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Broad Street

Symbole de l'élégance et du patrimoine de Charleston, Broad Street traverse le centre historique telle une vitrine de son passé prestigieux. Derrière ses rangées de palmiers, les demeures anciennes et les bâtiments institutionnels se succèdent, reflétant la prospérité de la ville à travers les siècles.

L'atmosphère y est calme et solennelle, presque hors du temps, invitant à marcher lentement pour admirer les façades travaillées, les porches ombragés et les détails d'architecture qui font tout le charme de cette avenue emblématique.

Broad Street
Broad Street

Situation

Située au Sud de la péninsule, Broad Street est l'un des axes Est-Ouest les plus emblématiques de Charleston. Elle s'étend de Cooper River, à l'Est, où elle bute sur l'imposant Old Exchange & Provost Dungeon, jusqu'aux rives paisibles de Ashley River, à l'Ouest. Voir le plan de situation de Broad Street.

Cette artère ne se contente pas de relier les deux fleuves : elle marque une véritable frontière symbolique au sein de la ville. Broad Street sépare les quartiers résidentiels les plus exclusifs de South of Broad du reste du centre-ville, plus commercial et animé vers le Nord. À l'Est, la rue est bordée de bâtiments historiques abritant cabinets d'avocats, galeries d'art et restaurants raffinés, tandis qu'à l'Ouest, elle traverse des secteurs plus résidentiels jusqu'au charmant Colonial Lake.

Temps de visite

Pour une découverte "essentielle" de Broad Street, comptez quelques heures : le temps de parcourir la rue tranquillement, de vous arrêter aux points d'intérêt les plus visibles (comme le secteur de Fuor Corners of Law) et de prendre quelques photos. Cette durée convient si vous voulez surtout comprendre où vous êtes dans le centre historique et sentir l'atmosphère du quartier.

Prévoyez nettement plus de temps si vous voulez approfondir, car les visites s'additionnent vite : Old Exchange & Provost Dungeon demande à lui seul un vrai créneau si vous désirez le visiter, et vous pouvez facilement compléter avec une ou deux églises du secteur, puis la cathédrale (en prenant le temps d'admirer l'intérieur, les détails architecturaux et l'ambiance). Dans ce cas, une demi-journée est plus confortable, et vous pouvez même revenir une seconde fois à un autre moment (plus calme en journée, plus agréable en fin d'après-midi) pour mieux profiter de cette splendide avenue.

À voir, à faire

Visualisez l'ensemble des points d'intérêt présentés ci-dessous sur cette carte.

Broad Street

Broad Street
Broad Street
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Traversant la péninsule d'Est en Ouest, Broad Street relie symboliquement Cooper River à Ashley River. C'est l'une des rares voies à offrir une telle perspective transversale. Cependant, pour le visiteur, toute l'attention se concentre sur sa partie orientale, qui s'étire depuis les quais historiques jusqu'aux quartiers résidentiels plus à l'Ouest. C'est sur ce tronçon Est que se raconte l'essentiel de l'histoire politique, juridique et financière de la ville.

Broad Street
Broad Street

Plus qu'une simple rue, Broad Street est une véritable allégorie du pouvoir. Autrefois surnommée "Wall Street of Charleston", elle fut le centre névralgique de la finance et du droit de la Caroline du Sud. Banques, cabinets d'avocats, compagnies d'assurance et institutions gouvernementales s'y sont installés au fil des siècles, et cette vocation est encore visible aujourd'hui dans la pierre de ses édifices officiels et la splendeur de ses anciennes résidences d'élite.

Broad Street
Broad Street

Les origines de la rue remontent à la fondation même de la ville. Elle apparaît comme l'axe central Est-Ouest dès le premier plan d'urbanisme de Charleston, le "Grand Modell" de 1680. Sa largeur exceptionnelle pour l'époque en faisait l'artère civique majeure de la cité, reliant le port commercial sur Cooper River aux quartiers résidentiels, et divisant symboliquement la ville en deux.

Broad Street
Broad Street

Son nom lui vient tout simplement de sa largeur exceptionnelle pour l'époque. Avec près de 30 mètres de large, elle contrastait de manière saisissante avec les ruelles étroites et sinueuses du vieux Charleston. Cette ampleur n'était pas un hasard : elle était conçue pour accueillir les charrettes, les marchandises et le flot de personnes qui faisaient la richesse de la colonie.

Broad Street
Broad Street

Le rôle historique de Broad Street a évolué avec la ville. D'abord lieu de résidence privilégié de l'élite coloniale, des riches marchands et des planteurs, elle s'est progressivement transformée en centre financier et juridique après la Révolution américaine. Sa proximité avec le port, les tribunaux et le siège du gouvernement en a fait l'adresse la plus prestigieuse pour les affaires et le pouvoir.

