The National Memorial for Peace and Justice
The National Memorial for Peace and Justice

The National Memorial for Peace and Justice est un autre site incontournable de Montgomery. Inauguré en 2018, ce mémorial poignant, qui s'étend sur 2.5 hectares le long de Caroline Street, est le premier du genre aux États-Unis à consacrer une attention spécifique à l'histoire des lynchages commis par des Blancs sur la communauté afro-américaine à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle.

Les lynchages aux États-Unis ont été une forme tragique et barbare de violence raciale, particulièrement dans le Sud du pays, qui a commencé avant la guerre civile dans les années 1830 et s'est terminée pendant le mouvement des droits civiques dans les années 1950 et 1960.
Durant cette période, qui a connue son paroxysme entre 1890 et 1920, Les Afro-Américains étaient les cibles principales de ces actes de violence, commis en grande partie par des membres de la communauté blanche. Les lynchages étaient souvent utilisés comme des outils d'intimidation et de contrôle social pour maintenir l'ordre racial hiérarchique, en particulier après la Guerre de Sécession, lorsque les États du Sud ont cherché à réprimer les droits nouvellement acquis des Afro-Américains.

Le lynchage a pris de nombreuses formes, allant de flagellations publiques à des pendaisons et des incendies criminels. Il était couramment utilisé pour punir les infractions réelles ou supposées sans procès, ou comme moyen de résoudre des conflits personnels.
Les lynchages, qui ont largement contribué à la Grande Migration des Afro-Américains vers le Nord, le Midwest et l'Ouest, étaient souvent de grandes affaires publiques, attirant de grands rassemblements de spectateurs blancs.

Les victimes, coupables ou non des faits reprochés, étaient attrapées et soumises à la sentence de la vindicte populaire sans procès ni défense, avec l'accord tacite (et parfois l'aide) des autorités locales. Elles étaient tuées de différentes manières : pendues, par balle, brûlées vives, jetées d'un pont, traînées derrière une voiture...
Comble de l'horreur, des photos des victimes de lynchage étaient même été vendues comme cartes postales...

Hommes, femmes, vieillards, enfants... Aucun Afro-Américain n'étaient à l'abri de se voir reprocher, à tort ou pas, un délit, un crime ou juste un regard ou une parole déplaisante, et de risquer de se faire lyncher en public.
Certains lynchages furent de vrais massacres à grande échelle, comme celui du comté de Phillips dans l'Arkansas, au début du mois d'octobre 1919, qui fit plus de 200 victimes.

Bien que totalement illégaux, la grande majorité des auteurs de lynchages n'ont jamais été traduits en justice. La suprématie blanche et les jurys exclusivement composés de blancs garantissaient aux auteurs, même s'ils étaient jugés, de ne jamais être condamnés.
Au tournant du 20ème siècle, les lynchages devenaient de plus en plus controversés à l'échelle nationale et internationale. Plusieurs mouvements et individus, dont la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), ont mené une campagne active pour mettre fin à cette pratique, en faisant pression pour des lois fédérales anti-lynchage. Cependant, ces efforts ont rencontré une forte résistance, en particulier de la part des Sénateurs du Sud des États-Unis.

Quelque 200 projets de loi contre les lynchages ont été présentés au Congrès entre la fin de la guerre civile et le mouvement des droits civiques, mais aucun n'a été adopté. Ce n'est qu'en 2022, 67 ans après la mort de Emmett Till, un enfant de 14 ans lynché le 28 août 1955 à Money dans le Mississippi, que le Congrès des États-Unis a adopté une législation contre les lynchages sous la forme de l'Emmett Till Antilynching Act.
La pièce maîtresse de The National Memorial for Peace and Justice est une structure monumentale situé au sommet d'un petit monticule, composée de 805 colonnes suspendues de deux mètres de haut, chacune représentant un comté des États-Unis où un lynchage documenté a eu lieu. Les colonnes sont en acier Corten, un matériau qui rouille naturellement avec le temps. Le nom des victimes, quand il est connu, est inscrit sur chaque colonne, ainsi que la date du lynchage. Plus de 4400 Noirs tués lors de lynchages par terreur raciale entre 1877 et 1950 sont commémorés ici.

