Maisons historiques de Charleston
Charleston est l'une des rares villes américaines où le passé se ressent à chaque coin de rue. Ses élégantes demeures historiques, soigneusement préservées et ouvertes au public, racontent plus de trois siècles d'histoire et de transformation. Des façades pastel bordées de jardins secrets aux intérieurs de style néo-classique ou victorien, ces maisons offrent une plongée fascinante dans la vie des grandes familles du Sud avant et après la guerre de Sécession.
Ces magnifiques propriétés illustrent le raffinement de l'élite charlestonienne du 19ème siècle, tout en révélant la réalité du quotidien des esclaves qui y travaillaient. Leurs visites permettent d'aborder avec justesse la complexité de l'héritage sudiste, entre grandeur architecturale et mémoire douloureuse. Dans un souci d'authenticité, nombre de ces demeures ont conservé leur mobilier d'époque et leurs dépendances, offrant un rare témoignage de la société d'alors.

À voir, à faire
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Heyward-Washington House

Si vous ne deviez visiter qu'une seule maison historique pour comprendre la vie à Charleston à la fin du 18ème siècle, Heyward-Washington House serait un choix judicieux. Située au cœur du quartier de Church Street, cette demeure n'est pas seulement un bijou architectural, c'est un témoin direct de l'histoire de la naissance des États-Unis. Elle doit son nom composé à ses deux occupants les plus illustres : Thomas Heyward Jr., l'un des quatre signataires de la Déclaration d'Indépendance pour la Caroline du Sud, et George Washington, qui y séjourna lors de sa visite présidentielle en mai 1791. Aujourd'hui, propriété de The Charleston Museum, elle offre une plongée authentique dans le raffinement de l'époque coloniale.

La visite de Heyward-Washington House est audioguidée et dure entre 30 et 45 minutes. Elle permet d'accéder à la maison, aux dépendances et au jardin. Des billets combinés avec The Charleston Museum et Joseph Manigault House sont disponibles pour réaliser des économies.
Construite en 1772, Heyward-Washington House se distingue des célèbres "Single Houses" de Charleston par son plan. C'est un exemple parfait de "Double House" de style géorgien : une façade symétrique massive en brique, centrée autour d'une porte d'entrée, avec quatre pièces par étage (deux de chaque côté d'un couloir central).
L'austérité de la brique rouge est typique de l'époque pré-révolutionnaire. Notez les fenêtres à guillotine parfaitement alignées, surmontées de linteaux plats en brique (jack arches), et le toit en croupe percé d'une lucarne. C'est une architecture qui respire la solidité et la respectabilité, conçue pour un homme de loi et planteur influent.

L'intérieur de la maison surprend souvent les visiteurs par la vivacité de ses couleurs. Loin de l'image de musées poussiéreux, les pièces ont été restaurées selon les goûts du 18ème siècle, qui n'avait pas peur des teintes audacieuses.
Au rez-de-chaussée, vous y découvrirez le hall d'entrée et les pièces de réception (parlor) où la famille Heyward recevait.

Le premier étage (2nd floor) est l'étage noble. On y trouve le grand salon (Drawing Room), qui s'étend sur toute la façade avant de la maison. C'est ici que George Washington a reçu ses invités lors de son séjour. Admirez les boiseries d'origine en pin, peintes dans des tons bleu-vert pâle qui contrastent magnifiquement avec les murs pêche/corail de la salle à manger, une combinaison très en vogue à l'époque coloniale.
La maison est célèbre pour abriter l'une des plus belles collections de meubles fabriqués à Charleston. Au 18ème siècle, la ville était l'un des centres d'ébénisterie les plus riches d'Amérique, rivalisant avec Philadelphie et Boston. Ne manquez pas la Holmes Bookcase, un meuble monumental considéré par les experts comme l'un des plus beaux exemples de mobilier colonial américain existant.

Vous verrez également des commodes, des tables et des chaises aux lignes élégantes (style Chippendale et Hepplewhite), témoignant du savoir-faire des artisans locaux qui utilisaient l'acajou importé des Caraïbes.

