King Street
King Street est bien plus qu'une simple voie de circulation : c'est le véritable cœur battant de Charleston, une artère emblématique qui capture l'essence même de cette ville. À la fois témoin privilégié de l'histoire américaine et centre névralgique de la vie culturelle moderne, cette rue incarne le mariage réussi entre le charme d'antan et le dynamisme contemporain.
Elle est souvent citée comme l'une des avenues les plus belles des États-Unis, reflétant l'élégance et l'hospitalité légendaires de la Caroline du Sud.

Situation
Véritable colonne vertébrale de Charleston, King Street est l'axe majeur qui structure la géographie de la ville. Située en plein centre, cette artère historique traverse la péninsule de part en part, filant (presque) tout droit du Nord, depuis la sortie des voies rapides, jusqu'à la pointe Sud de la ville. Voir le plan de situation de King Street.
Temps de visite
Pour un simple aller-retour à pied le long de King Street et capter l'ambiance générale de chaque section, comptez quelques heures. Mais si vous souhaitez vraiment profiter de ce que l'artère a à offrir, il faut prévoir beaucoup plus de temps : une demi-journée minimum pour flâner dans les boutiques, s'arrêter prendre un café en terrasse, explorer les galeries d'art ou les enseignes qui vous tentent.
Et si vous voulez découvrir King Street sous toutes ses facettes, revenez en fin de journée ou en soirée, surtout dans Upper King, pour voir la rue s'animer autour des bars et restaurants. Vous pouvez facilement y consacrer une journée entière entre shopping, pauses gourmandes et exploration nocturne.
À voir, à faire
Visualisez l'ensemble des points d'intérêt présentés ci-dessous sur cette carte.
King Street

Située en plein centre de Charleston Historic District, King Street agit comme la colonne vertébrale de la péninsule. Elle traverse la ville de part en part, suivant un axe Nord-Sud qui structure l'urbanisme local. Cette position centrale en fait le point de repère idéal pour tout visiteur : peu importe où vous vous trouvez dans le centre-ville, King Street n'est jamais bien loin et sert de boussole naturelle pour s'orienter.

Son nom royal n'est pas un hasard : King Street rend hommage au roi Charles II d'Angleterre. Ce choix toponymique rappelle les profondes racines coloniales de la ville, fondée en 1670. À l'origine, Charleston était une colonie britannique fidèle, et nommer son artère principale d'après le monarque régnant était une marque de loyauté pour les premiers colons.

Historiquement, dès le milieu du 18ème siècle, King Street, alors connue sous le nom de "The Broad Path", servait de route principale pour entrer et sortir de Charleston. C'était la voie terrestre majeure reliant le port, vital pour le commerce transatlantique, à l'intérieur des terres et aux plantations. Au fil des décennies, elle est devenue le théâtre de la vie urbaine, commerciale et politique, voyant défiler les charrettes de marchandises, les troupes militaires et les cortèges officiels, s'imposant comme l'axe vital de la cité.
Au 19ème siècle, King Street a consolidé son statut d'artère commerçante majeure. Les échoppes de fortune ont laissé place à des bâtiments en brique plus cossus, abritant des commerces au rez-de-chaussée et des habitations aux étages. Cette vocation mercantile ne s'est jamais démentie, bien que la rue ait connu des cycles de prospérité et de déclin, nécessitant des efforts constants de modernisation, de conservation et de restauration pour adapter ce patrimoine ancien aux exigences de chaque nouvelle époque.
Après une période plus difficile au milieu du 20ème siècle, King Street a connu une renaissance spectaculaire dans les années 1990 et 2000. Grâce à un plan de revitalisation ambitieux mené par la municipalité (élargissement des trottoirs, enfouissement des câbles, éclairage soigné), elle est redevenue le cœur commercial incontesté du centre-ville. C'est aujourd'hui une destination touristique et branchée, où le passé côtoie le présent avec une fluidité remarquable.

