Turquoise Trail

La Turquoise Trail National Scenic Byway s'étire sur 65 miles entre Santa Fe et Albuquerque, contournant par l'Est les majestueuses Sandia Mountains. Cette voie de communication historique suit un corridor chargé de mémoires où se sont croisés, dès le 16ème siècle, les explorateurs espagnols, puis les troupes confédérées durant la Guerre de Sécession en 1862. Ce parcours a également été le témoin de la tragique "Longue Marche" des Navajos menée par Kit Carson en 1864, un événement marquant de l'histoire du Sud-Ouest qui a vu des milliers de personnes transiter par ces terres arides avant l'avènement du rail et de la route au 20ème siècle.

Turquoise Trail National Scenic Byway
Turquoise Trail National Scenic Byway

L'ascension vers le sommet de Sandia Crest constitue l'un des points d'orgue du trajet, offrant un panorama spectaculaire à une altitude de 3255 mètres. En redescendant vers la vallée, on traverse les anciennes cités minières de Los Cerrillos, Madrid et Golden. Ces localités, qui ont connu leur apogée industriel entre la fin du 19ème siècle et le début du siècle suivant, ont su se réinventer après une période de déclin au milieu des années 1950. Aujourd'hui, ces villages sont animés par une communauté dynamique d'artistes et d'artisans. On y trouve de nombreuses galeries d'art, des boutiques et des restaurants installés dans des bâtiments d'époque, préservant ainsi l'atmosphère authentique de cette région pittoresque du Nouveau-Mexique.

Turquoise Trail National Scenic Byway
Turquoise Trail National Scenic Byway

Los Cerrillos

Los Cerrillos
Los Cerrillos
(© New Mexico True)

Entre Santa Fe et Los Cerrillos, la Turquoise Trail traverse de vastes plaines. Si cette grande étendue fut occupée au 14ème siècle par une importante population Pueblo, on y observe aujourd'hui principalement d'immenses ranchs.

Los Cerrillos
Los Cerrillos

Les sous-sols de la région de Los Cerrillos renfermaient de riches gisements de turquoise et de plomb, des minéraux qui se sont révélés essentiels pour les Amérindiens dans la fabrication de leurs bijoux et de leurs poteries. Creusées de manière rudimentaire à l'aide d'outils en pierre, les mines de Los Cerrillos figurent parmi les plus anciennes du Sud-Ouest, puisque leur exploitation a débuté dès 900 après J.-C. La turquoise extraite de ces filons était d'une telle qualité qu'elle s'exportait via un vaste réseau de routes commerciales s'étirant vers le Sud, jusqu'au Mexique et en Amérique centrale.

Los Cerrillos
Los Cerrillos

Par la suite, ces gisements furent exploités par les Espagnols puis par les colons américains, dont les prospections ont également permis de découvrir de l'or et de l'argent. Cette ruée minière a provoqué le développement fulgurant de la ville, qui a véritablement atteint son apogée au cours des années 1880. Durant cette décennie, on a vu s'établir des milliers de prospecteurs dans un campement devenu si prospère qu'il abritait 21 saloons, 4 hôtels, ainsi qu'un opéra.

Los Cerrillos
Los Cerrillos

Aujourd'hui, l'activité minière de la ville s'est éteinte, laissant place à une atmosphère bien plus paisible. En arpentant ses rues, vous pourrez découvrir plusieurs boutiques pittoresques ainsi que Cerrillos Turquoise Mining Museum, voué à la préservation de ce riche patrimoine historique.

Cerrillos Turquoise Mining Museum
Cerrillos Turquoise Mining Museum

Dans ce musée, situé au 17 Waldo Street, au sein d'un bâtiment en pisé dont la construction remonte aux années 1880, on découvre l'histoire millénaire de l'extraction de la turquoise dans le district de Los Cerrillos, une activité qui a débuté bien avant l'arrivée des Espagnols, lorsque les populations autochtones extrayaient déjà ce minéral précieux. Le musée présente une collection impressionnante de pierres brutes et polies, ainsi que des outils de mineurs d'époque, des spécimens géologiques locaux et des photographies documentant l'âge d'or des mines à la fin du 19ème et au début du 20ème.

Cerrillos Turquoise Mining Museum
Cerrillos Turquoise Mining Museum
(© New Mexico True)

Le musée comprend également une cour intérieure où sont exposés des équipements de mine plus volumineux, comme d'anciens chariots et des treuils de levage. Le propriétaire, Todd Brown, dont la famille exploite des concessions minières dans les collines environnantes depuis plusieurs décennies, partage ses connaissances sur les techniques de taille et les caractéristiques uniques de la turquoise de Los Cerrillos, réputée pour ses variations chromatiques allant du vert profond au bleu éclatant. On peut également visiter la boutique attenante qui propose des bijoux artisanaux confectionnés avec les pierres extraites localement, offrant un témoignage direct du savoir-faire qui perdure depuis des générations dans ce secteur du Nord du Nouveau-Mexique.