La visite ne s'arrête pas à la maison principale. En traversant la cour arrière, vous accéderez aux dépendances domestiques, essentielles à la compréhension de la vie quotidienne (et de l'esclavage) à l'époque.

La cuisine est la seule cuisine des années 1740 ouverte au public à Charleston. Bâtiment séparé pour éviter les incendies et la chaleur, il a conservé son immense cheminée où les repas étaient préparés par les esclaves cuisiniers.
Un magnifique jardin formel ("parterre garden") a été recréé à l'arrière. Il ne contient que des plantes et des fleurs qui étaient connues et cultivées à Charleston à la fin du 18ème siècle, offrant une oasis de calme et de senteurs historiques au cœur de la ville.
- 87 Church Street
- Tous les jours, de 10h (midi le dimanche) à 17h
- 15$ par adulte, 12$ par enfant de 13 à 17 ans, 6$ par enfant de 3 à 12 ans
- charlestonmuseum.org

Joseph Manigault House

Charleston regorge de maisons historiques, mais Joseph Manigault House occupe une place à part. Souvent moins bondée que sa voisine Aiken-Rhett House, elle offre une expérience de visite plus intime et tout aussi spectaculaire. Construite en 1803, cette demeure a été conçue par l'architecte Gabriel Manigault pour son frère Joseph, riche planteur de riz. Véritable chef-d'œuvre du style Fédéral (aussi appelé style Adam aux États-Unis), elle témoigne de la sophistication urbaine et du mode de vie de l'élite de Charleston au début du 19ème siècle. Sa visite permet de comprendre comment l'architecture s'adaptait au climat subtropical tout en affichant la réussite sociale de ses propriétaires.

La maison est située à proximité du Charleston Visitor Center, ce qui en fait une étape facile à intégrer dans votre parcours. Si vous prévoyez de visiter également The Charleston Museum et/ou Heyward-Washington House, optez pour un billet combiné qui vous fera réaliser une économie appréciable.
La visite guidée de Joseph Manigault House dure environ 30 à 45 minutes et se déroule en petits groupes pour une expérience intime. Un guide vous accompagne dans toutes les pièces, expliquant l'histoire de la demeure, son architecture fédérale et les meubles d'époque avec de nombreuses anecdotes sur la famille Manigault.

Dès l'extérieur, la maison se distingue par sa couleur brique chaude et ses proportions harmonieuses. Gabriel Manigault a joué avec les formes géométriques pour casser la rigidité des constructions de l'époque. Vous remarquerez immédiatement la "piazza" incurvée sur la façade donnant sur Meeting Street. Ces courbes ne sont pas uniquement esthétiques : elles créent des courants d'air traversants essentiels pour rafraîchir la maison lors des étés étouffants de Caroline du Sud. Le jardin d'agrément, bien que réduit par rapport à la propriété d'origine, conserve un charme romantique avec son "Gate Temple", un petit pavillon de jardin à toit pagode unique en son genre.
Une fois à l'intérieur, le regard est instantanément capté par l'élément central de la maison : un escalier en colimaçon vertigineux qui semble flotter dans le hall d'entrée. Baigné de lumière naturelle, il dessert les étages avec une grâce aérienne. Les pièces de réception, restaurées dans leurs couleurs d'origine souvent vives (jaunes éclatants, bleus profonds), sont ornées de boiseries et de moulures en plâtre d'une finesse exquise, typiques du style Adam. Observez les détails des manteaux de cheminée : guirlandes, urnes et motifs végétaux sculptés y racontent le goût pour l'Antiquité romaine qui passionnait les Américains de cette époque.

