je n’entends pas ce qu’il dit, mais à plusieurs reprise ses yeux croisent les miens dans le rétro. Je te fais le pari que mon pote « l’organisation » doit être à l’autre bout du fil. Combien lui a t-il promis pour l’antidote ? Que lui a t-il fait miroiter ?
Je suis bien tenté de le lui demander, mais nous ne sommes pas là pour ça. Après tout qu’importe et tant mieux pour lui s’il se remplit les poches, mais un deal avec « l’organisation » n’est jamais un bon deal et crois moi, j’en sais quelque chose.
A notre descente du van trois hommes en armes nous attendent. Eux aussi sont recouverts d’une combinaison étanche. A la différence des autres, ils ont des flingues en bandoulière pointés sur nous. Avec Sean, on n’aurait pas mis longtemps à les maîtriser, mais nous ne sommes pas là pour ça. Le plus grand des trois nous dit.
-S’il vous plaît, laissez vos armes au sol.
Lui au moins il est poli… Un petit signe à Sean et tout les deux nous posons nos armes de poing.
-Merci. Vous deux, suivez mes collègues pour le protocole de sécurité et vous Mr Fortyseven, suivez moi.
Janet et Sean, encadrés par les 2 gars, s’engouffrent dans un bâtiment et disparaissent. Miller lui, a déjà rejoint un autre couloir un peu plus loin, je le vois entrer un code pour ouvrir la porte. Elle s’ouvre et lui aussi disparaît.
-Mr Fortyseven, dirigez vous vers la porte qui vient de s’ouvrir, Mr Miller vous attend.
Je rentre à mon tour dans une espèce de sas, le grand garde est avec moi, son flingue toujours pointé sur moi. Il ferme la porte en composant un code et une autre s’ouvre donnant sur une salle où des buses sortent du plafond et des murs. Une salle de décontamination, comme celle que l’on peut voir dans les films. Le « grand » entre avec moi.
On va finir par être intime s’il me colle trop.
-Mr Fortyseven, qu’il me dit le grand, s’il vous plaît, posez la mallette au sol et positionnez vous au centre des buses bras levés à la perpendiculaire.
Je me retourne et le regarde au « grand ». Il n’a pas l’air serein derrière son masque.
-Je vous en prie Mr Fortyseven… Tournez vous et posez la mallette.
-Pas de coup foireux « grand »…
Il hoche la tête…
Je me retourne, pose la mallette et mets mes bras en croix.
Les jets de décontamination, je ne les ai jamais sentis, par contre le coup de crosse derrière le crâne...