Los Cerrillos
Los Cerrillos

Madrid

Madrid
Madrid
(© New Mexico True)

Madrid se situe à mi-parcours de la Turquoise Trail et constitue aujourd'hui l'une des étapes les plus marquantes de cet itinéraire entre Santa Fe et Albuquerque. Son histoire haute en couleur remonte au début des années 1800, lorsque les premiers colons se sont installés dans le secteur et ont commencé à exploiter les ressources de la région.

Madrid
Madrid
(© New Mexico True)

Par la suite, la découverte d'importants gisements de charbon a profondément transformé la localité. Cette ressource jouait alors un rôle essentiel dans l'alimentation des trains circulant sur les lignes ferroviaires de l'Ouest américain. À son apogée, Madrid produisait 250.000 tonnes de charbon par an et comptait plus de 3000 habitants à la fin du 19ème siècle, ce qui en faisait l'un des centres miniers les plus actifs du secteur.

Madrid
Madrid

La ville s'est également forgé une réputation singulière grâce à sa parade du 4 juillet, à ses illuminations de Noël et à ses matchs de baseball de ligue mineure organisés dans ce qui est souvent présenté comme le premier stade éclairé de l'Ouest. Cette prospérité, étroitement liée à l'industrie charbonnière, a durablement façonné l'identité locale et l'organisation de la communauté.

Madrid
Madrid

Lorsque l'usage du charbon a reculé, Madrid a peu à peu décliné jusqu'à prendre l'allure d'une ville fantôme. Le renouveau est arrivé au début des années 1970, lorsque des artistes et des artisans se sont installés sur place et ont entrepris de restaurer les anciens logements et bâtiments commerciaux pour les transformer en ateliers, boutiques et galeries aux façades colorées. Cette reconversion a donné à la ville le visage qu'on lui connaît aujourd'hui, à la fois historique, bohème et profondément attaché à son passé minier.

De passage dans la ville, il est indispensable de pousser les portes de Mine Shaft Tavern. Ce bar emblématique est l'un des plus anciens établissements du comté de Santa Fe à avoir fonctionné de manière continue. Si la première taverne construite par la compagnie minière vers 1895 a été détruite par un incendie le jour de Noël 1944, le bâtiment actuel a été érigé en 1947 et a su conserver tout son cachet d'époque.

Mine Shaft Tavern
Mine Shaft Tavern

À l'intérieur, on est immédiatement frappé par le majestueux comptoir en pin, qui s'étire sur plus de 12 mètres de long. Conçu à l'origine pour que les mineurs puissent s'y accouder et étirer leur dos après avoir passé de longues heures courbés dans les galeries souterraines, il est réputé pour être le plus long bar debout du Nouveau-Mexique. Le lieu regorge de détails authentiques, et la légende locale affirme même que l'établissement serait hanté, avec des portes qui grincent et des verres qui glissent tout seuls sur les étagères.

Mine Shaft Tavern
Mine Shaft Tavern

Juste à côté du bâtiment principal se trouve Old Coal Mine Museum, aménagé sur le site même des anciennes extractions. On peut y découvrir une riche collection d'objets historiques, d'outils d'époque et de véhicules anciens, dont une véritable locomotive à vapeur garée à l'extérieur. La visite du musée permet de prendre la pleine mesure des conditions de travail souvent éprouvantes des mineurs et de se replonger dans l'effervescence industrielle qui a façonné la région au début du 20ème siècle.

Golden

Golden
Golden

La petite ville de Golden est née brutalement en 1829, après la découverte d'or dans les collines voisines. Comme souvent dans l'histoire minière du Nouveau-Mexique, l'élan fut rapide, mais la ruée vers le métal précieux resta de courte durée, les filons s'étant révélés moins nombreux et moins riches qu'on l'espérait. La localité ne disparut pas pour autant et parvint à se maintenir grâce à l'élevage et à l'agriculture, qui ont longtemps constitué l'autre socle de l'économie locale.

Parmi les bâtiments les plus intéressants de Golden figure Henderson Store, un trading post historique datant de 1918. Cette adresse rappelle le rôle essentiel joué par ces commerces dans les petites communautés rurales de l'Ouest, où l'on venait autant pour s'approvisionner que pour échanger des nouvelles et faire vivre la vie locale.