Broad Street
Broad Street

Le cœur symbolique et physique de Broad Street se trouve à l'intersection avec Meeting Street. Surnommée The Four Corners of Law, cette intersection est unique aux États-Unis, car elle concentre aux quatre coins les différentes formes de l'autorité qui régissent la société. C'est un véritable cours d'instruction civique à ciel ouvert, où chaque bâtiment incarne un pilier du droit.

St. Michael's Anglican Church & U.S. Post Office and Courthouse
St. Michael's Anglican Church & U.S. Post Office and Courthouse

Commencez votre promenade architecturale le long de Broad Street à son extrémité Est, près du port. En remontant la rue, le charme opère grâce à une architecture hétéroclite mais harmonieuse. Le style géorgien des premières résidences côtoie la pierre massive des banques néoclassiques et la brique rouge des édifices commerciaux victoriens. Ce qui lie l'ensemble, c'est ce sens du détail si propre à Charleston : la dentelle de fer forgé des balcons et des portails, les couleurs pastel des façades en stuc qui captent la lumière, et l'omniprésence d'une végétation luxuriante qui s'échappe des jardins secrets.

Broad Street
Broad Street
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

À l'extrémité Est de Broad Street se dresse The Old Exchange & Provost Dungeon, un majestueux édifice achevé en 1771 et considéré comme l'un des plus importants bâtiments publics de l'époque coloniale américaine. Son architecture palladienne, œuvre de William Rigby Naylor, se caractérise par une symétrie parfaite, de hautes fenêtres vénitiennes et une élégance remarquable. Construit à l'origine comme bureau de douane et bourse de commerce, il a été le théâtre d'événements fondateurs. En décembre 1773, c'est ici que les colons protestèrent contre les taxes sur le thé imposées par les Britanniques, un acte de résistance qui précéda la fameuse Boston Tea Party. Durant la Révolution, les Britanniques utilisèrent ses caves comme cachot ("Provost Dungeon") pour emprisonner les patriotes américains. Son importance historique culmine en 1788, lorsque la Caroline du Sud y ratifie la Constitution des États-Unis, faisant de lui l'un des très rares édifices encore debout où fut approuvé ce document fondateur.

The Old Exchange & Provost Dungeon
The Old Exchange & Provost Dungeon
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Le bâtiment situé au 1 Broad Street abritait historiquement la Bank of South Carolina. Cet édifice construit en 1853 est un superbe exemple d'architecture néo-Renaissance (Italianate). Sa façade en grès brun (brownstone) est remarquable pour ses balcons en fer forgé arrondis qui épousent l'angle de la rue, une caractéristique rare et élégante. Construit par les architectes Jones & Lee, il a survécu aux bombardements de la Guerre de Sécession et au séisme de 1886, témoignant de la solidité de sa conception.

Bank of South Carolina
Bank of South Carolina
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Quelques pas plus loin, au 3 Broad Street, Walker, Evans & Cogswell Building attire l'attention malgré son apparence plus modeste. Construit vers 1853-1854 dans un style commercial victorien, il abritait la célèbre imprimerie et papeterie du même nom. C'est ici, sur ses presses, que furent imprimés les documents officiels de la Confédération, y compris les fameux billets de banque sudistes et l'Ordonnance de Sécession. L'architecture du bâtiment est typique des structures commerciales du milieu du 19ème siècle, avec de grandes baies vitrées au rez-de-chaussée pour exposer les marchandises et des étages supérieurs en brique rouge destinés aux ateliers. Bien que l'entreprise ait déménagé ses activités d'impression au début du 20ème siècle, le bâtiment a conservé son allure d'institution commerciale historique, aujourd'hui réhabilitée en bureaux et résidences.

Walker, Evans & Cogswell Building
Walker, Evans & Cogswell Building

En face, au 16 Broad Street, le bâtiment de la South Carolina National Bank impose sa présence. Construit en 1817, ce temple de la finance est l'un des plus anciens bâtiments bancaires encore debout aux États-Unis. Sa façade en stuc blanc est dominée par un fronton triangulaire classique, orné d'un aigle doré sculpté qui symbolise la puissance et la stabilité financière de la jeune nation. L'intérieur, avec sa grande salle des guichets sous une coupole, a conservé son atmosphère solennelle d'antan, rappelant l'époque où Broad Street était le centre financier incontesté de l'État.