Si la rue s'étire sur toute la longueur de la péninsule de Charleston, ce sont ses trois derniers kilomètres, entre Line Street et la pointe Sud de la péninsule, qui sont les plus intéressants à découvrir. Cette portion de King Street se divise en trois secteurs distincts, chacun possédant sa propre identité et son atmosphère particulière. Cette segmentation naturelle permet de varier les plaisirs et les découvertes tout au long de votre promenade sur cette artère mythique.
Tout au Nord, le secteur Upper King (grosso modo entre Spring Street et Calhoun Street) est le quartier qui monte. C'est la zone la plus "tendance", réputée pour sa vie nocturne animée, ses galeries d'art contemporain et son art urbain. C'est ici que l'on trouve les bars à cocktails les plus créatifs, des restaurants réputés au design soigné et des boutiques de décoration intérieure à la pointe de la mode. L'ambiance y est jeune, dynamique et résolument moderne.
La vie nocturne y est particulièrement animée. Les terrasses se remplissent, les enseignes néon des bars s'allument, et une foule cosmopolite envahit les trottoirs pour profiter de la douceur des soirées caroliniennes, faisant de cette partie de la rue un lieu de fête incontournable.

Au centre, Middle King (entre Calhoun Street et Broad Street) constitue le cœur commerçant traditionnel de la ville, souvent appelé le "Fashion District". C'est une zone très animée où se mélangent les grandes enseignes nationales, les boutiques de luxe et les hôtels historiques majestueux. C'est le lieu de prédilection pour le shopping, où les vitrines impeccables attirent les foules dans un cadre architectural élégant.

Enfin, au Sud de Broad Street, Lower King change radicalement de visage pour devenir le quartier des antiquaires. L'atmosphère y est beaucoup plus calme, résidentielle et imprégnée du "Vieux Sud". On y flâne entre des hôtels particuliers somptueux, des galeries d'art haut de gamme et des magasins d'antiquités regorgeant de trésors, loin de l'agitation commerciale du Nord.

Si vous avez la chance d'être à Charleston le deuxième dimanche du mois, ne manquez pas le Second Sunday on King. De midi à 17h, la ville ferme la rue à la circulation automobile (entre Queen Street et Calhoun Street), la rendant entièrement piétonne. C'est un moment privilégié où les restaurants installent leurs tables sur la chaussée, où des musiciens jouent à chaque coin de rue et où les habitants comme les touristes se réapproprient l'espace public dans une ambiance conviviale et festive.
Enfin, impossible de parler de King Street sans évoquer la gastronomie. Souvent citée par les magazines spécialisés comme l'une des meilleures rues commerçantes et gourmandes du pays, elle concentre une densité impressionnante de restaurants primés. Que vous cherchiez une cuisine du Lowcountry revisitée, des fruits de mer ultra-frais ou une table internationale, King Street est l'épicentre culinaire où se joue la réputation gastronomique de Charleston.
La meilleure façon de découvrir King Street est sans conteste à pied. C'est une rue qui invite à la déambulation lente, le nez en l'air. On prend le temps de marcher sur les trottoirs pavés ou en pierre bleue, de s'arrêter devant une vitrine, de traverser pour mieux voir un bâtiment, profitant simplement de l'ambiance unique qui se dégage de cette artère historique.

L'architecture et l'urbanisme de King Street sont un véritable livre d'histoire à ciel ouvert. Une multitude de styles architecturaux se côtoient sans heurts : du style Colonial sobre aux fioritures du Victorien, en passant par la rigueur du Fédéral, l'élégance de l'Art Déco ou la puissance du Néo-Roman. Cette hétérogénéité, loin d'être chaotique, fait tout le charme de la rue, racontant les différentes époques de construction et de reconstruction de la ville.
Vous pourrez ainsi admirer des bâtiments magnifiques qui témoignent de la richesse passée de Charleston. Certains immeubles commerciaux du 19ème siècle arborent encore leurs façades en fonte, tandis que d'autres, plus récents (années 1920-1940), affichent des lignes épurées ou des marquises de cinéma rétro. C'est cette diversité qui rend la promenade visuellement captivante, chaque bloc réservant son lot de surprises architecturales.

