JOUR 14
MONTREAL
Dernière journée entière à Montréal et donc pour la dernière fois je file chez « mamie » pour acheter du pain pour le petit dej et les sandwichs de midi. Car oui, nous n’allons pas rester enfermé aujourd’hui. Le soleil est là et on va profiter de notre dernier jour.
Chez « mamie », l’ambiance a changé du tout au tout. Marquage au sol à ne pas dépasser, pas d’échange main main, on ne paye qu’avec la carte bleue. Les Canadiens ont pris la mesure de la menace et se sont adaptés très vite.

Bon, je rentre, on petit déjeune, on prépare les sandwichs et pour 10h00 on file vers le métro pour rejoindre le parc Jean Drapeau.
Toujours vide le métro, au moins, pas de problèmes pour s’asseoir.

Le parc Jean Drapeau est situé sur l’île Sainte Hélène, elle est reliée à Montréal par le pont métallique Jacques Cartier ou par le métro.
A la sortie de celui-ci, on tombe de suite sur l’armature tubulaire de la Biosphère ancien pavillon des États Unis lors de l’exposition universelle de 1967. Spectaculaire et photogénique ce dôme géodésique, mais fermé bien sûr.
On continue notre chemin et passons sur la passerelle du Cosmos qui relie l’île Sainte Hélène à l’île Notre Dame. De là, on voit très bien le fameux pont tout en acier Jacques Cartier.
Derrière l’ossature du pont on devine les montagnes russe du parc d’attraction qui se trouve derrière le parc Jean Drapeau.
Sur l’île Notre Dame, on trouve d’abord le circuit Gilles Villeneuve, laissé ouvert aux cyclistes et aux piétons. Nous n’avons vu ni l’un ni l’autre.
Tour d’arrivée.
Et aussi le bassin olympique, lieu des compétitions d’aviron entre autre. L’aviron étant mon sport, l’arrêt était obligatoire.
Le plan d’eau est gelé, alors pour ramer...
Là aussi le hangar à bateaux est fermé.
On y passe un bon moment à profiter du soleil, puis on retraverse le « Cosmos » et on file au bout du parc Jean Drapeau. On passe à côté du complexe aquatique, sans eau, et on file à la pointe.
Sculpture monumentale offerte par la France en 1962.
Aux pieds de la sculpture on a une vue magnifique sur la skyline de Montréal.
La grande roue dans laquelle nous étions au début du séjour.
On prend notre temps, on mange nos sandwichs, l’endroit est calme, c’est super.
Dans l’après midi, on rentre. A la sortie du métro, Pascale prend le journal du jour.
Du coup, on se demande si on va rentrer.
D’autant plus, que quelques minutes plus tard, je reçois un message d’
Air France me disant qu’un des vols de retour est annulé sans préciser lequel, et qu’il faut que je me connecte au site. Angoisse…
Je me connecte, et on apprend que c’est la liaison Paris Toulouse qui est annulée mais que l’on peut prendre le vol suivant 5h00 après. Bon, ben OK, on attendra à Paris…
En fin d’après midi, avec Pascale, on fait un dernier tour du côté du parc Olympique.
Plus tard, j’essaye de nous enregistrer sur AF, mais avec le changement de vol, il nous faut passer obligatoirement au comptoir d’enregistrement pour valider le vol Paris Toulouse.
Une dernière soirée sous le signe du stress, alors pour le faire passer, on finit les bouteilles entamées.
Demain sera un autre jour.
Fiction
-Humm… Je pense qu’elle a compris qui je suis, dit Sean.
Je n’en crois pas mes yeux… Miller et Sean… Père et fils.
-C’est ce qu’avait découvert papa.
-C’est pour ça que je l’ai tué…
Ces derniers mots… Comme un coup de couteau… J’éclate en sanglots.
-Salaud… salaud.
-Je me suis douté qu’il savait quant il est parti seul pour récupérer l’antidote. J‘ai attendu qu’il revienne, qu’il n’est plus d’arme après t’avoir injecté l’antidote, et j’ai tiré. Il m’a facilité la tâche, je ne crois pas que je serai arrivé seul à te l’injecter.
-Et tu m’as fait croire que c’était moi qui avait tiré.
-Serait tu venu avec moi si je t’avais dit la vérité ?
