Jour 39 – Vendredi 24 mai 2019 partie 1
Ce matin, une fois n’est pas coutume, le temps ne s’est pas amélioré. Mon état de santé reste à évaluer au cours de la journée, je me sens encore un peu faible et fébrile. Heureusement, je vais pouvoir me reposer un peu lors des 5h de route estimés jusqu’à
Antelope Island avant de devoir fournir de l’énergie physique. Un petit café rapide pour me booster et je quitte le AirBnb juste avant 8h30.
Les premières heures de route se font sous les averses, je ne vois pas beaucoup de paysage. Juste avant d’arriver dans l’enceinte du parc, à l’approche de
Salt Lake City, je me prends une pluie torrentielle. Nous sommes quasiment à l’arrêt sur l’autoroute à 6 voies et j’ai du mal à distinguer les feux de la
voiture devant moi, qui n’est qu’à quelques mètres, malgré les essuie-glaces qui sont poussés au maximum

. Cela durera tout le temps de la traversée de SLC, ça promet pour
Antelope Island qui ne se trouve qu’à quelques kilomètres à vol d’oiseau.

Par chance, il suffira de quelques minutes supplémentaires de route pour sortir de la zone de pluie torrentielle et j’arrive même à
Antelope Island sous le soleil !

Je me rends directement au Visitor Center sur le parking duquel je me gare juste après 12h30.
Nichée au cœur du Great Salt lake,
Antelope Island est une zone de 117km², habitat de plusieurs espèces animales dont les bisons. Il y a quelques années, le parc a également réintroduit les pronghorns, souvent confondus avec des antilopes d’où leur surnom d’antilope américaine. On peut également y trouver des bighorn sheeps, mule deers, des reptiles et des oiseaux en nombre. Moins sympathique, des insectes aoûtat envahissent parfois les lieux et leur morsure gratte énormément et laisse des plaques rouges.
Le parc a été créé en 1969 pour la partie nord, avant que la partie sud de l’ile n’y soit ajoutée en 1981. Ce parc de plus de 11 000 ha pour 24km de long et 7.2 km de large est surtout connu pour ses magnifiques paysages, particulièrement dans son quartier Nord/Ouest à Buffalo point et White Rock bay.
Ici, les montagnes et les collines surplombent les plages tout en se reflétant dans l’eau du lac. Chaque année à la période de Labor day un festival de montgolfière a lieu. J’imagine que cela doit être assez magique à voir dans cet environnement, avec les reflets des montgolfières sur l’eau du lac.
Outre les paysages, l’île est également un haut lieu de l’observation animale vu les nombreuses espèces qui y sont présentes.
Les bisons sont surtout présents dans le sud de l’île, mais il arrive qu’ils remontent plus au nord. L’île comptabilise entre 550 et 700 d’entre eux, leur nombre est régulé chaque année à l’automne. Cette horde est une des plus anciennes et plus grande des USA, elle a été introduite sur l’île en 1893. Généralement, les hordes de bisons sont constituées des femelles, des petits et de jeunes qui ne se reproduisent pas encore. Les bisons les plus âgés restent ensemble dans des groupes de ‘’bachelors’’ et ils ne rejoignent les hordes que durant la saison des amours (juillet-août). La période de gestation étant de neuf mois, les petits naissent généralement à la fin du printemps. On trouve surtout les femelles et leurs petits dans la partie Est de l’île, dans les hauteurs où il fait plus frais et où la nourriture est plus abondante. De plus, cette partie de l’île est préservée de l’activité humaine puisque l’accès en est fermé aux touristes.
Occasionnellement, des coyotes peuvent également être aperçus aux abords des routes principales.
De mon côté, pour l’instant, ce sont plutôt les fameuses mouches noires que je croise.
D’autres îles sont présentes sur le Great Salt Lake dont Gunnison, Bird, Egg et
White Rocks qui sont des rookeries : une colonie d’oiseaux protégée. Ces îles sont donc interdites aux visiteurs. Il est intéressant de noter que malgré le lac entourant l’île, la zone est assez sèche et peu de végétation s’y développe.
Après ce court passage au Visitor Center, qui offre déjà une belle mise en bouche pour le restant de la journée, je redémarre la
voiture en direction du sud de l’île. Je n’ai pas de programme prédéfini, je m’arrêterai donc au fil de mes envies.
Je bifurque sur une route qui me permettra de prendre de la hauteur et découvre mes premiers bisons du séjour