Cette harmonie visuelle est le fruit d'une politique de préservation stricte. Le BAR (Board of Architectural Review), créé dès 1931 (une première aux États-Unis), joue un rôle crucial pour conserver l'intégrité des façades historiques. Même si les commerces se modernisent à l'intérieur, leurs extérieurs doivent respecter des règles précises, garantissant que King Street conserve son cachet d'antan malgré l'évolution des usages.

En levant les yeux, soyez attentifs aux détails architecturaux remarquables : les balcons en fer forgé finement travaillés, héritage des artisans locaux, les portes colorées qui tranchent avec la brique, ou encore les corniches décoratives. L'utilisation fréquente de couleurs pastel (rose pâle, bleu ciel, jaune crème, vert menthe) sur les façades, inspirée des Caraïbes, adoucit la rigueur des bâtiments et donne à la rue cette lumière si particulière, douce et chaleureuse.
Pourquoi ces couleurs pastel ? Cette palette, souvent associée à l'architecture coloniale des Antilles, s'est imposée à Charleston pour des raisons climatiques (renvoyer la chaleur) mais aussi esthétiques. Elle rappelle le lien historique fort entre la ville et les îles comme la Barbade, d'où venaient nombre des premiers colons, apportant avec eux ce goût pour les teintes gaies et tropicales qui résistent bien au Soleil du Sud.

Il est difficile de rendre justice à King Street tant cette rue aligne de bâtiments remarquables, tous plus photogéniques les uns que les autres. Impossible de présenter chaque édifice en détail, mais voici un parcours qui met en avant quelques-uns des plus beaux exemples, du Nord vers le Sud, comme si vous descendiez doucement vers le port.
Read Building, au 593 King Street, date de 1912-1914 et constitue un exemple rare et très bien conservé d'immeuble commercial construit avant la Première Guerre mondiale, avec trois étages en brique organisés selon un schéma typique de "two-part commercial block" : un rez-de-chaussée largement vitré pour l'activité marchande, surmonté d'étages plus sobres abritant des logements. Construit pour le marchand Frank Read, immigré letton, il a gardé sa grande salle de vente sur deux niveaux et ses appartements du dernier étage, ce qui lui a valu une inscription récente au National Register of Historic Places.
Un peu plus loin, Karesh Building, au 545 King Street, est un immeuble victorien de style italianisant de la fin du 19ème siècle, avec ses ouvertures hautes et étroites, sa corniche marquée et sa maçonnerie de brique soigneusement appareillée, typique de l'essor commercial de ce secteur de Upper King à cette époque.
Situé au 494 King Street, l'ancien grand magasin Bluestein Brothers est une véritable institution locale dont l'histoire se confond avec l'évolution commerciale de Charleston. Fondée vers 1883 par une famille d'immigrants juifs, l'entreprise Bluestein est restée une affaire familiale prospère pendant plus d'un siècle, habillant des générations de Charlestoniens. Le bâtiment actuel, acquis en 1907 et reconstruit en 1913, a traversé les époques et les épreuves, survivant notamment à un incendie dévastateur en 1987. Sa restauration, encouragée par la municipalité, a d'ailleurs marqué le point de départ symbolique de la revitalisation du quartier de Upper King, transformant une zone alors délaissée en l'un des secteurs les plus dynamiques de la ville.

D'un point de vue architectural, l'édifice se distingue immédiatement par sa façade singulière qui rompt avec le classicisme traditionnel du sud de la péninsule. Entièrement recouverte de briques vernissées d'un bleu vibrant, elle arbore un style éclectique typique du début du 20ème siècle, conçu pour attirer l'œil des passants. Le sommet du bâtiment est couronné par une corniche élaborée et un fronton central affichant fièrement l'inscription "Bluestein Brothers Department Store", témoin indélébile de sa vocation première. Les grandes vitrines du rez-de-chaussée, autrefois remplies de vêtements pour hommes et d'articles de mercerie, sont surmontées de fenêtres aux encadrements contrastés qui rythment la verticalité de cette façade colorée, unique dans le paysage urbain de Charleston.

