Suite du jour 5, toujours Mardi 5 septembre
Nous reprenons donc la dernière partie de la route, en direction de Bodie. J'avais hésité à mettre cette étape dans le roadbook, en me demandant s'il n'était pas préférable de pousser jusqu'à Death Valley dans la journée. Heureusement que je vous ai écouté lorsque vous m'avez déconseillé de faire tout ce trajet en une journée. Si mes souvenirs sont bons, chose sur laquelle je ne miserais pas forcément, ce conseil venait de Monsieur HPR en personne, merci ! (j'allais utiliser l'expression "notre bon vieux HPR mais je ne voulais pas que cela soit mal interprété

).
Trève de blabla, on se reconcentre sur la route, on ne voudrait quand même pas faire un accident en si bon chemin !
Nous empruntons donc la piste de plusieurs kilomètres qui mène à la ville. C'est la première fois que l'on va demander quelques kilomètres un peu chaotiques à notre chère et tendre Kia Soul. Merci à elle, elle est brave et tiendra bon jusqu'au bout. En réalité, en faisant doucement il n'y a pas trop de souci, les vibrations nous ferons un petit massage, même pas la peine de débourser 100 euros dans un institut !
Nous arriverons à l'entrée de ce State park vers 13 heures, sous un ciel orageux. On s'aquittera des droits d'entrée de 16$ (8$/personne). La ranger à l'entrée du parc nous conseillera de repartir par une autre piste qui nous permet de rejoindre la route principale plus rapidement (la piste étant plus courte et en meilleur état), merci madame !
On se gare sur le parking et on décide de manger avant d'entamer la visite. Le ciel est assez menaçant, on voit des éclairs au loin, pourvu qu'on ne se prenne pas l'orage en plein dessus... On aura tout de même quelques gouttes pendant le repas mais lorsque nous commençons la visite de Bodie la pluie aura cessée.
Dès le parking, on retrouve d'anciennes machines :
Il n'y a presque pas de monde, l'ambiance est géniale.
Pour le (petit) point historique, Bodie est une ville minière datant des années 1800 aujourd'hui ville fantôme. C'est en 1859 que W.S Bodey y a découvert de l'or et une mine y a été établie en 1861. En 1880, près de 10 000 personnes y habitaient ! La ville comptait jusqu'à 65 saloons. Entre la recherche de l'or, l'argent et l'alcool, la ville n'est pas très sécurisante. En effet, coups de feu, bagarres, enlèvements et meurtres sont choses courantes...
Bodie bénéficiait également d'un "Red-light district", c’est-à-dire une partie de la ville dédiée à la prostitution, sex-shops, bordels et autres choses ravissantes de ce type

. Comme toute grande ville, il y avait même un quartier chinois avec un temple Taoist.
Dans les années 1880 la ville commence à décliner en popularité : les booms miniers d'autres villes aux alentours ont attiré une grande partie de la population. Bodie devient petit à petit une ville familiale. C'est à cette époque qu'est construite la Methodist church.
En 1898 puis 1932, deux grands incendies ravagent la ville. Des 2000 bâtiments qu'elle comptait, il ne reste plus que ce que nous connaissons aujourd'hui de la ville.
En 1910, la ville ne compte plus que 698 habitants et le dernier journal du "Bodie Miner" est publié en 1912. En 1917, c'est la voie ferrée ralliant Bodie qui ferme. Enfin, la dernière mine exploitée de Bodie cesse son exploitation en 1942 à cause d'une assemblée demandant l'arrêt d'activité minière pour toutes les mines d'or considérées comme non-essentielles durant la seconde guerre mondiale. Ce sera la fin de l'âge d'or pour Bodie.
Dans les années 40, la ville fait face au vandalisme et finira par devenir officiellement un State Historic Park en 1962.
Environ 110 bâtiments sont encore visibles aujourd'hui, en voici quelques photos :
Résidence de M. J.S Cain qui était le principal propriétaire des terres de Bodie. Cain a déménagé à Bodie lorsqu'il avait 25 ans et a construit un empire en exploitant le bois (nécessaire aux chaudières alimentant la machinerie, construire les maisons, chauffer les maisons et cuire les aliments).
A gauche : Donnelly House. Charlie Donnelly était un boucher qui s'est marié avec l'artiste anglaise Annie Pagdin. Plus tard, la maison a été occupée par Dolly (la fille de J.S. Cain) et son mari. Le petit jardin devant la maison était le seul coin de verdure de la ville.
Au milieu : Seiler House. Seiler été propriétaire d'un saloon à l'angle de Union et Main Street.
A gauche : Cameron House, qui a plus tard été la maison de J.S. Cain et sa femme. Accolée, Lester Bell House, qui travaillait à la Standard Mill. Il était un très bon ami de Cain. Dans les années 1890, il a été responsable des opérations de l'usine de cyanure qui était la plus grande du pays à l'époque.