South Carolina National Bank
South Carolina National Bank

Son voisin immédiat, au 18 Broad Street, de l'autre côté de State Street, est People's Building, surnommé le "premier gratte-ciel" de Charleston. Cet immeuble de 8 étages achevé en 1911 a suscité une vive controverse à sa construction, beaucoup craignant qu'il ne défigure la ligne d'horizon de la ville. Conçu dans un style néo-Renaissance, il présente une base en granit et des étages supérieurs en brique jaune et terre cuite. Le président William Howard Taft, en visite à Charleston, aurait admiré la vue depuis son sommet en déclarant : "Je ne croyais pas qu'il y avait une si belle vue au monde", ce à quoi un local aurait répondu ironiquement : "C'est parce que c'est le seul endroit d'où l'on ne voit pas People's Building !".

People's Building
People's Building
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Un peu plus loin, aux 60-64 Broad Street, se trouve Confederate Home. Derrière cette façade victorienne discrète se cache une histoire complexe. À l'origine une double maison de rapport construite vers 1800, le bâtiment a été transformé après la Guerre de Sécession (1867) en une institution caritative, le Home for Mothers, Widows, and Daughters of Confederate Soldiers. Il offrait un logement digne aux femmes de l'élite sudiste ruinées par la guerre. Son architecture est un mélange de strates, avec une structure fédérale ancienne modifiée par des ajouts victoriens, notamment un toit mansardé ajouté après le séisme de 1886. Les longues cours intérieures verdoyantes, typiques de Charleston, sont ici particulièrement profondes et paisibles.

Confederate Home
Confederate Home

En arrivant à l'intersection de Broad Street et Meeting Street, vous vous trouvez au carrefour unique des Four Corners of Law. Baptisé ainsi par Robert Ripley, on y trouve rassemblées les quatre institutions qui régissent la vie citoyenne : la Loi de Dieu, la Loi Fédérale, la Loi de l'État et la Loi Municipale.

Le bâtiment représentant la Loi de Dieu est St. Michael's Anglican Church, situé à l'angle Sud-Est du carrefour. C'est la plus ancienne église de la ville. Son architecture géorgienne, inspirée des églises londoniennes de Christopher Wren, est dominée par un clocher blanc de 57 mètres qui sert de repère aux marins depuis des siècles.

St. Michael's Anglican Church
St. Michael's Anglican Church
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Juste en face, à l'angle Sud-Ouest, le bâtiment représentant la Loi Fédérale est U.S. Post Office and Courthouse. Achevé en 1896, cet imposant édifice en granit gris de style néo-Renaissance contraste avec les bâtiments en stuc voisins. Avec ses détails architecturaux riches, ses bossages et sa tour d'angle, il représente la puissance du gouvernement fédéral à la fin du 19ème siècle, remplaçant un poste de police détruit par le tremblement de terre de 1886.

U.S. Post Office and Courthouse
U.S. Post Office and Courthouse

À l'angle Nord-Ouest, le bâtiment représentant la Loi de l'État est Charleston County Courthouse. Construit en 1792 sur les fondations de l'ancien capitole colonial qui avait brûlé, cet édifice néo-classique a été conçu par l'architecte irlandais James Hoban, qui utilisera plus tard ce modèle pour dessiner la Maison Blanche à Washington. Sa façade sobre et élégante, avec son portique à colonnes, incarne l'autorité judiciaire.

Charleston County Courthouse
Charleston County Courthouse
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Enfin, à l'angle Nord-Est, le bâtiment représentant la Loi Municipale est Charleston City Hall. Construit entre 1800 et 1804, ce bâtiment n'était pas destiné à être une mairie, mais une branche de la First Bank of the United States. Conçu par Gabriel Manigault dans un style Adamesque raffiné, il présentait à l'origine une façade en brique rouge contrastant avec des bordures en marbre blanc importé d'Italie, une élégance qui a été modifiée en 1882 lorsque les murs ont été recouverts de stuc. Il abrite aujourd'hui, outre les bureaux du maire, une galerie de portraits historiques inestimable dans la salle du conseil.

City Hall
City Hall

Caché dans la petite enclave de Courthouse Square, juste derrière Charleston County Courthouse, se trouve The Blake Tenements, un trésor architectural qui figure parmi les édifices les plus anciens de Charleston. Construit entre 1760 et 1772 par Daniel Blake, un riche planteur, ce bâtiment imposant est un exemple exceptionnel de double habitation (double tenement) de style géorgien. Sa singularité réside dans son architecture très britannique, typique des maisons urbaines du 18ème siècle, avec une façade en brique disposée selon l'appareil flamand (Flemish bond), une élévation de trois étages et demi sur un haut sous-sol, et un toit à pignon abrupt percé de lucarnes. Contrairement à la célèbre Charleston Single House orientée vers le Sud pour capter la brise, ce bâtiment massif adopte un plan plus conventionnel, rappelant les origines anglaises de la colonie.