Je ne réponds pas. De nouveau je contracte mes muscles, espérant me libérer pour lui sauter dessus, mais je reste prisonnière. Je sens juste que les sangles me serrent moins.
-Reste tranquille Janet. Tu ne peux pas défaire les sangles.
-Je ne comprends pas ce que vous voulez de moi.
Miller s’est écarté, je l’entends qui tape sur un clavier. Un instant après, le bruit d’une imprimante.
-Tu avais raison Sean, dit Miller, les analyses confirment que son sang et celui de Jielm sont très proches. L’antidote de Dovnîk est particulièrement efficace.
-Certainement plus efficace que celui issu de la formule.
-Sans nul doute… La production va pouvoir commencer.
-Je m’en occupe dit Sean.
Il sort de la pièce… Miller s’approche de moi.
-Janet, les résultats de vos tests sont ceux que nous attendions. Nous allons pouvoir passer à la suite.
-Mais quelle suite ? Que voulez vous de moi ?
-Humm… Oui, il me semble que vous avez droit à une explication… J’étais le bras droit du professeur Dovnîk quant il travaillait pour les Américains dans son laboratoire près de Montréal. La molécule que nous avions mise au point était vraiment prometteuse et les dernières expériences sur Jielm le prouvaient. Un homme plus fort, plus rapide, plus endurant, avec un pouvoir de guérison accru. Oui, nous avions réussi. Jusqu’à ce troisième jour après l’injection où la molécule a muté en virus. Nous n’avons pas découvert pourquoi le sang de Jielm a absorbé le virus et pourquoi il a gardé une partie des bienfaits de notre molécule. Puis, les Américains ont abandonné les essais. Dovnîk est rentré en Russie en emportant tous ses documents et toutes ses notes. Moi, je suis resté au Canada. Mais avant qu’il ne parte, j‘ai réussi à lui voler un échantillon de la molécule. A l’époque, ma femme était malade et nous n’avions pas pu avoir d’enfant. Avant qu’elle ne meure, j’ai fait un prélèvement de ses ovules, et je les ais congelées. Tout seul pendant des années, j’ai repris les travaux de Dovnîk, mais sans formule, je ne suis arrivé à rien. Il ne me restait que ces quelques millilitres d’échantillon de molécule et je devais recommencer l’expérience pour savoir où était le problème. Alors, j’ai fécondé les ovules de ma femme. Ça n’a marché que sur sur une seule des trois ovules. Quelques mois après la naissance de Sean, je lui ai injecté une infime quantité de molécule, espérant que ses jeunes cellules les absorberaient. C’est ce qui s’est passé… Depuis, il n’a jamais été malade, il est souple, rapide, intelligent. C’est le premier d’une nouvelle race d’homme. La phase 1 de mon projet.
-Vous êtes complètement dingue Miller. Sacrifier un enfant à vos expériences…
-C’est votre point de vue.
-ET moi, qu’est ce que je viens faire dans cette histoire ?
-Vous n’avez pas compris Janet ? Vous, vous êtes la phase 2. Vos ovules et la semence de Sean… Imaginez le résultat.
-NON… Vous ne pouvez pas faire ça. NON.
-Arrêtez de vous débattre. Ce n’est pas douloureux. Je récupère vos ovules, Sean les féconde, et vous n’entendrez plus parler de lui ni de moi.
-Jamais de la vie. Ne faites pas ça Miller, je ne suis pas votre cobaye.
Sean entre à ce moment là.
-La ligne de production vient de démarrer. D’ici quelques heures, nous aurons les premiers flacons.
-Tout ça pour vous faire du fric… Enfoirés… Des dizaines de gens meurent et vous ne pensez qu’au fric.
-Ce n’est qu’un retour sur investissement, dit Miller, tout le monde fait pareil. Sean, attrape le nécessaire à anesthésie, nous n’avons plus de temps à perdre.
Le bruit d’un chariot qui roule, une main qui maintient ma tête, un masque qui coiffe mon visage. Je crie du plus fort que je peux, mais le son de ma voix me revient en écho infini et je plonge dans un abysse.