. Je suis fascinée par ces bêtes qui dégagent un tel calme et une telle force. Ils ne sont que deux et sont plutôt éloignés, mais je suis ravie de cette première rencontre.
Pas de bisous pour les bisons
Après quelques minutes d’observation, je termine le petit bout de route qui me mène sur le départ du Frary peak trailhead. Cette courte balade permet de grimper sur un des petits sommets de l’île et avoir une magnifique vue sur le lac. Même si habituellement ce n’est pas le genre de promenade qui présenterait une difficulté, avec la légère fièvre que j’ai encore, je dois faire des efforts pour monter. Néanmoins, ça fait du bien de prendre l’air et de respirer à plein poumons. En plus, je peux m’accorder de nombreuses pauses avec l’excuse de vouloir profiter de la vue, qui est exceptionnelle

.
Durant toute la première partie de la montée sur cette façade de la colline, on a un panorama sur le lac en contrebas qui se révèle de plus en plus largement.
La tête dans les nuages
De l'eau d'en haut
Une fois arrivée en haut, en passant de l’autre côté du sommet, on découvre une vue différente, sur une jolie plage ensoleillée. D’ailleurs, le soleil joue à cache-cache avec les nuages, ce qui accentue les contrastes colorés du lac.
La descente est plus rapide et je regagne la
voiture en quelques minutes. J’y croise un couple dont l’homme est originaire de Genève et est venu s’installer aux USA avec sa compagne il y a quelques années. Il me dit de ne surtout pas manquer le passage par le ranch, où un festival de chansons et poèmes de cowboys a lieu. Chouette, c’est justement là que je me dirige.

