Au cœur de l’histoire Irlandaise
Ce matin, il fait très beau!

Cette journée est consacrée à la visite de Derry. Une ville que je souhaitais connaître depuis longtemps mais où je n’avais jamais eu l’occasion de me rendre bien qu’elle soit tout juste à une heure de route.

Pour replacer les choses dans leur contexte, Derry fût marqué par les nombreuses luttes entre britanniques et irlandais catholiques qui déchirèrent le pays jusqu’à une période encore assez récente.
Aujourd’hui encore, les stigmates restent visibles, ne serait-ce que sur les panneaux de signalisation. Roulez en République d’Irlande et vous vous dirigez vers Derry. Passez la frontière de l’Irlande du Nord et vous allez à Londonderry.
Le « London » est d’ailleurs régulièrement vandalisé comme on peut le voir sur la photo.

Arrivées à Derry, nous prenons la direction du Bogside pour tenter de nous garer. Tous les parkings sont pleins. Mais on a de la chance !! Une place de libre dans une rue, c’est gratuit en plus. On prend bien les références GSP pour retrouver la voiture ce soir et c’est parti !

Nous débutons notre journée par le Bogside, le quartier catholique de Derry. Dans les années 60, jusqu’aux années 90, il fût le théâtre de terribles affrontements.

À cette époque, une ségrégation existait en Irlande du Nord à l’encontre des catholiques. Ils n’avaient pas le droit de vote et ne pouvaient bien souvent pas non plus accéder à la propriété. Cela a entrainé de nombreux mouvements pour les droits civiques, certains pacifiques mais aussi des conflits armés (notamment avec l’IRA). Le Bogside était un grand lieu de contestation. L’armée britannique a souvent tenté d’occuper ce quartier qui fût un temps fermé par les barricades des habitants qui y proclamèrent le « Free Derry ». Le 30 janvier 1972, une manifestation pacifique des catholiques fût réprimée par les armes par l’armée, faisant 14 morts et de nombreux blessés. C’est le Bloody Sunday.

En se baladant dans le quartier, on constate qu’il reste encore assez populaire avec des petites maisons en briques ocres. Sur les murs, de grandes fresques évoques les luttes passées. Sur certaines maisons, on peut voir des plaques commémoratives à la mémoire d’un ancien habitant tué lors du Bloody Sunday. Il y règne une atmosphère assez solennelle.


Nous nous dirigeons ensuite au Free Derry Corner où trône toujours le pignon de maison où fût apposé la célèbre inscription.

En face, se trouve le mémorial aux grévistes de la faim, bien souvent morts en prison pour faire valoir leurs droits (je conseille d’ailleurs le film Hunger de Steve McQueen avec Michael Fassbender dans le rôle du leader de l’IRA Bobby Stands). Le monument est en forme de H pour évoquer le H Block, aile de la prison où ils étaient incarcérés.

À quelques pas de là, le mémorial du Bloody Sunday. L’âge des victimes (majoritairement mineures) interpelle particulièrement. Un panneau d’information explique que le gouvernement britannique n’a reconnu sa culpabilité dans cet événement tragique que très récemment, en 2010, ce qui semble assez fou.

Cette visite fût vraiment émouvante.
Nous enchaînons ensuite dans un tout autre style avec les remparts de la vieille ville. Ils se trouvent juste à côté.

Une fois en haut, nous sommes arrêtées par un monsieur en costume d’époque. Il nous explique que c’est un Lord qui a été spoilé de ses terres par Guillaume d’Orange et il en est très contrarié ! Bon ok. Sur le coup je pense que nous devons être à côté d’un musée ou quelque chose comme ça…
Mais quelques mètres plus loin, un autre homme nous arrête ! Il est fossoyeur et a beaucoup de travail avec tous ces bombardements.

En fait, nous sommes tombées en plein pendant les commémorations du siège de Derry ! En 1969, l’armée jacobite est arrivée aux portes de Derry avec la ferme intention de prendre la ville aux protestants l’occupant. S’en est suivi un siège de plus de 100 jours où bien des habitants sont morts de faim si ce n’était pas des boulets de canon.

Sur tout le tour des remparts, se trouvent des acteurs qui retracent à travers leurs personnages ce fameux siège. On va donc croiser un soldat, un prisonnier, un traitre cherchant à fuir… C’est vraiment très sympa et un bon moyen de découvrir l’histoire de la ville. On a adoré !!