J’ai toujours ce cri étouffé qui revient à mes oreilles quand j’ouvre les yeux. J’ai l’impression d’avoir dormi pendant des jours entiers. Je suis encore sur la table et toujours entravée. Je n’ai mal nulle part, je me sens étrangement bien, relâchée, sûre de moi et de mes capacités. Je ne pense qu’à une chose, me défaire de mes sangles. Plutôt que de disperser mon énergie sur mes quatre membres, je concentre ma force sur mon poignet droit. Je ferme les yeux, le poing… Le scratch de la sangle se tend, grésille… Et cède enfin, libérant mon bras. Sans bruits, je finis de détacher mon autre poignet et mes deux chevilles. Posés sur une chaise, mes vêtements et mes chaussures. Je m’habille, je vais à la porte et y colle mon oreille. A l’extérieur, deux hommes discutent. Des gardes sûrement.
En tombant, le chariot d’anesthésie fait un bruit d’enfer. Un bip, la porte coulisse, les deux hommes entrent et s’arrêtent net en voyant la table vide. Je suis derrière. Comme une furie, je me jette sur eux.
En l’espace de quelques secondes je me déchaîne, distribuant les coups au visage, au ventre, partout... Tous deux gisent inconscients à mes pieds. Je ne me croyais pas capable d’une telle violence. Un des effets négatifs de l’antidote… Avec le sang de Jielm…
Je récupère une arme de poing à la ceinture d’un des deux gardes. Je referme la porte et avance dans les couloirs. Je passe une porte. Un autre couloir avec une partie vitrée sur la hauteur. Je me baisse pour ne pas me faire voir. Doucement, je passe la tête pour regarder ce qu’il y a derrière les vitres. Des machines, des convoyeurs, une ligne d’emballage. Un homme en tenue étanche contrôle le bon fonctionnement de la ligne sur un grafcet affiché sur un écran. Il me tourne le dos. Des tubes souples partent du renflement de l’appareil qu’il a sur le côté et finissent contre un ensemble de vannes et de détendeurs. La pièce doit être sous pression négative, et pour contrer ses effets pervers, l’homme travaille sous pression positive. Il se dirige maintenant vers le bout de la ligne. Il attrape un petit flacon et le porte au niveau de ses yeux. A l’intérieur, du liquide couleur jaune pisseux. Il ouvre une caisse tapissée de mousse, et pose le flacon dans une alvéole. Il recommence l’opération une vingtaine de fois. Avec la caisse pleine, il se dirige vers le sas de sortie. Il ouvre la porte coulissante, et un par un, il débranche les tubes souples et en reconnecte d’autre dans le sas. La porte commence à se refermer. Avant qu’elle ne soit complètement close, il se retourne, et je vois son visage. Miller...
J’avance dans le couloir désert. Je dois être au niveau du sas de décontamination dans lequel est Miller. Plus loin, au dessus d’une autre porte coulissante un panneau avec écrit dessus « CAISSON HYPERBARE ». Je me demande si Miller doit passer par le caisson. J’entends le bruit sourd d’une porte métallique qui se ferme à l’intérieur de la pièce, et j’en conclus que oui. J’appuie sur un bouton, un bip, et la porte s’ouvre. Au fond de la pièce, le caisson en forme de cylindre. Posée contre le caisson, la caisse avec les flacons. Je m’approche, et verrouille de l’extérieur la porte métallique. Aussitôt, le visage de Miller apparaît contre le hublot de la porte. Il crie mais je l’entends à peine. Alors, lentement, je me positionne à mon tour devant le hublot.
Son visage n’est que stupeur et incompréhension. Il recule jusqu’au fond. Il a compris que cette fois, c’est à son tour de souffrir.
Au tableau de commande, j’augmente la pression doucement. J’attrape le combiné de liaison avec l’intérieur et fait signe à Miller de décrocher de son côté. Il se résout à le faire.
-Janet, ce n’est pas possible… Comment avez vous fait ?
-Peu importe Miller… Les rôles sont inversés maintenant, et vous êtes du mauvais côté.
-Laissez moi sortir de là…
-Pas tout de suite… J’ai quelques questions.
-Laissez moi sortir et je vous répondrai.
-Mauvaise réponse Miller.
Je tourne d’un cran la molette, augmentant encore la pression.
Le surplus de pression commence à faire effet, il respire plus difficilement.
-Janet… Arrêtez.
-Où est Sean ?
-Il est parti avec vos ovules congelées. Mais je ne sais pas où.
-Miller…
-Non, je vous jure que je ne sais pas où… Nous en avions convenu par mesure de sécurité.