C’est parti pour un retour dans le temps.
Anaïs, on a dit un retour dans le temps, pas dans l'étang, allez hop on se bouge !
Attention, long point culturel et historique à suivre !
Les roches présentes aux abords du ranch comptent parmi les plus anciennes des USA. Datées de plus de 2.7 milliards d’années, elles sont plus anciennes que celles trouvées au fond du Grand Canyon. Pour remonter dans le temps encore un peu plus, avant l’arrivée des mormons, des preuves archéologiques indiquent la présence de Native Americans il y a 10 000 à 12 000 ans.
La zone était peuplée de nombreuses espèces sauvages au paléolithique : poissons, oiseaux, mais aussi bisons géants, mammouths et paresseux terrestres (qui n’ont rien à voir avec les paresseux que l’on connaît aujourd’hui puisque ceux-ci faisant jusqu’à 6 mètres de long et pesaient plus de 3 tonnes). En -8000, le peuple Desert Archaic a trouvé refuge dans des caves aux abords du Great Salt Lake. Ils se nourrissaient principalement de poissons et de plantes, la viande rouge semblant être un luxe. Il y a 3 500 ans, une montée du niveau du lac entraîna une chute drastique de cette population.
L’histoire récente d’Antelope Island démarre par l’alpiniste Jim Bridger qui a parié que Brigham Young échouerait à faire pousser, ne serait-ce qu'un boisseau de maïs sur l’île. Young espérait justement que tout le monde aurait la même vision que Jim de la vallée de Salt Lake : celle d’un endroit dont personne d'autre ne voudrait. Young a tout de suite réalisé que l'emplacement stratégique de SLC ne laisserait pas la ville rester une forteresse isolée bien longtemps. En effet, située au carrefour de l'Oregon Trail et de l'ancien Spanish Trail, Salt Lake City venait de devenir américaine lors de l’annexion de l’Utah au reste des Etats-Unis suite à la guerre du Mexique. Le potentiel économique était alors intéressant à exploiter.
Peu après l’arrivée de Young dans la vallée de Salt Lake, Sam Brannan, chef d'une congrégation mormone en Californie, est monté d'urgence pour tenter de le faire changer d'avis. Brannan a averti Young : « Vous faites une erreur. La Californie est la terre promise, pas cet endroit abandonné. »
Young ne se laissa pas influencer, il avait déjà décidé dans son esprit que SLC serait le sanctuaire mormon. Face à la concurrence païenne dans la région, il a déclaré : "Si les Américains nous laissent tranquilles pendant dix ans, nous ne leur demanderons rien de plus". Ironiquement, aujourd'hui, l'endroit dont personne ne voulait est l'une des régions du pays qui connaît la plus forte croissance. Le défi de l'avenir consistera à gérer la croissance et la popularité de la région afin de maintenir la qualité de vie des habitants du nord de l'Utah.
Au sud de l’île on retrouve le Fielding Garr ranch, situé à côté de la source Garr Springs (une des seules sources qui connaît une activité régulière tout au long de l’année, même si elle montre des signes d’assèchement ces dernières années). Ce ranch est un des plus vieux ranchs en activité dans l’ouest. Il a été construit en 1848, un an après que les premiers pionniers mormons rejoignirent l’île. Fielding Garr, un veuf avec 6 enfants, y a été envoyé par l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours pour gérer les troupeaux de bêtes de la dîme de l’église. Le premier bâtiment a été construit en adobe et est aujourd’hui le plus vieil édifice de l’Utah conservant ses fondations d’origine. Celui-ci a été habité jusqu’en 1981, quand la partie sud de l’île a été annexée au State Park. Depuis, d’autres personnes ont essayé d’y vivre, mais les conditions difficiles, l’isolement et le manque d’eau douce rendent la vie sur place difficile.
J’arrive au ranch aux alentours de 15 heures et j’entends tout de suite la musique qui met dans l’ambiance. Plusieurs cow-boys et cow-girls sont présents et installent des stands de vente et des tables pour un barbecue géant prévu en soirée. Quelques animations sont également proposées : tours en calèche, photos dans une ‘’prison’’, lasso pour attraper un veau en bois… C’est donc dans une ambiance musicale que je démarre mon tour historique des lieux.
• Propriété de l'Église, 1848-1875
En 1850, l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a désigné l'île comme un champ pour les troupeaux de bétail de l'Église, qui soutenait le Fonds d'émigration perpétuelle (FEP). Le FEP était un fonds rotatif destiné à aider les nouveaux convertis à l'église, dans l'est des États-Unis et en Europe, à payer leur déménagement dans l'Utah.
Young gardait ses animaux sur l'île, comme beaucoup d'autres citoyens de l'Utah. Grâce à la direction de l'église, des chevaux étaient élevés sur l'île.
• Le début entrepreneurial, 1875-1911
Le ranch a été racheté à l’église par John Dooly en 1870. Il a créé l’Island Improvement Company visant à développer l’élevage de moutons et de bovins. Dooly et Myers organisent rapidement l’Island Improvement Company et louent leurs exploitations, y compris le ranch, à la John White and Sons Company.
White and Sons a acheté les exploitations de Myer et a élevé du bétail Hereford et Galloway sur l'île. En 1903, les Whites vendirent leurs exploitations à Ernest Bamberger, qui avait épousé la fille de John Dooly. Bamberger a autorisé ses terres à faire partie de l'Island Improvement Company, ce qui a permis à Dooly de devenir le seul gérant de la quasi-totalité de l'île. Pendant 88 ans (1884-1972), l'IIC est restée impliquée sur l'île, ce qui est considérablement plus longtemps que toute autre organisation.
A un moment, l’île recensait plus de 10 000 moutons, ce qui en faisait un des plus grands ranchs de moutons des Etats-Unis. En 1893, Dolly et William Glassman importèrent 12 bisons d’Amérique sur l’île afin de préserver l’espèce qui était avidement chassée dans d’autres régions.