Notre tour des remparts nous amène jusqu’à St Columb’s church où l’on pique-nique avant de descendre dans The Fountain, le quartier protestant. Juste avant nous sommes arrêtées par la devanture d’un magasin plein de licornes qui va nous interpeler. On en ressort 20 min plus tard les bras chargés de sacs, remplis de savon odeur licorne ! Si vous vous demandez ce que ça sent... je dirai le chewing-gum !

Retour au quartier protestant. C’est certainement l’un des endroits les plus bizarres que j’ai vu. Il n’y avait personne mais l’on trouvait des drapeaux britanniques partout. Les trottoirs étaient peints en bleu, blanc, rouge aux couleurs de l’Union jack… Atmosphère très étrange même si c’est à voir.


Nous reprenons notre chemin sur les remparts jusqu’à l’impressionnant Guildhall, qui est en fait l’hôtel-de-ville de Derry. D’extérieur on dirait une église. Ce n’était pas au programme mais la beauté de l’édifice nous donne envie d’y entrer pour voir ce qui se cache à l’intérieur.

L’entrée est gratuite et on peut visiter librement quelques salles. À l’intérieur on est vite frappées par la beauté des vitraux et l’immensité du bâtiment.

On monte au premier étage jusqu’à une grande salle, complètement vide. Du coup on n’ose même pas entrer ! C’est l’un des gardiens des lieux qui nous fait signe de venir. Il va alors nous expliquer toute l’histoire de l’édifice et de cette salle qui sert pour les grandes réceptions, les mariages... Il va nous faire faire le tour des vitraux en nous exposant tout un tas de petits détails. C’est vraiment passionnant.


Puis il souhaite en savoir un peu plus sur nous, qu’avons-nous fait de nos vacances, d’où on vient, quels sont nos métiers... Lorsque je lui dis que je travaille dans une mairie, il me fait un grand sourire et me demande de lui expliquer mes missions. Il nous propose alors de voir la salle du conseil municipal ! Nous allons passer par une porte dérobée pour une visite privée de la salle. Quelle chance !! Je vais un peu discuter avec lui des différences électorales entre la France et l’Irlande. Ici le Maire est réélu tous les ans « C’est largement assez » va-t-il nous dire.


C'est nous les boss!
En continuant de discuter je suis touchée de le voir tout ému lorsque nous lui avouons avoir adoré notre visite de Derry. Il nous explique qu’il était enfant lors des « troubles » et a vu la ville se déchirer puis se reconstruire. Il est aujourd’hui très heureux de voir des touristes du monde entier se rendre à Derry et ne plus avoir peur de visiter la ville. Vraiment une belle rencontre.

Nous finissons notre visite par la rue centrale à l’intérieur des remparts. Là je tombe en arrêt devant une magnifique robe en vitrine d’un charity-shop. Je suis en train de me dire que ce n’est pas raisonnable lorsque je sens EL me pousser dans le dos pour me faire entrer !

Ahlala ! Bien sûr dans ce genre de boutique, tout est bradé et on a envie de tout acheter !! Je résiste et réussi même à sortir les mains vides avec MA. Mais EL est restée dedans et en allant la chercher nous tombons sur une vendeuse française venue faire un Erasmus en Irlande du Nord. La conversation s’engage et je fini par essayer la fameuse robe ! Les filles me suivent et essayent chacune quelque chose.
Finalement EL sera la plus raisonnable et repartira bredouille. J’achète ma belle robe à fleurs (10£ franchement ça vaut le coup !) et MA une très belle robe bleue et jaune (« C’est assorti aux chaussures que j’ai pris à Enniskillen, c’est le destin ! ») et une robe rouge de bombe magnifique !

Les bras bien chargés, nous faisons un dernier arrêt au craft market, de charmantes petites ruelles pleines de boutiques. L’intérêt réside surtout dans ces petits passages et maisons en briques qui ont beaucoup de charme.



Retour à la voiture (on l’a bien retrouvée !) et on rentre. Nous en profitons pour faire un petit détour par la rivière Derg et son lac. Cette jolie route est sur notre chemin et elle offre un panorama plus sympa que la voie rapide.


Lorsque nous rentrons, le barbecue est de sortie, tout comme l’apéro ! Mais oui on a grand repas ce soir. Les garçons ont rapporté des homards bien frais ce qui promet une soirée sympa. Nous allons modestement participer en préparant une énorme salade niçoise. Enfin MA est toujours la grande chef ! Je me contente sagement de couper les tomates et poivrons. Ça c’est dans mes cordes !

Du coup chouette fin de soirée autour des homards et dans la bonne humeur.





