Autour du mémorial, des colonnes d'acier correspondant à celles qui sont suspendues dans le mémorial sont disposées en rangées sur le sol. Ces colonnes sont censées être temporaires, puisque l'Equal Justice Initiative, qui gère le lieu, demande aux représentants de chacun des comtés de réclamer leur colonne afin d'ériger un mémorial sur leur comté à la mémoire des victimes de lynchage.

Un espace de réflexion, Ida B. Wells Memorial Grove, est situé sur le site du mémorial en l'honneur d'Ida B. Wells, une journaliste, qui, dans les années 1890, a risqué sa vie pour rapporter que les lynchages étaient davantage liés à la concurrence économique entre les Noirs et les Blancs qu'à de véritables agressions de Noirs contre des Blancs.

Le site accueille également plusieurs sculptures, conçues pour susciter la réflexion et la discussion sur cet aspect sombre de l'histoire américaine.
À l'entrée du mémorial, vous découvrirez d'abord une sculpture de l'artiste ghanéen Kwame Akoto-Bamfo intitulée Nkyinkyim, qui signifie "tordu", un terme qui fait référence à un proverbe ghanéen, "la vie est un voyage tordu". La sculpture représente sept personnages enchaînés de tous âges et de tous sexes, et évoque le Passage du milieu, le voyage transatlantique effectué en bateau par les esclaves enlevés en Afrique et destinés à être exploités dans les Amériques.

Un autre œuvre, Guided by Justice, de l'américaine Dana King, est une représentation du boycott des bus de Montgomery pendant le mouvement des droits civiques. Elle représente trois femmes : une grand-mère, une enseignante et une femme enceinte, et vise à amener les visiteurs à reconsidérer la mythologie des héroïnes du boycott des bus : les figures historiques comme Rosa Parks détournent l'attention des milliers d'autres Noirs qui ont joué un rôle central dans le succès du boycott des bus. Les trois figures anonymes et les empreintes de pas adjacentes démontrent l'importance de ces "activistes silencieux".

Une autre sculpture, Raise Up de Hank Willis Thomas, qui représente dix hommes noirs enfermés dans un bloc de béton, les mains levées. Cette œuvre évoque la réalité et l'impuissance des Afro-Américains lorsqu'ils sont confrontés aux forces de l'ordre.

À proximité, une dernière section accueille plusieurs dizaines de panneaux en acier sur lesquels est gravé le récit de plusieurs lynchages ayant eu lieu aux États-Unis. Des panneaux identiques ont été érigés par l'Equal Justice Initiative sur les lieux où se déroulèrent ces drames.

- 417 Caroline Street
- Du mercredi au dimanche, de 9h à 17h
- 5$ par personne de plus de 6 ans
- legacysites.eji.org
Notez que votre billet donne aussi accès à The Legacy Museum.
Un système de navettes gratuites est mis à disposition entre The National Memorial for Peace and Justice et The Legacy Museum : From Enslavement to Mass Incarceration, vous permettant de combiner facilement la visite des deux lieux.

À l'entrée du mémorial, un jardin commémoratif, Peace and Justice Memorial Garden, offre un cadre serein et magnifique pour la réflexion et le souvenir.

En face du mémorial, de l'autre côté de la route, se trouve le Peace and Justice Memorial Center, qui accueille des événements communautaires avec des artistes, des écrivains et des universitaires de renom.
Devant le bâtiment, un monument commémore 24 personnes tuées lors d'attaques à caractère raciste dans les années 1950, dont Emmett Till.
Plus d'informations sur Montgomery
Par dommm063
Mis à jour le 26 avril 2026