The Blake Tenements
The Blake Tenements
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

En continuant vers l'Ouest, vous passerez devant David Ramsay House au 92 Broad Street. Cette maison géorgienne en bois, construite vers 1740, est l'une des plus anciennes de la rue. Elle fut la résidence du Dr. David Ramsay, médecin, patriote et l'un des premiers grands historiens de la Révolution américaine. L'architecture est typique du milieu du 18ème siècle, avec une asymétrie de façade et de beaux panneaux de bois intérieurs. Elle a été surélevée et modifiée au fil du temps, illustrant l'évolution des besoins de ses occupants.

David Ramsay House
David Ramsay House

Impossible de manquer l'éclatante façade jaune doré de Peter Bocquet House, qui illumine le trottoir du 95 Broad Street. Construite vers 1770, cette imposante demeure est un exemple classique de l'architecture géorgienne de Charleston, édifiée pour le Major Peter Bocquet Jr., un riche marchand et planteur descendant d'immigrants huguenots. Sa structure en brique est recouverte d'un stuc peint qui lui confère cette couleur chaude et si distinctive, la faisant ressortir parmi les autres édifices du quartier. Conçue à l'origine comme un bâtiment à usage mixte, elle abritait les activités commerciales de son propriétaire au rez-de-chaussée tandis que les étages supérieurs étaient réservés à la résidence privée de la famille, une configuration typique des grandes maisons marchandes de l'époque. Si sa façade est relativement sobre malgré sa teinte vive, l'intérieur est réputé pour la qualité exceptionnelle de ses boiseries, témoignage du savoir-faire des artisans de l'époque pré-révolutionnaire.

Peter Bocquet House
Peter Bocquet House
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Au 110 Broad Street, William Harvey House, construite vers 1728, est un des rares édifices ayant survécu aux grands incendies qui ont ravagé le quartier. C'est une maison pré-révolutionnaire en brique recouverte de stuc, qui a servi de résidence au gouverneur royal James Glen au milieu du 18ème siècle. Son style est sobre, presque austère, typique des premières constructions géorgiennes de la colonie, avant l'arrivée des ornements plus fastueux.

William Harvey House
William Harvey House

Un peu plus loin, au 116 Broad Street, se dresse John Rutledge House. Cette magnifique demeure de 1763 a été construite pour John Rutledge, figure clé de l'histoire américaine : premier gouverneur de Caroline du Sud, signataire de la Constitution et juge à la Cour Suprême. L'architecture est remarquable, notamment pour ses grilles en fer forgé ajoutées au 19ème siècle, qui intègrent des motifs d'aigles et de palmiers, considérées parmi les plus belles de la ville.

John Rutledge House
John Rutledge House
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Juste en face, au 117 Broad Street, se trouve Edward Rutledge House, demeure du frère de John Rutledge. Edward Rutledge fut le plus jeune signataire de la Déclaration d'Indépendance américaine en 1776, à seulement 26 ans, et fut aussi gouverneur de Caroline du Sud de 1798 jusqu'à sa mort en 1800. Construite vers 1760 puis remaniée, cette maison en bois sur un haut soubassement en brique est un bel exemple d'architecture domestique coloniale tardive. Elle a été transformée et agrandie à l'époque victorienne, mais conserve son noyau historique.

Edward Rutledge House
Edward Rutledge House

Dominant le paysage au 118 Broad Street, Cathedral of St. John the Baptist impressionne par sa couleur brune caractéristique et ses dimensions. L'édifice néo-gothique actuel a été commencé en 1890 pour remplacer la cathédrale précédente détruite par l'incendie de 1861. L'intérieur est vaste et lumineux, orné de vitraux fabriqués à Munich. Fait rare : la flèche prévue à l'origine n'a été ajoutée qu'en 2010, achevant enfin le projet architectural plus d'un siècle après sa conception.

Cathedral of St. John the Baptist
Cathedral of St. John the Baptist
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Enfin, au 180 Broad Street, Cooper-O'Connor House est une imposante demeure de style Greek Revival construite vers 1855. Elle se distingue par son histoire durant la Guerre de Sécession : elle fut utilisée par les Confédérés pour emprisonner des officiers de l'Union capturés, les plaçant délibérément "sous le feu" des canons fédéraux qui bombardaient la ville, dans une tentative désespérée de faire cesser les tirs.