La maison est meublée avec une collection exceptionnelle de pièces américaines, anglaises et françaises du début du 19ème siècle, reflétant les goûts cosmopolites de la famille Manigault. Vous y verrez des secrétaires en acajou, des tables de jeu prêtes pour une partie de cartes, et des lits à baldaquin impressionnants. Une pièce particulièrement intéressante est la salle à manger, dressée comme si les invités allaient arriver, rappelant les fastueux dîners donnés par Joseph et sa femme Charlotte. Contrairement à un musée figé, les objets exposés, de la porcelaine fine aux accessoires de toilette, donnent l'impression d'une maison encore habitée, racontant en filigrane la vie confortable des maîtres, rendue possible par le travail des nombreux esclaves qui vivaient et travaillaient dans les dépendances (aujourd'hui disparues, mais dont l'emplacement est marqué dans le jardin).
- 350 Meeting Street
- Tous les jours, de 10h (midi le dimanche) à 17h
- 15$ par adulte, 12$ par enfant de 13 à 17 ans, 6$ par enfant de 3 à 12 ans
- charlestonmuseum.org

Aiken-Rhett House

Parmi les nombreuses demeures historiques de Charleston, Aiken-Rhett House est l'une des demeures les plus singuliàres à visiter à Charleston. Contrairement à Nathaniel Russell House ou à d'autres maisons-musées restaurées pour retrouver leur splendeur d'origine, celle-ci a été laissée "dans son jus". C'est ce qu'on appelle une approche de préservation (plutôt que de restauration). En visitant cette maison, vous ne verrez pas des murs repeints à neuf ou des meubles retapissés pour paraître neufs. Vous verrez les strates du temps : le papier peint qui s'écaille, les traces laissées par les tableaux décrochés, les planchers usés par des générations de pas. C'est cette authenticité brute qui rend la visite si poignante et unique, offrant une fenêtre directe et sans filtre sur la vie urbaine du Sud antebellum.

La visite de Aiken-Rhett House se fait de manière autonome avec un audioguide très bien conçu, disponible via une application sur votre smartphone ou avec un appareil fourni. Comptez environ 45 minutes à 1 heure. Il existe un billet combiné intéressant si vous visitez aussi Nathaniel Russell House.
Construite vers 1820 pour le marchand John Robinson, Aiken-Rhett House a été considérablement agrandie dans les années 1830 et 1850 par le gouverneur William Aiken Jr. Ce qui étonne d'abord, c'est l'entrée latérale discrète, typique des "Single Houses" de Charleston, bien que la maison ait été transformée en un vaste complexe urbain. La façade jaune ocre, patinée par le temps, cache un ensemble de bâtiments exceptionnellement préservé. Contrairement à d'autres propriétés où les dépendances ont disparu, ici tout est encore là : les cuisines, les écuries, les remises à carrosses et, surtout, les quartiers des esclaves, qui forment une cour arrière intacte, témoignant de l'organisation sociale et spatiale d'une grande demeure urbaine esclavagiste.

En pénétrant à l'intérieur, le contraste est saisissant. Les pièces de réception du rez-de-chaussée et du premier étage révèlent un luxe inouï pour l'époque. Vous y verrez des lustres à gaz d'origine (la maison n'a jamais été électrifiée tant que la famille y vivait), des moulures en plâtre grandioses et des miroirs immenses qui agrandissent l'espace. L'agrandissement de 1858 a ajouté une galerie d'art pour exposer les œuvres rapportées d'Europe par le couple Aiken, une pièce rare dans une maison privée américaine de ce siècle. L'absence de climatisation moderne permet de ressentir l'atmosphère réelle de la maison, chaude en été, sombre et fraîche en hiver.

Ce qui rend Aiken-Rhett House exceptionnelle, c'est que la majorité du mobilier et des objets d'art que vous voyez sont d'origine. Ils ont été achetés par la famille Aiken elle-même au milieu du 19ème siècle et ne sont jamais partis. Vous verrez les canapés, les tapis, les sculptures et les tableaux exactement là où ils ont été placés il y a plus de 150 ans. Cette continuité est rarissime. Elle permet de comprendre le goût de l'élite sudiste de l'époque pour le style européen (Rococo Revival, Gothic Revival) et son désir d'afficher sa richesse et sa culture cosmopolite.