Golden
Golden

Il faut aussi s'arrêter devant San Francisco Catholic Church, l'un des édifices les plus photographiés de la Turquoise Trail. Construite en adobe dans les années 1830, elle attire immédiatement le regard par sa silhouette simple et son ancrage dans le paysage du Nouveau-Mexique. À elle seule, elle résume une part importante de l'identité de Golden, entre héritage religieux, architecture traditionnelle et mémoire des premiers temps du peuplement.

San Francisco Catholic Church
San Francisco Catholic Church

Sandia Crest & Sandia Peak

Sandia Peak Tramway
Sandia Peak Tramway
(© New Mexico True)

Peu avant d'arriver à Cedar Crest, on peut bifurquer à droite sur la route NM536 en direction de Sandia Crest. Cette route de montagne permet de quitter rapidement les abords de la Turquoise Trail pour gagner les hauteurs des Sandia Mountains, dans un décor qui devient de plus en plus spectaculaire au fil de l'ascension.

En chemin, vous passerez devant Tinkertown Museum, un lieu aussi insolite qu'attachant, imaginé il y a plus de 40 ans par Ross Ward. Ce qui n'était au départ qu'une petite maison de quatre pièces a peu à peu été transformé en un étonnant bric-à-brac de 22 pièces, assemblé à partir de plus de 50.000 bouteilles en verre et de nombreux matériaux de récupération.

Tinkertown Museum
Tinkertown Museum

L'ensemble tient autant du musée que de l'œuvre d'art populaire, avec sa ville western miniature animée et son accumulation d'objets hétéroclites qui donnent au lieu une personnalité absolument unique.

Tinkertown Museum
Tinkertown Museum
(© New Mexico True)

En poursuivant sur la route NM536, la route continue à grimper jusqu'à Sandia Crest, dont le sommet atteint 3255 mètres. Ce belvédère d'altitude offre un panorama impressionnant sur la vallée du Rio Grande et sur Albuquerque, avec une vue particulièrement dégagée lorsque les conditions sont bonnes. Il s'agit probablement du plus beau point de vue de la région, un site qui donne toute sa mesure au relief du Nouveau-Mexique central.

Vue de Sandia Crest
Vue de Sandia Crest

Sandia Crest marque aussi l'arrivée de Sandia Peak Tramway, le célèbre téléphérique qui monte depuis le Nord d'Albuquerque. Souvent présenté comme l'un des plus longs du monde dans sa catégorie, il renforce la dimension spectaculaire du site et contribue à faire de ce sommet l'une des excursions les plus mémorables des environs.

Sandia Peak Tramway
Sandia Peak Tramway
(© Dirt Road Travels)

Tijeras

Revenez sur la Turquoise Trail puis poursuivez vers le Sud. Après Cedar Crest, petite localité animée qui aligne restaurants et boutiques de souvenirs, vous atteindrez Tijeras, à l'extrémité Sud de l'itinéraire, là où la route rejoint l'ancienne Route 66.

La ville abrite Tijeras Pueblo, un site archéologique qui préserve les vestiges d'un village Pueblo occupé au 14ème siècle. On y trouve un petit centre d'informations ainsi qu'un sentier auto-guidé, pratique pour mieux comprendre l'histoire de cette communauté installée au carrefour de la Turquoise Trail et de la Salt Mission Trail, et qui aurait compté plus de 400 habitants.

Tijeras est également connue pour sa Musical Highway. Sur la Route 66, entre les miles 4 et 5 à l'Ouest de la ville, dans le sens Ouest-Est, la chaussée chantait sur quelques centaines de mètres l'air de America the Beautiful. Le phénomène n'avait évidemment rien de mystérieux : des bandes rugueuses avaient été taillées dans le bitume afin de produire une mélodie au passage des véhicules.

En temps normal, ce type d'aménagement sert surtout à alerter les automobilistes lorsqu'ils se rapprochent trop du bord de la route. Ici, le procédé avait été détourné de manière ludique et pédagogique : en roulant à 45 mph, on pouvait reconnaître la célèbre chanson patriotique avec une justesse assez surprenante. L'idée était autant d'attirer l'attention que d'inciter à respecter la limitation de vitesse sur ce tronçon historique.

Installée en 2014 dans le cadre d'un partenariat entre le département des transports du Nouveau-Mexique et National Geographic, cette route musicale reposait sur un vrai travail d'ingénierie. L'espacement des bandes devait être calculé avec précision pour produire les notes dans le bon ordre et au bon rythme lorsque les pneus passaient dessus. Depuis, le revêtement a été refait et ces bandes rugueuses ont presque totalement disparu, ce qui a largement atténué, voire fait disparaître, l'effet sonore qui avait rendu l'endroit célèbre.

Plus d'informations sur Turquoise Trail National Scenic Byway

Par dommm063
Mis à jour le 03 juin 2026

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