Cooper-O'Connor House
Cooper-O'Connor House

The Old Exchange & Provost Dungeon

The Old Exchange & Provost Dungeon
The Old Exchange & Provost Dungeon

Situé à l'extrémité Est de Broad Street, au carrefour avec East Bay Street, The Old Exchange & Provost Dungeon est bien plus qu'un simple monument : c'est l'un des trois édifices publics coloniaux les plus importants d'Amérique encore debout, aux côtés de Faneuil Hall à Boston et de l'Independence Hall à Philadelphie. Achevé en 1771, il domine le paysage urbain de sa silhouette blanche et imposante, rappelant le rôle central de Charleston dans la naissance des États-Unis.

L'architecture extérieure du bâtiment, conçue par William Rigby Naylor, est un superbe exemple du style palladien anglais, très en vogue au 18ème siècle. Sa symétrie rigoureuse, ses proportions harmonieuses et ses élégantes fenêtres vénitiennes (ou serliennes) témoignent de la richesse et du raffinement de la ville à l'époque coloniale. Après avoir subi des modifications à l'époque victorienne, l'édifice, aujourd'hui géré par les Daughters of the American Revolution, a bénéficié d'une restauration minutieuse pour retrouver sa splendeur géorgienne d'origine, notamment ses arcades au rez-de-chaussée qui servaient autrefois de marché couvert.

The Old Exchange & Provost Dungeon
The Old Exchange & Provost Dungeon

Achevé en 1771, le bâtiment, qui servait à l'origine de bureau de douane royal et de bourse de commerce, joua un rôle clé dans les tensions pré-révolutionnaires. En décembre 1773, les colons y saisirent et stockèrent des centaines de caisses de thé arrivées sur un navire britannique pour protester contre le Tea Act, un événement fondateur qui précéda la Boston Tea Party et symbolisa la résistance aux taxes imposées par Londres sans représentation des colonies. Cette protestation pacifique mais déterminée marqua l'engagement de Charleston dans le mouvement d'indépendance.

Durant la Révolution américaine, après la chute de Charleston en 1780, les Britanniques occupèrent le bâtiment et transformèrent ses caves humides en Provost Dungeon, un cachot sinistre où ils enfermèrent des centaines de patriotes, dont des officiers et des civils soupçonnés de trahison. Les conditions y étaient effroyables, avec des détenus enchaînés dans l'obscurité, et beaucoup y périrent de maladie ou de mauvais traitements avant la retraite britannique en 1782. Plus tard, en 1788, la pièce principale de l'édifice, Great Hall, vit la Caroline du Sud ratifier la Constitution des États-Unis, et en 1791, George Washington y fut reçu lors d'un grand bal en son honneur.

De nos jours, il est possible de visiter The Old Exchange & Provost Dungeon. Les deux étages supérieurs accueillent une exposition en visite libre qui retrace les multiples vies du bâtiment : bureau de douane royal, bourse de commerce et salle de bal prestigieuse où fut accueilli le président George Washington en 1791. Des guides sont présents à travers le bâtiment pour répondre aux questions, partager des anecdotes historiques et accompagner les visiteurs de tous âges.

The Old Exchange & Provost Dungeon
The Old Exchange & Provost Dungeon

La partie la plus saisissante se trouve au sous-sol et se découvre uniquement via une visite guidée de 25 minutes incluse dans le prix du billet. Le Provost Dungeon (la prison du prévôt) offre un contraste brutal avec le faste des étages. C'est dans ces caves voûtées en briques que les forces britanniques ont emprisonné de nombreux patriotes américains durant la Guerre d'Indépendance. Votre guide vous plongera dans l'ambiance sombre de l'époque, évoquant les conditions de détention et les destins des prisonniers.

The Old Exchange & Provost Dungeon
The Old Exchange & Provost Dungeon

La plupart des visiteurs consacrent entre 45 minutes et 1 heure à la découverte complète des lieux, bien que vous soyez libre de prendre tout votre temps pour explorer l'exposition. Les départs de visites guidées pour le donjon s'effectuent toutes les demi-heures, de 10h00 à 17h.

  • 122 East Bay Street
  • Tous les jours, de 9h (11h le dimanche) à 17h
  • 16$ par adulte, 12$ par enfant de 7 à 12 ans
  • oldexchange.org

St. Michael's Anglican Church

St. Michael's Anglican Church
St. Michael's Anglican Church

Située à l'angle Sud-Est de Broad Street et Meeting Street, St. Michael's Anglican Church est tout simplement le plus ancien édifice religieux de la ville et un témoin privilégié de l'histoire américaine. Depuis son clocher blanc qui guide les marins jusqu'à ses bancs en bois patiné, chaque pierre raconte une part de l'identité de Charleston.

