J23 – 19 avril – Swamp Tour dans les bayous
Nous avons longuement hésité hier sur le choix de cette balade incontournable qu’on attend depuis le début du voyage.
La faire avec ce vieux bandit de Norbert Leblanc, que tout le monde adore sur les forums, quand nous serons à Lafayette ? Oui, mais, s’il fait mauvais…. La météo est tellement capricieuse en ce moment.
La météo à la TV décide pour nous : ce sera aujourd’hui. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.
Ennis contacte
Annie Miller’s Son pour un rendez-vous à 10 h.
Il fait un soleil de plomb !
C’est en chemin vers le point de rendez-vous que nous voyons notre premier gator écrasé sur la route ; ça dépayse par rapport à nos routes.
Le bateau (de taille raisonnable : pas trop de monde) est occupé essentiellement par des Français bien sympathiques.
On arrive à discuter pas mal avec le fils d’Annie Miller, qui fait bien attention à ne pas parler trop vite et répond à toutes nos questions. Et j’aurai même le plaisir de piloter la barque.
Allez, je vous embarque.
Cette nature sauvage est d’une beauté indescriptible. La plupart de mes photos n’arrivent pas à lui rendre justice: c’est la désolation totale dans ma tête. Après tout ce temps, je n’arrive toujours pas à maîtriser ce fichu appareil. Quand je vois ce que d’autres arrivent à en faire, je suis verte de jalousie

et je bave

. Mais tant pis, elles servent au moins à raviver les souvenirs.
Avant de pénétrer au cœur du bayou, on longe une espèce de canal où de jolies maisons sont alignées. Quasiment toutes ont leur ponton pour le bateau.

Certaines ont une terrasse tout au bord de l’eau. Moi, j’aurais peur d’y prendre l’apéro le soir au vu de ce qui traîne sur les pontons.

Sans parler de tous ces pêcheurs dans des barcasses minuscules au ras de l’eau. Brrrr !
Avec tout ce qui est tombé du ciel, le bayou est haut, très haut. Pour passer sous les ponts, nous sommes obligés de nous coucher dans le bateau.
Notre guide nous montre de curieuses masses rosâtres.

Ce sont des larves d’escargots comme nous n’en verrons sûrement pas dans nos jardins.
Et petit à petit, on s’enfonce dans le bayou.
De jolies fleurs contrastent avec tout ce vert ambiant.

Notre guide en récolte une pour nous montrer à quoi ressemblent les rhizomes.
Et du vert, il y en a ! Toutes les nuances sont représentées.
A certains endroits, c’est la mousse espagnole qui a pris le pouvoir.

Mais au fait, c’est quoi cette mousse espagnole qu’on voit depuis la Floride ? Ce n’est pas un parasite, mais bien une plante. Elle fait partie de la famille des Broméliacées et vient d’Amérique du Sud. Elle a besoin d’être suspendue pour pouvoir se développer.
Les Français lui avaient donné le nom de Barbe Espagnole. On la nomme aussi Barbe de vieillards, Fille de l'air ou Cheveux du Roi (selon les légendes qui ont couru à son sujet).
L’eau du bayou varie du vert au marron selon les endroits et la lumière.
En pénétrant un peu plus au cœur du bayou, dans un silence d’église, la lumière est tout en clair-obscur. L’atmosphère devient presque glauque. Bon, ça va, les vampires ne sortent pas le jour.

Il n’y a qu’à rester là, à regarder, à s’imprégner du mystère des lieux.
A un moment donné, notre guide s’arrête pour l’attraction du jour: faire venir un gator au bateau. Il s’époumone «
Come on baby, come on, don’t be afraid». Et ça marche. Pas folles ces bêtes-là ! Pavlov est passé par là : l’humain crie = barbaque à manger sans effort!
Il s’avance sournoisement, et se jette sur le bateau, ce qui nous déséquilibre un peu (nous sommes debout pour mieux le voir), et on se dit ouahh, heureusement qu’on est à l’abri.

Quand on voit la voracité avec laquelle il s’empare de la viande, on ne peut s’empêcher de frémir en pensant à Annie Miller qui n’utilisait pas de perche.

Son fils doit aussi le faire (ou l’avoir fait) à en juger par la photo sur son site web.
Plus loin, il jouera le même scénario avec un aigle, en imitant son cri.

Ça marche moins bien, il doit être repu, et tarde à venir nous faire sa démonstration
D’autres oiseaux aussi, surtout des échassiers, des poules d’eau, mais moins que ce qu’on a déjà vu en Floride.
Une matinée que l’on n’aura pas vu passer

et je suis incapable de dire combien de temps nous sommes restés.
Nous rentrons nous reposer un peu au gîte.
Nous passerons la fin de l’après-midi au
Joly Inn, le Fais Dodo du coin, où il y a fête en ce jour de dimanche. Les gens, ravis d’entendre parler français, nous invitent à les rejoindre sur la piste et c’est avec joie que nous essayons de les suivre dans leur «Two Step», qui s’avère finalement assez facile: il suffit de se laisser aller sur la musique… avec un bon danseur.
Un vieux monsieur (83 ans, mazette) coiffé d’un Stetson invite les dames, et les raccompagne galamment à leur table. On voit ça encore en France ? Galant, mais on garde le chapeau (comme dans l’Ouest)!
La plupart d’entre vous connaissent le
Fais Dodo mais pour ceux qui l’ignore encore le Fais Dodo est l’équivalent de notre bal populaire. Ce nom lui a été donné parce que les femmes cadiennes emmenaient leurs enfants au bal et leur chantaient «Fais Dodo Colas mon p’ti frère…» pour les endormir avant d’aller danser.
Cela doit certainement expliquer pourquoi depuis des générations les cadiens aiment tellement la fête ils sont tombés dedans depuis le berceau.
A 19h, tout est fini.
Nous traversons la rue pour aller nous empiffrer d’écrevisses au
1921 Seafood.

Il semble que ce soit le plat traditionnel du coin, les tables en sont recouvertes. Leur taille est parfois impressionnante (ce n’est pas très cher). Nous nous sommes régalés.
Une très très très belle journée!