William Aiken House, dissimulée derrière ses murs jaunes au 456 King Street, est une vaste demeure construite au début du 19ème siècle pour un riche entrepreneur ferroviaire, aujourd'hui classée National Historic Landmark en raison de son importance architecturale et historique. Ce grand manoir de style fédéral et néoclassique, entouré de jardins, associe volumes élégants, porches à colonnes et détails raffinés, et sert aujourd'hui souvent de décor à des mariages et événements, offrant depuis son parc une vue originale sur l'animation de Upper King.

En continuant vers le Sud, le 446 King Street abrite American Theater, un ancien cinéma inauguré en 1942, superbe exemple d'architecture Art déco tardive avec sa façade géométrique, sa marquise lumineuse et sa grande enseigne verticale qui ont été popularisées par le film The Notebook.

Un peu plus bas, à l'angle de Vanderhorst Street, Radcliffe-Aimar Building, au 409 King Street, est un bâtiment d'angle historique qui a longtemps accueilli une pharmacie, mêlant rez-de-chaussée largement ouvert et étages plus massifs, et marquant par sa présence la transition entre la zone très commerçante et les quartiers résidentiels voisins.

Marion Square, situé au croisement de King Street et Calhoun Street, est un vaste parc rectangulaire qui fut longtemps un terrain de parade militaire avant de devenir un espace vert central, encadré de bâtiments historiques, où se tiennent aujourd'hui marchés, festivals et événements qui contribuent fortement à l'animation de King Street.
Juste en face de Marion Square, au 405 King Street, se dresse St. Matthew's Lutheran Church, une spectaculaire église achevée en 1872, un chef-d'œuvre du style néo-gothique (Gothic Revival). Sa caractéristique la plus frappante est sans conteste sa flèche vertigineuse qui, avec ses 78 mètres de haut, fut le point culminant de la ville pendant près d'un siècle.

La structure est entièrement réalisée en brique rouge sombre, rythmée par des détails en pierre claire qui soulignent les arcs brisés (ogives) des fenêtres, les contreforts massifs et les pinacles décoratifs. L'intérieur est tout aussi impressionnant avec ses voûtes élancées, ses vitraux colorés et son orgue majestueux. L'ensemble, à la fois puissant et élégant, incarne parfaitement l'idéal romantique et spirituel de l'architecture gothique.

Dominant tout ce secteur, Francis Marion Hotel, au 387 King Street, est un grand hôtel de 12 étages ouvert en 1924, alors plus grand établissement des Carolines, construit dans un style inspiré des gratte-ciel urbains de l'époque, avec un soubassement plus orné et des étages supérieurs rythmés par de hautes fenêtres régulières. Nommé en l'honneur du héros de la Révolution américaine Francis Marion, il a été soigneusement restauré dans les années 1990 et sert aujourd'hui d'icône à la fois pour la skyline de Charleston et pour la renaissance de Upper King, tout en offrant depuis ses chambres de belles vues sur Marion Square et les clochers voisins.

Tout près, au 381 King Street, Enston Building est un joli immeuble teinté de rose qui vient adoucir le paysage urbain par sa couleur pastel, typique des choix chromatiques de Charleston, et ses ouvertures symétriques encadrées de moulures sobres qui dialoguent avec les bâtiments plus imposants de Marion Square.

Plus au Sud, Garden Theatre, aujourd'hui englobé dans un ensemble commercial autour du 371 King Street, fut construit en 1917 comme premier cinéma de Charleston dédié exclusivement aux productiosn du 7ème art, dans un style Beaux-Arts avec une entrée monumentale voûtée et une façade symétrique. Si la salle a été reconvertie, la façade a été en grande partie préservée et intégrée aux boutiques, ce qui permet encore d'en lire la silhouette d'origine.