L'un des points forts de la visite est l'attention portée à la vie des personnes asservies qui vivaient et travaillaient ici. Les quartiers des esclaves, situés à l'arrière, ont conservé leurs murs d'origine, leurs planchers et même des traces de peinture ("ghost marks"). L'audioguide raconte avec justesse l'histoire de ces hommes et femmes (comme Dorcas, Sambo et leurs enfants) qui faisaient fonctionner cette immense machine domestique. On comprend physiquement la proximité et la distance infranchissable qui existaient entre les maîtres dans la maison principale et les esclaves dans la cour arrière, séparés seulement par quelques mètres mais par un monde de droits et de liberté.
- 48 Elizabeth Street
- Tous les jours, de 10h (13h le lundi) à 16h
- 16$ par adulte, 7$ par enfant de 6 à 16 ans
- historiccharleston.org

Nathaniel Russell House

Nathaniel Russell House est plus qu'une simple maison-musée : c'est un chef-d'œuvre de l'architecture néo-classique américaine, reconnu mondialement pour son élégance sophistiquée et ses prouesses techniques. Visiter cette demeure, c'est plonger dans l'univers fastueux d'une des familles les plus riches de la ville au début du 19ème siècle, tout en découvrant l'envers du décor de la vie domestique de l'époque.
Située au 51 Meeting Street, en plein cœur du quartier South of Broad, la découverte de cette demeure se fait avec un audioguide ou dans le cadre d'une visite guidée. Il existe un billet combiné intéressant si vous visitez aussi Aiken-Rhett House.

Dès l'arrivée devant la grille en fer forgé, la maison impose sa différence. Contrairement à la "Single House" typique de Charleston qui présente son côté étroit à la rue, Nathaniel Russell House, achevée en 1808, s'offre de face avec une large façade symétrique en brique rouge. Ce qui frappe immédiatement, c'est la présence de balcons en fer forgé qui ceinturent la maison au premier étage, créant un lien fluide entre l'intérieur et les jardins. L'entrée principale, encadrée de pilastres et surmontée d'une imposte en éventail, annonce le raffinement qui attend le visiteur à l'intérieur. La maison est également entourée d'un vaste jardin formel, reconstitué selon les plans d'époque, qui offre une parenthèse de verdure et de calme.

Le véritable trésor de la maison, celui qui justifie à lui seul la visite, est son escalier intérieur. Il s'agit d'un escalier hélicoïdal "flottant" qui s'élève sur trois étages sans aucun support visible. Chaque marche est encastrée dans le mur et soutient celle du dessus, créant une spirale vertigineuse qui semble défier la gravité. La main courante en acajou serpente avec une fluidité parfaite jusqu'au sommet, éclairée par une lumière zénithale naturelle. C'est une merveille d'ingénierie et d'esthétique qui laisse souvent les visiteurs sans voix.

L'agencement des pièces rompt avec la monotonie des plans carrés habituels. Pour adoucir les angles et fluidifier la circulation, l'architecte a conçu des pièces aux formes géométriques variées : rectangulaires pour les salons de réception, ovales pour les salles à manger et de musique, et carrées pour les chambres. Les murs sont peints dans des teintes vives et audacieuses (jaune moutarde, bleu ciel, ocre), récemment restaurées après une analyse microscopique des pigments d'origine, révélant le goût prononcé de l'époque pour la couleur. Les corniches en plâtre, rehaussées de feuilles d'or 24 carats, témoignent de la fortune colossale de Nathaniel Russell, un riche marchand originaire du Rhode Island.