Moins connu, Antelope Island a également été une source minière dans les années 1870. Dans les années 1870, plusieurs petites mines parsemaient les montagnes d'Oquirrh situées juste au sud de l'île des Antilopes. Beaucoup pensaient que l'île d'Antelope était une ramification des montagnes d'Oquirrh, et avec le succès de ces mines, beaucoup pensaient qu'il serait lucratif de revendiquer leurs droits sur l'île d'Antelope. L'exploration a rapidement commencé à donner des résultats prometteurs. Plusieurs sociétés minières ont rapidement pris forme et la prospection a commencé. Le 25 mars 1873, un district minier fut établi sur l'île. L'exploitation minière sur l'île dura environ 20 ans. Les mineurs abandonnèrent rapidement, car il était trop difficile de trouver le minerai et toutes les mines de l'île furent bientôt abandonnées.
Comme les mineurs creusaient plus profondément dans la terre, l'éclairage devint un problème. Afin de poursuivre leur travail, des lampes de mine au carbure furent utilisées comme étalage. Ces lampes produisent et brûlent de l'acétylène qui est créé en mélangeant du carbure de calcium avec de l'eau. Ces lampes étaient dotées de réflecteurs qui dirigeaient la lumière là où elle était nécessaire. Elles étaient plus sûres que les phares à pétrole, car elles ne produisaient ni fumée ni suie.
Très vite, les fermiers et les éleveurs ont senti que les opérations minières empiétaient sur leurs terres et avaient un impact sur leurs moyens de subsistance. En retour, les mineurs ont protesté contre les éleveurs et les fermiers.
Extrait de la revue Salt Lake Mining du 30 juin 1899 : les détenteurs de palourdes de l'île d'Antelope ont déposé une protestation auprès du bureau foncier américain local contre la délivrance de brevets sur certaines parties de l'île comme terres agricoles, car ils affirment que le sol a plus de valeur pour les minéraux que pour la culture du maïs, du blé, de la luzerne ou des pommes de terre. Avec la magnifique exposition de minerai de cuivre dans les exploitations des demandeurs de minerais, il semble que ce serait un outrage de la part du gouvernement de les exclure et de donner cette section stérile à des individus qui veulent simplement que l'île serve de pâturage pour leur bétail. Ces protestations ont été réglées sans recours à l'une ou l'autre des parties ? Une partie de l'île a été consacrée à l'exploitation minière et le reste à l'élevage et à l'exploitation des terres.
Pas dégueulasse comme vue de travail !

Lorsque les ouvriers récoltaient un chargement de blé, ils l'apportaient au ranch pour le stocker dans un silo. Une vis sans fin comme celle-ci était utilisée pour transporter le grain dans le silo. La vis sans fin a une forme de bouchon. Lorsqu'elle tournait, le blé était tiré vers le haut, vidé dans l'ouverture et stocké pour l'hiver. De tels moulins étaient utilisés pour nourrir les porcs, les chevaux, les vaches laitières et les poulets du ranch. Il était alimenté par un moteur stationnaire comme celui-ci.
Vis sans fin, m'enfin pas sans faim : du blé à en faire tourner la tête

Le blé stocké devient chaud à cause de l'énergie qu'il dégage pendant la respiration. Oui, le blé est vivant et continue de respirer tout comme les humains. On sait que les silos qui ne sont pas correctement ventilés accumulent suffisamment de chaleur pour avoir une combustion spontanée et exploser, détruisant le silo et projetant des morceaux de béton dans le paysage.