L'histoire du site remonte aux origines de la ville. Dès 1680, c'est ici, à cet emplacement central prévu par le plan "Grand Modell", que fut bâtie, en bois, la toute première église de la colonie (l'église St. Philip's d'origine). Cette dernière étant devenue trop exiguë, la paroisse déménagea dans un édifice plus vaste construit quelques rues plus loin. Cependant, face à l'expansion continue de la population au milieu du 18ème siècle, une seule église ne suffisait plus. Il fut donc décidé de créer une seconde paroisse et d'édifier un nouveau lieu de culte : l'actuelle St. Michael's Anglican Church fut ainsi construite sur le site historique laissé vacant, entre 1752 et 1761.

St. Michael's Anglican Church
St. Michael's Anglican Church

L'église a traversé les siècles et les épreuves avec une résilience remarquable. Elle a survécu aux bombardements de la Révolution américaine et de la Guerre de Sécession (une cicatrice laissée par un obus est d'ailleurs toujours visible au pied de la chaire), au grand incendie de 1796, au tremblement de terre dévastateur de 1886 et à l'ouragan Hugo en 1989.

Ses cloches ont une histoire tout aussi mouvementée : volées par les Britanniques comme butin de guerre en 1782, renvoyées à Londres, rachetées par un marchand puis restituées triomphalement à Charleston... pour être à nouveau envoyées à Columbia pendant la Guerre de Sécession où elles furent fondues lors de l'incendie de la ville ! Le métal fut récupéré, renvoyé en Angleterre pour être refondu dans les moules d'origine, avant de revenir définitivement à Charleston en 1867.

L'architecture de St. Michael's Anglican Church est un chef-d'œuvre du style géorgien colonial, fortement influencé par les travaux de l'architecte britannique Sir Christopher Wren (notamment l'église St Martin-in-the-Fields à Londres). L'édifice est dominé par son impressionnant clocher blanc de 57 mètres de haut, qui s'élève en plusieurs niveaux octogonaux décroissants, terminés par une flèche élancée et une girouette en orbe. Ce clocher a longtemps servi de repère de navigation pour les navires entrant dans le port et de tour de guet pour repérer les incendies.

St. Michael's Anglican Church
St. Michael's Anglican Church

La façade principale présente un portique monumental à quatre colonnes doriques massives, surmonté d'un fronton triangulaire classique. Les murs sont construits en briques recouvertes d'un stuc blanc immaculé, caractéristique de l'esthétique de Charleston, qui contraste avec la toiture sombre. L'horloge du clocher, installée en 1764, continue de donner l'heure aux habitants.

Pénétrer dans St. Michael's Anglican Church, c'est faire un voyage dans le temps. L'église est l'une des rares en Amérique à avoir conservé son agencement intérieur d'origine. Le plan est conçu pour placer la parole au centre : contrairement aux églises modernes, les allées mènent non pas à l'autel, mais à une chaire (pulpit) massive et centrale, surmontée d'un abat-voix (sounding board) en bois sculpté, véritable point focal de la nef.

St. Michael's Anglican Church
St. Michael's Anglican Church

La particularité la plus marquante reste les bancs clos (box pews) en cèdre rouge natif. Ces compartiments fermés par des portillons permettaient aux familles de s'isoler des courants d'air (et des voisins !) pour écouter l'office. Le plus célèbre est le banc n°43, situé au centre de l'allée principale. Connu à l'origine comme le "Banc du Gouverneur", il a accueilli des hôtes illustres : le président George Washington y assista à un service le dimanche 8 mai 1791 lors de sa tournée du Sud, et le général Robert E. Lee s'y est également recueilli soixante-dix ans plus tard.

St. Michael's Anglican Church
St. Michael's Anglican Church
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Le grand lustre en laiton qui illumine la nef est une pièce exceptionnelle importée de Londres en 1803. Un balcon (galerie) court sur trois côtés de l'église, soutenu par des colonnes ioniques cannelées, augmentant la capacité d'accueil tout en rapprochant les fidèles de l'office.

St. Michael's Anglican Church
St. Michael's Anglican Church
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Le cimetière qui entoure l'église est un lieu de mémoire nationale, abritant les sépultures de nombreuses figures marquantes de l'histoire américaine. Se promener entre les tombes anciennes, souvent recouvertes de mousse et ombragées par des magnolias, c'est lire les chapitres de la naissance des États-Unis.