La maison est meublée avec une collection exceptionnelle de pièces d'époque, dont beaucoup ont appartenu à la famille Russell ou ont été fabriquées par des ébénistes locaux de renom. Vous y verrez des secrétaires en acajou, des tables de salle à manger dressées avec de la porcelaine d'exportation chinoise et des portraits de famille qui semblent vous observer. Mais la visite ne s'arrête pas au luxe des maîtres. Le musée s'attache aussi à raconter la vie des 18 personnes réduites en esclavage qui vivaient et travaillaient ici, entretenant ce faste au quotidien. Les quartiers des esclaves et la cuisine, situés à l'arrière, font partie intégrante du parcours, offrant une vision plus complète et honnête de la réalité de cette époque.
- 51 Meeting Street
- Tous les jours, de 10h (13h le lundi) à 16h
- 16$ par adulte, 7$ par enfant de 6 à 16 ans
- historiccharleston.org

Williams Mansion

Si la plupart des demeures historiques de Charleston brillent par leur sobriété néoclassique et leur élégance coloniale, Williams Mansion (longtemps connue sous le nom de Calhoun Mansion) joue une toute autre partition. C'est le palais de l'excès, un monument à la démesure de l'Âge d'Or américain (Gilded Age) qui tranche radicalement avec le reste de la ville. Ici, tout est plus grand, plus orné, plus spectaculaire. Construite en 1876 pour George Walton Williams, un riche marchand qui voulait marquer la renaissance de la ville après la Guerre de Sécession, cette résidence est aujourd'hui la plus grande demeure privée de Charleston ouverte au public, offrant un plongeon fascinant dans le luxe victorien sans retenue.

Dès le premier regard depuis la rue, la maison impressionne par sa masse. Avec ses 2200 m², elle écrase ses voisines par ses dimensions. Le style est italianisant, très en vogue à la fin du 19ème siècle, mais poussé ici à son paroxysme. Observez la profusion de détails : les coins de murs en maçonnerie (quoins), les fenêtres cintrées aux encadrements lourds, les corniches à modillons qui soutiennent le toit, et surtout les doubles galeries (piazzas) à colonnes corinthiennes qui courent sur la façade, offrant une version baroque de la véranda traditionnelle de Charleston. La maison repose sur un haut soubassement et est coiffée d'une tourelle belvédère qui permettait au propriétaire de surveiller l'arrivée de ses navires dans le port.
Une fois franchi le seuil, on est happé par la richesse des décors. La maison compte 35 pièces, avec des plafonds vertigineux de plus de 4 mètres de haut. L'élément le plus spectaculaire est sans doute le hall d'entrée, long de 15 mètres, qui traverse la maison comme une nef de cathédrale. Les boiseries sont omniprésentes : cyprès, chêne, noyer, sculptés avec une complexité inouïe.
Ne manquez pas la salle de musique, couronnée par une verrière spectaculaire de 13 mètres de haut qui inonde la pièce de lumière, ou la salle de bal, conçue pour éblouir la haute société lors des réceptions mondaines. L'escalier principal, qui s'élève vers un plafond en dôme décoré, est une pièce maîtresse d'ébénisterie qui mérite à lui seul la visite.

Contrairement aux maisons-musées gérées par des fondations historiques qui privilégient souvent une reconstitution d'époque "scolaire", Williams Mansion est une résidence privée habitée par un collectionneur passionné. Chaque pièce est littéralement remplie du sol au plafond d'une collection éclectique et inestimable d'arts décoratifs accumulée aux quatre coins du monde.
Vous y verrez des meubles du Gilded Age signés par les plus grands ébénistes new-yorkais (comme Herter Brothers), des services en argent massifs, des porcelaines asiatiques rares, et des curiosités historiques étonnantes. Parmi les pièces souvent citées par les guides, on trouve un canapé rouge ayant appartenu au frère de Napoléon, des lustres monumentaux en cristal, ou encore des objets d'art impérial russe. C'est un véritable cabinet de curiosités à l'échelle d'un palais, où l'histoire se mêle à l'excentricité du collectionneur.