En descendant vers la partie centrale de King Street, Poppenheim Building, au 363 King Street, se distingue par sa façade victorienne très travaillée de 1891, en brique pressée et éléments de terre cuite, conçue dans un esprit néo-roman richardsonien pour abriter à l'origine la quincaillerie Poppenheim. On y remarque les grandes baies en plein cintre, la sophistication du décor de maçonnerie et la forte corniche qui coiffe l'ensemble, autant de détails qui racontent la prospérité commerciale de la fin du 19ème siècle.

Juste en face, au 360 King Street, un ancien bâtiment commercial du 19ème siècle a été réhabilité de manière exemplaire : derrière une structure d'origine en brique et acier, les espaces intérieurs ont été adaptés à de nouveaux usages tout en conservant le rythme des travées et l'aspect traditionnel de la façade sur rue, illustrant bien la manière dont King Street marie patrimoine et modernité.
Un peu plus bas, Sottile Theatre, au 329 King Street (dans les faits, son entrée principale se trouve au 44 George Street), ancien Gloria Theatre des années 1920, est une autre salle de spectacle historique aujourd'hui gérée par College of Charleston. Derrière sa façade de cinéma de quartier se cache un auditorium restauré qui accueille concerts, spectacles et projections, perpétuant la vocation culturelle de cette portion de King Street.

Au 281 King Street, l'ancien magasin Kress présente une façade typiquement Art déco des grands magasins américains des années 1930, avec ses lignes géométriques, son décor stylisé et son nom autrefois inscrit en grandes lettres sur la corniche, rappelant l'époque où ces chaînes dominaient les rues commerçantes du pays.

Au 270 King Street, Masonic Temple s'impose par son architecture monumentale qui domine le carrefour avec Wentworth Street. Construit en 1872, cet édifice massif affiche un mélange de néo-roman et de victorien tardif, caractérisé par ses arcs en plein cintre, ses baies jumelées et sa corniche richement moulurée, qui rappellent le rôle des loges maçonniques dans la vie sociale du Charleston du 19ème siècle.

Moses Levy Building, au 254 King Street, est un bâtiment commercial historique longtemps occupé par une grande quincaillerie, avec une façade en brique animée par de hautes fenêtres régulières, un rez-de-chaussée vitré et des détails sobres qui témoignent de son usage marchand continu depuis la fin du 19ème siècle.
Juste en face, au 253 King Street, Carrington-Thomas Building, érigé vers 1890 pour abriter un magasin de vêtements pour hommes, a connu une transformation majeure en 1918 lorsqu'il a été rénové pour accueillir la Liberty & Citizens' Bank. C'est cette intervention qui lui a conféré sa façade actuelle de style Beaux-Arts, caractérisée par un élégant portique à fronton soutenu par des colonnes ioniques et une entrée voûtée ornée d'une console centrale. Bien que le bâtiment soit aujourd'hui occupé par une bijouterie, il possède la particularité rare d'avoir conservé son intérieur de banque d'origine.
The Riviera Theatre, au 227 King Street, est un superbe cinéma Art déco de 1939, restauré avec soin : sa façade symétrique, ses pilastres stylisés, ses motifs géométriques et sa marquise rétro en font l'un des bâtiments les plus photographiés de Middle King.

Un peu plus au sud, Silcox Building, au 191 King Street, est un immeuble commercial du début du 20ème siècle qui complète harmonieusement l'alignement, avec sa brique sobre et ses ouvertures régulières, illustrant la densification progressive de cette partie de King Street à mesure qu'elle gagnait en importance commerciale.
Enfin, en s'approchant du secteur le plus résidentiel et feutré de Lower King, le bâtiment de la Charleston Library Society, au 164 King Street, attire le regard avec sa façade Beaux-Arts de 1914, marquée par un fronton, des pilastres et de grandes baies régulières, abritant l'une des plus anciennes sociétés savantes et bibliothèques privées du pays, fondée au milieu du 18ème siècle. Cet élégant édifice de pierre claire résume bien l'alliance entre culture et prestige social qui caractérise cette portion de la rue.

