Auburn Brick Road
Auburn Brick Road

Si vous avez sagement choisi d'emprunter le tracé Ouest (le plus ancien) en quittant Springfield, une récompense visuelle et sonore exceptionnelle vous attend sur les terres de la modeste commune d'Auburn. Au Nord de la ville, entre Snell Road et Curran Road, la Mother Road s'enroule pour décrire un virage long et pittoresque, officiellement nommé Auburn Brick Road. S'il est agréable à l'œil, c'est surtout sous les roues de votre véhicule que la magie opère : sur près de 1,5 mile, le revêtement est presque entièrement composé de véritables briques rouges, parfaitement conservées "dans leur jus" depuis la fin des années 1930.
Cette surface pavée, qui fait aujourd'hui le bonheur des photographes, trouve ses origines dans les balbutiements de l'ingénierie routière. Au début du 20ème siècle, rouler était une véritable épreuve. Les routes en terre ou en gravier posaient d'immenses problèmes aux premiers automobilistes : les surfaces étaient inégales, les lourdes roues en bois ou en caoutchouc créaient de profondes ornières qui se remplissaient d'eau à la moindre averse, et la boue tenace ralentissait considérablement la circulation. D'un autre côté, les solides pavés en pierre utilisés dans les grandes villes de l'Est étaient extrêmement coûteux à façonner et à transporter, car ils n'étaient pas toujours disponibles localement dans les plaines du Midwest.

Face à ces contraintes, deux ingénieurs astucieux, Virgil Gates et Mordecai Levi, déposèrent un brevet révolutionnaire dès 1883. Ils imaginèrent une méthode de construction utilisant des pavés en briques cuites. Celles-ci présentaient l'énorme avantage d'être faciles et peu chères à fabriquer localement (l'Illinois regorgeait d'argile), d'être relativement légères à transporter et de constituer un revêtement remarquablement solide et adhérent. Ce type de chaussée connut un succès fulgurant et fut massivement déployé à travers le pays à partir de la fin du 19ème siècle.
Pourtant, la technique dut évoluer pour résister au poids grandissant des véhicules de la Route 66. Initialement, les ouvriers se contentaient de poser les briques sur une simple couche de sable et de remplir les joints avec ce même sable. Cela s'est rapidement avéré insuffisant : l'eau de pluie s'infiltrait entre les briques, ravinant les joints et détruisant lentement le lit de sable inférieur, provoquant des affaissements dangereux. La solution définitive, celle-là même que vous foulez à Auburn, consista à couler d'abord une solide fondation en béton armé. Sur celle-ci, on étalait une fine couche de sable stabilisatrice, avant de placer minutieusement les briques les unes contre les autres à la main, pour finir par sceller hermétiquement les joints avec un ciment robuste.

Aujourd'hui, rouler à faible allure sur Auburn Brick Road (en écoutant le doux vrombissement des pneus sur la brique) est l'expérience la plus proche que l'on puisse avoir de ce que ressentaient les pionniers de la Mother Road il y a près d'un siècle.
Turkey Tracks

En poursuivant votre paisible progression de quelques miles, un arrêt pour le moins insolite et involontaire vous attend entre les petites communes de Nilwood et Carlinville. Garez-vous prudemment sur le bas-côté pour partir à la recherche des fameuses Turkey Tracks ! Cette curiosité amusante n'est autre qu'une série d'empreintes de pattes de dindes, immortalisées à jamais dans la chaussée. L'histoire veut que lors de la toute première phase de bétonnage de la route dans les années 1920, les volailles d'une ferme avoisinante se soient échappées de leur enclos pour venir déambuler sur le ciment frais, qui n'était pas encore sec. Faute de temps pour lisser à nouveau la surface, les ouvriers laissèrent sécher l'ensemble. Un siècle plus tard, ces petites traces de pattes sont devenues une étape photo culte pour les pèlerins de la Mother Road.
Plus d'informations sur la Route 66 dans l'Illinois
Par dommm063
Mis à jour le 26 avril 2026