Les résidents ont utilisé des chariots tirés par des chevaux sur l'île de 1848 à 1960 en raison du coût prohibitif du transport du carburant. Les chevaux et les chariots étaient utilisés toute l'année pour transporter des fournitures partout où elles étaient nécessaires. En hiver, les chariots étaient placés sur des skis. Le foin était stocké dans la grange à 1,5 miles au sud du ranch et utilisé pour nourrir le bétail lorsque la neige était trop épaisse.
Les agriculteurs utilisaient des épierreuses pour la production de foin et de céréales. Le foin et la paille devaient être transportés et alimentés à la main dans la presse à balles pour être traités. Ce processus pouvait être dangereux pour les opérateurs, car leurs mains et leurs bras pouvaient être aspirés dans la machine. Les arbres de prise de force ont été inventés dans les années 1930 et ajoutés sur les tracteurs. Cela permettait à la presse d'aspirer directement le foin des rangs des champs. Cela augmentait l'efficacité et la sécurité des travailleurs. À l'époque de la récolte manuelle et de la ligature mécanisée du blé, les agriculteurs utilisaient des batteuses pour séparer le grain de la balle et de la tige. Les tracteurs fournissaient la puissance aux batteuses par un système de poulies et de courroies. Pendant le battage, le grain était soufflé en tas. Les restes pouvaient être utilisés pour fabriquer des matelas en tiques de paille comme ceux qui se trouvaient dans le ranch.


Pendant plus d'un demi-siècle, les ouvriers ont récolté le grain à la main. Ce processus prenait beaucoup de temps. En 1900, les agriculteurs de l'île avaient adopté les lieuses à grains mécanisées pour couper, ficeler et attacher les tiges de céréales ensemble en gerbes. Les fermiers chargeaient les gerbes sur des chariots pour les transformer ailleurs.
Les moissonneuses-batteuses ont remplacé les lieuses à grains dans les années 1940. Ces machines coupent non seulement le blé, mais le séparent de la balle et des tiges, éliminant ainsi la nécessité d'une transformation supplémentaire.

Dans les années 1840-1850, les travailleurs récoltaient le foin d'herbe à la main et le chargeaient sur des chariots pour le stocker en vue de l'alimentation hivernale. En 1870, les ouvriers des champs sont passés aux faucheuses à faucille. D'abord tirées par des chevaux, ces faucheuses ont ensuite été tirées par des camions et des tracteurs. Les basses-terres de l'île offraient les meilleures zones arrosées où l'herbe pouvait pousser en hauteur. Après la coupe, les ouvriers utilisaient des râteaux pour retourner les rangées de foin coupé afin qu'il sèche plus rapidement. Si le foin était arrosé, il pouvait être ruiné, donc plus vite il séchait, mieux c'était.