Seiler House (à gauche) et Cameron House (à droite).
Le bâtiment en mauvais état à gauche de la route est The Sawmill (scierie) : elle fonctionnait quasi non-stop car tout le bois était importé par troncs d'arbres. Les troncs étaient sciés pour la construction, le chauffage ou pour subvenir aux besoins de l'usine.
Heureusement, notre voiture était en meilleur état après avoir parcouru la piste
Je pense que le fait qu'il y ait aussi peu de monde a grandement contribué en fait que j'ai autant aimé la visite. On peut vraiment s'immerger dans l'ambiance et imaginer ce qu'était la vie ici.
The Standard Mill : à son apogée, l'usine a exploité pour plus de 14 millions de dollars d'or et d'argent en 25 ans. Selon les experts de l'état, cette usine est la plus intacte de Californie.
Durant ses heures de gloire, Bodie disposait même de sa propre station essence. Si vous regardez bien, vous apercevrez des impacts de balles dans le panneau Shell.
La caserne de pompier. A son apogée, Bodie en comptait 4. Petite anecdote : un jour le marché central a pris feu et les 4 casernes sont venues pour éteindre les flammes, sauf qu'il n'y avait qu'une seule bouche d'incendie ce qui a créé le chaos : qui était prioritaire, qui devait s'occuper du feu ? Après cet incident, les 4 compagnies ont fusionné et des secteurs ont été déterminé pour savoir qui interviendrait où.
En 1941, la cloche de bronze de la caserne a été restituée à Bodie après avoir été volée il y a de nombreuses années.
The Red Barn.
Finalement, la camping est quand même très confortable
McDonald House : on a cherché le drive mais on n'a pas trouvé
Boone Store and Warehouse. Ce bâtiment des années 1879 était plein de centaines d'artefacts disponibles à la vente. En 1884 le bâtiment fut presque détruit par un incendie qui ravagea presque toutes les maisons de Green Street. Beaucoup d'objets sont encore présents dans la boutique, dont des ampoules d'Edison originales.
Wheaton & Hollis Hotel and Bodie Store. En 1885 et 1886 ce bâtiment a servi de bureau au "Land office" qui traitait l'achat de terres gouvernementales. Plus tard, le bâtiment est devenu le bureau de la compagnie d'électricité, puis le magasin central et enfin l'hôtel Wheaton & Hollis.
L'école. Le premier bâtiment a été brûlé par un élève qui a été renvoyé après avoir fait des bêtises. Au lieu de rentrer, il est allé à l'arrière du bâtiment et a commencé à mettre le feu aux buissons pour s'amuser. L'école a pris feu et a été réduite en cendres… Aujourd'hui encore on peut voir les tables et les livres des élèves à l'intérieur.
A l'arrière plan, on peut voir la station hydro-électrique qui a contribué à l'avènement de Bodie au XXe siècle. Le bâtiment abritait des transformateurs pour alimenter l'usine qui fonctionnait à l'origine à la vapeur. Le bois coutant cher et se faisant rare, l'usine a été équipée d'un nouvel équipement électrique raccordé à la station hydro-électrique. Bodie a été la première ville a être équipée d'un système de pulvérisation de minerai grâce à ce raccordement.
Hoover House, maison de Theodore et Mildred Hoover. Theodore était le manager de l'usine jusqu'à ce qu'il accepte un autre job et déménage (il était également le frère du futur président Herbert Hoover).
Swazey Hotel : successivement un magasin de vêtements, un casino et un hôtel.
Dechambeau Hotel et Independent Order of Odd Fellows Buildings. Ce bâtiment était un "club de santé" et une salle des fêtes. A l'intérieur, on peut voir du matériel de musculation assez primitif, à côté d'un bar. Le bal des pompiers s'y tenait notamment, où les 4 compagnies soulevaient des fonds pour financer les uniformes et les équipements. En 1880, un match de boxe y a eu lieu entre Rod McInnis, un local, et Con Driscoll un professionnel de San Francisco. McInnis gagna le match (avec des paris de 200$ de chaque côté) et a enchainé par un match avec un autre local : Eugene Markey. Après plusieurs heures, le match a du être arrêté à cause de tension dans la foule.
Vue sur une partie de la ville.
Les fameuses voitures abandonnées :
La vue en montant vers le cimetière.
La tombe de Rosa May, une célèbre prostituée de la ville qui se serait occupée de miniers souffrant d'une épidémie. Elle a été entourée en dehors du cimetière à la demande des habitants de Bodie.
Une petite dernière :
Nous aurons passé 2 heures à visiter le parc et son cimetière. Nous n'avons pas fait la visite guidée de la mine proposée par des Rangers et on a zappé quelques endroits mais on a quand même la sensation d'avoir bien profité.
Nous reprendrons la route conseillée par la gentille madame de l'accueil, nous avons encore une étape à faire avant de rejoindre le camping de ce soir !