Un peu plus loin, au 114 King Street, le bâtiment qui abrite aujourd'hui la maison de vêtements Berlin's perpétue la tradition des commerces familiaux de King Street, dans un immeuble de gabarit modeste dont la façade sobre, rythmée par des vitrines au rez-de-chaussée et des fenêtres régulières à l'étage, s'intègre parfaitement au tissu d'hôtels particuliers et de boutiques haut de gamme qui donne à ce secteur son atmosphère de "Vieux Sud" élégant.

Passé l'intersection avec Broad Street, King Street change radicalement d'atmosphère pour traverser le prestigieux quartier résidentiel de South of Broad. L'agitation commerciale laisse place à la quiétude des rues pavées et à l'élégance du "Vieux Charleston". Vous déambulerez entre de somptueux hôtels particuliers, souvent cachés derrière de hauts murs ou des grilles en fer forgé finement ouvragées, témoignant de la richesse historique des familles de planteurs et de marchands qui s'y sont établies.
Unitarian Church

Située au 4 Archdale Street, à deux pas de l'agitation de King Street, Unitarian Church est une halte incontournable pour les amateurs d'architecture et de romantisme. Plus ancienne église unitarienne du Sud des États-Unis et deuxième plus ancien édifice religieux de la péninsule de Charleston, elle surprend par son allure de château anglais et, surtout, par le jardin-cimetière enchanteur qui l'entoure.
L'histoire du bâtiment est mouvementée. La construction débute en 1772 pour servir de seconde église à la congrégation "Society of Dissenters" (qui deviendra plus tard la Circular Congregational Church), devenue trop nombreuse. Cependant, la Révolution américaine interrompt brutalement les travaux. Durant l'occupation britannique, le bâtiment inachevé est réquisitionné pour servir de caserne et même d'écurie pour les chevaux de l'armée anglaise ! Il ne sera finalement consacré au culte qu'en 1787. En 1839, la congrégation adopte officiellement la foi unitarienne. Le bâtiment a survécu à tout : l'occupation militaire, le grand incendie de 1861, le tremblement de terre dévastateur de 1886 et l'ouragan Hugo.

L'apparence actuelle de l'église date d'une rénovation majeure entreprise en 1852 par l'architecte local Francis D. Lee. S'inspirant des grandes chapelles anglaises (comme celle de King's College à Cambridge ou la chapelle Henry VII de Westminster), il transforme l'édifice simple en un chef-d'œuvre du style néo-gothique anglais (English Perpendicular Gothic Revival).
De l'extérieur, l'église ressemble à une forteresse spirituelle avec sa tour crénelée, ses fausses contreforts (ajoutés pour l'effet visuel plutôt que pour le soutien structurel) et ses grandes fenêtres en ogive. L'enduit recouvrant les briques d'origine a été travaillé pour imiter de gros blocs de pierre, donnant à l'ensemble une monumentalité impressionnante.

L'église est généralement ouverte aux visites les vendredis et samedis matin, ainsi que le dimanche après le service, mais il est prudent de vérifier les horaires sur leur site avant de venir.
L'intérieur est tout simplement spectaculaire et unique à Charleston. En levant les yeux, vous découvrirez un plafond orné d'une voûte en éventail (fan vaulting) d'une complexité rare aux États-Unis. Réalisée en lattis et plâtre, cette voûte crée une impression de légèreté et d'élévation céleste. Les vitraux colorés inondent la nef de lumière, et les symboles religieux traditionnels y côtoient des motifs plus universels, fidèles à la tradition unitarienne d'ouverture et de tolérance.

Ce qui rend ce lieu vraiment magique, c'est son cimetière (The Churchyard). Contrairement aux cimetières "manucurés" classiques, celui-ci est délibérément entretenu dans un style romantique sauvage. Les sentiers serpentent à travers une végétation luxuriante où les herbes folles, les fougères et les fleurs sauvages (camélias, roses, azalées) semblent avoir repris leurs droits sur les pierres tombales anciennes.