Pour explorer ce palais de la démesure, deux formules de visites guidées sont proposées. La première, Gilded Age Tour, vous invite à une promenade commentée de 45 minutes à travers les salons d'apparat des deux premiers niveaux et les jardins à la française, offrant déjà un bel aperçu du faste des lieux. Cependant, pour saisir toute l'ampleur de la demeure, The Grand Tour est l'option idéale. D'une durée d'une heure et demie, cette visite exhaustive vous ouvre les portes du troisième étage et vous permet surtout d'accéder à la fameuse tour italianisante. De là-haut, vous serez récompensé par une vue panoramique à 360 degrés sur les toits de Charleston et le port, une perspective rare qui conclut la visite de façon magistrale.
Notez qu'il n'est pas autorisé de prendre des photos à l'intérieur de la maison.
- 16 Meeting Street
- Tous les jours, de 11h à 17h
- 25$ par personne pour Gilded Age Tour, 75$ par personne pour The Grand Tour
- williamsmansion.com
Edmondston-Alston House

Située à l'une des adresses les plus prestigieuses de la ville, face à la baie de Charleston, Edmondston-Alston House est bien plus qu'une simple maison-musée. C'est l'un des rares témoins intacts de l'opulence de l'époque antebellum, offrant non seulement une architecture remarquable, mais aussi une plongée intime dans la vie d'une famille de planteurs qui a su traverser les tempêtes de l'Histoire, de la Guerre de Sécession aux tremblements de terre. Contrairement à d'autres demeures historiques, celle-ci est restée dans la même famille (les Alston) depuis 1838, ce qui lui confère une âme particulière, avec ses meubles et objets d'origine toujours en place.

La visite de Edmondston-Alston House est guidée et dure une trentaine de minutes.
L'aspect extérieur de la maison raconte deux histoires distinctes. Construite vers 1825 par le marchand écossais Charles Edmondston, elle était à l'origine de style Regency anglais. Mais frappé par la crise économique de 1837, il dut la vendre à Charles Alston, un riche planteur de riz qui s'empressa de la moderniser en 1838 dans le style Greek Revival alors très en vogue. C'est à Alston que l'on doit les éléments les plus spectaculaires de la façade actuelle, notamment la troisième piazza (galerie) ajoutée au sommet pour offrir une vue imprenable sur le port, les colonnes corinthiennes majestueuses, ainsi que le balcon en fonte et le parapet du toit orné des armoiries familiales. Malgré ces ajouts grecs, la maison conserve la structure de base d'une "Charleston Single House" modifiée, conçue pour capter les brises marines grâce à ses larges ouvertures.

Ce qui rend la visite de Edmondston-Alston House unique, c'est l'authenticité de ses intérieurs. Vous ne verrez pas ici une reconstitution avec des meubles "d'époque" achetés chez des antiquaires, mais bien les biens de la famille Alston, restés sur place depuis près de 200 ans. Le rez-de-chaussée, destiné aux affaires et à la réception, a été redécoré par Alston dans le style Greek Revival, tandis que le premier étage, l'étage noble dédié à la vie sociale, conserve les boiseries et moulures complexes de style Regency d'origine, un détail rare et précieux. Les deux grands salons communiquent par de larges portes coulissantes et s'ouvrent sur la piazza face à la mer, créant un espace de réception grandiose.

La collection de la maison est un véritable inventaire du raffinement sudiste du 19ème siècle. La bibliothèque de Charles Alston est restée presque intacte, avec ses livres et ses documents personnels, tout comme l'impressionnante collection d'argenterie familiale. Canapés, tables et secrétaires en acajou, commandés ou achetés par la famille dans les années 1830, sont toujours à leur place. La maison abrite également un document historique majeur : une copie originale de l'Ordonnance de Sécession de la Caroline du Sud. C'est d'ailleurs depuis cette piazza que le général Beauregard a observé le bombardement de Fort Sumter en 1861, marquant le début de la Guerre de Sécession. Visiter cette maison, c'est avoir le privilège d'entrer dans l'intimité d'une grande famille de Charleston et de toucher du doigt l'histoire complexe, fastueuse et tragique du Vieux Sud.
- 21 East Battery
- Du mardi au dimanche, de 11h à 15h
- 15$ par adulte, 5$ par enfant de 6 à 13 ans
- edmondstonalston.org

Photos
Cartes
Carte interactive de Charleston
Par dommm063
Mis à jour le 22 fĂ©vrier 2026