Une équipe de chevaux tirait de lourdes poutres de nivellement à travers les champs de culture fraîchement labourés pour créer une surface d'arrosage uniforme. Une fois le sol nivelé, les ouvriers utilisaient des herses pour ameublir le sol et des planteurs pour placer correctement les graines dans le sol.
• Élevage de moutons 1911-1951.
La responsabilité de gérer l'ensemble de l'empire Dooly, qui comprenait le ranch, était une tâche immense. Lorsque John Dooly Sr. mourut en 1911, cette responsabilité revint à son fils très compétent : John Dooly Jr. Sous sa direction, l'IIC prospéra et l'exploitation stoppa l'élevage de bétail pour se concentrer sur l'élevage de moutons. En 1933, le ranch s'occupait de 6 551 moutons.
Afin d'équiper le ranch pour l'élevage de moutons, Dooly supervisa la construction des corrals, du silo et de la grange. La grange a été équipée de l'un des premiers mécanismes de tonte de laine entièrement mécanisé de l'Ouest. Le temps nécessaire pour tondre un mouton est passé de 30 minutes à 5 minutes seulement. Dooly a également installé un réservoir à partir duquel l'eau pouvait être acheminée vers la maison et les corrals pour la première fois.
L'élevage de moutons sur l'île faisait partie d'un système de rotation entre trois ranchs. Après avoir passé l'hiver à Skull Valley (Utah), les moutons étaient amenés à Antelope Island pour l'agnelage et la tonte au printemps. Le troupeau passait ses étés à Castle Rock. Ainsi, un cycle continu entre les trois localités s'est combiné pour établir un système pour toute l'opération d'élevage. Les éleveurs déplaçaient les moutons de leur aire d'hivernage près de Simpson Springs dans le désert de l'Ouest vers Antelope Island au 1er avril de chaque printemps.
Ces moutons agnelaient sur l'île, puis les ouvriers du ranch les rassemblaient pour être tondus au ranch au début du mois de mai. Les ouvriers tondaient entre 6 000 et 10 000 moutons en une semaine à dix jours. Pendant que les moutons adultes étaient tondus, les éleveurs marquaient les agneaux pour les identifier et leur coupaient la queue. Une fois que les travailleurs avaient traité les adultes et les agneaux pour la saison, ils les déplaçaient à travers le lac et les conduisaient à travers SLC, dans le canyon d’Emigration, et jusqu'à leur résidence d'été à Castle Rock, près de la frontière du Wyoming.
Après les années 1940, les législateurs ont exigé que les moutons soient transportés par camion, en raison des nombreuses plaintes concernant les moutons qui détruisaient les jardins en les traversant au cours de leur voyage annuel. Imaginez que vous viviez à SLC et que vous deviez vous tenir devant votre maison pour repousser les moutons qui essayaient de manger votre herbe et vos fleurs.
Des années 1930 jusqu'à la vente du troupeau de moutons dans les années 50, la tonte des moutons a eu lieu dans cette grange. Les moutons étaient conduits sur la rampe et par les portes situées derrière. Ils étaient ensuite placés dans les parcs en attendant leur tour sous les tondeuses mécanisées. Avant l'installation du système de tonte automatisée dans cette grange, les ouvriers tondaient les moutons à la main. Un tondeur habile pouvait traiter un mouton à la main en 30 minutes. Un ouvrier qualifié utilisant des tondeuses mécanisées pouvait finir un mouton en 5 minutes environ.
Une fois les moutons tondus, ils étaient placés sur une trappe qui s'ouvrait sur une glissière et ils glissaient à l'arrière de la grange jusqu'aux enclos de comptage. La laine était placée sur le tapis roulant et placée dans le sac de laine qui était emballé aussi serré que possible. Les sacs étaient ensuite expédiés vers les laineries de SLC.

Les salaires étaient calculés sur une base mensuelle. Une semaine de travail de sept jours, du lever au coucher du soleil, était exigée de tous.
Échelle des salaires :
Ouvrir du ranch : $150 par mois
Éleveurs de moutons : 200 $ par mois
Contremaître de ranch : 200 $ par mois.
Moutons :
Agneaux : 25 cents par livre
Laine blanche - 16 cents par livre
Laine noire - 5 centimes par livre
Comme on peut le remarquer, la laine noire était beaucoup moins rentable que la blanche. Les moutons noirs étaient gardés simplement pour le repérage, car ils sont plus faciles à voir : si un mouton noir manquait à l’appel, il y avait probablement d’autres moutons avec lui à retrouver.




Le premier arrêt des bâtiments dans le ranch est l’atelier du forgeron. On y retrouve quelques vieux outils tels que la presse de post-perçage, la forge et son souffleur, l’enclume, etc. L'enclume est l'outil le plus reconnu du forgeron et est souvent considérée comme l'âme de l'atelier de forgeron. L'enclume témoigne du fait que le forgeron est au centre des opérations d'élevage. Chaque objet métallique du ranch a été créé ou réparé sur cette enclume. Elle montre des signes d'utilisation intensive, comme la fabrication de fers-à-cheval, de clous, de portes, de charnières et d'autres objets.
Sans le forgeron, les opérations du ranch n’auraient pas été possibles. Tous les outils étaient nécessaires au travail quotidien, et à cause de la localisation d’Antelope Island, il était difficile de se rendre en ville pour emprunter des outils ou faire venir un forgeron sur place. Le ranch se devait donc d’être auto-suffisant.