St. Michael's Anglican Church Cemetery
St. Michael's Anglican Church Cemetery

Le site est particulièrement célèbre pour être la dernière demeure de deux signataires de la Constitution américaine :

  • John Rutledge (1739-1800) : avocat brillant, il fut gouverneur de Caroline du Sud durant la guerre d'Indépendance, joua un rôle clé à la Convention de Philadelphie en 1787 et devint plus tard juge en chef de la Cour Suprême des États-Unis. Sa tombe est un lieu de pèlerinage pour les amateurs d'histoire constitutionnelle.
  • Charles Cotesworth Pinckney (1746-1825) : général de la guerre d'Indépendance, diplomate et candidat à la présidence, il repose également ici.

Le cimetière accueille aussi la tombe de James L. Petigru, célèbre avocat unioniste dont l'épitaphe est considérée comme l'une des plus belles et éloquentes du pays, ou encore celles de soldats confédérés et de citoyens notables de Charleston.

St. Michael's Anglican Church Cemetery
St. Michael's Anglican Church Cemetery

Cathedral of St. John the Baptist

Cathedral of St. John the Baptist
Cathedral of St. John the Baptist
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Dominant Broad Street de sa silhouette sombre et imposante, Cathedral of St. John the Baptist est l'église mère du diocèse catholique de Charleston. Bien plus qu'un simple lieu de culte, cet édifice raconte l'histoire de la résilience de la communauté catholique en terre protestante et constitue un chef-d'œuvre architectural unique dans le paysage de Holy City.

L'édifice actuel est en réalité la deuxième cathédrale construite sur ce site. La première, consacrée en 1854 sous le nom de Cathedral of St. John and St. Finbar, était déjà une merveille néo-gothique conçue par le célèbre architecte Patrick Keely. Malheureusement, elle fut anéantie par le grand incendie de 1861 qui ravagea une grande partie de la ville. Les ruines restèrent à l'abandon pendant près de trente ans, faute de fonds dans un Sud ruiné par la Guerre de Sécession. La construction de la cathédrale actuelle débuta finalement en 1890, toujours sur les plans de Patrick Keely, pour s'achever en 1907. Elle fut dédicacée sous le vocable de Saint Jean-Baptiste, symbolisant le renouveau.

Ce que l'on note immédiatement, c'est la couleur et la texture du bâtiment. Contrairement aux églises en brique ou en stuc blanc typiques de Charleston, la cathédrale est bâtie en grès brun du Connecticut (Connecticut Brownstone). Cette pierre sombre, taillée à l'outil, confère à l'édifice une austérité et une puissance visuelle uniques. Le style est résolument néo-gothique (Gothic Revival), caractérisé par ses arcs brisés, ses contreforts rythmant les façades latérales et la richesse de ses ornements en pierre sculptée. L'édifice mesure environ 60 mètres de long et s'élève majestueusement au-dessus du quartier résidentiel environnant.

Cathedral of St. John the Baptist
Cathedral of St. John the Baptist

L'une des particularités les plus étonnantes de l'histoire architecturale de la cathédrale concerne sa flèche. Faute de moyens financiers lors de la construction initiale en 1907, le clocher carré resta inachevé, coiffé d'un toit plat provisoire pendant plus d'un siècle. Ce n'est qu'en 2010, lors d'une grande campagne de rénovation, que la flèche prévue à l'origine fut enfin ajoutée. Conçue par l'architecte local Glenn Keyes, cette flèche recouverte de cuivre et surmontée d'une croix celtique dorée culmine désormais à environ 51 mètres, intégrant enfin la cathédrale dans la célèbre "skyline" des clochers de Charleston. Elle abrite trois cloches coulées en France.

Si l'extérieur en grès brun impose par sa masse sombre et austère, l'intérieur saisit au contraire par sa luminosité et la richesse de ses détails. Le regard est immédiatement attiré vers le haut, par les magnifiques voûtes en croisée d'ogives peintes d'un bleu céleste et parsemées de centaines d'étoiles dorées, créant une spectaculaire représentation de la voûte céleste.

Cathedral of St. John the Baptist
Cathedral of St. John the Baptist
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

La nef, qui peut accueillir plus de 700 fidèles, est rythmée par de fines colonnes qui s'élancent vers les voûtes à près de 18 mètres de hauteur.

Cathedral of St. John the Baptist
Cathedral of St. John the Baptist
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Le trésor de la cathédrale réside dans ses vitraux exceptionnels. Les fenêtres de la nef basse, réalisées par la célèbre maison Franz Mayer de Munich, illustrent la vie du Christ avec une précision et une vivacité de couleurs remarquables. Les fenêtres hautes (claire-voie) représentent les quatre Évangélistes. Au-dessus du maître-autel, une rosace spectaculaire figure le baptême de Jésus par Jean-Baptiste.