Cette esthétique de "chaos organisé" est voulue : elle symbolise le cycle de la vie et de la mort, où la nature embrasse et recycle la matière. C'est un havre de paix ombragé, peuplé d'oiseaux, qui offre une fraîcheur bienvenue en été. On y trouve également un mémorial poignant, construit avec les briques d'origine de l'église, dédié aux esclaves qui ont participé à la construction de l'édifice, reconnaissant ainsi leur contribution longtemps oubliée.
L'accès au cimetière est libre en journée et constitue d'ailleurs un passage clé de Gateway Walk, un sentier piétonnier qui traverse plusieurs cimetières et jardins du centre-ville.
College of Charleston

Fondé en 1770, College of Charleston (CofC) est bien plus qu'une simple université : c'est le cœur intellectuel et historique de la ville. En tant que 13ème plus ancienne institution d'enseignement supérieur des États-Unis et la plus ancienne au Sud de la Virginie, il a vu défiler l'histoire de la nation depuis ses bancs. Son campus, niché au cœur du centre-ville, à quelques pas à l'Ouest de King Street, au croisement de George Street et St Philip Street, est souvent cité comme l'un des plus beaux d'Amérique, mêlant avec grâce l'architecture classique, la végétation luxuriante et l'effervescence de la vie étudiante moderne.

Le joyau du campus est incontestablement Cistern Yard. Ce vaste espace vert, encadré par des bâtiments historiques aux tons ocre et rose (le fameux "Pompeian red"), tire son nom de l'immense citerne souterraine construite au 19ème siècle pour recueillir l'eau de pluie et lutter contre les inondations. Aujourd'hui recouverte d'une pelouse impeccable, la cour est ombragée par des chênes verts centenaires drapés de mousse espagnole, créant une atmosphère féerique. C'est ici, sur une scène dressée au-dessus de l'ancienne citerne, que se déroulent les cérémonies de remise des diplômes en mai, où les étudiants vêtus de blanc et de smokings perpétuent une tradition d'élégance unique.
Dominant Cistern Yard, Randolph Hall, construit en 1828-1829, est le bâtiment principal et le plus emblématique du collège. Avec son imposant portique à colonnes ioniques ajouté par l'architecte E.B. White en 1850, il incarne le style néo-grec et abrite aujourd'hui l'administration de l'établissement. Juste à l'entrée du campus sur George Street se trouve Porter's Lodge (1852), un autre chef-d'œuvre néo-grec qui sert de porte symbolique. Une tradition estudiantine veut que les nouveaux élèves passent sous son arche lors de leur premier jour ("The Convocation") et n'y repassent qu'une fois diplômés, sous peine de ne pas réussir leurs examens ! L'inscription grecque sur son fronton, "Gnothi Seauton" (Connais-toi toi-même), invite à la réflexion dès le seuil franchi.

Peu de visiteurs le savent, mais le collège abrite un musée exceptionnel et gratuit : Mace Brown Museum of Natural History. Situé dans School of Sciences and Mathematics Building, il présente une collection fascinante de plus de 3000 fossiles, principalement axée sur la paléontologie des mammifères marins d'Amérique du Nord. On peut y admirer des squelettes de baleines primitives qui nageaient ici il y a des millions d'années, ainsi que des restes de mégalodons et de paresseux géants, témoignant du riche passé préhistorique du Lowcountry.
Wilson-Sottile House est une élégante demeure victorienne située au 11 College Street, en plein cœur du campus du College of Charleston. Construite vers 1890-1891 pour Samuel Wilson, un riche marchand et banquier de la ville, elle est l'œuvre de l'architecte S. W. Foulk de Richmond, en Virginie. Son architecture de style Queen Anne se distingue par une façade très travaillée, avec une grande véranda sur deux niveaux et des détails décoratifs caractéristiques de la fin du 19ème siècle. La maison doit son nom actuel à la famille Sottile, qui en fit l'acquisition au début du 20ème siècle. College of Charleston l'a rachetée en 1964 et l'a d'abord utilisée comme résidence universitaire avant de la transformer en bureaux administratifs.

Photos
Cartes
Carte interactive de Charleston
Carte des quartiers de Charleston
Par dommm063
Mis à jour le 04 fĂ©vrier 2026