-...OK… Miller, où avez vous la formule de l’antidote ?
-Dans mon ordinateur portable sur mon bureau.
-Il est où votre bureau ?
-La pièce à côté.
-Une dernière question Miller, qui était votre contact Américain quand vous faisiez vos expériences à Montréal avec Dovnîk ?
-Ha, ha, je vois où vous voulez en venir. Vous voulez lui apporter l’antidote.
-Peut être… Dois je encore augmenter la pression pour avoir une réponse.
-Non, non… Campbell, John Campbell… Il travaille toujours à
Chicago.
-Un numéro de téléphone peut être…
-Dans mon ordinateur. Laissez moi sortir maintenant.
Sa voix s’était faite plus dure, plus contraignante et ses yeux méchants. Je repose le combiné, et sans le quitter du regard, je tourne la molette. 1 cran, 2, 3, 4…
Je ramasse la caisse avec l’antidote et passe dans son bureau. Le portable est là éteint. J’appuie sur le bouton de mise en route et quelques secondes plus tard la fenêtre « enter password » apparaît.
Sans réfléchir, je tape » fortyseven » et le PC s’illumine. Je cherche dans ses contacts le nom de Campbell et le trouve.
Dehors, le SUV est toujours là. J’ouvre la portière passagère et cale la caisse au pied du siège.
Je démarre, contourne le bâtiment et m’arrête à bonne distance des bouteilles d’hydrogène. Mon premier tir sectionne un flexible… Le second arrache le détendeur d’une bouteille. L’explosion provoque une réaction en chaîne, pulvérisant les autre bouteilles, se propageant aux conduites aériennes qui entrent dans le bâtiment de production de l’antidote. En une fraction de seconde il est soufflé. Des projections de verre et de métal s’écrasent sur le SUV. Je démarre en trombe et croise un groupe de soldats. Il me font signe de continuer. Le poste de garde de l’entrée est vide, c’est sûrement eux que je viens de voir. J’enlève la herse et disparais.
Je m’arrête sur la route et attrape mon téléphone. J’entre le numéro de Campbell.
-Bureau du professeur Campbell.
-Bonjour, puis je parler au professeur Campbell s’il vous plaît ?
-Non madame, le professeur travaille beaucoup en ce moment et…
-Dites lui juste « Dovnîk »
-Pardon ?
-Dites lui juste « Dovnîk », il comprendra. Dites lui de me rappeler très vite au numéro que vous avez d’affiché. C’est très important.
Je raccroche. J’attends… 10 minutes plus tard mon téléphone sonne.
-Campbell…
-Professeur, je suis Janet. Ne me demandez pas comment je l’ai eu, mais j’ai en ma possession l’antidote conçu par le professeur Dovnik.
-Impossible madame, Dovnîk est mort il y a bien longtemps.
-Mais je vous dit que je l’ai… Merde, croyez moi.
-Je voudrais bien vous croire. Comment m’avez vous dit que vous vous appeliez.
-Je ne vous l’ai pas encore dit. Fortyseven.
-… Où êtes vous ?
-Je me dirige vers Détroit, j’y serai dans trois heures. A la frontière Canadienne.
-Je vous y attends.
L’hélico se pose au milieu de la route. Un homme âgé descend et se dirige vers moi. Avec lui, deux gars armés. Il leur fait signe de rester à distance.
-Vous êtes Janet ?
-Oui, et vous le professeur Campbell ?
-C’est moi. Vous avez ce dont vous m’avez parlé ?
-Dans la caisse à côté de moi. Dedans, il y a 20 flacons d’antidote et un ordinateur avec la formule de Dovnîk.
-Mais comment cela est il possible ?
-C’est une longue histoire professeur.
-Et qu’est ce qui me prouve que l’antidote est efficace ?
-Moi professeur, moi.
Il ouvre de grands yeux et semble réfléchir intensément.
-Vous voulez dire que vous avez été infectée et guérie ?
-Oui.
-Vous savez, je n’ai pas cru à votre histoire au début, jusqu’à ce que vous me dites votre nom. Fortyseven… Il y avait très longtemps que je n’avais pas entendu ce nom.
-C’était mon père…
-… Sûrement un grand Monsieur… Voulez vous venir avec moi ? Vous serez plus en sécurité à
Chicago.
-Non professeur… Il me reste une dernière chose à faire.