Cathedral of St. John the Baptist
Cathedral of St. John the Baptist

Le maître-autel et les stations du chemin de croix, finement sculptés dans du marbre blanc, apportent une note de noblesse et de sérénité à l'édifice. Les bancs, réalisés en chêne flamand sculpté, ajoutent une touche de chaleur boisée à l'ensemble de la nef.

Au-dessus de l'entrée principale, la tribune arrière abrite un majestueux orgue à tuyaux. Installé lors de la reconstruction et des rénovations successives, cet instrument de la maison Bedient (ajouté plus récemment pour remplacer les anciens instruments) domine la nef et accompagne les offices de sa puissance sonore, profitant de l'excellente acoustique offerte par les voûtes de la cathédrale.

Cathedral of St. John the Baptist
Cathedral of St. John the Baptist

Old City Jail

Old City Jail
Old City Jail
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Lors de votre exploration de Broad Street, un court détour vers le Nord s'impose. En empruntant Franklin Street sur quelques blocs, vous changerez radicalement d'atmosphère pour tomber nez à nez avec la silhouette massive de Old City Jail. S'il est un bâtiment qui tranche radicalement avec l'élégance pastel et les jardins fleuris de Charleston, c'est bien celui-ci. Son architecture néo-romane austère, ses tours crénelées et ses fenêtres grillagées offrent un contraste saisissant et photogénique avec les maisons raffinées du quartier voisin, rappelant la face plus sombre et punitive de l'histoire de Charleston.

Située au 21 Magazine Street, cette forteresse aux allures de château médiéval dégage une aura de mystère et d'intimidation qui fascine autant qu'elle effraie. Pendant près de 140 ans, elle a été le lieu de détention des criminels les plus notoires de la région, des pirates aux tueurs en série, avant de devenir l'un des sites les plus hantés d'Amérique.

Construite en 1802 sur un terrain réservé à l'usage public dès 1680, la prison a subi plusieurs transformations majeures qui lui donnent son aspect hétéroclite actuel.

Le bâtiment original de 1802 comportait quatre étages surmontés d'une tour octogonale (aujourd'hui disparue suite au séisme de 1886). En 1822, le célèbre architecte Robert Mills (concepteur du Washington Monument) y ajouta une aile avec des cellules individuelles, une innovation pour l'époque.

En 1855, les architectes locaux Barbot & Seyle remanièrent l'ensemble dans un style Romanesque Revival (néo-roman), ajoutant la fameuse aile octogonale arrière et les détails crénelés qui lui donnent cette apparence de forteresse imprenable.

Old City Jail
Old City Jail
(© Dominique Chouvet, roadtrippin.fr)

Le bâtiment a fonctionné comme prison du comté de Charleston sans interruption de 1802 jusqu'à sa fermeture en 1939, date à laquelle les conditions de détention furent jugées trop insalubres même pour l'époque.

Les murs de Old City Jail ont enfermé une galerie de personnages qui ont marqué l'histoire sombre du Sud :

  • Souvent citée comme la première tueuse en série des États-Unis (bien que cela soit historiquement débattu), Lavinia Fisher y fut incarcérée avec son mari John en 1819 avant d'être pendue. La légende dit qu'elle hante encore les lieux, vêtue de sa robe de mariée.
  • En 1822, Denmark Vesey, homme libre charismatique, y passa ses derniers jours, accusé d'avoir planifié ce qui aurait été la plus grande révolte d'esclaves de l'histoire américaine.
  • Durant la Guerre de Sécession, la prison surpeuplée accueillit des officiers de l'Union ainsi que des soldats du célèbre 54th Massachusetts Regiment (l'un des premiers régiments afro-américains), capturés lors de l'assaut sur Fort Wagner.
  • Au 19ème siècle, de nombreux pirates qui écumaient la côte atlantique y finirent leurs jours en attendant la potence.

Après une rénovation majeure de plusieurs millions de dollars achevée récemment (2023), le bâtiment a rouvert ses portes au public pour entamer une nouvelle vie surprenante : une partie a été réhabilitée en bureaux modernes de luxe, créant un contraste saisissant entre le confort contemporain et les barreaux d'origine conservés aux fenêtres.

On ne peut pas visiter Old City Jail par soi-même. L'accès au bâtiment est strictement réservé aux visites guidées organisées par des opérateurs agréés.

Photos

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Cartes

Carte interactive de Charleston
Carte des quartiers de Charleston

Par dommm063
Mis à jour le 04 fĂ©vrier 2026