DavidGP a écrit : ↑03 avr. 2020, 11:22
C'est aussi simple que cela. Et ce n'est pas reluisant.
Pour ma part, je ne pense pas que ce soit si simple que ça!
C'est vrai que l'argent a une place particulière aux USA et est l'étalon du succès individuel (et même collectif). Cependant, je ne crois pas que ce soit si différent dans les autres pays/sociétés. En France et en Belgique, je n'ai pas l'impression qu'on célèbre la pauvreté. La grande différence c'est surtout que la consommation ostentatoire ("conspicuous consumption" en anglais) n'est pas mal vu aux USA. Au contraire, c'est plutôt encouragé comme moteur pour la société ("moi aussi je peux vivre mon rêver américain!". Que ce soit vrai est une autre histoire bien sur ...)
La société américaine est également très orientée autours de l'expérience individuelle. Le client est roi et n'achète pas un bien ou un service mais une expérience. C'est très frappant quand on va dans les restaurants. Souvent plus d'attention est apportée au service (l'accueil, l'eau gratuite, etc.) et à l'ambiance qu'aux plats (alors que chez nous c'est l'inverse). Ceci plus l’élément précédent fait que cela ne pouvait créer qu'un lieu comme
Las Vegas. Vous voulez une expérience de loisir unique? Venez jouer au casino au
Venetian. Et en prime, vous aurez l'impression d'être en l'Italie
Je ne crois donc pas que l'idée de base est de dépenser l'argent comme on l'entend. Mais plutôt de créer de la valeur via une expérience qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. D'ailleurs les casinos les plus anciens sont les plus sages. Le
Flamingo (le plus ancien je crois) n'a rien de très extravagant. Les images de
Las Vegas des années 50 et 60 montrent une ville somme toute plutôt classique (même les rues pleine de néons ne différents pas de l'image typique d'
Albuquerque à la même époque!). C'est surtout au fil du temps que les bâtiments délirants se sont développés, dans une surenchère pour se différencier et augmenter l’expérience client (et non pas par délire de promoteurs fortunés. D'ailleurs aiment-ils leur réalisation? Je ne parierais pas ma chemise là dessus!).
Après faut-il la prendre au premier ou au second degré? C'est difficile à dire et chacun aura son appréciation. Ce qui est sur c'est qu'on va à
Las Vegas pour la même raison que l'on va dans un parc d'attraction: pour s'évader et vivre une expérience hors du temps et du quotidien! Et il faut avouer qu'au final ... ben ça marche! C'est un des sites les plus visités des USA, et même du monde (Paris ne dépasse que de peu). Des gens n'hésitent pas à y retourner plusieurs fois, malgré que la ville soit, je crois que tout le monde est d'accord là-dessus, objectivement du grand n'importe quoi!
Je ne crois pas non plus que ce soit les valeurs de l'argent et de liberté qui font que l'américain est contre l'impôt, ou l'aide sociale/redistribution. Je pense qu'ils ont surtout une conception très différente de comment atteindre le bien commun (et probablement aussi de sa définition)
L'Américain n'est pas foncièrement contre l'impôt. D'ailleurs pendant très longtemps, il a payé plus d'impôts que l'européen. Après la seconde guerre mondiale, le taux marginal d'imposition sur le revenu le plus élevé était de 94%! Avant Reagan, il était encore de 70%. Bref autrement dit le système était plus redistributif que le notre! Ce qui a changé depuis c'est la stagflation des années 70, et le changement d'idéologie. Les américains (ou plutôt des américains) croient tout simplement que le marché est plus efficace que l'Etat. A partir de cet axiome, il doit intervenir le moins possible dans l'économie. A quoi bon un système de santé public si le privé peut faire mieux pour moins cher?
De façon analogue, la théorie du ruissellement est apparue, et les américains (ou plutôt une nouvelle fois des américains) pensent que l'enrichissement est positif et doit être encouragé (donc via des impôts moindre sur le revenu et le patrimoine, et par conséquence moins de redistribution) car cet argent ne peut que être réinvesti ce qui profite naturellement aux moins favorisés (création d'entreprise, d'emplois, etc.). Dans un sens, on retrouve cette idée en France via les "premiers de cordée".
Evidemment la grande question est de savoir si cela est vrai ou pas. Chacun aura son opinion. Cependant, je ne pense pas qu'il faille voir dans nos amis américains des libertaires obnubilés par l'argent. Je pense que c'est plus compliqué que cela et que c'est plus lié à leur "weltanschauung".