Des wagons comme celui-ci servaient à loger les bergers qui gardaient les 10 000 moutons de l’îles au printemps ; ils sont encore utilisés aujourd'hui.

Fosse du mécanicien : le ranch n’ayant pas d’électricité, les camions et les tracteurs ne pouvaient pas être levés sur un palan ; ils étaient ainsi garés sur les rails en bois et le mécanicien pouvait travailler en dessous pour changer l'huile ou faire d'autres travaux d'entretien.

• Modernisation, 1941 – 1981
Les eaux du Grand Lac Salé ont longtemps maintenu le ranch isolé et inaccessible à la société moderne. Cependant, les bénéfices de l'avancée de la civilisation ont lentement trouvé leur chemin jusqu'à l'île. Malgré cela, ce n'est qu'au milieu du XXe siècle que les habitants du ranch ont pu profiter des commodités modernes que la plupart des Américains considéraient déjà comme acquises.
Les employés de la Island Improvement Company ont planté plusieurs centaines d'hectares de foin et 1000 hectares de blé chaque année. Les travailleurs ont labouré de nouveaux champs pour éliminer les mauvaises herbes de surface et ont brisé le sol profondément compacté en utilisant les défonceuses exposées ici. Une fois les grosses pierres et les armoises enlevées, les agriculteurs pouvaient labourer les champs. Les fermiers de l'île ont utilisé des charrues tirées par des chevaux du milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle. Dans les années 1920, des tracteurs étaient utilisés pour tirer les charrues.
Les chevaux ont fourni l'énergie nécessaire à de nombreuses machines agricoles jusque dans les années 1950. À cette époque, les automobiles sont devenues plus courantes au ranch, et les tracteurs ont lentement pris le relais du travail pénible traditionnellement effectué par les chevaux et les hommes. Le ranch disposait même d'une machine à laver qui fonctionnaire à l’essence.



Tout comme la puissance des tracteurs a remplacé la puissance des chevaux, les lampes à huile ont fait place à l’éclairage électrique. En 1950, un générateur à gaz produisait suffisamment d'électricité pour alimenter tous les bâtiments du ranch. Jusqu'à cette époque, les éleveurs disposaient de peu de commodités de la vie moderne. Cependant, une radio à piles les divertissait et les informait des événements importants. En 1949, le ranch a fait l'acquisition d'un téléphone portable à piles, permettant ainsi pour la première fois une communication directe avec le continent.
Au début des années 1940, Bill Olwell, directeur de l'IIC, a stabilisé avec des parpaings la plupart des murs en pisé de plusieurs bâtiments qui se détérioraient. Il a également construit une extension à l'extrémité nord du ranch pour accueillir les premières toilettes intérieures en près de cent ans d'installation dans le ranch. En outre, Olwell s'est associé à SLC pour construire une chaussée vers le continent à l'extrémité sud de l'île en 1952.
Pendant cette période, l'industrie ovine du ranch a décliné et en 1952, les opérations se sont reconverties dans l'élevage de bovins. Les éleveurs ont augmenté la quantité de foin produite sur l'île et ont construit une grande grange à foin à environ un kilomètre au sud du ranch en 1969. Anschutz Corporation a acheté le ranch en 1972 pour poursuivre l'élevage de bétail, et en 1981 Utah State Parks and Recreation a acheté l'île entière pour l'utiliser comme parc d'état.
En 1981, afin de protéger la faune et permettre aux visiteurs de camper les bovins et les moutons ont été retiré de l’île.
On embarque pour la suite au prochain épisode
